VIT
Ils reprirent : Seigneur! Ce fut un noir moment. Les cris d'enfant surtout venaient à mon oreille ; Car, dans cette nuit-là, gouffre oîi l'équité veille, La voix des innocents sur toute autre prévaut, C'est le cri des enfants qui monte le plus haut, Et le vasrissement fait le bruit du tonnerre.
— « Seigneur! Seigneur! Seigneur! Justice pour la terre!
<r Nous sommes les martyrs, nous sommes l'équité,
« La loi sainte, l'honneur, la foi, la liberté;
« Chassés par les brigands que là-haut on encense,
« Nous sommes la vertu, nous sommes l'innocence,
<c Que Satan forgeron frappe à coups de marteau.
« Nous sommes ceux qu'on a liés au vil poteau,
« Ceux qu'égorgea le sabre et que perça l'épée;
« Nous sommes le sang tiède et la tête coupée ;
« Nous sommes ceux qu'on jette aux chiens, ceux que la dent
« Déchire, ceux qu'on brise et qu'on foule, pendant
« Que les vices lascifs et les crimes énormes
« Au-dessus de leurs fronts chantent, géants difformes
« Nous crions vers vous, père ! 0 Dieu bon, punissez!
« Car vous êtes l'espoir de ceux qu'on a chassés,
« Car vous êtes patrie à celui qu'on exile,
« Car vous êtes le port, la demeure et l'asile;
« Les oiseaux ont le nid et les hommes ont Dieu.
« Là-haut le meurtre seul est libre; c'est un jeu
« D'égorger les vivants; le droit n'a plus de base,
« Et le bien et le mal, comme l'eau dans un vase,
« Sont mêlés, et le monde est en proie à la mort.
« Au sud on tue, on pend, on extermine ; au nord
« On élargit le bagne, on élargit les fosses;
« On coupe à coups de knout le ventre aux femmes grosses;
« Le glaive a reparu, hideux, comme jadis.
« Dans Brescia, dans Milan, on a vu des bandits
« Écraser du talon le sein des vierges mortes ;
« Des vieillards aux fronts blancs massacrés sur leurs portes
« Imprimaient à leur seuil leurs doigts ensanglantés ;
« Et les petits enfants,, du haut des toits jetés,
« Étaient reçus en bas sur les pointes des piques.
« Les mines de Tobolsk, les cachots des tropiques,
« Cayenne, Lambessa, le Spielberg, les pontons
« Sont pleins de nos douleurs ! Seigneur, nous en sortons.
« Nous nous nommons le peuple, et sommes une plaie.
« Le genre humain saignant est traîné sur la claie.
« Nous venons de l'exil, nous venons du tombeau,
« Et nous VOUS rapportons l'àme, notre flambeau!
« 0 Dieu juste, il est temps que votre bras nous venge! »
— Quels sont vos meurtriers et vos bourreaux? dit l'ange.
Et d'une seule voix ils dirent : — Les soldats.
Jean à Pathmos, Manou rêvant sur les védas, N'ont rien vu de pareil à ce que je raconte.
Comme après un nuage un autre brouillard monte- Je vis alors monter de l'abîme obscurci Un autre amas informe, et l'ange dit : Ici!
Et ce groupe arriva, confus comme une ville. Devant la clarté sombre et toujours immobile. C'étaient des millions d'hommes bardés d^ fer. Comme Bordeaux en vit du temps de Gaïfer,
Cavaliers, fantassins, multitudes fatales,
Au cri rauque, au pas lourd, aux statures brutales,
A l'œil stupide, ayant des chiffres sur le front.
Quelques-uns ressemblaient aux hiboux à l'œil rond,
D'autres au léopard hurlant dans sa tanière.
Ils étaient tous vêtus de la même manière ;
Ils étaient teints de sang, des cheveux aux talons; '
Noirs, pressés, ils venaient, sauvages bataillons;
Leurs armes m'étonnaient et m'étaient inconnues.
Ils surgissaient en foule et par mille avenues.
C'étaient des légions et puis des légions,
Flot d'hommes inondant ces mornes régions,
Chaos, têtes sans nombre au loin diminuées ;
Les croupes des chevaux se mêlaient aux nuées;
Ils traînaient après eux des chariots d'airain
Avec le roulement d'un foudre souterrain.
Un grand vautour doré les guidait comme un phare.
Tant qu'ils étaient au fond de l'ombre, la fanfare,
Comme un aigle agitant ses bruyants ailerons,
Chantait claire et joyeuse au front des escadrons,
Trompettes et tambours sonnaient, et des centaures
Frappaient des ronds de cuivre entre leurs mains sonores;
Mais, dès qu'ils arrivaient devant le flamboiement,
Les clairons effarés se taisaient brusquement,
Tout ce bruit s'éteignait. Reculant en désordre.
Leurs chevaux se cabraient et cherchaient à les mordre,
Et la lance et l'épée échappaient à leur poing.
En voyant la lueur qu'ils ne comprenaient point.
Ils s'arrêtaient, courbant leurs faces étonnées;
Ils avaient ce front bas des bêtes enchaînées
Quand, le loup étant pris au piège et garrotté, L'air terrible fait place à l'air épouvanté.
0 spectacle de voir la force au pied de l'être! De voir s'évanouir le gendarme et le reître. Hommes, glaives, chevaux, clairons, férocité, Tout le sombre ouragan, devant cette clarté !
L'ange dit: — Qu'êtes-vous?
— Nous sommes les armées.
Alors, pâles, debout, les ombres ranimées Crièrent, écartant les linceuls de leurs seins :
— Malheur! malheur! malheur à tous ces assassins!
Et l'ange dit, levant les bras pour les confondre :
— Vous avez entendu, Qu'avez-vous à répondre? Et les morts répétaient : — Malheur aux assassins!
— Répondez, cria l'ange.
,-lors ces lourds essaims, Ces soldats plus nombreux que les épis des plaines, Dirent :
— Ce n'est pas nous, ce sont nos capitaines. Nous dûmes obéir à leur ordre inhumain; Nous n'étions que le glaive, eux, ils étaient la main. C'est sur eux, non sur nous, que le crime retombe. —
L'ange, vers la hieur calme comme une tombe, Leva, grave et pensif, son œil fixe aux cils blonds, Puis, se tournant, il fit un signe aux aquilons.
Les vents ayant soufflé, ces hommes disparurent.
LA VISION DE DANTE. h^X
Puis au fond de la nuit les aquilons coururent Et revinrent, poussant une nuée encor.
Et ce uuage était plein de fantômes d'or.
Il s'ouvrit devant l'an^-e avec un sourd tonnerre.
Je vis des commandants sur leurs chevaux de guerre,
L'épée au flanc, la plume au front, l'air irrité,
Debout sur la nuée avec autorité.
Des flammes dans leurs yeux et du sang dans leurs bouches;
Triomphants, quelques-uns très vieux, et plus farouches
Que les durs Tentâtes et les noirs Irmensuls.
Ils tenaient des bâtons comme font les consuls.
Et l'ange leur cria : — C'est vous les capitaines? — C'est nous. Que nous veux-tu?
un LA LÉGENDE DES SIÈCLES.
