CHAPITRE XIX
Division de Sem.
Les peuples dépendants de Sem, contenus dans son territoire, sont : t*» Àllam, nom collectif des filyméens , bien connus pour habiter les montagnes de la Perse à l'orient de la Chaldée;
2° Ashour ou Âssur, nom collectif des Jssyripns, qui d*abord ne furent que les habitants de VÂtourie, où Ninus bâtit Ninive, mais dont le nom, après ce conquérant, s'étendit aux Babyloniens et même aux Syriens.
Ici se présente une remarque sur la traduction vulgaire de ce verset célèbre de la Genèse (chap. X ) : « De la terre de Sennar est sorti Assur y qui a « bâti Ninive. »
Il semblerait (^Assur fut un nom d'homme : alors il désignerait Ninus, et c'est l'opinion de l)eaucoup de savants ; mais dans ce cas il sera , et il est en effet , une nouvelle preuve de la postbumité de la Genèse, puisque Ninus, selon Hérodote, ne régna pas avant l'an 1237, environ 200 ans après Moïse. La vérité est qu'ici , comme partout , Assur est un nom collectif qu'il faut traduire selon le génie de notre langue , Y Assf^rien on les Assyriens. Parcourez tous les livres hébreux, spécialement Isaîe, Jérémie, léâ Rois, surtout au livre IV; jamais vous ne trouverez le pays ou \b peuple assyrien désigné autrement que par Assur,
« Asswr viendra comme un torrent; Assur s'én lèvera comme un incendie; le Seigneur suscitera « Assur contre Moab, contre Amman, contre R Juda , contre Israél : » or personne ne pensera qa' Assur, Moab, Amm^m, Israël, soient des individus : bien plus, on trouve cent fois répétée cette autre expression encore plus incompatible : « Le roi « d' Assur, la terre d'Assur, les forts d'Assur ; Phal, « roi d'Assur, vint contre Manahem ; Achaz appela « Teglat-Phal-Asar, roi d'Assur, etc. »
11 est donc évident qn' Assur est toujours un nom collectif, employé selon le génie des langues orientales, dont les Arabes et les Syriens de nos jours sont un exemple subsistant.
3» Loud, nom collectif des Lydiens, ayant en syriaque le sens de sinuosités, qui convient trèsbien au fleuve Méandre. Selon les Grecs, avant la guerre de Troie , les Lydiens s'appelaient Ma-Umes, nom composé à^Iùnie. Le nom de Lydiens leur vint-il des Assyriens, dont Ninus les rendit sujets?
4'' Le quatrième peuple dépendant de Sem est Aram, qui en syriaque signifie nor^l (relatif aux Phéniciens); c'est la Syrie des Grecs, ainsi nommée par abréviation d'y/5«^rt0.
Les Hébreux divisent VAram ou Syrie en plusieurs districts, !• V Aram- Nahrim , l'Aram des deux fleuves (Tigre et Euphrate), traduit en grec Meso'potamos ( entre les fleuves ) . 1
^ L'Aram propre , ou pays de Damas et confins.
3<* L'Aram-Sobah , sur lequel on n'est pas d^accord. Josèphe le prend pour la Sophène en Arménie ; Bochart ' lui donne pour limites à l'est le cours de l'Euphrate ; à l'ouest , la Syrie de Hamah , d' Alep et de Damas; en sorte que, selon lui, Sobah aurait été ce qui depuis fut le royaume de Paimyre. Michaëlis* veut que Sobah soit Nisibe, à 35 lieues sud-ouest de Ninive; mais les auteurs tardifs dont il s'appuie sont si peu instruits sur cette matière, que traduisant le livre de Samuel , à l'article des guerres de David contre les rois de Sobah , ils n'ont pas même su lire correctement le texte hébreu ; car tandis que ce texte dit ^ a que l'Araméen (Syrien } de « Damas vint pour secourir ffadad-azer, roi de « Sobah; que David battit cet Araméen, lui tua « 32,000 hommes, et mit garnison à Damas : » les deux traducteurs arabe et syriaque , au lieu de VAraméen^j ont lu Viduméen, sans apercevoir Tinconvenance de lier Damas à l'Idumée, située sur la mer Rouge; et , de plus , l'Arabe a pris sur lui d'appeler roi de Nasbin (Nisibe) le roi de Sobah, Michaëlis , en adoptant cette erreur , et voulant la confirmer par saint Ephrem, etc. ^, n'a pas pris garde que le texte, qui parle ailleurs des rois de Sobah au nombre pluriel^, indique que Sobah était un pays et non une seule ville. Ce même texte dit encore, « que David battit le roi de Sobah en allant « pour étendre sa main, c'est-à-dire son pouvoir, « sur l'Euphrate ; » Michaëlis veut que ce soit le roi de Nisibe qui alla vers l'Euphrate; mais relativement à l'écrivain juif placé à Jérusalem, le mot aUer ne peut convenir qu'à David. Si le roi de Sobah fût venu de Nisibe, il eût amené avec lui les Syriens d'au delà l'Euphrate : il les fit venir à bd, selon le propre texte ; donc il résidait en deçà de l'Euphrate : seulement il avait sur l'autre rive des sujets ou alliés qu'il fit venir, mais non pas venir de Nisibe, séparée du fleuve par un désert très-aride de 40 lieues d'étendue.
