‹ Œuvres complètes de Victor HugoChapitre 26 sur 46 · GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

GUERRE CIVILE

La foule était tragique et terrible ; on criait :

A mort! Autour d'un liomme allier, point inquiet,

Grave, et qui paraissait lui-même inexorable,

Le peuple se pressait : A mort le misérable!

Et lui, semblait trouver toute simple la mort.

La partie est perdue, on n'est pas le plus fort.

On meurt, soit. Au milieu de la foule accourue,

Les vainqueurs le traînaient de chez lui dans la rue.

— A mort l'homme ! — On l'avait saisi dans son logis ;

Ses vêtements étaient de carnage rougis;

Cet homme était de ceux qui font l'aveugle guerre

Des rois contre le peuple, et ne distinguent guère

Scévola de Brutus, ni Barbes de Blanqui;

Il avait tout le jour tué n'importe qui;

Incapable de craindre, incapable d'absoudre,

Il marchait, laissant voir ses mains noires de poudre.

Une femme le prit au collet : — A genoux!

C'est un sergent de ville. Il a tiré sur nous!

— C'est vrai, dit l'homme. — A bas! à mort! qu'on le fusille!

Dit le peuple. — Ici! Non! Plus loin! A la Bastille!

A l'arsenal! AUous! Viens! Marche! — Où vous voudrez,

Dit le prisonnier. — Tous, hagaras, les rangs serrés,

Chargèrent leurs fusils. — Mort au sergent de ville!

Tuons-le comme un loup ! — Et l'homme dit, tranquille :

— C'est bien, je suis le loup, mais vous êtes les chiens.

— Il nous insulte! A mort! — Les pâles citoyens Croisaient leurs poings crispés sur le captif farouche ; L'ombre était sur son front et le fiel dans sa bouche ; Cent voix criaient : — A mort! A bas! Plus d'empereur! — On voyait dans ses yeux un reste de fureur

Remuer vaguement comme une hydre échouée;

Il marchait poursuivi par l'énorme huée.

Et, calme, il enjambait, plein d'un superbe ennui,

Des cadavres gisants, peut-être faits par lui.

Le peuple est effrayant lorsqu'il devient tempête ;

L'homme sous plus d'affronts levait plus haut la tête;

Il était plus que pris, il était envahi.

Dieu! comme il haïssait! comme il était haï!

Comme il les eût, vainqueur, fusillés tous ! — Qu'il meure!

II nous criblait encor de balles tout à l'heure!

A bas cet espion, ce traître, ce maudit!

A mort! c'est un brigand! — Soudain on entendit

Une petite voix qui disait : — C'est mon père ! î

Et quelque chose fit l'effet d'une lumière. ^

Un enfant apparut. Un enfant de six ans.

Ses deux bras se dressaient suppUants, menaçants.

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