‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 3 sur 62 · V. Tallemant · texte numérisé non relu

V. Tallemant

SUR Théophile. xix

étoit pendant. Le procureur général est allé à Saint- Germain , il a parlé au roi de Théophile , et il ajoute : ce Vous savez la peine que j'ai toujours eue de l'esprit ce de celui duquel on a trouvé les lettres, combien de a fois j'ai accusé son libertinage; mais je me plaindrois ce justement , à cette heure , de sa trahison à l'amitié ce et au témoignage que je lui en ai rendu. Celui qui a « les lettres les a montrées à tout le monde et à M. le

«premier président, qui n'épargne pas » 11 ne

s'agit pas de Théophile : Mathieu Mole en parleroit ouvertement. Ce n'etoit pas de Théophile qu'il s'étoit tant occupé. N'est-il pas question de des Barreaux, conseiller au Parlement comme son père ? Théophile l'a gourmande pendant sa captivité :

Sans eux (sans mes périls) je n'aurois veu jamais ton ame Tousjours la lascheté m'avoit esté couverte ; [ouverte:

L'excez de mon malheur n'est cruel qu'en ce point" Qui me dit malgré moy que tu ne m'aimes point.

Des Barreaux aura eu peur : ses lettres 'a Théophile auront été trouvées... De là scandale, rumeur. Et pour quelle part l'amour de Corydon pour le bel Alexis entroit-il dans ce scandale ? C'est ce que savoient les contemporains , c'est peut-être ce que Tallemant nous a répété... Mais Mole parle seulement de l'esprit de celui duquel on a trouvé les lettres de son libertinage.

Prenons donc Théophile pour un homme de plaisir , menant gaîment son existence de poète, vivant sur le pied d'une noble familiarité avec de jeunes courtisans dont les mœurs n'étoient pas meilleures que les siennes, et incapable d'abriter les libertés de sa vie sous le voile de l'hypocrisie. Ces heureuses années s'écouloient, et elles avoient amené au Louvre une jeune et belle reine; elles avoient emporté Concini, éloigné la reine-mère, vu poindre la faveur de Luynes. La pièce que nous avons déjà citée* nous apprend que Théophile ^ avoit ce été exhorté plusieurs fois de n'escrire point, comme il

La prise de Théophile^ etc.

XX Notice

«. faisoit, des choses si horribles, que les plus perdus K mesmes ne pouvoient approuver; mais son esprit ne « pouvoit, à son advis, paroiblre que par là. Le roy, qui fc est un prince le mieux nay, le plus craignant Dieu (c et du meilleur naturel du monde, luy avoil défendu « de le veoir s'il ne changeoit de discours, et, après '< qu'on luy eut fait veoir quelques impietez sorties de « sa main , le chassa de sa présence et le bannit de sa (c cour. )' En effet, des lettres de cachet du roi, du i4 juin 1619, portant commandement audit Théophile, sortir hors du royaume, lui furent signifiées par le chevalier du guet. 11 se tenoit en embuscade à la porte de l'hôtel de Montmorency , et le commandement éloit très exprès^. Le poète partit pour son premier exil. Quelle étoit la cause de cet ordre sévère ? Le projet d'interrogatoire rédigé par Mathieu Mole, et que nous rapporterons plus loin, parle, comme la pièce, de mauvaises uiŒurs . de débauches continuelles , d'impiétés, de Taccusalion de corrompre la jeunesse de la cour; mais il y eut une autre cause. Sans doute , les recueils obscènes et impies circuloient ets'imprimoient sousle manteau. La verve gaillarde du vieil esprit gaulois, jointe

1. Le Mercure français (t. V, A. 1619), après avoir raconte le supplice de Lucilio Vaiiino février 1619), ajoute: i( Au '.( mois de may de ceste année , sur ce que Ton fit entendre au « roy que le poëte Théophile avoil faicl des vers indignes d'un « chreslien , tant en croyance qu'en salelcz , il envoya à Paris <( comniand. r au seigneur qui le tonoit à sa suilte qu'il eust « à lui donner c^ngé, ce qu'il fit; et, aussi tost sorty . le clie- « valier du guet luy enjoignit, de la part de Sa Majesté, de vui- « der dans \ingt-qualre heures la France, sur peine de la vie ; « ce qu'il fit en diligence, car le comniandenienl estoii très '( exprez. C'est chose déplorable de voir ces beaux esprits <! pervertir les sciences qu'ils ont apprises avec tant de labeur <( en des actions détestables, au lieu de les employer en l'hon- « nour de Dieu, qui les a créez, et au bien et utilité dupubho « et de leur patrie, h

Suit l'histoire à^une juifve bruslée par le peuple de S. Jean de Luz. Et voilà ce que le Mercure appelle actions nolables en France contre les atheistes!

