‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 42 sur 62 · A MADAMOISELLE DE L · texte numérisé non relu

A MADAMOISELLE DE L

onne un peu de relasche au d ueil qui t'asurpris;

Ne t'oppose jamais aux droits de la nature ,

Et pour l'amour d'un corps ne mets point tes es- Dedans la sépulture. [prits La mort, dans tes regrets à toy se présentant. Te fait voir qu'elle n'est qu'horreur et que misère ; Pourquoy donc tasches-tu qu'elle t'en face autant

Qu'elle a fait à ton père ?

Quoy que l'affection te fasse discourir. Tes beaux jours ne sont point en estât de le suivre; Comme c'estoit à luy la saison de mourir,

C'est la tienne de vivre.

11 estoit las d'honneur, de fortune et de jours, Tes jeunes ans ne font que commencer la vie. Et, si tu vas si tost en achever le cours.

Que deviendra Livie ?

A Madamoiselle de L. 2i3

Remets pour l'amour d'elle encore ces appas Qui s'en vont effacez dans ton visage sombre, Et qu'un si long chagrin ne te maltraicte pas

Pour contenter une ombre.

Il est vray qu'un tel mal est fascheux à guérir, Et, de quelque vigueur que ton esprit puisse estre, Il te faut souspirer lorsque tu vois périr

(>eluy qui t'a faict naistre.

Encore ses vertus touchoient ton amitié Au delà du devoir où la nature oblige, Si bien que la raison approuve la pitié

Pour l'ennuy qui t'afflige.

Ses conseils sçavoient rendre un roy victorieux , Son renom honoroit et la paix et la guerre , Et je croy que l'envie est cause que les Cieux

L'ont osté de la terre.

Mais aussi, quel climat n'en a du desplaisir? L'Europe à son subject se plaint contre les Parques Autant que si leurs lacs estoient venus saisir

Quelqu'un de ses monarques.

Je voy comme le Ciel, pour soulagv^r ton dueil, Veut que tout l'univers à tes souspirs responde, Et, pour t'en exempter, ordonne à son cercueil

Les pleurs de tout le monde.

Toutesfois tous ces cris sont des soms superflus ; Nos plaintes dans les airs sont vainement poussées : Un homme ensevely ne considère plus

Nos yeux ni nos pensées.

Sçachant qu'il a rendu ce qu'on doit aux autels, Tu dois estre asseuré de sa béatitude, Ou ton esprit troublé croit que les Immortels

Sont plems d'ingratitude.

Tes importuns regrets se rendront criminels ; Ton père en son repos ne trouvera que peine, Puisqu'il semble estre admis aux plaisirs éternels

2i4 Stances.

Pour te mettre à la geine.

Le mal devient plus grand lors que nous Tirritons. Reviens dans les plaisirs que la jeunesse apporte : C'est un grand bien de voir fleurir les rejetions

Lors que la souche est morte.

Un homme de bon sens se mocque des malheurs ; Il plaint esgallement sa servante et sa fille. Job ne versa jamais une goutte de pleurs

Pour toute sa famille.

Après t'estre affligé, pense à te resjouyr : Qui ta faict la douleur ta laissé les remèdes. 11 fie te reste plus que de sçavoir jouir

Des biens que tu possèdes, Arreste donc ces pleurs vainement respandus ; Laisse en paix ce destin que tes douleurs détestent. Il faut, après ces biens que nous avons perdus,

Sauver ceux qui nous restent.

STANCES

ans ce temple où ma passion Me mit dedans le cœur les beautés de ma dame Je benissois l'amour, encore que sa flamme Destournast ma dévotion.

Au lieu de penser à nos Dieux J adorois, vous voyant, l'image de Diane, Et m'estimois heureux de devenir profane En me consacrant à vos yeux.

Ce fut avec de mesmes traicts Que la mère d'Amour perça le cœur d'Anchise ; Suis-]e pas glorieux de donner ma franchise , A la mercy de ses attraits?

A ce premier ravissement

Elégie, a une dame.

Mon ame triompha de se sentir blessée.

