‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 58 sur 62 · VENUS AUX REYNES · texte numérisé non relu

VENUS AUX REYNES

i orsque je sortis de la mer Moins couverte d'eau que de fiâmes, La beauté qui me fait aymer Me destina reyne des âmes, Et me dit que je cederois A vos yeux, qu'elle a fait mes roys .

Le Soleil, monstrant son flambeau Par Cythere et par Amathonte, Lors qu'il eust veu le mien si beau, Il faillit à mourir de houle ;

278 Balet.

Mais vous emportez aujourd'huy L'avantage que j'eus sur luy. -

L'estonnement qu'il eut aux cieux Lors que je me levay de l'onde, Je le ressens devant vos yeux, Qui sont les plus beaux yeux du monde : Astres des esprits bien-heureux , Dont mes Amours sont amoureux.

Mes petits Amours, mes Appas Et mes Grâces les plus parfaictes.

Belles reynes, sont-elles pas Aux mesmes places où vous estes?

Je sçayque véritablement Vostre cour est leur élément.

Les bords de Cypre, où mon autel, Autresfois en si belle estime, M'avoit rendu chaque mortel Tributaire d'une victime, Sont déserts à cause de vous, Qui recevez les vœux de tous.

Ces princes qu'un devoir d'amour Retenoit en ma servitude, Lassez d'un si mauvais séjour, En ont faict une solitude.

Et rendent à vos majestez Mon empire et leurs libériez.

Leur cœur, dégoûté de mes loix Aussi bien que de mon visage, Demande à captiver des roys Quelque plus glorieux servage.

Vous seules avez des liens Plus honorables que les miens.

Vos beautez font qu'avec raison Ces princes m'ont esté rebelles ; Craignez la mesme trahison,

Les N au ton nier s. 279

Quand vous ne serez plus si belles ; Mais si c'est par là seulement, Ils sont serfs éternellement.

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