‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 100 sur 230 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

£poque de TaiypariUoa da Pentateoqae.

Après la mort du roi Amon , son fils Josiah devint roi à rage de Sans; on sent qu'un roi de 8 ans eut un tuteur-régent, qui n'est point nommé, mais qui naturellement, et par l'indication des faits, fut le grand prêtre Helqiah.

La dix-huitième année de son règne, Josiah envoie , «ans motif apparent , Saphan , scribe ou secrétaire du temple , vers le grand prêtre , pour lui dire de recueillir tout l'argent donné par le peuple aux portiers du temple , et de le remettre aux entrepreneurs et ouvriers des réparations, sans leur faire rendre compte, et en se reposant sur leur bonne Jbl. Pour réponse , le grand prêtre Helqiah dit au secrétaire : « J'ai trouvé un livre (ou le livre) de la loi dans « le temple du Seigneur ; » et il donne ce livre au secrétaire, qui le lit. Saphan retourne vers le roi, et lui dit : « Vos ordres sont exécutés.... (de plus) « Helqiah m'a remis un livre ; • et il (commença ) de le lire devant le roi.... et lorsque le roi entendit les paroles de la loi, il déchira ses vêtements, et il dit à Helqiah , à Ahiqom , à Akbor , à Saphan , secrétaire, et à Achih, serviteur du roi : « Allez, et « consultez Dieu sur moi et sur tout le peuple juif, « au sujet des paroles de ce livre qu'on a trouvé; « car la colère de Dieu est allumée contre nous , de « ce que nos pères n'ont point pratiqué ses précep- « tes.... Et ils se rendirent tous ensemble chez « Holdah, prophétesse, qui demeurait à Jérusalem, « et dans la rue Seconde. Holdah leur annonça, « de la part de Dieu , de grands maux contre le pays n et la ville. Mais, ajouta-t-elle, parce que le roi a « écouté la parole du Seigneur, qu'il a pleuré et dé- « chiré ses vêtements, ces maux n'arriveront point <t de son vivant.... Helqiah et les autres envoyés « portent cette r^nse au roi.... Le roi envoie de « tous côtés des ordres dans la ville. Tous les an- * ciens et gens notables se rassemblent dans le f palais.... Le roi va ensuite au temple , et il y est f suivi des prêtres et des anciens , et de tout le peuf pie, depuis le plus grand jusqu'au plus petit; et là

deml-yereet Uié du canU<|ae composé à Poocttion da passage de la mer Roage {Ezod. ehap. xv , vers. J) ; mais oe eaDtiqae , «ol nous est indiqaé par le texte même comme devenu e fiant populaire, a pu et dû se conserver en d^auties livret.

« on fait vokelleclure solennelle de ce livre trouvé. « Le roi monte ensuite aux degrés (de l'autel), et « fait un sacrifice ^alHance, pour pratiquer tout

« ce qui est dans le livre et le peuple en prend

« l'engagement.... Alors, en exécution de oe pacte « et des préceptes du livre , l'on jette hors du tem- « pie les vases de Baal; on souille les Ueux hauts « où l'on sacrifiait, et celui où Ton passait les enfants « parla flamme.... on chasse des portiques du tem- « pie les chevaux sacrés que les rois entretenaient « en l'honneur du soleil; on brûle les chars oonsa- « crés au soleil; on détruit les autels élevés par « Achaz et Manassé, et ceux élevés par Salomon « sur les hauts Ueux aux dieux de ses femmes. Jo- « siah , présent à tous ces actes , qu'il commande et « dirige, fait déterrer même les morts sur les hauts « Ueux, et égorger tous les prêtres de Baal qu'il « y trouve.... De retour à Jérusalem, il fait célé- « brer une pâque si solennelle, qu'il n'y en eut point « de telle depuis les juges d'Israël et pendant tout « le temps des rois. »

