CHAPITRE XVII
Mythologie de la créaUon.
' Poursuivons nos recherches sur la Genèse, et Boontrons que son récit de la création se retrouve comme les précédents, presque littéralement exprimé dans les cosmogonies anciennes, et toujours spécialement dans celles des Chaldéens et des Perses. Notre traduction va être plus fidèle que celles du grec et du latin :
« Au commencement, les dieux (Elahim) créa « (bara) les cieux et la terre. Et la terre était (une « masse) confuse et déserte, et l'obscurité (était)
« sur la face de la terre Et le vent (ou esprit)
« des dieux s'agitait sur la face des eaux. Et les « dieux dit : Que la lumière soit ! et la lumière fut; « et il vit que la lumière était banne, et il la seft parade l'obscurité. Et il appela Jour la lumière, « et nuit l'obscurité; et le soir et le matin furent m. un premier jour.
« Et les dieux dit : Que le vide (raqla) soit (fait) « au milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux des « eaux; et les dieux fit le vide séparant les eaux qui « sont sous le vide , des eaux qui sont sur le vide; « et il donna au vide le nom de deux; et le soir et « le matin furent un second jour. Et les dieux dit : • Que les eaux sous les cieux se rassemblent en un « seul lieu , et que la terre sèche se montre ; cela « fut ainsi; et il donna le nom de terre à la sèche, « et le nom de mer à l'amas d'eaux; et il dit : Que « la terre produise les végétaux avec leurs semen- « ces ; et le soir et le matin furent un troisième o jour. etc.
« Et le quatrième jour , il fit les corps lumineux « (le soleil et la lune) , pour séparer le Jour de la « nuit, et pour servir de signes aux temps, aux jours <t et aux années.
« Au cinquième jour, il fit les reptiles d'eau, les « oiseaux et les poissons.
« Au sixième jour , les dieux fit les reptiles ter- « mstres^ les animaux quadrupèdes et sauvages; « et il dit : Faisons l'homme à notre image et à no- «. are ressemblance ; et il créa ( bara ) l'homme à son
« image; et il le créa (bara) à son image; et il les « créa (bara) mdle etfemeUe; et il se reposa au « septième jour, et il bénit ce septième jour.
« Or il ne pleuvait point sur la terre; mais unf « source (abondante) s'élevait de la terre, et arro- « sait toute sa surface*
« Et il avait planté le jardin d'Eden ( antérieu- « rement, ou à l'orient ); il y plaça l'homme. Au « milieu du jardin était Varbre de vie et l'arbre « de là science du bien et du mal. Et ôialuxdiné'E' « den sortait un fleuve qui se divisait en quatre «1 têtes appelées le Phison, le GiAoun, le Tigre et « VEi^hrate*
« Et lehouhrks-dieHX * dit : Il n'est pas bon que « l'homme soit seul; et il lui envoya un sommeil, « pendant lequel il lui retira une côte , de laquelle « il bâtit la femme, etc. etc. »
Si un tel récit nous était présenté par les brahmes ou par les lamas , il serait curieux d'entendre nos docteurs contrôler ses anomalies. « Voyez, diraient-ils , quelle étrange physique! Supposer que la lumière existe avant le soleil, avant les astres , et indépendamment d'eux ; et ce qui est plus choquant, même dans le langage, dire qu'il y a ua soir et un matin, quand le soir et le matin ne sont que l'apparition ou disparition de l'astre qui fait le jour 1 Et ce vide produit au milieu des eaux, qui suppose qu'au-dessus du ciel visible il y a un amas d'eaux subsistant! Aussi cette physique nous parle-t-elle des cataractes du ciel our vertes au déiiige; et l'un de ses interprètes ne craint pas de nous dire que la voûte du ciel est de cristal ' . Et cette terre sans pluies, sans nuages, par conséquent sans évaporation, ayant une seule source qui arrose sa face ! Et cet homme créé tout seul, et cependant mdle et femelle! En vérité, ces Indous, avec leurs Shastras et leurs Pouranas, nous font des contes arabes. »
Nous le pensons comme nos docteurs ; mais parce que ce côté de la question est jugé pour tout esprit de sens rassis et non imbu des préjugés de l'enfiance, nous allons nous borner à considérer le côté allégorique, et à développer le sens. Tout lecteur aura été choqué de notre traduction les <Ueux créa ; néanmoins telle est la valeur du texte, de l'aveu de tous les grammairiens. Pourquoi ce pluriel goi^ vernant un singulier ? parce que le rédacteur juif, pressé par deux autorités contradictoires, n'a vu que ce moyen de sortir d'embarras. D'une part, la
* Ce nom de lehouh n'est employé , pour la première fols , qu*au qaatrlème verset da chap. ii ; le laUn le rend par Ih>nUnuê; 11 devrait dite exiiient per te..
* Flavius Josëplie» Antiq.Jud. Uv. I, duip. l.