Et l'autel m'eust despieu d'oster à ma pensée

L'entretien d'un si doux tourment.

Me deust le ciel faire périr, Je mesure ma peine avecques mes années, Et l'amour se fait fort d'oster aux destinées

La puissance de me guérir.

Au poinct que ceste ardeur m'a mis, Mon superbe bon-heur s€ raocque de l'envie, Et, quelque mal qui vienne à menacer ma vie.

Je rae ris de mes ennemis.

Tout ce monde de poursuivans Me fait persévérer avecques plus de joye: Ce renommé Jason n'eust jamais eu sa proye

S'il eust craint la mer ny les vens.

Soubs fauspice de vostre loy Il n'est point de grandeur que mon esprit ne brave. Et le mesme accident qui rae faict estre esclave.

Il me semble qu'il ma faict roy.

ELEGIE

i vostre doux accueil n'eust consolé ma peine.

Mon ame languissoit, je n'avois plus de veine,

\ii 1 Ma fureur estoit morte , et mes esprits , couverts

D'une tristesse sombre, avoient quitté les vers.

Ce mestier est pénible, et nostre saincl estude

Ne cognoist que mespris, ne sent qu'ingratitude ;

Qui de noslre exercice ayme le doux soucy.

Il hayt sa renommée et sa fortune aussi.

Le sçavoir est honteux, depuis que l'ignorance

2i6 Elégie

A versé son venin dans le sein de la France.

Aujourd'huy l'injustice a vaincu la raison,

Les bonnes qualitez ne sont plus de saison ,

La vertu n'eust jamais un siècle plus barbare,

Et jamais le bon sens ne sejtrouva si rare.

r.eluy qui dans les cœurs met le mal ou le bien

Laisse faire au destin sans se mesler de rien :

Non pas que ce grand Dieu qui donne lame au monde

Ne trouve à son plaisir la nature féconde.

Et que son influence encore à plaines mains

Ne verse ses faveurs dans les esprits humains :

Parmy tant de fuseaux la Parque en sçait retordre

Où la contagion du vice n'a sceu mordre ,

Et le ciel en faict naistre encore infinité

Qui retiennent beaucoup de la divinité ,

Des bons entendemens qui sans cesse travaillent

Contre l'erreur du peuple, et jamais ne défaillent,

Et qui, d'un sentiment hardy, grave et profond.

Vivent tout autrement que les autres ne font.

Mais leur divin génie est forcé de se feindre,

Et les rend malheureux s'il ne se peut contraindre;

La coustume et le nombre authorise les sots :

11 faut aymer la cour, rire des mauvais mots ;

Acoster un brutal, luy plaire, en faire estime ;

Lors que cela m'advient, je pense faire un crime.

J'en suis tout transporté, le cœur me bat au sein;

Je ne croy plus avoir l'entendement bien sain.

Et , pour ra'estre souillé de cest abord funeste,

Je croy long-temps après que mon ame a la peste.

Cependant il faiit vivre en ce commun malheur.

Laisser à part esprit et franchise et valeur,

Rompre son naturel , emprisonner son ame

Et perdre tout plaisir pour acquérir du blasme.

L'ignorant qui me juge un fantasque resveur.

Me demandant des vers, croit me faire faveur ;

Blasme ce qu'il n'entend, et son ame, estourdie,

Pense que mon sçavoir me vient de maladie.

Mais vous , à qui le ciel de son plus doux flambeau

Inspira dans le sein tout ce qu'il a de beau ,

Vous n'avez point l'erreur qui trouble ces infâmes,

Ny l'obscure fureur de ces brutalles âmes :

Car l'esprit plus subtil . en ses plus rai es vers.

N'a point de mouvements qui ne vous soient ouverts ;

Vous avez un génie à voir dans les courages,

Et qui cognoist assez mon ame et mes ouvrages.

Or, bien que la façon de mes nouveaux escrits

Diffère du travail des plus fameux esprits,

Et qu'ils ne suivent point la trace accoustumée

Par où nos escrivains cherchent la renommée ,

J'ose pourtant prétendre à quelque peu de bruit,

Et croy que mon espoir ne sera point sans fruict.