— Silence aux voix hautaines!
Regardez cet oiseau qui dort, et taisez-vous! Dit l'ange; et, dérangeant sa robe avec courroux, Il leur montra la foudre en son sein endormie
Il reprit : — Vous avez ainsi qu'une ennemie
Traité la race humaine; où vous avez passé
Tout est mort, l'herbe a crû; vous avez écrasé
Les femmes, les enfants, les vieillards aux fronts chauves,
Et lâché vos soldats comme des bêtes fauves;
Vous avez relevé le glaive et l'échafaud,
Brisé la loi d'en bas, bravé la loi d'en haut;
Vous êtes devant Dieu; qu'avez-vous à répondre?
Comme devant la braise on voit la cire fondre. Ces noirs victorieux tombèrent à genoux, Et, criant et pleurant, dirent :
— Ce n'est pas nous!
Ce n'est pas nous, Seigneur! Seigneur, ce sont les juges. Après les châtiments, les fléaux, les déluges. Les hommes ont assis sur des sièges sacrés D'autres hommes savants, austères, vénérés. Pour être au milieu d'eux comme la loi vivante. Seigneur, quand nous frappions, tous ces juges qu'on vante Disaient : — Vous faites bien. Tuez. Versez le sang.
LA VISION ni- DANTE. 493
Ceci, c'est le coupable. — Or c'était l'innocent. Nous ne le savions pas. Nous, troupe au mal poussée. Nous n'étions que le bras, ils étaient la pensée; Nous n'étions que la force, eux, ils étaient l'esprit. Nos meurtres sont leur crime!
Et l'archange reprit — Allez! —
Tout s'efîaça comme un flocon d'écume.
L'ange leva le doigt, et je vis, dans la brume, Monter et croître au fond des brouillards épaissis Une espèce de cirque, et là, muets, assis, Un tas d'hommes vêtus d'hermine et de simarres, Et je vis à leurs pieds du sang en larges mares, Des billots, des gibets, des fers, des piloris. Ces hommes regardaient l'ange d'un air surpris; Comme, en lettres de feu, rayonnait sur sa face Son nom. Justice, entre eux ils disaient à voix basse — Que veut dire ce mot qu'il porte sur son front?
L'ange cria :
— Malheur à ceux qui mentiront!
Vos noms? parlez! —
Et tous semblaient vouloir se taire.
— Vous êtes, dit l'esprit, les juges de la terre.
De vous tous qui teniez le livre de la loi
Pas un ne me connaît, mais je vous connais, moi.
Écoutez. Vous avez trahi le droit auguste,
Absous les scélérats, condamné l'homme juste.
Et lié l'innocence aux piedé du crime heureux.
Quand le massacre, ouvran'c ses ongles ténébreux,
Planait sur la cité qui lutte et qui s'effraie,
Vous avez comme un aigle adoré cette orfraie;
Quand les soldats noyaient dans le meurtre les lois,
A leurs cris furieux vous mêliez votre voix.
Vous mettiez votre bouche à leurs clairons de cuivre*.
C'est vous qui, de la loi tenant toujours le livre,
Des martyrs aux brigands partagiez les habits;
C'est vous qui livriez aux tigres les brebis ;
C'est vous qui des héros traîniez les agonies
Du carcan au gibet, du bagne aux gémonies,
Juges; et le bourreau d'épouvante vêtu.
Voyant qu'on lui disait d'égorger la vertu.
Jw\ VISION DE DANTE. 495
Pensait dans son esprit : Ces hommes-là se trompent. Vous vous êtes assis aux festins qui corrompent, Vous avez applaudi le mal, ri du remords. Et vous avez craché sur la face des morts. 0 juges, ce sont là des choses exécrables. Qu'avez-vous à répondre ?
Alors ces misérables, Tombant hors de leur siège et se prosternant tous, Tremblant et gémissant, dirent :
— Ce n'est pas nous.
— Mais qui donc est coupable alors?
— Ce sont les princes.
La terre est par les rois divisée en provinces. Nous renvoyons aux rois toutes nos actions. Les princes commandaient; nous leur obéissions. Seigneur, car de tout temps les prêtres et les mages Nous ont dit que les rois, ô Dieu, sont vos images.
L'ange dit : — Amenez les images de Dieu. Des êtres monstrueux parurent
Du milieu De l'abîme on les vit surgir dans l'ombre impure. L'un ressemblait au meurtre et l'autre à la luxure, L'autre à la fraude, l'autre à l'orgueil, celui-ci Au mensonge, et d'horreur je demeurai saisi, Car ils avaient du mal toutes les ressemblances. A travers cette nuit, les brouillards, les silences. Dans ce gouffre sans fond de toutes parts béant. Dans ces immensités qu'emplissait le néant, Ils se dressaient, le sceptre appuyé sur l'épaule ; Les uns, Molochs blanchis par les neiges du pôle, D'autres ayant au front un reflet du midi, Tous habillés de pourpre et d'or, l'œil engourdi, L'air superbe, l'épée au flanc, couronne en tète. Globe en main; chacun d'eux était seul sur le faîte D'un trône, comme un roi d'Édom ou d'issachar. Et chaque trône était porté sur un grand char. Devant chaque fantôme, en la brume glacée, Ayant le vague aspect d'une croix renversée Venait un glaive nu, ferme et droit dans le vent, Qu'aucun bras ne tenait et qui semblait vivant.
Les vapeurs au-dessous flottaient basses et lentes.
Les chars étaient traînés par des bêtes volantes,
Monstres inconnus même au gouffre sans clarté ;
Attelages impurs ! L'un était emporté
Par des tigres ailés au pied large, aux yeux mornes,
L'autre par des griffons, l'autre par des licornes,
L'autre par des vautours à deux têtes, ayant
Des diadèmes d'or sur leur front flamboyant.
Tous ces monstres poussaient des cris, battaient de l'aile,
Tantôt mêlés, tantôt en ligne parallèle.
Les trônes approchaient sous ces lugubres cieux;
On entendait gémir autour des noirs essieux
La clameur de tous ceux qu'avaient broyés leurs roues;
Ils venaient, ils fendaient l'ombre comme des proues;
Sous un souffle invisible ils semblaient se mouvoir;
Rien n'était plus étrange et plus farouche à voir
Que ces chars eff'rayants tourbillonnant dans l'ombre.
Dans le gouffre tranquille où l'humanité sombre.
Ces trônes de la terre apparaissaient hideux.
Le dernier qui venait, horrible au miheu d'eux.
Était à chaque marche encombré de squelettes
Et de cadavres froids aux bouches violettes.
Et le plancher rougi fumait, de sang baigné ;
Le char qui le portait dans l'ombre était traîné
Par un hibou tenant dans sa griffe une hache.
Un être aux yeux de loup, homme par la moustache,-
Au sommet de ce char s'agitait étonné.
Et se courbait furtif, Uvide et couronné.
lys LA LÉGENDE Dli S SIÈCLES.
Pas un de ces césars à l'allure guerrière Ne regardait cet homme. A Técart, et derrière, Vêtu d'un noir manteau qui semblait un linceul, Espèce de lépreux du trône, il venait seul; Il posait les deux mains sur sa face morose Comme pour empêcher qu'on y vît quelque chose; Quand parfois il ôtait ses mains en se baissant, En lettres qui semblaient faites avec du sang On lisait sur son front ces trois mots : Je le jure.