MO
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loi de Moïse proscrirait la pluralité des dieux ; d'autre part, les cosmogonies sacrées, non-seulement des Chaldéens, mais de presque tous les peuples, attribuaient aux dieux secondaires, et non à ce grand Dieu unique, Torganisation du monde. Le rédacteur n*a osé chasser un mot consacré par Tuaage. Ces Elahim étaient les décans des Égyptiens, les génies des mois et des planètes chez les Perses et les Chaldéens, génies-dieux cités sous leur propre nom par Fauteur phénicien Sanchoniaton, lorsqu'il dit : « Les compagnons d7/ou El, qui est Kro- « nos (Saturne), furent appelés Ei&lm ou Kro- « niens > , et on les disait les égaux de Kronos. »
Or Kronos ou Saturne est, comme on sait, Temblème du temps, mesuré par la planète de ce nom : ses égaux furent donc naturellement des génies de la même espèce. La lettre h manquant à Talphabet grec, le mot EloUm a rendu le mieux possible le phénicien-arabe EkJiim, pluriel hébreu de Eluh, Dieu. Mais pourquoi leur attribuait-on l'organisation ou la créaHondu monde? Par la raison simple et naturelle que le monde, dans son sens primitif, fut le grand orbe des cieux , et spécialement Vorbe ou cerde du zodiaque. Or, comme à partir de l'équinoxe du printemps les êtres terrestres, engourdis et comme morts pendant l'hiver, prenaient une vie nouvelle ; que la production des feuilles, des fleurs et de tout le règne végétal semblait être une véritable création, les génies qui présidaient à chaque signe du zodiaque, furent considérés comme les auteurs et moteurs de tout ce mouvement de vie; et parce que cette période de vie, d'abondance et de délices, ne durait que jusqu'à l'équinoxe d'automne, la création fut dite ne durer que six mois, qui, par d'autres équivoques, ont été appelés dans les diverses cosmogonies, tantôt âe» Jours, tantôt des mille, etc.
Avec le progrès des connaissances, les astronomes physiciens ayant considéré le monde sous un point de vue plus vaste, des esprits subtils raisonnèrent sur l'origine de tous les êtres visibles; et alors naquirent ces systèmes plus ou moins extravagants , qui de l'Inde et de la Chaldée passèrent dans l'ancienne Grèce, et qui, commentés par Vythagore, par Thaïes , par Platon, par Zenon, par Aristote, ont donné naissance à d'autres systèmes que l'on peut appeler des délires organisés. Quant au mot créMon, pris dans ce sens de produire de rien , de Hrer du néant des substances solides et sensibles, il est douteux que cette idée abstraite, due à l'exaltation des cerveaux jeûneurs des pays chauds, ait été connue ou reçue par les anciens Juifs; ce
' Eosèbe, Prœpar. evang. 1U>. I, pog. 37.
qu'il y a de certain , c'est que le mot bara , traduit par (les dieux) créa, ne comporte point ce sens, puisqu'on le trouve en beaucoup d'occasions employé comme dans le sens de faÂ>riquer, />rmer nous en avons trois exemples dans le morceau cité, où il est dit que Dieu créa l'honune à son image , qu'il les créa mâle et femelle, etc. Le Umon rouge dont l'homme fut formé existait, et la distinction du sexe n'est qu'une disposition de la matière déjà formée : il n'y eut ddnc point là une créaUon dans le sens de Urer du néant, de produire quelque chose avec rien.
Nous avons dit que les six mois de la créatioa furentconsidérés sous des rapports et sous des noms divers, selon les divers systèmes des anciens astrologues. Leurs livres, chez les Perses et chez les Étrusques, nous en ofirent deux exemples d'une analogie sensible avec la Genèse.
« Un auteur toscan très-instruit, dit Suidas', « a écrit que le grand Démi-^urgos, ou architecte M de l'univers, a employé 13,000 ans aux ouvrages « qu'il a produits, et qu'il les a partagés en 1 3 temps, « distribués dans les 13 maisons du soleil ( les 13 « signes du zodiaque ). »
[ Notez que ce grand architecte, ou son type originel, est le soleil, qui dans toutes les premières théogonies , est le créateur , le régulateur du monde supérieur et inférieur. ]
« Au premier mille , il fit le ciel et la terre.
<« Au deuxième mille, il fit le firmament ( le grand « vide ) , qu'il appela le ciel.
« Au troisième mille , il fit la mer et les eaux qui « coulent dans la terre.
« Au quatrième, il fit les deux grands flambeaux « de la nature.
« Au cinquième , il fit l'âme des oiseaux , des rep- « tiles, des quadrupèdes , des animaux qui vivent « dans l'air , sur la terre et dans les eaux.