Vous me l'avez promis, et, sur ceste promesse.

Je fausse ma promesse aux vierges de Permesse ;

Je ne veux reclamer ny Muse, ny Phœbus ;

Grâce à Dieu, bien guery de ce grossier abus,

Pour façonner un vers que tout le monde estime,

Vostre contentement est ma dernière lime ;

Vous entendez le poids, le sens, la liaison,

Et n'avez, en jugeant, pour but que la raison;

Aussi mon sentiment à vostre adveu se range,

Et ne reçoit d'autruy ny blasme ny louange.

Imite qui voudra les merveilles d'autruy.

Malherbe a très bien faict, mais il a fait pour luy ;

Mille petits volleurs l'escorchent tout en vie.

Quand à moy, ces larcins ne me font point d'envie ;

J'approuve que chascun escrive à sa façon :

J'ayme sa renommée, et non pas sa leçon.

Ces esprits mendiants , d'une vaine infertile.

Prennent à tous propos ou sa rime ou son style ,

Et de tant d'omemens qu'on trouve en luy si beaux

Joignent Tor et la soye à de vilains lambeaux ,

Pour paroistre aujourd'huy d'aussi mauvaise grâce

Que parut autresfois la corneille d'Horace.

Ils travaillent un mois à chercher comme à fils

Pourra s'apparier la rime de Memphis ;

Ce Liban, ce turban et ces rivières mornes

Ont souvent de la peine à retrouver leurs bornes;

Cet effort tient leurs sens dans la confusion,

Et n'ont jamais un rais de bonne vision.

•J'en cognois qui ne font des vers qu'à la moderne,

Qui cherchent à midy Phœbus à la lanterne ,

Grattent tant le françois qu'ils le déchirent tout,

Blasmant tout ce qui n'est facile qu'à leur goust;

Sont un mois à cognoistre, en tastant la parole.

Lors que l'accent est rude ou que la rime est mole,

Veulent persuader que ce qu'ils font est beau

Et que leur renommée est franche du tombeau.

Sans autre fondement sinon que tout leur aage

S'est laissé consommer en un petit ouvrage.

Que leurs vers dureront au monde précieux ,

Pource qu'en les faisant ils sont devenus vieux.

De mesmes lareignée, en filant son ordure.

Use toute sa vie et ne faict rien qui dure.

Mais cet autre poëte est bien plein de ferveur :

Il est blesme, transi, solitaire, rêveur,

La barbe mal peignée, un œil branslant et cave,

Un front tout renfrongné, tout le visage hâve,

Ahane dans son lict et marmotte tout seul.

Comme un esprit qu'on oit parler dans un linceul;

Grimasse par la rue, et, stupide, retarde

Ses yeux sur un object sans voir ce qu'il regarde.

Mais desjà ce discours m'a porté trop avant :

Je suis bien près du port, ma voile a trop de vent;

D'une insensible ardeur peu à peu je m'esleve.

Commençant un discours que jamais je n'achevé.

Je ne veux point unir le fil de mon subject :

Diversement je laisse et reprens mon object.

Mon ame, imaginant, n'a point la patience

De bien polir les vers et ranger la science.

La reigle me desplaist, j'escris confusément :

Jamais un bon esprit ne fait rien qu'aisément.

Autresfois, quant mes vers ont animé la sceine ,

L'ordre où j'estois contrainct m'a bien faict de la peine.

Ce travail importun m'a long-temps martyre,

Mais en fin, grâce aux Dieux, je m'en suis retiré.

Peu sans faire naufrage et sans perdre leur ourse

Se sont avanturez à ceste longue course :

tl y faut par miracle estre fol sagement ,

Confondre la mémoire avec le jugement,

Imaginer beaucoup, et d'une source plaine

Puiser tousjours des vers dans une mesme veine.

Le dessein se dissipe, on change de propos

Quand le stile a gousté tant soit peu le repos.

Donnant à tels efforts ma première furie,

Jamais ma veine encor ne s'y trouva tarie.