Quoiqu'ils fussent encore au fond de l'ombre obscure. Hommes hideux, de traits et d'âge différents. Je les distinguais tous, car ils étaient très grands. Je crus voir les titans de l'antique nature. Mais ces géants brumeux décroissaient à mesure Qu'ils s'éloignaient du point dont ils étaient partis. Et, plus ils approchaient, plus ils étaient petits. Ils rentraient par degrés dans la stature humaine ; La clarté les fondait ainsi qu'une ombre vaine ; Eux que j'avais crus hauts plus que les Apennins, Quand ils furent tout près de moi, c'étaient des nains. Et l'ange, se dressant dans la brume indécise. Etait penché sur eux comme la tour de Pise.
LA VISION DE DAiNTE. -lUi)
Et les glaives s'étaient éclipsés.
L'ange dit :
— Qu'êtes-vous?
Et le groupe à ses pieds répondit :
— Rois, et maîtres de tout, du droit de nos ancêtres.
— Rois! vous êtes les rois, vous n'êtes pas les maîtres, Dit l'ange. Allons, venez, c'est l'heure, arrivez tous. Vous voilà donc enfin, princes! D'où sortez-vous? 0 princes, vous sortez, et je vais vous le dire, Des forfaits, des fureurs, du meurtre et du délire. Des deuils, des faux serments dont l'homme est éperdu Et du sang innocent à grands Ilots répandu. Vous sortez des palais qu'habite la démence. Des fortins, des charniers, et de la plainte immense Du monde entier criant vers le haut firmament!
Rois! l'homme n'est pas fait pour votre amusement. Rois! la terre est un temple et non pas une étable. Le tyran, dans l'orgie, accoudé sur la table. Commande au crime, et Dieu commande au châtiment. Princes, avant que Dieu regarde froidement Tout le sang qui ruisselle autour de vos armures, Les astres tomberont comme des figues mûres Qui tombent d'un figuier secoué par le vent. 0 rois qui massacrez sous l'œil du Dieu vivant, La voix du genre humain contre vos fronts s'élève. Plus nombreux que les flots gémissant sur la grève, Les morts auprès de Dieu, rois, vous ont précédés. Otez votre couronne, accusés, répondez.
Tous ces crimes abjects, mêlés au vice immonde, Les avez-vous commis?
Et ces maîtres du monde Tremblèrent comme l'arbre au vol des ouragans. Et l'ange regardait pâlir ces arrogants; Et chacun d'eux, pareil au renard qui s'échappe, Criait :
— Ce n'est pas nous !
— Et qui donc?
— C'est le pape.
Seigneur, vous aviez mis parmi nous ce docteur. Il était le semeur, il était le pasteur.
Il enseignait d'en haut comme votre vicaire.
Nos trônes faisaient cercle autour de cette chaire.
Nous écoutions son verbe ainsi que votre voix.
Il nous disait : « Je suis celui qui parle aux rois;
« Quiconque me résiste et me brave est impie.
« Ce qu'ici-bas j'écris, là-haut Dieu le copie.
« L'église, mon épouse, éclose au mont Thabor,
« A fait de la doctrine une cage aux fils d'or,
<c Et comme des oiseaux j'y tiens toutes les âmes.
<c Seul je suis le mystère et seul j'ai les dictâmes.
« Rois, obéissez-moi selon qu'il est écrit.
« Quand vous me regardez, vous voyez Jésus-Christ.
(( Je fais et je défais la loi quand je la touche,
<c Et l'explication de tout est dans ma bouche ;
<c Je suis l'homme-justice et l'homme-vérité. »
Or, quand nous abattions droit, peuple, liberté,
Quand nous eûmes tué le tribun et l'apôtre,
Nous étions d'un côté, les morts étaient de l'autre.
Nous lui dîmes : — Quels sont les bons et les pervers?
Et cet homme leva la main, et l'univers
Vit descendre. Seigneur, de cette main suprême
Sur nous l'apothéose et sur eux l'anathème ;
Quand nous exterminions l'aïeul aux pas tremblants.
Ce vieillard nous criait : Malheur aux cheveux blancs!
Quand nous percions l'enfant au ventre de sa mère.
Il nous criait, debout au fond du sanctuaire,
Devant la mère froide et devant l'enfant mort :
L'enfant était coupable et la mère avait tort!
Il faisait, pour punir quiconque pense et rêve,
Jaillir des crucifix sous les éclairs du glaive!
Sa main, plus que nos bras, multipliait les coups.
Répondez, Pazzoli, Simoncelli, vous tous!
Cet homme interrompait la messe à l'offertoire,
Ce prêtre rejetait la gorgée au ciboire,
Seigneur, pour faire signe au bourreau de frapper,
Et lui montrer du doigt les têtes à couper.
Sa ceinture servait de corde à nos potences.
Il liait de ses mains l'agneau sous nos sentences;
Et quand on nous criait : Grâce ! il nous criait : Feu !
C'est à lui que le mal revient. Voilà, grand Dieu,
Ce qu'il a fait; voilà ce qu'il nous a fait faire.
Cet homme était le pôle et l'axe de la sphère ;
Il est le responsable et nous le dénonçons!
Seigneur, nous n'avons fait que suivre ses leçons.
Seigneur, nous n'avons fait que suivre son exemple.
Nos forfaits sous ses pieds sont nés dans votre temple;
Il nous a mis l'enfer dans l'âme au lieu du ciel.
Lui seul porte le poids du crime universel!
Et l'archange cria :
— Faites venir cet homme!
Alors les sept clairons dirent :
— Pape de Rome!
Mastaï! Mastaï! nous t'appelons sept fois. Viens rapporter à Dieu les peuples et les rois.
Car l'Éternel t'attend, assis sur les nuées. Toutes les profondeurs frémirent, remuées. Un vieillard blanc et pâle apparut dans la nuit.
Debout, morne, il tremblait comme un homme qui fuit. Et des mains le tenaient au collet dans la brume. Vêtu de lin plus blanc qu'un encensoir qui fimie, Il avait, spectre blême aux idoles pareil. Les baisers de la foule empreints sur son orteil. Dans sa droite un bâton comme l'antique archonte, Sur son front la tiare, et dans ses yeux la honte. De son cou descendait un long manteau doré, Et dans son poignet gauche il tenait, effaré. Comme un voleur surpris par celui qu'il dérobe, Des clefs qu'il essayait de cacher sous sa robe. 11 était effrayant à force de terreur.
Quand surgit ce vieillard, on vit dans la lueur
L'ombre et le mouvement de quelqu'un qui se penche.
A l'apparition de cette robe blanche,
Au plus noir de l'abîme un tonnerre gronda.
L'archange, tout à coup terrible, regarda,
De cet œil flamboyant que vit luire Sodome,
L'ombre profonde, et dit :
— Connaissez-vous cet homme?
Alors, de tous les points de ces immensités,
Tous, — car je m'aperçus que tous étaient restés, —
Des flancs de la nuée et du bord des abîmes.