« Au sixième mille, il fit l'homme. »
Cette distribution des ouvrages est d'une telle ressemblance, qu'on ne peut douter qu'elle ne vienne de la même source. Or, et si l'on considère, d'une part, que tout ce que nous connaissons des arts et de la religion étrusques , a une analogie frappante avec les arts et la religion de TÉgypte * ; d'autre part , que Moïse a imité une foule d'institutions de ce dernier pays, l'on sera porté à y placer l'o-
< Article Tyrrhenia,
* Les peiotURS déooaTeites par nos savanU français dans les catacombes des rois de Tbèbes , achèveot de oerUfier cette opinion. Les vases, les meubles et les ornements que représentent ces peintores , sont absolument du même style que ceux des vases étrusques ( voyei le tomeDde la Commission d'Egypte) ; et relativement à Moïse, son arche d'alliance a totalement la forme du coffre ou tombeau d*Osiris.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
rigine de ces idées, surtout lorsqu'elles se lient à r institution de la semaine, qui est attribuée aux Égyptiens, et qui date de la plus haute antiquité. Dans la eitation que nous venons de &ire, nous avons des milie k la place des Jaurs; mais il ne fiiut pas oublier que les anciens théologues ou cosmologues ont donné des acceptions très-diverses aux mots jours et années. « Le soleil , dit Fan- « cien livre indien attribué à Ménou , cause la di-
• vision du jour et de la nuit, qui sont de deux « sortes , ceux des hommes et ceux des dieux. Le
• mois (ou temps d'une lune) est uajour ou nuit « des richis (ou patriarches ). La moitié brillante «est destinée à leurs occupations, et la moitié
• obscure à leur sommeil. Une année est un jour
• et une nuit des dieux (censés habiter le pôle, ou « mont Merou ) : leur jour a lieu quand le soleil se « meut (de l'équateur) au nord (en effet le p6le
• nord est éclairé six mois) ; leur nuit a lieu quand « le soleil se ment (de Téquateur) au midi ( ou pôle « sud); or 4,000 années des dieux, composées de
• tels jours, font un âge appelé krlta, etc. > » Quant aux mille employés ici comme synonymes
des mois et des signes du zodiaque; nous avons vu et nous allons voir encore que cette division décimale de chaque signe fut usitée par les Chaldéens, sans néanmoins prétendre en exclure les Égyptiens. Avec un tel langage et de telles acceptions de mots, l'on sent que les mystiques anciens et modernes ont pu se Êûre un dictionnaire trè&^mbarrassant pour ceux qui n'en ont pas la clef. En cette occasion, elle nous donne le moyen de reconnaître entre les six jours des Hébreux et les six milie des Étruriens, une synonymie difficile à contester. L'auteur étnirien ajoute « que les six premiers mille ans ayant pré- « cédé la formation de la race humaine, elle sem- « ble ne devoir subsister que pendant les six mille « autres qui complètent la période de douze mille « ans au bout desquels le monde finit. »
ici nous avons la source de l'opinion des mUlénoires , si célèbre dans les premiers siècles du christianisme, et qui fîit commune à presque tout l'Orient : en même temps nous voyons l'effet bizarre produit par l'équivoque du monde ou orbe zodiacal avec le monde pris pour une durée systématique de l'univers.
D'un autre côté, cette durée de douze mille et cette création pendant six, se retrouve chez les Parsis, successeurs des anciens Perses, et dans leur Genèse intitulée Boun Dehesch.
« Le temps, dit ce livre ancien, pag. 420, est de « douze mille ans ; il est dit dans la loi que le peuple
' Atiaiic Retearcket, tome I.
« céleste fut trois m Ile ans à exister, et qu'alors « l'ennemi ( Ahriman ) ne fut pas dans le monde. « Kaîomorts et le taureau forent trois autres « mille ans dans le monde, ce qui fait six mille « ans...
« Les mille de Dieu parurent dans Vagneau, le « taureau, les çémeaux, le cancer, le lion et « Vépis ce qui fait six mille ans. « ( Ici l'allégorie est sans voile. ) « Après les mille de Dieu, la ba- « lance vint; Ahriman ( ou le mal ) courut dans le « monde ( l'hiver commença ). »
. /cfem^pag. 845: «Le <emf»f( ou destin) a établi « Ormusd, roi borné pendant l'espace de douze é mille ans. »
Pag. 348 : « Des productions du monde, la pre- « mi^éque>i^ Ormusd fot le ciel. La deuxième fut « l'eau; la troisième fot la terre; la quatrième fu- « rent les arbres ; la cinquième fiurent les animaux ; « la sixième fot l'homme. »
Pag. 400 :« Ormusd pariant dans la loi, dit encore : « J'ai Ml les productions du monde en 365 jours ; « c'est pour cela que les six gahs gahanbars (les « mois ) sont renfermés dans l'année. »
Enfin, dans l'origine de toutes choses, l'auteur dit, pag. 344 et suivantes , « que les ténèbres et la « lumière étaient d'abord mél^ et formant un seul « tout; qu'ensuite, étant séparées par le temps (ou « destm),e]lesformèrentOrmusdet Ahriman,etc. »
Ces passages nous offrent, d'une part , l'explication la plus claire de la période de douze mille ans, supposée devoir être la durée physique du monde; d'autre part , une analogie marquée avec le récit que la Gen^ fait de la création : la différence principale est que , dans l'hébreu , le premier oeuvre est la séparation de la lumière; tandis que dans le parsi, c'est la formation du ciel ; mais abstractivement de l'ordre numérique, l'un et l'autre placent d'abord le chaos ténébreux, puis la séparation de la lumière; et l'auteur juif semble faire une allusion directe aux idées zoroastriennes, quand il dit que la lumière fut bonne : néanmoins , comme le dogme du bien et du mal existe également dans le système égyptien d'Osiris et de Typhon, cette allusion ne peut faire preuve pour la date de la composition.
