‹ Œuvres complètes de Victor HugoChapitre 30 sur 46 · QUESTION SOCIALE · texte numérisé non relu

QUESTION SOCIALE

0 détresse du faible! ô naufrage insondable!

Un jour j'ai vu passer un enfant formidable,

Une fille; elle avait cinq ans; elle niaichait

Au hasard, elle était dans l'âge du hochet,

Du bonbon, des baisers, et n'avait pas de joie;^

Elle avait l'air stupide et profond de la proie

Sous la grilTe et d'Atlas que le moade étouffait^.

Et semblait dire à Dieu : Qu'est-ce que je t'ai fait?

Dieu. Non. Elle ignorait ce mot. Le penseur creuse,

L'enfant souffre. Elle était en haillon^i., nàle, afiieuse,

Johe, et destinée aux sinistres attraiu;

Elle allait au miUeu de nous, passants (Hstraits,

Toute petite avec un grand regard faroiiche.

Le pli d'angoisse était aux deux coins de sa bouche ;

Tout son cire exprimait Rien, l'absence d'appui,

La faim, la soif, l'horreur, l'ombre, et l'unmense ennui.

Quoi! l'éternel malheur pèse sur léphémère!

On entendait quelqu'un rire, c'était sa mère; Cette femme, une fille au fond d'un cabaret, N'avait pas même l'air de savoir qu'on errait Dehors, là, dans la rue, en grelottant, sans gîte, Sous le givre et la pluie, et qu'on était petite, Et que ce pauvre enfant tragique était le sien. Cette mère, pas plus qu'on ne remarque un chien. N'apercevait cet être et sa sombre guenille. Sorte de rose infâme ignorant sa chenille.

Elle-même jadis avait été cela.

Maintenant, Margoton changée en Paméla, Elle offrait aux passants des faveurs mal venues. Chantante; elles étaient toutes deux demi-nues, L'une pour les affronts, l'autre pour les douleurs; La mère, gaie, avait au front d'horribles fleurs; Il arrivait parfois, vers le soir, à la brune, Que la mère et l'enfant se rencontraient, et l'une Regardait son passé, l'autre son avenir.

Voir l'une commencer et voir l'autre finir! 0 misère!

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