I Pliaieg et Chanaan, iib. n, cap. 6.
* Geographia Hehneorum extera, page 114.
3 Sam, Iib. Il, cap. vui, vers. 6 et 0.
4 Le psaume lx a commis la mime faate.
s Voyez Assemani, Bihlioth, syriac, tome I, pag. 6SS à 539; tome m, part. I , page 3.
^ Sam. 11b. I , cap. xiv , vers. 4.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
Il est encore dit que le roi de Hamah avait eu des guerres fréquentes avec le roi de Sobah ; et les chroniques donnent à Hamah Tépithète de Sobah (HanuU-Soba) : ces deux pays étaient donc limitrophes. Or si Hamah , séparée de Nisibe par un désert de 90 lieues , était bornée au sud par Damas , et à l'ouest par les Phéniciens , le Sobah devait être situé au nord vers Alep, ou à Test vers TEuphrate; et c'est précisément ce qu'atteste Eupolème * lorsqu'il dit que David sîibjugua les Syriens qîU tiabi" iaient ia Commagène et le pays adfjacetU à CEuphrale (où furent situées les villes de Hiérapolis et de Ratsaf , comme l'observe Bochart , qui peut-être a raison d'y joindre Taîbeh et Tadmor. )
« David , dit le texte , revenant de battre les Ara- « méens ( les Syriens) , s'illustra ( par une nouvelle « victoire) dans la vallée des Salines. «
Il y a deux vallées de ce genre : l'une dans laquelle est situé le lac de Gabala, à 25 lieues nordnord-est de Hamah ; l'autre où se forme la lagune salée de Zarqah , 15 lieues nord-est de Hamah : ces àeux positions sont également sur la route de David, revenant soit du nord , soit de l'est. Si , comme l'a cru FI. Josèphe , Sobah eût été la Sophêne, province d'Arménie , les Juifs nous eussent parlé du passage de l'Euphrate, qui eât été une opération inouïe pour eux. — « David enleva une immense quan- « tité d'airain des villes de Betah et de Birti, ap- « partenantes au roi de Sobah. » Betah n'est connue de personne , et vouloir, avec Micbaëlis , que Birta soit la ville phénicienne de Beryte, est une inconvenance inadmissible. Elle serait plutôt Bv-ta ( aujourd'hui Bir), à l'est de l'Euphrate, sur la route d*Jlep en Assyrie ; mais il faudrait que David eût passé le fleuve , à moins qu'à cette époque il n'y eût sur la rive ouest de l'Euphrate une ville de Birta, minée ensuite et remplacée par celle du même nom qu'Alexandre bâtit sur la rive orientale. Tout confirme l'opinion de Bochart, et concourt à étendre le royaume de Sobah le long de l'Eupbrate jusqu'aux montagnes de la Cilicie.
Remarquons en passant, que cette existence des États araméens de Sobah, Hamah et Damas, qui se continue depuis et avant Saûl , jusqu'au temps d'Achaz , confirme l'assertion d'Hérodote , qui restreint l'empire des Assyriens ninivites à la haute Asie, pendant 500 ans , et qui par là les exclut de l'Asie basse, c'est-à-dire de l'Asie mineure et de la Syrie. Les chroniques juives s'accordent avec lui, en nous montrant l'ouest de l'Euphrate indépendant de leur puissance, et en n'y laissant apercevoir son extension qu'au règne de Phul, vers l'an
* EuBëljc, Pnepar. evang. Mb. IX, cap. 30.