Une comparaison suivie de la Genèse juive avec la Genèse parsie, multiplierait les exemples d'analogie; mais ce travail nous écarterait trop de notre but; nous nous bornerons à remarquer, avec le traducteur {ÀnquetUdu Perron\ que le^otin Dehesch ■ est une compilation évidente de livres anciens dont il s'autorise, et que cette compilation, quoiqu'elle
> Ce niot signifie, dit-il, racine donnée ou donné par la racine, c^esi'ètéïn origine, Genàe de* ehote».
ses
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cite dans ses trois derniers versets les dynasties sasanide, aschkanide et le règne d'Alexandre, doit néanmoins remonter à une époque antérieure : ces trois versets ont dû être ajoutés après coup, comme il est arrivé aux livres de Tlnde. On a droit de croire, vu l'analogie de plusieurs de ses passages avec certaines citations des anciens auteurs grecs, et entre autres de Plutarque , que le compilateur eut sous les yeux quelques livres de Zorocuire; mais en lisant le Botm Dehesch avec attration , nous y trouvons d'autres citations singulières qui ne peuvent venir de cette source. Par exemple, à la page 400, ch. 25, il est dit, « que le plus long jour de Tété « est égal aux deux plus courts de Thiver, et que la « plus longue nuit d'hiver est égale aux deux plus « courtes nuits d'été. »
Un tel état de choses n'a lieu que par le 49* degré 20 minutes de latitude , où le plus long jour de l'année est de 16 heures 10 minutes, et le plus court de 8 heures 5 minutes. Or cette latitude est d'environ 12 degrés plus nord que les villes de Bactre ou Balkh et Ourmia, où l'histoire place le théâtre des actions de Zoroastre. Cette latitude sort infiniment au delà des frontières de l'empire persan, à quelque époque qu'on le prenne. Elle tombe dans la Scythie, soit au nord du lac Aral et de la Caspienne , soit aux souroesder/rtocAy deTOfr, du/enisetetdelarivière SeUnga : elle se trouve dans le pays des anciens grands Scythes (ouMassagètes), qui disputèrent d'antiquité avec les Égyptiens, selon Hérodote. Aurai t-ildoncexistédans ces contrées, àce parallèle, un ancien foyer d'observations astronomiques, chez un peuple policé et savant ? ou l'observation citée par le i7atm/7eA««cA serait-elle tirée de temps plus modernes? Ammien Marcellin nous apprend avec Agathias, « que, postérieurement à Zoroastre, le roi Hys- « tasp ayant pénétré dans certains lieux retirés de « Vinde supérieure y arriva à des bocages solitaires « dont le silence favorise les profondes pensées des « brahmes. Là ilapprit d'eux, autant qu'il lui fnXpos- « stbkf les rites purs des sacrifices, les causes du « mouvement des astres et de l'univers, dont ensuite « il communiqua une partie aux mages. Ceux-ci se «* sont transmis ces secrets de père en fils, avec la « science de prédire l'avenir ; et c'est depuis lui « (Hystasp) que, dans une longue suite de siècles «> jusqu'à ce jour, cette foule de mages composant « une seule et même race ( ou caste ), a été consacrée « au service des temples et au culte des dieux. »
Ce passage nous indique clairement une réforme ou une innovation introduite par Hystasp dans la religion de Zoroastre. Quel fut cet Hystasp? Am-
mien Marcellin ditque'ce fut le père du roi Darius mais Agathias, auteur instrait, dit que cela n'était point clahr chez les Perses; et Hérodote, presque contemporain de Darius, atteste que ce prince, promu à la royauté par l'élection, était le fils d'un simple por/îcti^^ ou seigneur persan. N'est-il pas à croire que le roi Hystasp est Darius lui-même, appelé, par abréviation , du nom de son père Hystasp? L'innovation indiquée lui omviendrait par bien des raisons : lorsqu'il fut élu roi , les mages de Zoroastre subirent un massacre général dans tout l'empire perse, en vengeance de la tromperie du mage Smerdis, usurpateur du trône de Cambyse. Darius, qui organisa le gouvernement, jusqu'alors purement militaire , qui partagea l'empire en vingt satrapies, qui fit baUre une monnaie générale et régla les tributs de chaque peuple, qui établit une police et des lois , porta sûrement son attention sur le culte, qui n'avait plus de ministres et qui partageait leur discrédit; il voulut, comme tous les rois, donner cet a[^ui à son trône. Hérodote, garant de tous ces détails, nous apprend que la vingtième satrapie , la plus riche de toutes > , était celle des Indiens (des sources de l'Indus ou Pandj-ab ) : n'est-il pas probable que Darius Hystasp visita cette partie de ses sujets , et que le fait cité par Anunien date de cette époque? Ce prince aurait donc alors consulté les brahmes ou plutôt les boudhistes-samanéens^ dont la doctrine était dominante. Or, en examinant la cosmogonie des boudhistes réfugiés à Ceyian» telle qu'elle est exposée dans le tome septième des AsiaHc Researches *, nous trouvons plusieurs traita de ressemblance entre cette cosmogonie d'origine indienne et celle des Perses : ce qui est surtout frap* pant, c'est que des quatre dieux ou anges qui gardent et surveillent les quatre coins du monde , l'un « enparsi, s'appelle Tashtery et en bali, ou langue sacrée de Ceylan, der Terashtré; l'île de l'est, en bali, se nomme pot^a wevidehé; et en parsi Test se nomme pauroué weedesieh; l'ouest , en parsi, est appelé appéré godamé; et en bali, apré godami : le nord , en parsi , autourou kourou, o£Ere le même mot outaurou, que les Indiens appliquent au pôle du sud , par une transposition dont on trouve un autre exemple entre les Ceyianais et les Birmans. Maintenant, s'il existe une analogie marquée en« tre les boudhistes et les Parais, quant au systéme cosmogonique, n'est-il pas à croire que la cause de cette analogie se trouvedans laréformeouinnovation de Darius Hystasp , qui rapporta de l'Inde ces idéei^
» Héjwlole,Uv. m, g 04.
