CHAPITRE XV
Des peiiOMiageB antédiluviens.
Ces analogies, que nous avons vues se suivre depuis le déluge, se continuent au delà, et remontent jusqu'à Torigine première, dite la création. Les anciens auteurs chrétiens en ont tous fait la remarque, en se plaignant d'ailleurs de X altération,
a en un ravin près la ville, avec nnstrucUon que le lende- « main, lofsquHl aurait attiré au dehors le roi et ses gens ar* a méspar une hilte simulée, ils eussent à y entrer et à lasao- « cager. Cela Ait fait; la ville fût prise : tout fut égorgé; et « le nombre total, y compris vieillards, flemmes cA enfants, « fat de Aw» mUle. » Ces 13,000 âmes siq»posent an phis Irois miUe hommes en état de combattre. Les premiers 3,ooo que Josué envoya supposent encore moins, puisqu'ils furent regardés comme fbu finrti. L'embuscade de trenU mille est Improbable; ce dut être aussi troi» mUle. n est encore dit que Josué emlHuqua b,000 hommes entre Hal et Bethel, et quil se présenta avec tout le reste : Il ne dut pas présenter un nombre beaucoup plus fort que la veille, de peur d^Mlirayer trop le roi et son monde : supposons encore 3 ou 4,000 hommes; cela ne produit pas plus de ia,ooo hommes. Josué n'a pas dû avoir une réserve plus considérable, et tout ee rédt nlndique pas 30,000 oombattants. n est étonnant que la perte de «rmieHMs honunes ait pu etRrayer cette armée; c'était encore moins pour soioponlf mille. SI toute rarmée de Josué ne fat que de is à 30,000 hommes, sapopolatton totale nedut être que de 190 à 130,000 tètes. Les 7 peuples plus nombreux donneraient alors 1 ,060,000 âmes , c'est-à-dire , plus de l ,000 âmes par Ueue carrée. Au lieude 300,000 hommes armés, ne seraitce pas plut6t 00,000 âmes qui seraient sorties de l'Egypte* et qui ensuite se seraient recrutée^ dans le désert arabe? Les exemples de ces exagéraUons décimales se reproduisent dans les 1,000 livres d'argent qu'AbimelelL donne à Sara ( au Uea de 10 ) ; les 1,000 PhilIsUns que tue Samson, les 3,000 qu'a précipite de la terrasse d'un temple ; les 60,000 Betsamites qui périssent pour avoir regardé dans rarche ( peut-être 60 ); les 800,000 guerriers que Sam mena contre Ifahas , roi des Aaamonites ( sans doute 30,000 ) ; et vottà comme s'écrit l'histoire ! et l'on y croit!
RECHERCHES NOUVELLES
e'est-à-dire de la différence des noms et des âges que les livres chaldéens donnent aux personnages antédiluviens y appelés par nous patriarches , et rois par les Chaldéens. Le Synoelle ' nous a rendu le service d*en conserver la liste , copiée d'Alexandre Polyhiator ou d'Abydène, copistes eux-mêmes de Berose.
iêlim la Gtnè*«.
Adam 930
SeUi 9IS
Edm 906
KaTnan .... 910 Mahlaléel ... 883
lared 895
Enoch daa
MattiuMU. . . 969 Lamech .... 777 Nohé 960
«r<<m Birose,
Ages En
Nom. •néant, uaaàeê.
Alor 10 36,000
Àlaapar .... 3 10,800
Amèlon .... 13 46,800
Aménon .... 12 43,200
Metalar 18 64,800
Daôn 10 36,000
Evedorach. . . 18 64,800
Amphis .... 10 36,000
OUartea .... 8 28,800
XiSUlbnu ... 18 64,800
Voilà les prétendus rois que les Chaldéens disaient avoir régi le monde pendant 120 sares, équivalant à 412,000 ans. Ce calcul seul nous montre qu'il s'agit ici d'êtres astronomiques ou astrologiques, et le Syncelle lui-même nous en avertit, lorsque, page 17 , il dit « que les Égyptiens, les Chaldéens et les « Phéniciens se donnent une antiquité extrava- « gante, au moyen de certaines supputations as- « trologiques. » L'Arménien Moïse de Chorène , environ 800 ans avant le Syncelle , avait fait les mêmes remarques. « L'origine du monde, dit-il (chap. 8), n'est pas exposée par nos saints livres, de la même manière que par les historiens ; j'entends le très-savant Berose et Abydène. Dans Abydène , les chefs de famille diffèrent quant au temps et aux noms (mais non quant au nombre, qui est également de 10). Ces auteurs présentent même le chef du genre humain, Adam, sous un autre caractère que la Genèse; car ils disent : Dieu très-prévoyant fit Alonis pasteur et directeur du peuple, et il régna 10 sares, qui sont 36,000 ans. De même, ils donnent à Noyi (Nohé), un autre nom (Xisuthrus) et un temps immense, d'accord d'ailleurs sw\ la corrvpUon des hommes, et la violence du déluge. Us établissent dix chefs (ou rois) avec Xisuthrus; et leurs années diffèrent nonseulement de nos années, qui ont quatre saisons, et des années divines, mais encore ils ne comptent point les levers de lune comme les Égyptiens, ni les levers dont le nom se tire des dieux (les constellations personnifiées). Néanmoins les auteurs qui les prennent pour des années (ordinaires) , les adaptent aux calculs grecs , etc. » On voit que les Chaldéens nous ont donné une sorte de logogriphe à résoudre; il ne faut pas s'é- ■ Pagn 17 à 18.
