La prise de Théophile y etc. Y. l'appendice , n» a
SIR Théophile. xvij
verra plus loin lacté d'accusation dressé par Garasse, la quintessence criminelle extraite par Mathieu Mole ; mais, dès à présent, nous avons un moyen clair et facile de mettre à nu l'âme de Théophile, et nous sommes à nous demander pourquoi le jésuite et le magistrat ne l'ont pas employé. Ils avoient sous la main le Parnasse satyrique , et là ils pouvoient trouver la seconde satire de Théophile , non pas tronquée comme dans l'édition de ses œuvres, mais intacte et formellement anti-chré-
Qui voudra pénitence aux déserts se consomme, Qui vive tout ainsi que s'il n'estoit plus homme, Ne mange que du foin, ne boive que de Teau, Au plus fort de l'hyver n'ait robe ny manteau, Se fouette tous les jours, et d'une vie austère Acconiplisse de Christ le glorieux mystère. Moy qui suis d'un humeur trop enclin à pécher, D'un fardeau si pesant je ne puis m'enipescher. Suy ta dévotion , et ne croy point, hermite. Que mon ame te blasme, et moins qu'elle t'imite.
Le divin Maître a dit : Mon joug est léger. Théophile le rejette comme trop lourd à porter.
Quels étoient ces péchés qui trouvoient Théophile si accommodant? >'ous l'avons dit : ce divertissemeril qu'il faut permellre à l'homme , et ici nous prions nos lecteurs de relire Régnier. Mais les contemporains alloient plus loin : ils prétendoienl que Théophile n'avoit pas évite Técueil qu'il signaloit à Balzac , et que de Charybde il étoit tombé en Scylla. Théophile avoit pour ami cet étrange maître des comptes, François Luillier, qui réservoit certain jour de la semaine pour affaires toutes particulières à vider dans les lieux où fréquentoit Régnier. Ce père tout à fait naturel de Chapelle fit sans doute connoître à Théophile le jeune Jacques Vallée, sieur des Barreaux , fils d'un conseiller au Parlement. Il étoit né en 1602. « Ayant perdu trop tôt son père, ce dit Tallemant, il se mit à fréquenter Théophile et «. d'autres débauchés, qui lui gâtèrent Tesprit et lui u firent faire mille saletés. C'est à lui que Théophile écrit
xviij Notice
« dans ses lettres latines , où il y a la suscriplion : a Tlieophilits Vallœo suc *. On ne manqua pas de dire en « ce temps-là que Théophile en étoit amoureux, et le <c reste. »
Théophile avoit du malheur. Il se lie avec Balzac , jeune garçon: on cause; il se lie avec des Barreaux, plus jeune garçon encore: nouvelles médisances. Balzac, nous le verrons, semble accuser l'enseignement des jésuites, et Théophile aura plus tard le malheur d'accuser aussi un jésuite, le P. Voisin! La tendresse monacale que Théophile reproche à Garasse, au sujet de ses expressions : jeunes tendrons, etc., portoit de singuliers fruits.
Bayle a recueilli cette tradition sur Théophile, et il ne manque pas d'attirer l'attention sur ce terrible : Vallœus nosler, qui fuit olim mens... Dayle auroit pu citer ces mots qui se trouvent dans la même lettre à Luillier : « Tarn egregiam et corporis et animi for- »7ia»i.» Mais, à ce compte , des Barreaux auroit été la veuve de bien des gens^! Vallœus noster ! Théophile, dans sa seconde préface, dans l'ode IV de La 7naison deSilvie, proteste énergiquement contre celte accusation :
Le dessein de la chasteté
Prend uue honneste liberté,
Et franchit les sottes limites
Que prescrivent les imposteurs
Qui sous des robes de docteurs
Ont des âmes de sodomistes.
Le ciel nous donne la beauté
Pour une marque de sa grâce...
Ainsi , malgré ces tristes bruits, Et leur imposture cruelle , Thirsis et moy goûtons les fruits D'une amitié chaste et fidelle...
Ce qui semble plus grave, c'est une lettre de Mathieu Mole h du Puy , écrite lorsque le procès de Théophile