De toutes parts, en haut, en bas, tyrans, victimes,
Mères, enfants, vieillards, les juges, les jugés.
Les égorgeurs mêlés avec les égorgés,
Les grands et les petits, les obscurs, les célèbres.
Tous ceux que j'avais vus passer dans les ténèbres,
Avançant leur front triste, ouvrant leur œil terni.
Fourmillement affreux qui peuplait l'infini,
Tous ces spectres vivant, parlant, riant naguère.
Martyrs, bourreaux, et gens du peuple et gens de guerre,
Regardant l'homme blanc d'épouvante ébloui,
Élevèrent la main et crièrent : C'est lui.
Et pendant qu'ils criaient, sa robe devint rouge.
Au fond du gouffre où rien ne tressaille et ne bouge Un écho répéta : — C'est lui ! — Les sombres rois Dirent : — C'est lui! c'est lui! c'est lui! voilà sa croix! Les clefs du paradis sont dans ses mains fatales. — Et l'homme-loup, debout sur les cadavres pâles Dont le sang tiède encor tombait dans l'infini, Cria d'une voix rauque et sourde : — 11 m'a béni !
Et la lueur soudain grandit, funèbre et pure, Et devint formidable ainsi qu'une figure. Il semblaif que ce fût le jour qui se levait.
L'ange, pareil au lys que la candeur revêt, Dit au vieillard :
— Ecoute et vois. Le juge est proche.
Tu sais pourquoi tu viens et ce qu'on te reproche, Réponds. —
Lui se tourna vers l'ange en frissonnant, Et je vis le spectacle horrible et surprenant D'un homme qui vieillit pendant qu'on le regarde. L'agonie éteignit sa prunelle hagarde, Sa bouche bégaya, son jarret se rompit. Ses cheveux blanchissaient sur son front décrépit, Ses tempes se ridaient comme si les années S'étaient subitement sur sa face acharnées, Ses yeux pleuraient, ses dents claquaient comme au gibei Les genoux d'un squelette, et sa peau se plombait, Et, stupide, il baissait, à chaque instant plus pâle, Sa tête qu'écrasait la tiare papaîe.
L'anpre dit:
— Comprends-tu, vieillard, ce que tu vois^
11 frappa sa poitrine et demeura sans voix. Et je vis, ô terreur! qu'il vieillissait encore. Farouche, il regardait cette lugubre aurore Et la robe de sang dont il était vAtu.
L'ange reprit :
LA VISION DE uANTE. 20"}
— Voyons, défends-toi, parle; as-tu, Pour lui jeter ta faute et pour qu'il en réponde. Au-dessus de ta tète un être dans ce monde?
Et l'homme répondit :
— Je n'ai que vous, mon Dieuî
Alors je crus voir luire un rayon du ciel bleu, Des sept anges rêveurs les clairons se baissèrent. Le gouffre, que les nuits insondables enserrent. Frémit comme frémit l'oiseau pris au lacet. Et l'espace entendit une voix qui disait :
aVI
<i Les vivants sous le ciel tremblent, souffrent et pleurent ; « La vertu, la raison et la sagesse meurent;
« Le crime est couronné.
« L'homme récolte ici ce que là-bas il sème. « Mastaï, Mastaï, Pie appelé neuvième,
« Approche, infortuné!
« Nul ne s'évade. Ici les choses sont connues, « Les os sont transparents et les âmes sont nues;
« Ici tout est clartés ; « L'ombre de l'homme prend la forme de sa vie, « La justice affamée ici n'est assouvie
« Que de réalités.
« Quand les princes foulaient aux pieds les multitudes, « Transformaient des pays vivants en solitudes,
« Dressaient les échafauds, « Et marchaient sur le peuple, affreux, vainqueurs, superbes, « Comme le moissonneur à grands pas dans les herbes
« Marche avec une faulx;
« Tandis que l'orphehn pleurait avec la veuve, « Et que l'humanité gémissait comme un fleuve,
« Et qu'eux étaient joyeux, « Et qu'ils pillaient le peuple avec leurs économes, « Tandis que tous ces rois versaient le sang des hommes
« Comme moi l'eau des cieux ;
<t Tandis que des couteaux ils aiguisaient les pointes « Toi, tu les bénissais ; tu tombais les mains jointes
« A genoux sous un dais, « Et tu me rendais grâce à moi, souverain maître, « Ne t'imaginant pas que j'existais, ô prêtre,
« Et que je t'entendais!
« Me voici. Vois ma face; et sache que j'existe. « 0 malheureux, regarde eu toi-même et sois triste.
« Une main t'a saisi ; c( Comme une vision rappelle-toi le monde; « Ceci c'est ma clarté ; le reste est nuit profonde ;
« C'est moi qui suis ici!
<( Sache que c'était moi qui t'avais mis au faîte, (c Le jour où, proclamé roi, pontife et prophète,
<c Joyeux, tu te courbas»
« Tandis qu'on t'enivrait d'un hymne de victoire, « Et que tout l'univers te chantait dans ta gloire,
« Je t'ai parlé tout bas ;
<c Je t'ai dit : — Mastaï, je te charge des hommes. « Voici la clef du coffre et le compte des sommes
« Qu'il faudra rendre un jour, ce Sois le gardien subhme et le grand solitaire. r. C'est toi qui veilleras au centre de la terre
« Sur le haut de ma tour.
<c Je t'ai dit : — Mastaï, travaille en ma présence, « Remets de la vertu dans l'âme où l'innocence
« Lentement se détruit; « C'est toi qui verseras de l'huile dans ma lampe, « Pour qu'en l'esprit de l'homme où le mal parfois rampe
« Il ne soit jamais nuit.
« Je t'ai dit : — MasLaï, chasse Satan, s'il entre.
« Tous les crimes hideux, rôdant hors de leur antre,
« Guettant Thomme éprouvé, « Te trouveront debout sur leur route, ô pontife, « Et fermeront leur gueule et baisseront leur griffe
« Devant ton doigt levé.
« Or, le monde t'a vu, toi le saint, toi l'auguste, « Dire au crime : courage! et la porte du juste
« A tremblé sur ses gonds.
(( Tu louas les bourreaux vainqueurs, toi mon ministre; « Tu pris sur tes genoux, magicien sinistre,
« La tête des dragons.
« Devant le créateur, devant les créatures,
« Tu mis sur les tyrans, tu mis sur les parjures,
« Sur le vol eff'ronté, « Sur le meurtre ivre et fou qui dans le sang se plonge, <c Tu mis sur cet amas d'horreur et de mensonge
« Mon sceau de vérité.
« Chien du troupeau, tu fus un loup comme les autres! « 0 rois, ses attentats amnistiaient les vôtres ;
« Si bien, pape romain, « Qu'aujourd'hui, dans le trouble et dans l'inquiétude, « Pas un abri lointain, pas une certitiuJe
« Ne reste au genre humain !