SUR Théophile. xxj

à la licence italienne, produisoit ces Cabinet, Quînfessence et Parnasse saliriques dont nous aurons à nous occuper, et qui prouvoieot à la fois la cupidité des imprimeurs et le mauvais goût d'un certain public. On sentoit le feu*. Mais nous voyons dans les mémoires de Mathieu Mole- que les auteurs de libelles étoientun autre fléau bien plus redouté encore du roi , de son favori et de ses ministres, que les livres impies. Commission avoit été donnée par le roi au lieutenant civil du prévôt de Paris pour juger, selon le contenu en icelîe, ceux qui imprimoient, publioient et vendoient des libelles diffamatoires^. Mole avoit mis obstacle à ïeiécution. Le roi, par lettre donnée à Orléans, le i3 mai

1619, manda à Mole de faire cesser les difficultés incontinent; et n'y faites faute, éloit-il dit. Le 3o mars

1620, une lettre du roi au Parlement contenoit une nouvelle plainte contre les auteurs de libelles diffamc-

1. En 1621 , Jean Fontanier fut condamné à être brûlé vif pour avoir composé le livre impie intitulé : Trésor inestimable ou Maiiserisme, description du Mauser, rennili d'impiétés blâmables et injurieuses contre Dieu, la Vierge Marie et toute la clirétient ■. Le Parlement rejeta l'appel, a 11 est retenu qu'au- « paravant que ledit Fontanier sente le feu , il sera secrètement « étranglé. » L'histoire de Jean Fontanier est racontée tout au long dans la section septième du livre second de la Doctrine curieuse du P. Garasse, d'après l'arrêt et le factum imprimé chez Melchior Mondière.

a. Mémoires de M. Mole (publiés pour la Société de l'Histoire do France , par A. Champollion-Figeac, t. I^^.

3. Par arrêt du 19 juillet 1618 , François Sity, natif de Florence, et Etienne Durand, furent condanmés à la roue pour avoir composé des livres et mémoires en langues françoise et italienne contre l'honneur et autorité du roi, et avoir pratiqué des menées et intelligences pour le même sujet.

André Siîy fut condaumé à être pendu et étranglé.

Il n'en étoit i)as de même sous Henri IV. En 160^ , le Mercure françois se plaignoil de /'/ liberté W imprimer, qui etoit çirande, et ajoutoit : « C'est la mode en France ; il faut qu'en chasque « année il y ait quelque plume qui face quelque thèse nouvelle « alfin d'amuser toutes les plumes pour y respondre, et le « peuple s'en repaist sans qu'il y en ait davantage de bruit, m

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toires où, sous des noms empruntés , la majesté royale éloit blessée y (t l'honneur de plusieurs particuliers entaché. « Il a été mal aisé de nous nommer ceux qui ont « été punis , et non de nous faire voir le peu de soin a qu'on en prend, car le nombre en est si effréné qu'il a semble qu'il y ait des personnes qui ne vaquent à autre •< chose et qui y sont attirées par l'impunité. » Le roi, à l'avenir, en imputera le mal au Parlement.

Enfin il est dit dans une lettre du roi à Mole '3i mars 1620^ : « En cestui notre royaume , le nombre des mal « disants et mal parlants des choses que bien souvent « ils n'entendent pas est accru de telle sorte , et leur Cl outrecuidance venue si avant , que la liberté qu'ils « prennent semble leur être donnée, ainsi la réputation u des gens de bien abandonnée à leur merci.» Le roi revient encore sur le sujet des imprimeurs , vendeurs et auteurs de libelles diffamatoires. Or c'étoit le moment où la faveur de Luynes paraissoit dans tout son éclat. Il avoit contracté une illustre alliance , et, deux mois après la lettre de cachet adressée à notre poète ( le roi étoit alors à Tours pour se réconcilier avec sa mère), le favori étoit duc et pair; la comté de Maillé devenoit le duché de Luynes. Le roi écrivoit à Mole , le 22 août 1619 : ce J'ai cette affaire à cœur, mon bon naturel vous « étant connu , comme aussi les services que ledit sieur « de Luynes m'a rendus...» Le i''" janvier 1620, le nouveau duc et ses deux frères étoient créés chevaliers du Saint-Esprit. Mais le public avoit cette affaire à cœur dans un autre sens que le roi : les libelles pleuvoient*. Les trois frères étoient

