‹ Œuvres complètes de Victor HugoChapitre 18 sur 46 · LE PRISONNIER · texte numérisé non relu

LE PRISONNIER

Cet homme a pour prison l'ignominie immense.

On pouvait le tuer, mais on fut sans clémence. Il vit.

Il est âr l'âpre et lugubre prison Invisible, touj ars debout sur l'horizon, L'opprobre.

Cette tour a la hauteur du songe.

Sa crypte jusqu'aux lieux ignorés se prolonge,

Ses remparts ont de noirs créneaux vertigineux,

Si vains qu'on n'y pourrait pendre une corde à nœuds,

Si terribles que rien jamais ne vous procure

Une échelle appliquée à la muraille obscure.

Aucun trousseau de clefs n'ouvre ce qui n'est plus.

On est captif. Dans quoi? Dans de l'ombre. Et reclus;

Où? Dans son propre gouffre. On a sur soi le voile.

C'est fini. Deuil ! Jamais on ne verra l'étoile

Ni l'azur apparaître au plafond sidéral.

Là, rien qui puisse rendre à l'affreux général

Cette virginité, la France point trahie.

Sa mémoire est déjà de lui-même haïe.

Pas d'enceinte à ce bagne épars dans tous les sens,

Qui va plus loin que tous les nuages passants.

Car l'élargissement du déshonneur imite

Un rayonnement d'astre et n'a point de limite.

Pour bâtir la prison qui jamais ne finit

La loi ne se sert pas d'airain ni de granit;

C'est la fange qu'on prend, la fange étant plus dure;

Cette bastille-là toujours vit, toujours dure.

Pleine d'un crépuscule au pâle hiver pareil,

Brume où manque l'honneur comme aux nuits le soleil,

Oubliette où l'aurore est éteinte, où médite

Ce qui reste d'une âme après qu'elle est maudite.

Ce misérable est seul dans cette ombre ; son front Est plié, car la honte est basse de plafond. Tant l'informe cerveau du fourbe est peu lucide. Tant est lourd à porter le poids du parricide !

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