Pesons les mots et les circonstances de ce récit; et d'abord remarquons que Josiah , enfant couronné dès l'âge de 8 ans, fut élevé par le grand prêtre Helqiah, qui pendant 10 ou 12 ans fut le véritable régent de l'État et du prince : par conséquent Josiah, maintenant âgé de 25 à 26 ans, est encore sous l'influence morale du pontife et de l'éducation sacerdotale qu'il en a reçue. A cet âge et l'an 18 de son règne, il fait un message solennel au grand prêtre : l'objet de ce message est de remettre aux entrepreneurs des réparationsdu temple,des sommes d'argent, sans leur en faire rendre compte. Pourquoi cette faveur d'un genre singulier, même injuste et imprudent? Elle a certainement un motif, un objet en vue; cet objet est de se concilier ces gens et leurs familles , et par suite, leurs amis et le peuple dont ils font partie : pour réponse, le grand prêtre présente un livre, qu'il dit être le livre de la loi, et qu'il dit avoir trouvé dans le temple. Où est la preuve qu'il a trouvé ce livre? a-t-il des témoins? On ne le dit pas ; mais il est clair que s'il a besoin d'appui, tous les ouvriers du temple qu'il a gratifiés lui seront dévoués. Admettons qu'il ait trouvé ce Ucre, et qu'il ne l'ait pas lui-même composé; du moins il l'a eu en main , seul et aussi longtemps qu'il a voulu : n'y a-t-il pas fait des changements? C'est un manuscrit unique; personne |ne l'a contrôlé; rien n'établit son authenticité. Ce ma* nuscrit dut être un rouleau de papyrus ou de vélin ; quelle main l'a écrit ? est-ce la main de Moïse? Helqiah ne le dit pas, il dit seulement le Livre de la loi : cela est remarquable. S'il fût venu de Moïse, Helqiah eût-il supprimé une circonstance si propre

SUR L HISTOIRE ANCIENNE

à ajouter au respect? D'ailleurs, s*il fût veou de Moïse, ce maouscrit aurait eu à cette époque plus de aoo ans d'existence; et depuis tant de temps, oublié dans quelque armoire, il eôt dû être rongé de yers et de poussière, dans un climat aussi roi»qeur que Test la Judée. Il y aurait eu des lacunes ; récriture même aurait dû être différente, et beaucoup de mots tombés en désuétude; car il est sans exemple qu'une langue et qu'une forme d'écriture aient subsisté 800 ans sans altération. Cependant le secrétaire Saphan le lit couramment et à livre ouvert : il porte le livre au roi , et le roi entendant le contenu , est surpris , efi^yé au point de déchirer ses vêtements. Quoi! le roi Josiah, élevé ps^ le grand prêtre , ne connaissait pas la loi de Moïse! cette loi dont tout prince, à son avènement, devait avoir une copie transcrite à son usage par les prêtres, selon un ordre exprès du Deutéronome, chapitre xyii. Tout était donc oublié, ou bien tout est simulé. Le roi Josiah de suite fait consulter Dieu; l'orade auquel on s'adresse est «ne vUiUefemme, exerçant le méUer de devineresse, et jouissant d'un grand crédit sur le peuple, c'est-à-dire, dans la classe des ouvriers que le roi a gratifiés. Le grand prêtre, le secrétaire Saphan, Akbour et d'autres prêtres , se rendent en pompe chez cette femme.... R'est-îl pas clair que l'intention d'une telle démarche est de produire une vive sensation sur le peuple et de donner de l'éclat à une chose nouvelle?

La prophétesse répond dans le sens désiré

Elle annonce qaelakou. Dieu d'Israël, va envoyer contre Jérusalem et ses habitants , toutes les calamités écrites dans le livre que le roi a entendu, et cela parce que les Juifs ont abemdonné leur Dieu , et qu'ils ont sacrifié à des dieux étrangers.

Ces expressions nous deviendront bientôt utiles ; mais pour le présent, remarquons que cette prophétie de Holdah a une analogie frappante avec les autres prophéties que depuis cinq ans proclamait Jérémie : or, dans sa qualité de prêtre et de fils de prêtre, Jérémie avait des rapports nécessaires avec le pontife; il était, comme Holdah, dans la dépendance plus ou moins médiate de Helqiah ' ; et lorsque nous trouvons que, peu d'années après , les fils de Saphan et d'Àhbour furent les amis et protecteurs zélés de Jérémie contre la colère de Ihouaqim, nous avons lieu de soupçonner que déjà il avait des liaisons avec Saphan et jékbaur, qui flgurent dans cette i^re; que par oonséquent il était lui-même , comme Holdah , l'un des confidents de ce drame concerté; qu'en un mot il y a eu dans

' Son père se nommait Helqiah , comme le grand piètre; M» OQl pa 6lxe parents.

cette occasion un pacte secret, un pian combiné entre le grand prêtre , le roi , le secrétaire Saphan , le prêtre AJkboor , le prophète Jérémie et la prophétesse Holdah ; et eela, pour un motif, une afifaire d'Etat de la plus haute importance , puisqu'il s'agissait de sauver la nation du danger imminent d'une destruction absolue ou d'une dispoiBion prochaine.

