‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 43 sur 62 · ELEGIE, A M. DE C · texte numérisé non relu

ELEGIE, A M. DE C

uand la Divinité, qui formoit ton essence, Vid arriver le temps au poinct de ta naissance, ;ile choisit au Ciel son plus heureux flambeau, Et mit dans un beau corps un esprit aussi beau. La trempe que tu pris en arrivant au monde Estoit du feu, de lair, de la terre et de Tonde , Immortels elemens, dont les corps si divers, Estrangement meslez , font un seul univers , Et durent enchaisnez par les liens des âmes, Selon que le destin a mesuré nos trames : Triste condition , que le sort plus humain Ne nous peut asseurer au soir d'estre demain î Ainsi te mit nature au cours de la fortune. Aussi subjecl que tous à ceste loi commune. D'un naturel fragile et qui se vient ranger A quel poinct que Thumeur le force de changer, Impatient, tardif, injurieux, affable, Despileux, complaisant, malicieux, aymable. Serf de tes passions et du commun soucy, Des vices des mortels et des vertus aussi , N'attens point qu'en ton nom honteusement j'escrive Ce qui ne fut jamais sur la troyenne rive, Que je t'appelle Achile, et que tu sois vanté Par tant de faux exploits qu'on a jadis chanté : Ces poètes resveurs, par leur plume hypocrite, De tous ces vieux héros ont trompé le mérite, Et sans aucune foy, laissant mille tesmoins, Ils nous en disent plus, mais en font croire moins : Car, du rapport trompeur d'un demy- dieu qu'on nomme, Je douteray s'il fut tant seulement un homme. Mon esprit, plein d'amour et plein de liberté,

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