Trois gueux changez en demy-dieux, Dont Tun est, pour mieux pouvoir plaire, Devenu cornard volontaire.

On faisoit dire à la duchesse de Luynes : Je captive dessous nioy Des roys le plus puissant roy,

1 . Recueil des pièces les plus curieuses qui ont esté faites pendant le règne du connestable M. de Luynes, 1628, 4^ édi-

SUR Théophile. xxiij

J'ay la faveur de sa couche.

De LujTies le sçait bien ; Par prudence il n'en dit rien , Son bonheur retient sa bouche.

Dans ces pièces, Théophile n'étoit pas épargné; car il est dit dans les Conlre-véritéz de la cour :

Je trouve

Qu'il n'est auprès du roy que des gens bien hardis ; Que Théophile va tout droict en Paradis.

Cependant tout semble indiquer qu'il fut soupçonné, et Toilà à quoi sert la réputation d'homme d'esprit. Dans son ode au Roy : Celuy qui lance le tonnerre , le poète se défend d'avoir médit. A son retour, il s'empresse, aux dépens de sa franchise, de louer le favori, et confesse que, par son silence, il s est rendu complaisant aux injustices de l'envie. 11 parle du premier effroy dont le fit pâlir la menace du Pioi. Dans une ode à Monsieur de Losières, il proteste que

.. Jamais encore l'envie D'escrire un pasquin ne le prit.

J'ayme bien mieux ne dire mot Du plus infâme et du plus sot Et me sauver dans le silence , Que d'exposer mal à propos A l'effort d'une violence Ma renommée et mon repos.

Ce grand duc redouté de tous , Dont je ne souffre le couroux Pour aucun crime que je sçache, Me menace d'un chastiment Contre qui l'ame la plus lasche Fremiroit de ressentiment.

tion, in-8. L'une d'elles porte ce titre singulier : Les admirables proprietez de l'Absynle, nommée des Espagnols Alozna^ des Italiens Asseniio, des Allemands Wermut , des Polonois Fyo- Lin , des Arabes Affinilium , et des François l'hèilc de IWlayne, Malherbe s'est souvenu de ce jeu de mots.

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Enfin il semble qu'un peu de galanterie soit mêlée làdedans, car il dit à sa Cloris :

Vos yeux gouvernent les pensées Des anies les plus insensées Et les bornent de toutes parts , Et la plus aigre mesdisance N'est qu'honneur et que complaisance Aux attraicts de vos doux regards.

Moy qui suis devenu perfide Contre les dieux que j'adorois.

Et dont rame n'a plus de guide Sinon l'empire de vos loix...

En fait de pièces satiriques portant le nom de Théophile, nous ne connaissons qu'un Tableau satyrique des Pères de la Société, en vers, diatribe in-8, de trente pages, qui contient des injures grossières contre les jésuites et qu'on n'a jamais reprochée à Théophile :

Cruelle engeance de vipère Qui en naissant crève sa mère...

Société non point du Christ, Mais bien plus tost de l'Antéchrist.

Il est inutile de dire que les jésuites sont accusés d'avoir assassiné Henri IV,

Roy dont Tinvincible vaillance Redonna la France à la France.

Ce sont les meilleurs vers de la pièce. Quoi qu'il en soit, il se retira à Boussères , chez son père. Il ne s'y trouva sans doute pas en sûreté , car il gagna Montpellier, où il coraptoit trouver asile chez le baron de Panât, ce gentilhomme huguenot qui fut disciple de Lucilio Vanini, briîlé à Toulouse pour blasphèmes contre Jésus- Christ, le 19 février 1619. « Il retira Théophile , dit Tallemant , et pensa lui-même être pris par le prévôt, w Le baron somma Théophile de déguerpir.