tonner s'il a été mal compris de beaucoup d'aotem anciens et même modernes , puisque sa solution exige la connaissance d'une doctrine astrologique assez compliquée, et qui , longtemps tenue secrète , a été trop négligée depuis qu'elle a perdu son empire. Pour donner quelques idées claires sur cette énigme^ il fxoX les reprendre à leur origine.
Lorsque l'expérience eut fait connaître aux anciens peuples agricoles, les rapports intimes qui se trouvent entre la production des substances terrestres et la marche du soleil dans le cercle céleste, un premier système astronomique et physique fut organisé, conforme aux besoins de l'agriculture et aux phénomènes des corps célestes les plus remarquables. Ce système, inculqué dans tous les esprits, par l'éducation civile et religieuse, et par l'habitude, devint la base de tous les raisonnements, le type de toutes les hypothèses qui firent naître ensuite des idées plus étendues. Le grand cerde céleste avait été divisé en douze maisons (les douze signes du zodiaque), d'après les lunes qui se montraient tandis que le soleil le parcourait; chacune de ces maisons était subdivisée en 30 parties (ou degrés) , d'après les Jours de chaque lune. Les étoiles, individuellement et en groupes, avaient reçu des noms tirés des opérations de l'homme ou de la nature pendant la révolution solaire; et le ciel astronomique était devenu comme un miroir de réflexion de ce qui se passait sur la terre. Cet ordre de choses, si intéressant pour le peuple, en fut d'abord bien compris; mais par le laps du temps plusieurs causes introduisirent dans les idées une confusion qui eut des suites à la fois ridicules et graves. Une classe d'hommes livrés spécialement à l'observation des astres , était parvenue à découvrir le mécanisme des éclipses, h en prédire les retours. Le peuple, frappé d'étonnement de eMe faculté de prédire, imagina qu'elle était un don divin qui pouvait s'étendre à tout : d'une part, la curiosité croule et inquiète, qui sans cesse veut connaître l'avenir; d'autre part, la cupidité astucieuse, qui sans cesse veut augmenter ses jouissances et ses possessions, agissant de concert, il en résulta un art méthodique de tromperie et de charlatanisme que l'on a appelé astrologie, c'est-àniire, V art de prédire tous les événements de la vie par ^inspection des astres et par la connaissance de leurs influences et de leurs aspects. La véritable astronomie étant la base de cet art, ses difficultés le restreignirent à un petit nombre d'initiés, qui, sous les divers noms de voyants, de devins, de prophètes, de magiciens, devinrent une corporation sacerdotale très-puissante chez tous les peuples de l'antiquité. Quant mtù^uences
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
des eorps célestes, leur préjugé dut sa naissance aux premiers observateurs , qui remarquant un rapport habituel entre le lever et le coucher de tel astre avec Tapparition de tel phénomène ou de telle substance terrestre, supposèrent une action secrète de cet astre, par un fluide subtil, tel queTair , la lumière ou Téther. Ce préjugé devint le gradd levier de toute l'astrologie ; les astres étant censés les moteurs et régulateurs de tout ce qui arrive dans le monde, le mortel qui connut leurs lois put tout connaître, et par conséquent tout prédire.
Ces lois semblèrent d'abord assez simples, parce que Ton crut que le ciel avait un état fixe, comme il semble au premier aspect. Mais lorsque des observations séculaires eurent montré des changements considérables dans le premier ordre arrangé , il fallut inventer de nouvelles théories, que les progrès des sciences mathématiques rendirent plus savantes et plus compliquées.