LA VISION Dli UAMTE. tti
.( Pure étoile éclaii'ant les vivants dans leurs routes, ^^ La vérité brillait au fond des sombres voûtes
« Où l'œil de l'homme atteint, « Je t'avais, comme Aron et comme Zoroastrc, « Mis si haut que toi seul pouvais souffler sur l'astre*,
« Prêtre, tu l'as éteint!
ce J'avais entre tes mains déposé la justice,
« De peur que l'homme n'erre et ne se pervertisse
« Comme au temps de Japhet, « Des âmes aes vivants j'avais fait ton domaine, « Je t'avais confié la conscience humaine. « Réponds, qu'en as-tu fait? »
L'homme resta béant, et, sans cri, sans prière Et sans souffle, il tomba les deux mains en arrière
Comme s'il eût été pousse par la clartéo Je sentis tressaillir l'obscure éternité.
Et, comme je fuyais, dans la nuée ardente Une face apparut et me cria : Mon Dante, Prends ce pape qui fit le mal et non le bien, Mets-le dans ton enfer, je le mets dans le mien.
Je ne me sentais plus vivant; je me retrouve,
Je marche, je revois le but sacré. J'éprouve
Le vertige divin, joyeux, épouvanté.
Des doutes convergeant, tous vers la vérité;
Pourtant je hais le dogme, un dogme c'est un cloître-
Je sens le sombre amour des précipices croître
Dans mon sauvage cœur, saignant, blessé, banni.
Calme, et de plus en plus épars dans l'infini.
Si j'abaisse les yeux, si je regarde l'ombre,
Je sens en moi, devant les supplices sans nombre,
Les bourreaux, les tyrans, grandir à chaque pas
Une indignation ([iii ne m'endurcit pas.
Car s'indigner de tout, c'est tout aimer en somme, Et tout le genre humain est l'abîme de l'homme.
Le philosophe plane et rêve sur ces flots De douleurs, de tourments, d'angoisses, de sanglots, Oïl partout quelque esquif lutte, chavire et sombre; Ainsi qu'une hirondelle au-dessus d'une eau sombre, Dans ce monde qui semble au hasard châtié. L'âme tournoie autour d'un goufi're, la pitié.
Que croire? — La pitié me prend, m'emplit, m'enivre,
Me donne le dégoût formidable de vivre,
Me porte à des excès étranges, secourir
Au hasard, à tâtons, ceux que je vois souffrir.
Être indulgent, pensif, tendre, clément, stupide;
Si bien que par moments la foule me lapide.
C'est bien fait, certe. — Amis, je rentre en tout cela.
J'étais absent, j'arrive, et je dis : me voilà!
Prendre garde à ce peuple obscur sur qui l'on marche. Aimer mieux me jeter aux flots qu'entrer dans l'arche,
N'avoir jamais le mal des autres pour souhait, Plaindre la haine, môme en celui qui nous hait, Je reviens à mon œuvre. Et j'offre à cette bouche Qui s'ouvre obscurément dans toute âme farouche, Aux noirs désespérés errant sans feu ni lieu, Un peu de vie à boire, et ce verre d'eau, Dieu.
Écoute; — nous vivrons, nous saignerons, nous sommes Faits pour souffrir parmi les femmes et les hommes; Et nous apercevrons devant nos yeux, vois-tu, Comme des monts, travail, honneur, devoir, vertu, Et nous gravirons l'une après l'autre ces cimes; Quand nous serons en bas, loin des sommets sublimes, Nous dresserons nos fronts; mais, en haut, nos genoux Ploieront; les passions viendront rugir en nous, Et nous leur servirons d'antres et de repaires; Nous pleurerons nos fils, nous pleurerons nos pères, Nous verrons le cercueil germer dans le berceau; Dans nos soifs, nous boirons à Dieu, comme au ruisseau;
Î20 LA LfiGENDE DES SIÈCLES.
Nous deviendrons, après nos deuils et nos attentes, Des âmes sur le bord du tombeau palpitantes, Car, pour l'homme ici-bas marqué d'un divin sceau, Vivre, pleurer, souffrir, c'est devenir oiseau, Et toutes les douleurs sont les plumes de l'aile; Nous suivrons la puissance, au néant parallèle. Ou, plus sages, l'amour qui fuit au fond des bois; Nous aurons nos espoirs, nos terreurs, nos abois; Nous nous emplirons d'ombre ou d'azur la prunelle.
Et nous nous en irons vers l'étoile éternelle!
IRE, NON AMBIRE
Sachons mener à bout, sans égoïsme vain,
Notre travail humain soaîj xc travail divin;
Si l'orgueil vient, broyons du pied cette couleuvre;
L'homme est l'outil. Dieu seul est l'ouvrier de l'œuvre,
Donc servons pour servir, avec simplicité.
Sans avoir pris de grade à l'université
Et sans être nommé recteur par le ministre,
Le blond soleil dissout l'ignorance sinistre.
Éclairons comme lui, non pour nous, mais pour tous,
Et faisons gravement ce que Dieu fait pour nous.
Je crois; cela vaut-il qu'on m'adore? Je pense;
Cela mérite-t-il aucune récompense?
Je vois; mais c'est déjà posséder tout que voir!
Hommes, jusqu'au martyre acceptons le devoir;
Souffrons, aimons; soyons l'apôtre, soyons l'ange;
Et ne demandons rien, pas même une louange.
La nature adoucit l'homme par ses rayons;
Elle brille dans l'aigle et dans les alcyons.
Dans l'onde oii boit l'oiseau, dans l'herbe où l'agneau bêle,
Et ne tend pas la main quand on dit : qu'elle est belle!
Mai, sans être payé, combat l'hiver qui fuit;
Le lys n'a pas besoin qu'on le décore, il luit;
La lavande embaumée où l'abeille se pose
Ne lui vend pas le miel; quand il produit la rose,
Le rosier fait gratis cette aG:iou d'éclat;
L'astre a-t-il attendu jamais qu'on l'appelât ]
Et que quelque Lindor chantât une romance.
Pour venir de sa flamme éblouir l'ombre immense?
Dieu fait les questions pour que l'enfant réponde.
— Les deux bêtes les plus gracieuses du monde, Le chat et la souris, se haïssent. Pourquoi? Explique-moi cela, Jeanne. — Non sans effroi Devant l'énormité de l'ombre et du mystère, Jeanne se mit à rire. — Eh bien? — Petit grand-père. Je ne sais pas. Jouons. — Et Jeanne repartit :
— Vois-tu, le chat c'est gros, la souris c'est petit.
— Eh bien? — Et Jeanne alors, en se grattant la tête, Reprit : — Si la souris était la grosse bête, A moins que le bon Dieu là-haut ne se fâchât, Ce serait la souris qui mangerait le chat.
Par-dessus le marché je dois être ravi. Quoi ! des vivisecteurs, à la fois, à l'envi, Des chimistes, anglais, allemands, tous ensemble, Loupe et scalpel en main, m'affirment qu'il leur semble Certain, démontré presque et probable à peu près Qu'entre l'homme d'Athène et le loup des forêts, Qu'entre un essaim d'égout et le peuple de France, Le total fait, il n'est aucune différence;
Qu'on trouve, en les traitant par les mômes réchauds,
La même quantité de phosphate de chaux
Dans le pUis affreux chien que dans le plus grand homme;
Que par conséquent Sparte est égale à Sodome ;
Que mon droit pèse autant qu'un souffle aérien,
Et que, fussé-je Eschyle ou Christ, je ne suis rien,
Rien, l'éclair, la vapeur de la locomotive.