Mon âme de frayeur fust-elle point saillie Lorsque Panât nie fist sabrutalle saillie. Que les armes au poing, accompagné de deux. Il me fit voir la mort en son teint plus hideux? Je croyois bien mourir, il le croyoit de mesme;

SUR IHEOPHILE. XXV

Mais pour cela le front ne me devint point blesme , Ma voix ne changea point, et son fer inhumain A me voir si constant luy trembloit à la main.

Encore un accident , aussi mauvais ou pire, Me plongea dans le sein du poissonneux empire , Au milieu de la nuict, oii le front du cioissant,

D un petit bout de corne à peine apparoissant ,

Sembloit se retirer et chasser les ténèbres ,

Pour jeiter plus d'effroy dans des lieux si funèbres.

Enfin, pour Tachever, il est exposé aux coups de la foudie :

Il (le toiinerre) brusla mes voisins, il me couvrit de feu, Et si pour tout cela je le craignis bien peu.

Des Barreaux, lui aussi, bravoit le tonnene ; mais dans des circonstances moins critiques ' . Théophile était serré de près, et il fui obligé d'aller dans les Pyrénées tenir compagnie aux ours et aux serpents. Il le dit au Roi en vers bien frappés. La vérité est que ïamitié d'un marquis favorable divertit ses soucis, sans parler û\ine grande chère

Qui deux fois chaque jour enchantoit sa misère ;

et il recommande à un ami d'apprêler ses bons vins pour son retour.

Cette persécution se calma cependant , sans doute par lintercessioD du duc de Montmorency, et Théophile put passer tranquillement l'hiver à Boussères , où un ami, qui lavoit suivi, nous apprend, dans une mauvaise ode, qu'ils nouaient leurs ennuis passez

Dedans le nectar de Boussères.

La se voit un petit château , Joignant le pied d'un grand coteau, Ou Eacchus séant en son thrôue, Haut eslevé sur un arceau , Estend ses bras au bord de Teau , Le long des rives de Garonne...

1. « Voilà bien du bruit pour une omelette au lard ! dit-il, un jour de jeune , en jetant le plat par la fenêtre. » (Voltaire.)

xxvj Notice

Le poète faisoil là des vers tout d'une haleine^ et son ami aussi.

Depuis peu j'en escris plus d'autant chasque jour; Je finis un travail que ton esprit, qui gouste Les doctes sentiments, trouvera bon sans doute : Ce sont les saincts discours d'un favory du ciel, Qui trouva le poison aussi doux que du miel, Et qui dans la prison de la cité d'Athènes Vit lascher sans regret et sa vie et ses chaînes.

S'il fit lout d'une haleine sa belle ode : Celuy qui lance le tonnerre, etc.,

cette fois-là, du moins, il eut l'inspiration lyrique. Il affectoit de faire contre mauvaise fortune bon cœur : a Cette disgrâce n>st que. paroles qui ne sont que vent. « Oa m'a chassé de la cour, où je n'avois que faire. Si on « me presse encore à sortir de France, quelque part de ce l'Europe où je veuille aller, mon nom m'y a fait des « cognoissances. » Mais l'imprudent, qui vient d'être banni, prépare, sans le savoir, des matériaux pour un procès futur qui le menace d'être brûlé en place de Grève. A Agen, en compagnie du maréchal de Roquelaure, il a la curiosité d'aller voir une fille possédée (plus tard on dira qu'il fit effort en son endroit : singulier exorcisme !) ; il dit publiquement que c'étoit rêverie et sottise de croire qu'il y eût des diables , et que ce que l'on en disoit n'étoit que pour abuser le monde. Il a fait un récit piquant de cette aventure, et on peut le comparer à un sonnet de du Bellay. Mais ce dernier avoit confié son ironie au papier ; Théophile avoit ouvertement tourné en dérision un fait très fréquent alors , dont certains prêtres tiroient parti, et qui, même au dix-huitième siècle, admettoit difficilement la contradiction. Puis il étoit huguenot, et il avoit affaire à un prêtre qui venoit exorciser cette fille deux fois la semaine, non pas sans doute à la manière de Théophile. La fourberie fut dévoilée ; mais il avoit eu maille à partir avec le clergé. Les jésuites s'en souvinrent plus tard. Le poète ne se contentoit pas de traiter un sujet

SUR Théophile. xxvij

qu'il regardoit comme très religieux ; il saisissoit toutes les occasions de faire des odes pour que son nom ne fût pas oublié à la cour. Ainsi, la ligue des mécontents, en 1620, donne lieu au huguenot, qui médite déjà sa conversion , de recommander au roi les coups d'épée , comme saiulaire appareil.