> Mémoire de M. Joinvllle, page 4ia,
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
quMl eommonîquâ aux mages, dont il fit ane création nouvelle? Alors le Baim Dehesch aura été composé après cette époque, et probablement peu après la ruine de Temptre perse par Alexandre, lorsque les liyres sacrés devinrent plus rares par les troubles et les incendies des guerres. D*autre part, les brabmes et les boudhistes s'accordent à dire qu'ils ne sont point indigènes de l'Indostan ; qu'ils sont originaires du nord ; et leur figure ovale porte le caractère scythe : leur berceau ancien et premier aurait-il été par les 49 degrés 30 minutes de latitude, et aurait-il existé là très-anciennement un peuple policé , auteur de Tobservation citée? L'illustre Bailly, dans son Astronomie ancienne, a cité beaucoup de faits à Fappui de cette opinion; son émule Lalande, qui ne fut point versé en littérature ancienne , a voulu beaucoup la déprécier; mais si quelque jour un homme doué de talent réunit aux connaissances astronomiques l'érudition de l'antiquité, que l'on en sépare trop, cet homme apprendra à son siècle bien des choses que la vanité du nôtre ne soupçonne pas. Revenons à notre cosmogonie juive, et à nos 12,000 ans étrusques et parsis.
Astronomiquement parlant , il n'existe point de périodes de 12,000 ans, c'est-à-dire que ce nombre ne convient à aucune révolution simple ou compliquée d'astres ou de planètes. Pourquoi donc se trouve-t-il employé en ce sens par les anciens ? Ceci est encore un logogriphe astrologique dont il faut demander la solution aux adeptes de hi science secrète. Cette solution nous est donnée par l'ingénieux et savant Dupuis, dans son Mémoire sur les grands Cycles ou périodes de restitution. <« En « comparant avec attention diverses périodes des « Indiens et des Chaldéens, dit-il en substance, Ton « s'aperçoit que leur composition est due à une ad- « dition ou soustraction croissante ou décroissante « d'un premier nombre élémentaire qui suit l'ordre « arithmétique direct 1 , 2 , 3 , 4 , ou Tordre inverse a 4, 3, 2, 1 ; c'est ce que démontre l'analyse. »
1» VEzour-f^edam rapporte une tradition indienne ' d'après laquelle les quatre âges du monde ont eu la durée suivante , savoir :
Le premier âge 4,000 ans
Le second 3,000
Le troisième 2,000
Le quatrième 1,000
Otez les zéros, vous aurez 4,3,2,1
Le Baga^redam, autre livre sacré indou, cite
« Voyez Mémoires de V Académie des inscriptions , tome XXXI , page 2&4 , Mémoire de I*abbé Mignot
une tradition d'une autre source; il dit que, selon les anciens , le premier âge du monde
^^ 4,800ans
Le second 3,600
Le troisième 2,400
Le quatrième, où nous sommes,
doit durer \ 200
Voilà encore l'ordre 4, 8, 2, 1, dans les premiers chiffres; et il se retrouve le même, quoique double, dans les seconds , 8 , 6 , 4 , 2. De plus , prenez pour élément le nombre le plus simple 1,200, élevé à 2 ou à son double, vous avez 2,400; à son triple (8) 8,600; à son quadruple (4) 4,800,et la somme des quatre est 12,000. Les mystiques indiens ont figuré ce système par une vache dont les quatre pieds représentent les quatre âges du monde. Au premier âge, la vache se tenait sur ses quatre jambes; au second sur 8; au troisième, sur 2; au quatrième, sur 1. Toujours 1,2,3, 4, ou 4, 3, 2, l.Cen'est pas tout; ces mêmes Indiens, dans d'autres livres plus savants «, ayant établi la durée totale du monde à 4,320,000 ans, disent que le premier âge a duré 1,728,000 ans
Le second 1,296,000
Le troisième 864,060
Le quatrième 432,000
Voilà une grande différence de nombre , et cependant l'ordre de composition et de décomposition est le même; car, prenant pour élément le plus petit nombre 432,000 = 1 ans nous avons, en l'élevant à 2,
son double 864,000 = 2
En l'élevant à 3 , son triple. . . 1,296,000 = 3 En l'élevant à 4 , son quadruple 1 ,728,000 = 4
D'autre part , les Indiens disent qu'une année des dieux se compose de 860 années des hommes : les 4,320,000 étant des années de cette dernière espèce,^ divisons cette somme par 360 , qui est le dénominateur des années divines; le quotient qui vient est la période 12,000. N*est-il pas singulier de voiries calculs indiens prendre leurs éléments chez les Perses et chez les Étruriens ?