Je dois être enchanté de cette perspective ;
Sinon, je suis vraiment bien difficile.
Ah çà!
Consultez Don Quichotte ou bien Sancho Pança, Depuis quand un marcheur, qui pour sa longue route N'a rien, est-il tenu d'aimer la banqueroute? Depuis quand, grand, petit, satrape ou chevrier, L'homme qui cherche femme et veut se marier. L'espérant belle, est-il heureux de l'avoir laide ? Exigerez-vous donc que les juifs de Tolède Soient contents d'être cuits tout vivants dans des fours, Et qu'on me voie errer parmi les carrefours. Triomphant, plein de joie et d'extase électrique. Parce que vous m'aurez promis des coups de trique?
Examinons.
Sortir de rimmortalité; Être un orang-outang qui, par ancienneté Ou par faveur, obtient le grade de jocrisse; Avoir l'énorme nuit des bêtes pour nourrice ; Être de l'ombre après avoir été du bruit; Suivre d'Argens, qui suit la Beaumelle, qui suit Locke, qui suit Pyrrhon, qui suivait Épicure; Me remettre à tourner dans cette roue obscure; Recommencer la vieille aventure d'Isis; Épousseter ce tas de systèmes moisis Qui tuaient le scrupule et mettaient au service De Borgia le crime et de Néron le vice ; Nier la dignité des hommes au profit Des despotes à qui le vil troupeau suffit; Ne point savoir si rien de ce qu'on pense existe, Et pourtant affirmer la négation triste ; Croire qu'aucun soleil n'a jamais vraiment lui ; Entre deux doutes prendre avec amour celui Qui m'abaisse et m'emplit de cendre et non de llamme, Et vouloir être brute ayant le choix d'être âme !
Avoir dans l'infini besoin d'être zéro!
Eh bien non.
Non!
Je puis tirer un numéro, Dites-vous, dans ce sac, la nature profonde, Dans cette loterie insondable, le monde, Où rien n'a commencé puisque rien ne finit, Où tout est vie et gouffre, où l'étoile au zénith Luit comme une paillette aux plis d'une basquine; Eh bien, je ne suis point charmé d'avoir ce quine: Gorille. Et j'aime mieux rester tout bêtement L'homme, et sentir en moi vivre le firmament. Quand vous venez me dire: — Un creuset, c'est tout l'homme; Le destin est un feu, la fumée est la somme; Tout aboutit au même abîme universel; La vertu, c'est du sucre et le crime est du sel; Au fond, nulle action n'est mauvaise ni bonne; Le droit, c'est un journal et l'on s y désabonne ; Aujourd'hui pour, demain contre; pas de mépris Aux méchants, pas de culte aux bons! — je suis surpris. J'entends des cris en moi. Quoil c'est votre programme! L'homme est dans un flot sombre une inutile ramel
Quoi! ni devoir ni droit! rien n'est vrai, rien n'est fauxl Quoi! saluer Bismarl<. sous les arcs triomphaux! Avoir été la France et devenir province! Quand Poërio meurt dans le bagne du prince, Trouver sage le prince et fou Poërio!
Vrai, je suis peu tenté par ce scénario.
A vous en croire, l'homme au fond est sur la terre Juste autant que le bœuf, l'onagre et la panthère; Dans le premier venu des tigres l'homme est né; L'homme est un léopard, mais perfectionné; L'homme est parmi les ours ia brute aristocrate!
Certe, Aristote est grand, mais j'aime mieux Socrate, Ah! la science est belle et sublime, et je hais Quiconque met obstacle à ses profonds souhaits; Elle prend dans le piège auguste de ses règles Les vérités au vol comme on prendrait des aigles; Elle sonde le fait, le chiffre, l'élément; Elle est vaste a ce point qu'il semble par moment
Que son puissant compas fait le tour <le l'espace.
Mais pourtant quelque chose en l'homme la dépasse,
C'est la vertu. Quelqu'un est plus grand qu'elle, et \a
Oïl jamais le calcul le plus haut n'arriva,
Quelqu'un sait mieux trouver l'or que roule le fleuve,
Quelqu'un voit mieux, quelqu'un prouve plus que la preuve,
C'est toi, Zenon, qui luis; c'est toi, Baudin, qui meurs!
Par la sérénité superbe de ses mœurs
Sparte fait plus qu'aucun docteur par sa doctrine.
Quoi! c'est zéro ce cœur qui bat dans ma poitrine!
Quoi! la chimie est tout! Quand j'ai mon résidu,
Un peu de cendre, un peu d'ombre, rien ne m'est dû!
La statique prouvant, non le droit, mais la force.
Le droit n'est pas! John Brown, Spartacus, Wilberforce,
Demeurent interdits si Biot ne les secourt!
Quoi! devant Gay-Lussac Mazzini reste court!
Garibaldi ne sait que dire à Lamettrie !
Quoi! tout, hormis l'algèbre et la géométrie,
Tout, excepté Poinsot, tout, excepté Bezout,
Excepté deux et deux font quatre, se dissout!
Quoi! le martyre est vain! riiéroïsme est stupide!
Brutus, brute ! On te jette au gouffre, on te lapide.
Pour avoir défendu, quoi? ton pays? niais!
Tibère est fort, donc juste; et tu calomniais
Tibère. Le scalpel fouille tout fibre à fibre
Sans rien voir qui ressemble à ceci, l'homme fibre ;
Donc l'homme Ubre, ami, n'est pas. L'homme est du vent
LES GUANDIÎS LOIS. 231
Vous m'oirrjz de ramper ver de terre savant;
Eh bien, non. J'aime mieux l'ignorance étoiiée
De Platon, de Pindare, âme et clarté d'Élée,
Et de ce Dante errant qui baisse factieux
Son œil farouche où tremble une lueur des cieux.
L'homme est par eux aussi lumineux qu'il puisse être.
J'ai lu monsieur Leuret. le sage de Bicêtre,
Et je n'ignore pas qu'un poëte est un fou;
Je sais que Planche crie à Milton : casse-cou!
Qu'avoir fait l'ihade est auprès de Nonotte,
Et du bon abbé Gaume, une mauvaise note,
Et qu'au nom du bon sens, du bon goût et de l'art,
Shakspeare est dédaigné par monsieur Baculard ;
Je sais cela, j'en suis tremblant, et pourtant j'ose
Trouver dans tout ce las de songeurs quelque chose;
Je vois ce qu'ils ont vu, je crois ce qu'ils ont cru;
Le visage du vrai là-haut m'est apparu,
Splendide, et ma prunelle en demeure éblouie.
Ils ont afiirmé l'âme; et tous mes sens, l'ouïe.
Les yeux, rendent chez moi témoignage pour eux.
Sans doute il est bien doux d'être fort malheureux
Et de traîner des fers pendant beaucoup d'années,
Et de se dire : Après les dures destinées,
Après avoir souffert, après avoir pleuré,
Après avoir été de griffes effleuré
Et souffleté par l'aile obscure de l'envie.
Après avoir été juste toute ma vie,
Après avoir au front porté comme un cimier
La probité, j'aurai l'honneur d'être fumier,
Et je serai l'égal dans le sépulcre infâme
De Nisard comme esprit et de Judas comme âme.