Contre ces esprits insensez

Qui se tiennent intéressez

En la calamité publique,

Selon la loi que nous tenons ,

Il ne faut point qu'un roy s'explique

Que par la bouche des canons.

Les forts bravent les impuissans.

Les vaincus sont obeyssans,

La justice estouffe la"'rage :

II les faut rompre sous le faix;

Le tonnerre finit l'orage,

Et la guerre apporte la paix.

11 chante la paix de 1620, et les jeux, les dances y Vamour, tout ce qu'il regrette. Cette ode, si elle étoit moins inégale, seroit une de ses meilleures pièces; il y a du m.ouvement, de Ténergie. Il paroît qu'il avoit quitté Boussères pour se joindre à l'armée royale :

Je vis de quel sanglant orage L'enfer se déborda sur nous , Et voulus mal à mon courage De m'avoir fait venir aux coups.

Une gasconnade intéressée ! C'est ici que se place le voyage à Tours , fort agréablement raconté dans les fragments d'une hisloire comique. Théophile étoit accompagné de son fidèle Achates , huguenot comme lui. Ce dernier faillit se faire lapider, avec le poète, pour n'avoir pas salué lors du passage du saint Sacrement. L'affaire se termina bien, grâce à l'intervention d'un vieil homme de robbe longue , qui conduisit les deux amis dans la maison du magistrat, où ils fureni retenus à dîner. Le lecteur voudra connoître le reste , et il ne regrettera pas sa lecture.

L'audace du poète banni étoit plus grande encore

xxviij Notice

vis à vis des puissances de la terre, puisque le duc de Luynes menaça du bâton fauteur supposé des pasquins qui couroient contre lui. L'ode à M. de Losières est de cette époque, et, d'après ce vers des Conlre-verilez de la cour :

Je voy Luyne au lever du marquis de Themine,

il semble que Théophile avoit bien choisi son intercesseur. Il fallut cependant partir pour l'Angleterre. Nous ne savons pas pourquoi M. IJazin a mis en doute ce voyage. L'ode sur une tenipi'sie qui s'esteva comme il e.<itoit prcst de s'embarquer pour partir en Angleterre; l'épigramme sur le roi Jacques, qui refusa de voir le poète; l'ode et la lettre au marquis, depuis duc de Buckingham, prouvent que ce voyage a eu lieu. Mais l'éloignement de Théophile fut de courte durée. La pièce : Eslreine au Pioy , semble un remorciement antidaté, postérieur au jour de l'an 1G21. 11 estditdans l'interrogatoire préparé par Mole que Théophile auroitété deux ans hors de France; il suivit l'armée, au commencement de l'année 1621 , lors de l'expédition contre les protestants. L'exil dura donc un peu moins de deux ans. Notre p^ièce ' est bonne à consulter : « Comme il eut a perdu la veuë de ce soleil de la France, il veid qu'il « falloit moyenner son retour, ce qu'il ne pouvoit faire « qu'en promettant de mieux vivre et n'escrire jamais « rien qui offençast l'honneur de Dieu, de l'Eglise, ny ft des Saincts. Il fit veoir le Roy par des gens de mérite ce et de crédit, afin de faire supplier Sa Majesté de le « remettre en sa grâce , luy faire continuer sa pension , « et luy donner moyen de veoir quelqu'un à (jui se <( reconcilier. Ce prince , plus aise de gaigner une âme ce à Dieu que de l'affaire qu'il eust d'un tel homme, <.( après avoir esté prié par beaucoup de seigneurs qui ce 1 asseurèrent qu'il vivroit mieux à l'ad venir, et qu'il ce disoitquecequ'onlecroyoitateiste etoitfaux ; que pour ce le bien monstrer il avoit escrit un livre de l'immortalité

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