En outre, dans la période indienne nous avons
« Voyez LegeoUI, Mémoires de V Académie des sciences ^ 1772, tome XI, page 190; Abraham Roger, Mceurs des brahmines, part II , chap. 6, page 179; le père Beschi , Grammairs tamoHiique.
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pour élément premier la fameuse période chaldaîque de Berose, 432,000 ans.
Maintenant, pour la composer suivons Tordre arithmétique 1, 2, 3, 4 jusqu*à 8, en prenant comme élément premier la période
étrusco-perse 12,000 ans
nous aurons , pour second degré. . . 24,000
Pour troisième 36,000
Pour quatrième 48,000
Pour cinquième 60,000
Pour sixième 72,000
Pour septième 84,000
Pour huitième 96,000
Pour total de toutes ces sonunes. . • 432,000
Il n'est pas besoin de raisonner longuement sur cet exposé , que nous avons beaucoup abrégé ; le lecteur en voit facilement découler plusieurs conséquences.
1* Il est clair que toutes ces périodes sont des combinaisons mathématiques plus ou moins fictives et arbitraires , imaginées parles anciens pour faciliter leurs opérations d'astrologie plutôt que de véritable astronomie.
2» Il est sensible que ces périodes qui , quoique éparses chez divers peuples à diverses époques , s'amalgament si parfaitement quand on les rassemble, appartiennent à un seul et même corps de doctrine dont l'origine remonte à une très-haute antiquité, et dont le foyer semble se placer de préférence chez les Égyptiens et les Chaldéens.
3<> Enfin il nous semble également démontré que toutes ces idées , tous ces systèmes de création , de durée, de destruction et d'âges du monde, ont eu leurs types primitifs dans les idées simples et naturelles d'un système originel dont les figures hiéroglyphiques mal interprétées , dont les termes équivoques mal compris , sont devenus une cause de désordre moral et métaphysique. Ainsi les quatre âges du monde, si célèbres dans l'Inde et la Grèce, quoique aucun mortel n'en pût avoir de notions, ces quatre âges n'ont point d'autre origine , d'autre type que les quatre saisons de l'année , ce grand cercle monde dont une révolution commence et finit toutes les opérations de la nature. La création n'est autre chose que la production nouvelle, que le mouvement de vie spontané qui chaque année , au printemps , a lieu dans tout le système des végétaux et des animaux. Ce printemps, saison de feuilles, de fleurs et de pâturages, d'abondance, de lumière et de chaleur, fut l'âge d'or, parce qu'il est sous l'influence du soleil, qui dans l'alchimie et l'astrologie a l'or pour emblème ; Vété y Tâge d'argent , parce que ses nuits longues et sereines sont sous Tempire de la lune à
remblème d'argent; Vénus au blason de cuivre. Mars au blason de fer , présidèrent à l'automne et à l'hiver : et voilà l'ordre figuré sur lequel les moralistes bâtirent leurs systèmes de bonheur originel, de vertu première, de dégradation postérieure et successive, de vice et de malheur final, punis par une destruction à laquelle ils ne manquent jamais de foire succéder une nouvelle organisation calquée sur celle du jnonde ou cercle zodiacal. Yoilàles bases de cette doctrine qui, professée d'abord secrètement dans les mystères d'Isis, de Cérès et deMithra, etc. se répandit ensuite avec éclat dans toute l'Asie, et qui a fini par envahir toute la terre. Mais il est temps de clore cet article , et cependant ne passons point sous silence la différence apparente ou réelle qui existe entre la Genèse et Berose au sujet de la création. Il est fâcheux que le récit de cet écrivain ne nous soit parvenu qu'après avoir été copié d'abord par Alexandre Polyhistor , qui a pu y faire quelque changement, puis retouché parle Syncelle, qui l'abrège et le censure selon ses idées ; de manière qu'il y a plusieurs voiles entre nous et le texte originel et primitif des traditions chaldéennes traduites en grec et commentées par Berose.