Mais il me faut résoudre à ne la plus presser ;

Elle m'a bien servy : je la veux caresser,

Luy donner du relasche, entretenir la flame

Qui de sa jeune ardeur m'eschauffe encore l'ame.

Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints.

Promener mon esprit par des petits desseins ,

Chercher des lieux secrets où rien ne me desplaise.

Méditer à loisir, resver tout à mon aise.

Employer toute une heure à me mirer dans l'eau ,

Ouyr, comme en songeant, la course d'un ruisseau,

Escrire dans le bois, m'interrompre, me taire.

Composer un quatrain sans songer à le faire.

Après m'estre esgayé par ceste douce erreur.

Je veux qu'un grand dessein reschauffe ma fureur;

Qu'un œuvre de dix ans me tienne à la contraincte

220 Elégie.

De quelque beau poëme où vous serez dépeinte. Là, si mes voiontez ne manquent de pouvoir, J'auray bien de la peine en ce plaisant devoir. En si haute entreprise où mon espi it s'engage, 11 faudroit inventer quelque nouveau langage. Prendre un esprit nouveau, penser et dire mieux Que n'ont jamais pensé les hommes et les Dieux. Si je parviens au but où mon dessein m'appelle. Mes vers se moqueront des ouvrages d'Apelle. Qu'Heleine resuscite : elle aussi rougira. Par toutou vostre nom dans mon ouvrage ira. Tandis que je remets mon esprit à Teschole, Obligé dès long-temps à vous tenir parole, Voicy de mes escrits ce que mon souvenir, Désireux de vous plaire, en a peu retenir.

ELEGIE

e pensois au repos, et le céleste feu iQui me fournit des vers s'allantissoit un peu. Lors que le messager qui m'a rendu ta lettre iDans ma première ardeur m'est venu tout re- J'ay d'abord à peu près deviné ton dessein. [mettre. Et dès lors que mes yeux ont recogneu ton seing , Mon sang s'est réchauffé, tes vers m'ont picqué l'ame , Et de leur propre esclal m'ont jette de la flame. Clairac en est esmeu, son fleuve en a grossi. Et, dans ce peu de temps que je t'escris cecy, D'autant qu'à ta faveur il sent flatter son onde, Lot s'est rendu plus fier que rivière du monde. Le desbord insolent de ses rapides eaux, Couvrant avec orgueil le faiste des roseaux, Fait taire nos moulins, et sa grandeur farouche Ne sçauroit plus souffrir qu'un aviion le touche. Dans l'excez delà joye où tu le viens ravir,

Elégie. 221

Ce torrent glorieux ne daigne plus servir.

Je l'ayme de l'honneur qu'il rend à ta caresse,

Et luy veux faire part aux autels que je dresse.

Resvant sur son rivage après tes beaux escrits,

Tout à coup, dans l'object d un penser qui m'a pris,

Je disois, en voyant comme son flot se pousse:

Ainsi va la fureur d'un roy qui se courrouce ;

Ainsi mes ennemis, contre moy furieux,

M'ont rendu sans subject le sort injurieux,

Et si loing estendu leur orgueilleux ravage,

Qu'à peine sur les monts ay-je veu du rivage.

Mon exil ne sçauroit où trouver seureté :

Par tout mille accidens choquent ma liberté.

Quelques déserts affreux, où des forests suantes

Rendent de tant d'humeur les campagnes puantes,

Ont esté le séjour où le plus doucement

J'ay passé quelques jours de mon bannissement.

Là, vrayment, l'amitié d'un marquis favorable ,

Qui n'eust jamais horreur de mon sort déplorable.

Divertit mes soucis, et dans son entretien

Je trouvay du bon sens qui consola le mien.

Autrement, dans l'ennuy d'un lieu si solitaire,

Où l'esprit ny le corps ne trouvent rien à faire.

Où le plus philosophe, avecques son discours,

Ne sçauroit sans languir avoir passé deux jours,

l>e chagrin m'eust saisi, sans une grande chère

Qui deux fois chaque jour enchantoitma misère :

Car je n'ay sceu trouver, de l'humeur dont je suis.