Là s'efface l'immense et vaine vision;
Et tous les hommes, ceux de Tyr, ceux de Sion,
Ceux de Gomorrhe, ceux de Paris, ceux de Rome,
Marc-Aurèle, du sang des peuples économe,
Nemrod, tigre accablant la terre de ses bonds,
Ceux qu'on nomme méchants, ceux qu'on appelle bons,
Tous, l'homme de douceur, l'homme de violence,
Et le juge effrayant qui vendit la balance,
Quoi que chacun ait fait, mêlant les pas aux voix,
Tous dans la vaste nuit reçoivent à la fois
Cette absolution sinistre, la poussière.
La mort, spectre masqué, n'a rien sous sa visière.
Le gouffre, où le destin se résout et s'absout.
Arrive à l'innocence effroyable de tout;
Le bourreau vaut autant que le martyr; l'asile
S'ouvre à Sforce joyeux comme à Dante imbécile;
Avec Caligula Jésus est acquitté;
La justice pourrit avec l'iniquité ;
Et Thersite, Caton, Davus gai, Bacchus sombre,
Font le même néant pêle-mêle dans l'ombre.
Matière, éclipse, songe, oubli. Tout est passé.
Eh bien, soyez surpris, oui, je suis insensé
Jusqu'à ne point vouloir de cette offre. Elle est belle,
Certes. Oui, les vivants, vague troupeau qui bêle.
Mordus toute la route et jusqu'à l'abattoir,
Saignent, et je suis un de ceux que le ciel noir
Frappe et n'empêche pas de lutter; nous subîmes
Toute la vaste pluie engouffrée aux abîmes.
Le sort nous meurtrit tous sans jamais dire assez,
Et je dois convenir que vous me proposez
Pour consolation et salaire une place
Dans le cloaque avec tous les rois, populace,
A côté du faussaire, et, près de l'assassin,
La pourriture avec Baroche pour voisin.
Eh bien non, j'aime mieux, après tant de désastres.
Être avec ce rêveur d'Homère dans les astres.
J'aime mieux croire au bien, au juste, but final,
Avec Tacite, avec Dante, avec Juvénal.
La certitude d'être un miasme me laisse
Vraiment froid, et je pousse à ce point la faiblesse
Que je n'ai nulle joie à penser que je vais
Être on ne sait plus quoi d'obscur qui sent mauvais !
Troppmann ne me fait point plaisir quand il m'avoue
Que je serai sa fange et qu'il sera ma boue;
Il faut me pardonner ma pauvreté d'esprit,
Mais je ne puis trouver Dupin égal au Christ,
Deutz égal à Bayard, et j'entends le tonnerre
Gronder si je mets Hoche auprès de Lacenaire.
Non, je ne jette point dans le même panier
Ferdinand sept geôlier et Riégo prisonnier.
Je voudrais démolir les deux tours d'injustice,
Celle où Latude expire, et l'aveugle bâtisse
Des rhéteurs confondant Gain avec Abel,
Renverser la Bastille et détruire Babel.
Quoi donc! boire, manger, jouir, voilons nos faces,
C'est tout? Alors, pourvu que tu te satisfasses
Et que je me contente, et que, rois, histrions.
Scribes, juges, soldats, prêtres, nous digérions
Nos crimes devenus nos festins et nos joies.
Pourvu que, fiers et fous, vautours parmi les oies,
Nous ayons sous nos pieds les peuples, rions d'eux
Et de nous, cela seul est réel ; et, hideux.
Nous sommes sages, tout étant vide ; alors, hommes.
Quoi qu'il fasse, celui qui, dans l'ombre où nous sommes,
Vewt jouir, qui trahit pour jouir, qui meurtrit
Sa patrie, et qui vend sa ville, a de l'esprit.
Et celui qui, romain, meurt dans l'exil pour Rome,
Et qui, français, défend la France, est un pauvre homme;
Telle est la vérité que vos calculs nous font.
Ah! si c'est là le but, ah! si c'est là le fond. Si c'est la vérité seule vraie, affirmée Par Walpole, et par toi, sénateur Mérimée, Je la déclare fausse, ô sacrés firmaments! Et je crache dessus, et je lui dis : Tu mensî A cette vérité qui, vile, atroce, obscène. Donne tort à Barbes et raison à Bazaine 1
LKS GRANDES LOIS. 236
Non! non! non! je l'ai dit et le dirai cent fois,
Ce n'est point pour cela qu'on a brisé les rois
Et fait entrer le jour dans les profonds repaires!
Non! non! non ! ce n'est point pour cela que nos pères
Ont fait cette conquête altière, l'avenir!
Qu'ils poussaient leurs chevaux et les faisaient hennir
De Memphis à Berlin, de l'Èbre à la Tliuringe!
Non ! j'ai les droits de l'homme et non les droits du singe.
Je comprends qu'on se penche avec fraternité Vers les êtres qui sont hors de l'humanité, Qu'on éclaire leur nuit; mais qu'on s'y précipite. Non. Je veux, de ce gouffre où la bête palpite. Faire monter, labeur superbe et hasardeux, Les monstres jusqu'à nous, et non tomber près d'eux, Je veux être pour eux non l'égal, mais l'archange. Et leur donner mon àme et non prendre leur fange.
Êtes-vous la science après tout? question. Non, vous ne l'êtes pas. Vous doutez. Montyon Donne un prix de vertu, Troplong un prix de crime; Garibaldi délivre et Bonaparte opprime;
Où vont-ils? au néant? à Dieu? Tout le destin, Si l'on vous en croit, flotte et ment, rien n'est certain; L'énigme n'oITre au loin que des plages désertes; Vous êtes les premiers à tout ignorer; certes, Votre doute est complet et vous le confessez; Vous ne voyez qu'un mur fermé de noirs fossés, C'est vous qui l'avouez; et nul ne peut conclure Du présent l'avenir, du front la chevelure; Nul ne voit l'autre aspect du destin, le trépas; Nul ne sait rien. Alors j'ai le choix, n'est-ce pas? J'ai mon goût, vous le vôtre ; après tant de souffrance; Le désespoir vous plaît, moi je prends l'espérance ; Et puisque selon vous rien n'est clair, rien n'est sûr, Vous choisissez la cendre et je choisis l'azur.
Je veux être ici-bas libre, ailleurs responsable,
Je suis plus qu'un brin d'herbe et plus qu'un grain de sabler
Je me sens à jamais pensif, ailé, vivant.
Ce n'est point vers la nuit que je crie en avautt
Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême.
Non! je ne donne pas à la mort ceux que j'aime!
Je les garde, je veux le firmament pour eux,
Pour moi, pour tous, et l'aube attend les ténébreux;
L'amour en nous, passants qu'un rayon lointain dore,
Est le commencement auguste de l'aurore;
Mon cœur, s'il n'a ce jour divin, se sent banni,
Et, pour avoir le temps d'aimer, veut l'infini ;
Car la vie est passée avant qu'on ait pu vivre.
C'est l'azur qui me plaît, c'est l'azur qui m'enivre.