Selon cet historien , dans le fragment qui nous est transmis ' , « l'on avait conservé avec beaucoup « de soin à Babylone , des archives ou registres ood^ « tenant l'histoire de 15 myriades d'années, et trai- « tant du ciel, de la mer, de l'origine des choses, « puis des ( X) rois et de leurs actions, etc. Berose « décrit d'abord l'état physique du pays de Baby- «lone, ses productions, ses limites, sa popula- « tion... Dans le principe , les hommes vivaient à « la manière des brutes, sans mœurs et sans lois , « lorsque de la mer Erythrée ( golfe Persique ) , sur « la plage chaldéenne, sortit un animal ayant la « forme d'un poisson , selon ApoUodore , portant « sous sa tête de poisson une autre tête et des pieds « d'homme attachés près sa queue de poisson ; cet « animal, appelé Oan, avait la voix et le langage « des hommes , et l'on conserve encore (à Babylone ) « son effigie peinte. Cet être, qui ne mangeait point, « venait de temps à autre se montrer aux hommes . « pour leur enseigner tout ce qui est utile , les arts « mécaniques , les lettres, les sciences, la construc- « tion des villes et des temples , la confection des « lois, la géométrie, l'agriculture , et tout ce qui « rend une société policée et heureuse. Depuis cette « époque l'on n'en a plus oui parler. Cet animal « Oan, au coucher du soleil, descendait dans la mer, « et passait la nuit sous l'eau ou près de l'eau : par la « suite, d'autres animaux semblables à lui se mon-
■ Synoellc , pages 28 et 20.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
•« trèrent aussi. Il avait écrit un livre qu*il laissa « aux hommes, sur Vorigme des choses et sur Tart •• de conduire la vie. Un temps exista où tout était « eau et ténèbres contenant des êtres inanimés in- « formes , qui ( ensuite) reçurent la vie et la lumière « sous diversesformes et espèces étranges : c'étaient « des corps humains, les uns à deux, les autres à quao tre ailes d'oiseau avec deux visages ; ceux-ci , sur « un seul corps, portaient une tête d'homme et une « tête de femme avec l'un et Tautre sexe; ceux-là « avaient des jambes et des cornes de chèvre; d'auto très , tantôt la tête, tantôt la croupe d'un cheval : K il 7 avait^aussi àe&taureaux à tête d'homme, et une « foule d'autres combinaisons bizarres de têtes, de « corps, de queues de divers animaux , tels que les « chiens, lesdievaux, les poissons, les serpents, « les reptiles, dont lesfigwre$ se voient encore peina teê dans le temple de Bel. Une femme nommée « Omoroha présidait à toutes ces choses : ce mot « chaldéen signiûe en grec la mer et désigne la lune. «Or Relus divisant cette femme en deux moitiés, « de l'une fit la terre , et de l'autre le ciel, d'où s'en- « suivit la mort des animaux. Berose observe que « ceci est une manière figurée d'exprimer la forma- « tion du monde et des êtres animés avec une maa tière humide. Le dieu Bel ayant enlevé la tête de « cette femme, d'autres dieux (Elahim) mêlèrent à « la terre son corps, qui était tombé , et dont Jitreni « formés les hommes; c'est par cette raison qu'ils « sont doués de VintelUgence divine. En outre, le « dieu Bel, qui est lou-piter, ayant partagé les ténè- « bres en deux moitiés, sépara le ciel de la terre, « établit le monde dans l'ordre où il est; et les ani- « maux qui ne purent soutenir la lumière , dispaa rurent. Bel, qui vit que la terre était déserte, « quoique fertile , ordonna aux autres dieux de se « couper chacun la tête, de mêler leur sang à la • terre , et d'^n former des êtres qui supportassent « l'air ; enfin Bel lui-même fit les astres , le soleil , « la lune et les cinq autres planètes. Voilà ce que « Polyhistor raconte en son livre premier , d'après « Berose. »
Ces récits, pris à la lettre, seraient trop choquants, trop absurdes ; aussi le prêtre Berose nous observe-t-ii qu'il y faut voir une expression figurée des opérations de la nature ; et l'étude de l'histoire ancienne et moderne, en nous montrant chez des peuples divers, tels que les Égyptiens, les Indiens , lesChakJéens, les Chinois, les Mexicains, etc. des systèmes entiers de figures monstrueuses du même genre que celles-ci , nous apprend que cette manière de peindre et de rendre sensibles à la vue les attributs et les rapports abstraits des corps , est la pre-