Un plus présent remède à chasser mes ennuys.

Et si, comme tu dis, vous avez tous envie

De me faire passer un jour de douce vie ,

Appreste des bons vins, mais n'en prends point d'autruy ,

Car je sçay que ton père en a de bon chez luy.

Il m'a bien obligé du salut qu'il m'envoye.

Dis-luy que cest honneur m'a tout comblé de joye,

222 Elégie.

Et qu'un pauvre banny ne croyoit pas avoir

Geste prospérité que tu m as faict sçavoir.

Ainsi t'ayme le Ciel , et jamais la disgrâce

Ne frappe ton destin ny celuy de ta race !

Si mon mal-heur s'appaise, et qu'il me soit permis

De refaire ma vie avecques mes amis,

Je verray de quel œil tu verras mon passage ;

Et, que ces vers t'en soient un asseuré message,

Possible , avant qu'un mois ayt achevé son cours,

Le soleil me rendra ces agréables jours.

Je croy que ce printemps doit chasser mon orage ;

Mon mauvais sort vaincu flattera mon courage,

Et, perdant tout espoir de m'abatre jamais,

Tout confus il viendra me demander la paix;

Et quand mon juste roy n'aura plus de cholere.

Qui m'a persécuté taschera de me plaire;

Lors, pour toute vengeance, et quoy qu'ils ayent tasché,

Je diray, sans mentir, qu'ils ne m'ont point fasché,

E t qu'un exil si plein de danger et de blasme

Ne m'a point faict changer le visage ny l'ame.

Ceux avec qui je vis sont estonnez souvent

De me voir en mon mal aussi gay que devant,

Et le mal -heur, fasché de ne me voir point triste,

Ignore d'où me vient l'humeur qui luy résiste.

C'est l'arme dont le Ciel a voulu me munir

Contre tant d'accidens qui me dévoient venir ;

Autrement un tissu de tant de longues peines

M'eust gelé mille fois le sang dedans les veines.

Mon esprit dès long- temps fust réduit en vapeur

S'il eust pu concevoir une vulgaire peur.

Mon ame de frayeur fust-elle point faillie

Lors que Panât me fit sa brutalle saillie ,

Que les armes au poing, accompagné de deux,

11 me fit voir la mort en son teint plus hideux?

Je croyois bien mourir, il le croyoit de mesme ;

Elégie, 223

iais pour cela le front ne me devint point blesme, Ma voix ne changea point, et son fer inhumain A me voir si constant luy trembloit à la main. Encore un accident aussi mauvais ou pire Me plongea dans le sein du poissonneux empire Au milieu de la nuict, où le front du croissant, D'un petit bout de corne à peine apparoissant, Serabloit se retirer et chasser les ténèbres Pour jetter plus d'effroy dans des lieux si funèbres. Lune, romps ton silence, et, pour me démentir, Reproche-moy la peur que tu me vis sentir. Que deus-je devenir un jour que le tonnerre Presque dessoubs mes pieds vint ballier la terre! Il brusla mes voisins , il me couvrit de feu, Et si pour tout cela je le craignis bien peu. Mais vrayment ce discours te doit sembler estrange. Et tu vois que ces vers sentent trop ma louange. Tu m as mis sur ce train : je te veux imiter. Et, comme tu Tas faict, j'escris pour me flatter. Adieu, ne reviens plus soliciter ma veine; J'ay faict à ce matin ces vers tout d'une haleine, Et, pour me divertir du désir de la cour. Depuis peu j'en escris plus d'autant chasque jour; Je finis un travail que ton esprit, qui gouste Les doctes sentimens. trouvera bon sans doute: Ce sont les saincts discours d'un favory du Ciel Qui trouva le poison aussi doux que le miel, Et qui, dans la prison de la cité d'Athènes, Vit lascher sans regret et sa vie et ses chaînes. Ainsi, quand il faudra nous en aller à Dieu, Puissions-nous sans regret abandonner ce lieu. Et voir en attendant que la fortune m'ouvre L'ame de la faveur et le portail du Louvre!

224 Elégie

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