L'azur sans nuit, sans mort, sans noirceur, sans défaut ;
C'est lompyrée immense et profond qu'il me faut,
La terre n'offrant rien de ce que je réclame.
L'heure humaine étant courte et sombre, et, pour une âme
Qui vous aime, parents, enfants, toi ma beauté.
Le ciel ayant à peine assez d'éternité!
Le géant Soleil parle à la naine Étincelle
— 0 néant, feu follet, ver que l'ombre recèle,
Lueur qui disparaît sitôt qu'elle a flotté,
Contemple-moi ! je suis l'abîme de clarté.
Vois, dans mon flamboiement les mondes vont et viennent ;
Mes rayons sont les fils effrayants qui les tiennent ;
Sans moi le firmament ne serait qu'un linceul ;
Je ne suis pas bien sur de ne pas être seul ;
240 ' LA LÉGENDE DESSIÈCLES.
Toute l'immensité, depuis l'aube première. Me regarde effarée, ivre de ma lumière. —
Ainsi parla le gouffre éblouissant du feu. L'atome écouta l'astre, et lui répondit : Dieu.
Trêve à toutes ces vaines choses!
Vous êtes dans l'ombre, sortons.
Sans vous brouiller avec les roses, Evadez-vous des Jeannetons.
Enfuyez-vous de ces drôlesses.
Derrière ces bonheurs changeants Se dressent de pâles vieillesses Qui menacent les jeunes gens.
Crains Manon qui te tend son verre; Crains le grenier où l'on est bien.
Perse, à l'alcôve de Néère, Préférait l'autan libyen.
Ami, ta vie est mansardée ; A ce petit ciel bas, plafond De la volupté sans idée.
Les âmes se heurtent le front.
Le temps déforme la jeunesse Comme un vieux décor d'opéra.
Gare à vous! c'est par l'ivrognesse Que la bacchante liuir:^.
L'églogue serait indignée, Dans vos noirs galetas sans jour, De voir des toiles d'araignée Au bout des ailes de l'Amour.
Le houx sacré, frère du lierre.
Que cueillait Plante au fond des bois,
A Margoton trop familière
Eût dans l'ombre piqué les doigts.
L'antique muse tiburtine Baisait les fleurs, îe jasmin pur,
Le lys, et n'était libertine Qu'avec les rayons, dans l'azur.
Vous avez autre chose h faire Que d'engloutir votre raison Dans la chanson qu'Anna préfère Et dans le vin que boit Suzon.
11 est temps d'avoir d'autres fièvres Que de voir se coiffer, le soir, Lise, une épingle entre les lèvres, Éblouissement d'un miroir.
Frère, l'heure folle est passée.
Debout, frère! il est pou séant D'attarder l'œil de sa pensée A la figure du néant.
Laisse là Fanchon et Fanchette!
Fermons les jours faux et charmants.
L'honneur d'être un homme s'achète Par ces graves renoncements.
Les amourettes énervantes Fatiguent, sans les émouvoir.
Les âmes, ces grandes servantes De la justice et du devoir.
Viens aux champs! les champs sont sévères Et pensifs plus que tu ne crois ; Les monts font songer aux calvaires, Les arbres font songer aux croix.
Oublions les soupers, les veilles, Le vin, le brelan, l'écarté!
Viens noyer ton cœur aux morvei'fles De l'immense sérénité !
Fuyez; prenez votre volée.
Un peu plus et nous traînerons Notre rauque idylle éculée Dans le ruisseau des Porcherons.
Ouvrez les ailes de vos âmes; Enfoncez le toit s'il le faut; Les révélations, les flammes.
Et les ouragans sont là-liaut.
Levez vos cœurs, levez vos têtes.
Allez où l'ou a siu' le front
Le vaste espace, les tempêtes, Les étoiles, et pas d'affront.
Vous êtes faits comme les lyres, Et pleins d'altiers frémissements; De profonds et vagues sourires Vous appellent aux firmaments.
Viens, nous lirons les livres sombres Des penseurs et des combattants, Pendant que Dieu fera des ombres Et des clartés dans le printemps.
Nous scruterons les maux, les guerres, Et le creux fatal qu'a laissé Le pied tragique de nos pères Dans l'âpre fange du passé..
Nous examinerons les songes, L'autel, les korans, les clergés.
Les sceptres môles aux mensonges.
Les dieux mêlés aux préjugés.
Molière, au fourbe ôtant sa guimpe, Mina Bossuet comme il put ;
Pascal frappa ; Swift à l'Olympe Offrit ce miroir, Lilliput.
Nous regarderons sur la terre Ce tas d'erreurs que Beaumarchais, Rabelais, Diderot, Voltaire, Ont remué de leurs crochets.
Nous saluerons ces Diogènes De la raison et du bon sens; Nous entendrons tomber les chaînes Derrière ces divins passants.
0 France, grâce à ces sceptiques, Tu voyais le fond; tu trouvais Des ordures sous les portiques Et sous les dogmes des forfaits.
Ces puissants balayeurs d'étable Ont fait un lion d'un baudet; Dans leur cynisme redoutable Un tonnerre profond grondait.
Sur l'homme dans l'ignominie Ils jetaient leur rude gaîlé.
Sachant que c'est à l'ironie Que commence la liberté.
Dieu fait précéder, quand il change En victime, hélas, le bourreau.
L'effrayant glaive de l'archange Par le rasoir de Figaro.
La comédie amère et saine Fait entrer Méduse en sortant; Quand Beaumarchais est sur la scène, Danton dans la coulisse attend.
Les railleurs sous leur joug lugubre Consolent les âges de fer; Leur éclat de rire salubre Déconcerte l'antique enfer.
Ils ont fait l'interrogatoire Farouche, à travers le bâillon, Des religions par l'histoire, De la pourpre par le haillon.
Durs au bigot, fatals au cuistre.
Ils promènent à petit bruit
Une lueur ^aic et sinistre Dans le grand bagne de la nuit.
Escobar est le chat qui rôde Et fuit, mais Voltaire est le lynx.
Ils font, sans pitié pour la fraude, Rire la Gaule au nez du sphinx.
Ces douteurs ont frayé nos routes.
Et sont si grands sous le ciel bleu Qu'à cette heure, grâce à leurs doutes, On peut enfin affirmer Dieu !
Leur rouge lanterne nous mène.
Ces contemplateurs du pavé, En fouillant la guenille humaine, Cherchaient le peuple, et l'ont trouvé.
Ils ont, dans la nuit où nous sommes, Retrouvé la raison, les droits, L'égalité volée aux hommes.
En vidant les poches des rois.
Ils ont fait, moqueurs nécessaires, Et plus exacts que Mézeray,
RUPTURH: AVFC ce qui amoindrit. 25^
Do la torsion des misères Tomber goutte à goutte le vrai.
Ils ont nié la vieille bible ; Ces guérisseurs, ces factieux Ont fait cette chose terrible :
L'ouverture de tous les yeux.
Ils ont, sur la cime vermeille.
Montré l'aurore au genre humain Us ont été la grande veille Du formidable lendemain.
La révolution française C'est le salut, d'horreur mêlé.
De la tête de Louis seize.
Hélas! la lumière a coulé.
LES PETITS