En effet, à l'époque dont nous parlons , l'an 621 , le royaume de Jérusalem se trouvait dans les circonstances les plus désastreuses. Depuis quatre ans les Scythes, venus du Caucase, exerçaient ces ravages dont parle Hérodote, et dont leurs pareils , les Tatars de Genghizkan et de Tamerlan, nous ont fourni d'effrayants exemples dans les temps modernes. Vainqueurs de Kyaxare et de ses Mèdes, maîtres de la haute et de la basse Asie , les Scythes n'avaient pu parvenir à Azot, où les arrêta Psammitik, sans inonder la Syrie et la Palestine : leur cavalerie innombrable avait ravagé tout le pays plat, avec cette cruauté féroce et impitoyable qui a toujours caractérisé les Tatars; le pays montueux, investi de toutes parts , privé de toutes communications, attaqué dans ses postes faibles, menacé dans toute sa masse , ressemblait à une grande place assiégée, et subissait tous les maux attachés à cette situation : or voilà premièrement le tableau que trace Jérémie dans ses dix-s^t premiers chapitres.

« L'an 13 de Josiah, dit cet écrivain , le (Dieu de « Moïse) lehou, m'adressa la parole < ,

« Et il me dit ( chap. i ) : Que vois-tu? Je vois une « chaudière bouillante; elle est dans le nord (prête « à verser ) ; et Dieu dit : Du nord accourt le mal sur « tous les habitants de cette terre ; car voici que « j'appelle toutes les familles des royaumes dunord, « et elles viennent établir chacune leur tente aux « portes de Jérusalem , autour de ses murs et dans « toutes les villes de Juda, et je prononcerai mes « décrets contre les pervers qui m*ont abandonné^ * et qui ont sacr\fié aux dieux étrangers, »

Cette dernière phrase est , mot pour mot , le mot tif allégué par la prophétesse Holdah. Les chapitres; suivants sont remplis de reproches , de menaces et d'exhortations.

Le prophète s'écrie (ch. rv) : « Annoncez dan& « Juda ; publiez dans Jérusalem ; sonnez de la trom- « pette, criez et dites : Rassemblez-vous; retirez-^ « vous dans les villes fortes, élevez des signaux de « fuite ; ne restez pas, parce que , dit le Seigneur , « voici que j'apporte du nord une calamité, une « grande destruction; le lion a quitté son repaire v

< Cet an 13 de Jostahest Pan 6S6 «ivant ftotit ^, ainsi qu<^ nous le prouverons par la suite.

RECHERCHES

« le destructeur des peuples est parti de son pays « pour réduire cette terre en solitude. »

Ceci convient parfaitement aux Scythes ; ce qui suit les caractérise encore mieux :

« Voici qu'un peuple vient du nord ; une grande A nation est sortie des flancs de la terre ils porte tent Tare et le bouclier ; ils brisent et déchirent

« sans pitié leur bruit ressemble au bruisse-

« ment des flots; ils montent des chevaux armés « ( et bardés ) eux-mêmes comme un guerrier, etc. : » voilà bien les cavaliers scythes.

« Voici que (rennemi) monte comme une nue, « ses chars (volent) comme un tourbillon; ses che- « vaux sont plus légers que les aigles.... Malheur à « nous! nous sommes ravagés. — Un cri d'alarme « vient du côté de Dan; on apprend des horreurs

« {iniquUatem) de la montagne d*Éphraïm Fai-

« tes entendre dans Jérusalem que des troupes dV- « ckUreurs viennent d'une terre lointaine

« J'ai regardé le pays , il est désert... J'ai vu les « montagnes, et eUes tremblent; les collines, et elles « se choquent. Pai regardé (partout) , il n'y a plus

« d'hommes ; les oiseaux du ciel se sont envolés

« J'ai regardé le Carmel, il est désert, et toutes les « villes détruites devant la face de I^ouh et de sa « fureur. »

(Chap. y, vers. 15) : « J'amène sur vous une nation « lointaine, une nation robuste, antique, dont vous « ne connaissez point le langage, dont vous ne com- « prenez point les paroles.... son carquois est un « sépulcre ouvert.... tous ses guerriers sont forts. « Ils maftgeront votre pain, votre moisson, vos en- « fants, vos bœufe, vos figues, vos raisins, etc. »