Une première école d'astronomie avait divisé le grand oerde céleste (le zodiaque) en 12 parties, subdiTÎsées chacune en 30 degrés , Élisant au total 860 , et ce nombre avait été regardé comme suffisant aux horoscopes du calendrier. Une seconde école d'astronomes plus raffinés le trouva insuffisant aux horoscopes bien plus nombreux de la vie humaine : elle divisa chaque signe zodiacal en 12 sections , dîtes dodécaUmcries ; puis chacune de ces sections en 60 parUeules ou minutes, partagées elles-mêmes en 60 secondes, etc. Cette division avait l'inconvénient de oouperles 80 d^résdechaquesigneparune première fraction de 3 1/2. Une troisième école voulut y remédier, en y appliquant le calcul décimal; et elle partagea chaque signe en 10 sections ou déccttémories, comprenant chacune 8 degrés; puis chaque section en 60 minutes, et chaque minute en 60 secondes, etc. Ptoloiiîée, qui nous apprend ce fait, ajoute que cette dernière méthode est chahÈtOque, c'est-à-dire qu'elle fut inventée par les Chaldéens; de là ne semble-t-il pas résulter que les Arabes de Chaldée sont les inventeurs des chiffres qui la constituent, et qui portent le nom Carabes, tandis que la méthode duodécimale appartiendrait aux astronomes égyptiens ? Quoi qu'il en soit, la méthode chaidaîque, en donnant 10 sections à chaque signe, divise le cercle zodiacal en 120 parties; et parce que chaque section se subdivise en soixante multiplié par soixante, il en résulte une subdivision de 3,600 parties pour chacune, et une somme de 432,000 pour la totalité du cercle. Maintenant il est remarquable que ce nombre 432,000 est précisément l'expression de la période antédiluvienne, c'est-à-dire, du temps écoulé entre le commencement du monde et sa destruction
par le déluge , et que les parties élémentaires de ce nombre sont exactement les sares , les sosses et les néres mentionnés par le chaldéen Berose. En effet , selon lui, le sare vaut 3,600 ans ; et nous voyons que làBeclio^décatémorie vaut 3,600 secondes : le nére valait 600 ans, et nous trouvons que chaque signe contient 600 minutes, savoir, 10 sares de 60 minutes chaque : selon Berose, le sosse, qui est la moindre période, vaut 60 ans ; et nous trouvons que 60 secondes sont la dernière sous-division du swe. L'on voit que le logogripfae commence à se dévoiler. Mais d'où vient cette conversion du zodiaque mathématique en valeurs chronologiques? Pour expliquer ceci , il faut savoir ou se rappeler que chez les anciens, le mot année, qui signifie un cercle, un anneau < , un orbite, ne fut point restreint à l'année solaire, mais qu'il fut étendu à tout cercle dans lequel un astre, une planète quelconque exécute une révolution; bien plus , il devint chez les astronomes l'expression des révolutions simultanées de plusieurs astres partis d'un même point du ciel , et s'y retrouvant après une longue série de leurs mouvements inégaux : ainsi , ayant appelé année de Mars la révolution de cette planète, qui dure deux ans solaires; année de Jupiter, celle qui dure 12 ans; année de Saturne, celle qui dure 31 ans; ils appelèrent encore année de restitution, et grande année, l'espace de temps que le soleil , les planètes et les étoiles fixes employaient ou étaient censés employer à revenir et à se trouver tous ensemble à un point donné du ciel ; par exemple , au premier degré d'yiries, d'où ils étaient partis. Cette dernière idée ne put avoir lieu que lorsque le phénomène de la précession des équinoxes eut été connu, et que l'on eut vu l'ordre du premier planisphère dérangé de plusieurs degrés, par l'anticipation que fait le soleil dans le cercle zodiacal à chacune de ses révolutions. Cette grande année fut d'abord estimée 25,000 ans , puis 86,000, puis enfin 482,000. Et voilà ces années divines dont nous venons de voir l'indication dans Moïse de Chorène, et dont les livres indous nous ont conservé une mention clairement détaillée, en disant « qu'une année de Brahma est composée de « plusieurs années des nôtres, et qu'un jour desdieux « est précisément une année des hommes , etc. * » Ce premier équivoque n'a pu manquer d'occasionner beaucoup de confusions d'idées ; un second vint compléter le désordre. Dans la langue des premiers observateurs, le grand cercle s'appelait mundus et orbis, le monde. Par conséquent, pour décrire l'an-
< Annut, annulus. En arabe , atn désigne le nmd de Va^\ , le rond du BoleU, le rond d^une fonUine.
* Voyez JsiaHe Raearches, tome n, pages m et suivantes.