770. Alors commence, de la part des sultans de Ninive , un système d'agrandissement de ce côté , qu'ils poursuivent jusqu'au temps de Sardanapale. Le discours de Sennadiérib au roi Ezeqiah, indique très-bien cet état de choses. « Les. dieux des Cl nations, dit ce prince, ont-ils délivré les pays ra- « vagés par mes pères, les pays de Gouzan, de « Haran, de Ratsaf, et les enfants d'Aden qui « sont en Talashar ? où est le roi de Hamah et d'Ar- « fad? où sont les rois des Sapires, de Jna, de « Aoaal etc. « »
Nous avons le pays de GoHnan, Cau&afUHs de Ptolomée, près de la rivière Khaboras en Sennaar; celui de Haran ou Charrae, près à'Edesso en Mésopotamie. Ratsaf ou Resapha est situé au sud de l'Euphrate et au nord de Palmyre. Âden est Jdana, ville puissante, près de Tcarsus ou Tarsis en Cilicie; et puisque Aden est en Talashar, il faut que Talashar soit la Kilikie, qui par les Arabes serait prononcé TchUilchia. Hamah est bien connu sur l'Oronte. Arfad, toujours nommé avec Damas et Hamah > , ne saurait en être écarté plus loin qu'jéradus , appelé aussi Àrvad, Les Sapires sont au nord de l'Arménie. Ana est une Ile de l'Eu phrate; Aaua, un canton de la basse Babylonie.
Lors donc que Sennachérib , pour effrayer le roi juif, lui dit que ses pères ont ravagé tous ces pays , sans doute il n'entend pas une vieille conquête faite par Ninus, 1400 ans auparavant ( selon Ktésias ); mais une conquête récente dont nous suivons la trace dans Salmanasar, qui subjugua les états phéniciens, dont Arvad fîit un; 2» dans Teglat, qui conquit Damas , et en déporta les habitants au pays de Qir^; S"" dans Phul enfin, qui le premier parait au sud de l'Euphrate, sans doute après avoir soumis Àdana : il semblerait que Tarsus, port de mer puissant, ne fut conquis qu'au temps de Sardanapale, qui , selon une inscription hyperbolique , l'aurait rebéti en un jour 4.
Avant cette conquête des Assyriens, c'est-à-dire avant l'an 770 ou 780 au plus , les Syriens n'étaient connus que sous leur nom d' Araméens; Homère et Hésiode, qui écrivirent vers ce temps , n'en citent pas d'autre. II s'étendait à la Phrygie brtllée , qu'ils nomment Arimaîa; à la Cappadoce, dont les habitants étaient nommés Atiméens blancs,
« Reg. n, cap. xviii.
> Jérémie, oluip. xux, ven. 23.
3 Ce pays 4e Qir, proooDcé Kolr par les Arméniens, doit être celui du flea?e Kur, au nord de rArroénle : h moins que roD ne préfère le pays des Karhi , peuples belliqaeui , men- Uonnés par Polybe, Ub. V , cap. lo, comme habitant les vallées à rouest du lac de f^an. baie, chap. xxii, et Amon, ch. I, vers. 6, parlent de Qir au grand bottcUer,
4 Peut-être tin Jour des diettx ( un an }.
RECHERCHES NOUVELLES
et descendaient , selon Xanthus de Lydie , d'un antique roi Àrimus, le noéme que TAram hébreu. ( Voy. Straiio, lib. XHL )
AraiB a encore pour dépendances , Aoûts , Houl , GatarelMesh.
Jouis est connu pour VAuMs de Pfelomée , pays avancé dans le désert de Syrie vers FEupfarate. Les Arabes Bev^Temin., d^origine iduméenne, ontoceupé ce pays ; c'est à eux que Jérémie dit * : « Ré- « jouissez-veus, enfiints d'Edom, qui vivez dans la « terre d'Aoûts. » Là est placée l'anecdote de lob, dont le roma» olfire sur Ahriman ou Satan , des idées zoroastriennes que Ton ne trouve dans les livres juifs que vers le temps de la captivité de Babylone.
/ibul n'a pas de représentants.