( Chap. Yi, vers. 1 ) : a Enfants de Benjamin, fuyez «t de Jérusalem; sonnez de la trompette, parce que « de l'aquilon vient un fléau , une dévastation. »

Et (ch. VIII , vers. 16 à 20) : « Du côté de Dan on « entend le bruit de leurs chevaux ; la terre retentit « de leurs violents hennissements ; ils accourent ; « ils dévorent la terre et son abondance, la ville et

« ses habitants La moisson est passée, VéUest

A fird, et nous ne sommes pas délivrés. »

Nous verrons ailleurs que cette dernière circonstance cadre très-bien avec la date de l'irruption des Scythes , que nous plaçons en 625.

Tous ces maux dépeints par Jérémie duraient donc depuis quatre ans , lorsque Helqiah tira de l'oubli ou du néant un livre qui devait sauver la nation en la régénérant; et cependant le danger qu'elle éprouvait de la part des Scythes , n'était pas le seul. Deux puissances voisines, devenues plus ambitieuses depuis quelques années, menaçaient dans leur choc prochain d'écraser le petit royaume de Jérusalem.

NOUVELLES

V Egypte , d'une part , délivrée des guerres étrange^ res et civiles qui l'avaient longtemps déchirée, venait de concentrer toutes ses forces dans les mains de Psammitik ; et ce prince heureux et habile avait , par la prise d'Azot et de la Palestine, annoncé à la Syrie les projets d'agrandissement que poursuivit Nekos son fils. D'autre part , les rois de Babylone , héritiers de l'empire ninivite, renouvelaient sur la Phénicie et la Judée les prétentions et les attaques de Sennacherib et de Salmanasar. Selon la chronique des Jours > , l'un d'eux avait fait saisir et emmener captif le roi Manassé , grand-père de Josiah. Helqiah , grand prêtre et régent en 638, avait pu {tre témoin de cet événement, arrivé 18 ou 20 ans auparavant. — A l'époque présente, c'est-à-dire l'an 621 , Nabopolasar, père de Nabukodonosor , régnait depuis 4 ans , et son règne préparait le règne de son fils. Une grande lutte s'annonçait entre l'Egypte et la Chaldée ; et dans cette lutte, les politiques juifs ne pouvaient manquer de sentir que leur nation faible et d'ailleurs divisée d'opinions , était menacée d'une entière dissolution. Si le salut était possible, ce n'était qu'en réunissant les esprits, en ressuscitant le caractère national ; et si cette pensée dut venir à quelqu'un, ce dut être au grand prêtre Helqiah , qui , par la minorité du prince, se trouvant chef politique et religieux , eut l'avantage de réunir en sa personne et les connaissances , et l'intérêt , et les moyens d'exécuter une réforme , une régénération urgente. Cette idée une fois conçue, il ne lui resta plus à imaginer que le moyen. Un administrateur purement politique eût pu en apercevoir plusieurs; maisunhonune de famille sacerdotale, imbu , dès son berceau , de la prééminence des institutions religieuses , qualifiées divines , ne pouvait en apercevoir que dans la religion et par la religion : celle de Moïse avait eu le pouvoir magique de changer une multitude esclave et poltronne en un peuple de conquérants fanatiques; il fut naturel à un prêtre juif de penser qu'en rétablissant les institutions anciennes , l'on rétablirait la même ferveur. La religion de Moïse, comme toute autre et plus que toute autre, enseignait que tous les maux qui arrivaient au peuple , provenaient de ce qu'il violait ou négligeait la loi : un successeur de Moïse ne put avoir une autre doctrine , et il ne dut éprouver d'embarras que dans le moyen d'exécution. S'il eût été possible d'évoquer le législateur, de ressusciter Moïse lui-même, ce moyen eût été le premier employé. Evoquer son livre, ressusciter sa loi , ne fut

qu'une modification de cette idée assez naturelle

Lors donc que Helqiali, sans un motif d'abord ap« ' Les ParaUpomënes.

SUR L'HISTOIRE ANCIENNE

parent , annonce avec éelat qa*il a trouvé le lÀvre de la loi, nous avons lieu et droit de penser que ce n'est point une invention fortuite , mais une opération méditée et préparée depuis du temps, concertée même avec quelques personnes nécessaires à Texécution , spécialement avec Jérémie, dont le rôle et les écrits ont plusieurs rapports frappants avec certains textes du livre produit, ainsi que nous le verrons.

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