mière opération dont s'avise l'entendement humain; c'est cette écriture, dite hiéroglyphique, qui partout a précédé l'écriture dite alphabétique , née ensuite d'une abstraction et d'une observation comparée beaucoup plus subtile et raffinée. Dans le prétendu monstre Oan, la tête d'homme désigne VintelUgence, le rcUsonnement, tandis que la forme de poisson désigne l'habitude ou la nature aquatique combinées , pour exprimer les effets et l'action de la constellation appelée poisson austral : l'étoile principale de cette constellation avait le mérite de mesurer exactement la plus courte nuit de l'année, en se levant , le jour du solstice d'été , au moment où se couchait le soleil , et en se couchant au moment où il se levait ; par cette raison , elle joua un rôle important en Egypte, où elle annonçait l'inondation , et en Chaldée , ainsi qu'en Syrie , où elle servait à régler l'époque de certains travaux agricoles, et à conjecturer certains accidents de la saison ou du climat. C'est \tDagonàe& Philistins '. Avec cette clef, l'on explique toutes les autres figures d'animaux monstrueux. On leur donnait des ailes, pour désigner leur nature aérienne; des sexes, pour exprimer leur nature passive ou active; des têtes de chien, pour exprimer leur propriété à'avertir, comme Vanimal qui aboie : tous étaient des symboles d'astres ou de constellations; et voilà pourquoi leurs images étaient peintes sur les murs du temple de Bel, conune d'autres semblables l'étaient dans l'antre des Nymphes, dans la caverne de Zoroastre et dans tous les temples des dieux égyptiens où onles retrouve. Voilà aussi pourquoi l'auteur juif de la Genèse, ennemi des idoles, a répudié cette partie de la cosmogonie chaldéenne ; mais l'emprunt qu'il a fait des autres parties , se retrouve dans plusieurs phrases de la formation ou création de l'univers par Bel. Un temps exista oà tout était eau et ténèbres. Et Dieu partagea les ténèbres en deux moitiés, sépara le ciel de la terre, fit les astres, le soleil, la lune, etc.... Toutes ces phrases, qui ne sont que des extraits peu fidèles du texte chaldéen, ont cependant une analogie marquée avec le texte de la Genèse. Dans Berose, les dieux Elahim forment l'homme, et lui donnent l'intelligence divine. Dans la Genèse, les dieux disent : Faisons l'homme à notre image; par le mot notre, ils s'avouent plusieurs. Bel était le grand dieu, Elah Akbar : eux étaient les dieux Kabirim, ces douze grands dieux Cabires adorés des Grecs.
Dieu Elahim fit le vide au ciel et au milieu des
eaux Ce mot vide en hébreu est raqia (ou
rakia); en chaldéen, om-o-raha signifie littéralo-
> Yoyei IHipciiB , t.n, iD-4» , p. ao6 et 228; t m, p. 180.
ment mère du vide , c'est-à-dire , X espace sans bar^ nés que ie vulgaire , trompé par le mot mère , a pris pour une femme. Le sens vrai est que Bel partagea le vide en deux moitiés , dont la supérieure fut ie ciel , rinférieure fut la terre, et c^est littéralement le sens de Fhébreu, Dieu fit ie vide ( raqia), au milieu des eaux , et il donna le nom de cte/aux eaux de dessus, et les eaux d'au-dessous furent la mer et la terre. Dans la cosmogonie des boudhistes du Thibet, qui, comme nous Ta vous déjà dit, parait venir de Fécole cbaldéenne , le ciel n'a pas d'autre nom que le vide, Vimmensité {om-o-raka ) ; et un vent impétueux , excité par le eUslin sur les eaux, fut le premier signe de la création de l'univers >. Dans la Genèse, ce qu'on traduit VespHt de Dieu, n'est littéralement que le vent de Dieu s'agitant sur les eaux. Ce vent, premier moteur ou premier md , se retrouve dans la cosmogonie pbénicienne, où nous lisons que le vent K<^pia eut pour femme Bàau, c'est-à-dire la nuil, l'obscurité ténébreuse.... Ce terme bàau, dans la Genèse, est l'épithète de la terre informe, qui d'abord fut tohou, ba/um, traduit par la version grecque et par Josèphe, i»visible, ténébreuse. Les hébraîsants se fondant sur l'arabe, interprètent bahou par le vide immense; et alors c'est la femme Om-iyraha du chaldéen. De ce vent Kolpia, premier moteur, comme le coBur ( qui en arabe se dit aussi qolb et qalb ), nais* watJkmeXpremier^. En sanscrit adibita signifie premier, et dans l'hébreu, Adam est lepr^mler-it^.
Ainsi, à chaque instant, à chaque pas, nous trouvons de nouvelles preuves de notre proposition pre* mière et fondamentale, savoir, « que la Genèse « n'est point un livre particulier aux Juifs , mais « un monument originairement et presque entiè* « rement chaldéen , auquel le grand prêtre Helqiah « se contenta de faire quelques changements dictés « par l'esprit de sa nation «t adaptés au but qu'il se « proposa. »
Désormais le lecteur sait que penser de ces créa^ Uons du monde, que l'on nous raconte comme s'il y eût en des témoins à en dresser procès-verbal : 11 voit à quoi se réduisent ces prétendues chronologies qui tronquent l'histoire des nations, et restreignent la formation , les progrès, la snocession de toutes les institutions , de toutes les inventions humaines, y compris le langage et l'écriture, à un petit nombre d'années incompatible avec la nature de l'entendement et avec le témoignage des monuments subsistants.
> Alphab. tMbet. pag. 184.
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