GtUar est la ville et le pays de Katara sur le golfe Persique. (Voy. Ptdomée. )
Mesh doit être voisin , et convient aux Masanitei de Ptolomée, à l'embouchure de PEuphrate et non loin de Katara : le système de contiguité continue toujours de s'observer.
Un cinquième peuple de Sem est Araf-Ktuhdy représenté dans le canton ArrchPachUis de Ptolomée, qui est le pays mohtueux, au sud du lac de Van, d'où se versent îe Tigre et le Lycus ou grand Zab. Ce nom signifie borne du Chaidéen, et semble indiquer que les Chaldéens, avant Ninus, se seraient étendus jusque-là.
Cet Ai'aph Kashd, selon Josèphe , fut père des Chaldéens; selon Thébreu, il produisit Sheûth, dont la trace, comme vUle et pays, se retrouve dans le 5a/ûk:Aa de Ptolomée. Shelah produisit ^frer, père de tous les peuples d'au delà TEuphrate; mais si nous le trouvons en deçà, relativement à la Judée, nous avons droit de <fire que^ cette antique tradition vient de la Chaldée.
D'Eber sont issus leqtan, père de tous les Arabes-Syriens, et Phaleg, d'où l'on fait venir Abraham , père des Juifs et d'une foule de tribus arabes , par ses prétendues fenunes , Agar et Ketura. Mais si dès le siècle de Moïse, quatre générations seulement après Abraham, ces tribus présentent une masse de population et une étendue de territoire inconciliables avec les probabilités physiques et morales, nous aurons une nouvelle raison de rejeter l'existence d'Abraham comme homme; et si l'auteur de la Genèse, au chapitre xv, verset 19, suppose que Dieu « promit à Abraham de livrer à sa « postérité, parmi plusieurs peuples, celui de Qem nez, lequel Qenez naquît seutement quatre géné- « rations après lui ; » nous pourrons encore dire que cet auteur se trahit lui-même par un anachronisme
' Jérémie, chap. xxxix et xux.
choquant. Il est plus naturel de penser que torHes ces petites tribus, d'origine incertaine, et répsindues dans le désert de Syrie jusqu'à FArabie Pétrée, ont appelé Ab-ram leur père commun , parce qu*il fut leur divinité patronale*, et en disant qn*elles vinrent primitivement de Sem, l'on commettrait un pléonasme, puisque, selon le livre chaldéen de Mar-Ibas, Sem est le même que Zerouan, qui est aussi le même qu'Abraham; nous n'insistons pas sur le site de toutes ces tribus , parce qu'il est assez bien connu.
De leqtan, supposé homme, Fauteur feit venir treize peuples arabes, dont il pose distinctement les limites en disant :
1« a Que les enfants d'Ismael habitèrent depuis « HaovUah jusqu'à ^Aotr, qui est dans le d^rt « en face de l'Egypte , sur le chemin d'Assyrie ( par « Damas ) ;
2« « Que les enfeunts de leqtan habitèrent depuis « il/îefAa jusqu'à Shefar, m>ontagne orientale. »
Sh^ar est une montagne du désert arabe, par les 29 degrés de latitude , à environ 55 lieues esi de la mer Rouge , et à VorierU d'hiver de Jérusalem : elle fut le campement le plus reculé des Hé> breux' conduits par Moïse > : Ptolomée y pose la limite extrême de VArabia Fe&x, au nord. Lii commencent l'Arabie Pétrée et les dépendances de Kush, dont Naoïdlah &it la firontière. Tout se trouve d'accord de ce côté, qui est l'occident de leqtan.
Mesha, qui est sa b(Mme à l'orient, est le Ma-sanUesfluvkts^ l'une des branches de TEuphrate, vers son embouchure dans le golfe Persique : une ligne tirée de Shefar sur Mesha, est donc la borne des Arabes leqtanides, vers le nord.
L'Océan, ou mer Erythrée, est leur borne au sud.