RECHERCHES NOUVELLES
née solaire, ils disaient que le monde commençait, que le monde naissait dans le signe du taureau ou du bélier, que le monde finissait, était détruit dans tel autre signe; que le monde était composé de 4 âges ( les 4 saisons ) : et parce que leur année commençait , selon Tordre rural , au printemps , où tout naît, et finissait en hiver, où tout dépérit, ils disaient que ces âges allcUent en se détériorant, que le monde allait de nud en pis. Ces idées, naturelles et vraies au sens physique, s'imprimèrent dans tous les esprits. Lorsque ensuite , par le laps de temps , par les progrès ou Taltération du langage, les mots année et monde prirent un sens plus précis, les idées attachées à Tun ne se détachèrent pas de l'autre, et les astrologues et les moralistes profitèrent de Té- 'quivoque pour dire « que le monde subissait des « naissances et des destructions successives ; que la « méchanceté des hommes était la cause de ces des- • tructions; que dans les premiers âges, les hommes « étaient bons, mais qu'ensuite ils se pervertirent; » et ils ajoutèrent que le monde périssait tantôt par des incendies, tantôt par des déluges, parce que, selon que nous l'apprend Aristote, la saison brûlante de l'été avait été appelée incendie, et que la saison pluvieuse de l'hiver avait été appelée c2^^« > : or le monde, c'est-à-dire Vannée, ayant eu son commencement tantôt au solstice d'été, comme chez les Égyptiens, tantôt au solstice d'hiver, on avait dû dire que sa fin arrivait dans ces saisons.
Ainsi c'est par l'équivoque des mots , et par l'association vicieuse des idées, que le zo(Uaque matériel fut converti en zodiaque chronologique , et que l'on supposa pour durée infinie du monde, ce qui ne fut primitivement que la durée limitée d'une révolution circulaire. Voilà toute l'illusion du calcul chaldéen et le mot de son logogriphe. Les 432,000 ans de Berose ne sont qu'un calcul fictif de la grande période qui , selon les mathématiciens , devait rétablir toutes les sphères célestes dans un premier état donné. Cette grande période avait d'abord été supposée de 86,000 ans; mais l'observation ayant fait connaître que le concours de toutes les sphères n'était pas parfait, qu'il restait des intervalles et des fractions, les mathématiciens, pour atténuer ces fractions et les rendre insensibles, imaginèrent de les reverser sur plusieurs révolutions ; multipliant 36,000 par 12, ils obtinrent le nombre cité 432,000. Us ne s'en sont pas tenus là : il paraît que leur doctrine s'étant introduite dans llnde, à une époque plus ou moins reculée, leurs successeurs, dans cette contrée, ont voulu ajouter un nouveau degré de
> Aristot Meteor. lib. I, cap. 14; et JuUum Firmtcus , IU>. m, cap. 1 , pag. 47; et Epiphan. hêtres, cap. 19.
précision , et ont , pour cet effet , multiplié ces 432,000 par 10, ce qui leur a produit les 4,S20,00O qu'aujourd'hui les Indons nous présentent comnie durée du monde, avec des circonstances semblables à celles des Chaldéens ; car ils terminent cette durée par un déluge, et ils remplissent le prétendu temps antérieur par dix avatars ou apparitions de Fishnou, qui répondent aux dix rois antédUuviens. Ces analogie^ sont remarquables et mériteraient d'être approfondies, mais elle nous écarteraient trop de notre sujet ; il doit nous suffire, pour terminer cet article, de dire que les 432,000 ans étant une fiction, les 10 prétendus rois en sont une autre du même genre : chacun d'eux doit désigner une période partielle ; et en effet, Alor et Dàon nous en offrent un exemple connu dans leur nombre 86,000, qui est une période élémentaire de 432,000 ans. Par cette analyse , les 10 patriarches de la Genèse, identiques aux 10 rois de Berose, se trouvent jugés; mais pourquoi portent-ils tous des noms et des chiffres différents? ne serait-ce pas que cette légende serait plus ancienne que celle de Rerose, et qu'elle aurait été faite avant l'ampliation décimale des nombres? D'ailleurs, les écoles arabe et chaidéenne étant diverses , chacune d'elles a pu avoir son système particulier calqué sur un fond commun. Celui qu'a préféré l'auteur de la Genèse doit être antérieur à Moïse, puisque le dogme des 7 jours, qui se lie à l'histoire d'Adam , se trouve consacré dans la législation de ce réformateur : le nom même d*j4dam se trouve dans son cantique > , en admettant cette pièce comme autographe. Si les détails des légendes nous fussent parvenus sur chacun des 10 rois et patriarches, nous y eussions trouvé le mot de leurs énigmes respectives *; nous en sommes dédommagés par l'histoire à^Adam, à' Eve et de leur serpent, dont le caractère astrologique est d*une évidence incontestable.