Vers le couchant, qui est la mer Rouge, si l'on tire «ne ligne de ^te/er sur Sabtah, frontière de Kush, cette ligne laisse tous les peuples de leqtan dans le désert à l-est; et tous les KushUes dans le He^jaz et dans le Tehamah^ vers l'ouest; avec cette circonstance, qu'elle suit une chaîne de montagnes rocailleuses et stériles, qui en font une limite naturelle. Le pays de leqtan occupe donc tout l'orient de la péninsule arabe, depuis le canton de Saba-Mareb jusqu'à l'embouchure du golfe Persique , où les tribus kushites de Ramah, Daden et ^eba, possèdent un territoire qui fait exception. U s'agit de placer les tribus dont les géographes grecs nous retracent plusieurs nosis reconnaissables.
Al'Modad ne l'est pas très-bien dans les AUk-
I Numeri, cap. xxxiu» vers. 33.
SUB L'HISTOIRE ANCIENNE
pnaiatm de Ptolomée; mais Shelaph Test parfaitement dans les SaiaperU du même anteut.
Hatsar-JUdi est sans contredit les ChatrcmotUœ de Stfabon , le Hadramaul actuel des Araffoes.
Itrah se trouve bien dans les IrUai.
Adowam dans Adrama, au pays de lémama, qiii« selon les monuments cités par Pocokes fut la borne de l'empire assyrien en ces contrées.
jéuzal est VAuzc^a de Ptolomée, près le pays d^Oman , sur le golfe Persique. Dans Ezeqiel ( chap. xxTU) , Dan est joint à Ion ^Aouzai, et Giggeius piaoeen ces cantons une ville de Ion. (Voyez Bochart.)
Deqlah est inconnu; Aoubal doit être le Hobal da géographe Edrissi, ou VObU anéantr des traditions arabes.
j4bi-mai représente Fun des quatre cantons aromatifères de Théophraste, qui le nomme Mali.
lobab y par Tattération du second 6 en p grec , qui est Xr latin , a fait Idbariiœ, en Ptolomée.
Le nom de 5^6ase retrouve dans Shebam, diâteau fort sur les montagnes, à Touest du Hadramaut , et peut-être mieux encore dans la ville de Saba, on plutôt Shebc^Mareb , c'est-à-dire, la capUaie de Sheba, le mot mareb ayant cette sîgniflea^n en arabe.
HaouUah offre le plus de difficultés, parce que ee nom n'a point laissé de traces , et qu'un passage de la Genèse impose àce local des conditions contradictoires.
Ce livre dit ( chap. n, vers. 10etll):«Etleflcuve « (du jardin d'Êden) se divisait en quatre autres « fleuves , dont le premier s'appelle Phishmm ; ce- « lui-ci,entomretoutlepay8d'jtfieiotti2eiA,oùsetrouve « l'or; et l'or de cette terre est bon (or fin): là aussi « est le bedoulah (bdellium] et la pierre de shahm « (Ponyx). »
Nous avons vu ci-dessus un premier pays de Haooiiah appartenant à la division de Rush , rédamer sa situation dans un désert où l'on ne connaît aucune rivière : ce second Haouilah appartenant aux leqtanides, exige de ne pas sortir de leurs limites ; par conséquent , il nous fiaiut trouver dans la pémnMe arabe une rivière arrosant un pays où nt trouvent l'or, le bdelUom et l'onyx.
Les Grecs * nous indiquent un premier petitfleuve venant du mont Laëmus , au sud-est de la Mekke, traversant un pays riche en sources, en verdure, et dephis roulant des paillettes d'of : là vivaient les Arabes Alilasi et les Gassandi, chez qui se trouvaient des pépites d'or en abondance. Au delà ,sur
> Spéô^nen hisioriœ Arahwm.
* Agatkarchides, de mari Ruhro, page 59; Artemidona in Strabone, lib. XVI; Diodor. Sicul Ub. m, S «S*
la frontière du désert , vivaient les Deb» , riches en paillettes d'or ^ d'où leur venait leur nom : tous des peuples , sans arts , ne savaient employer l'or à rien , et ils le prodiguaient aux navigateurs étrangers, pour des marchandises de peu de prix.
SI Ton disposait que le nom >/Afoi fut une corruption de HaouUah y chose très-possible de la part des Grées, il y aurait ici de grandes convenances: mais encore serions-nous dans le territoire de Rush ; et de plus nous n'y trouvons pas la pierre d'onyx, et surtout le bdeWum , que l'on s'accorde à croire être la perle.
Cette dernière condition nous appelle sur le golfe Persique : là nous trouvons deux rivières ; l'une au pays de lemama , ayant son embouchure en fiace des ties de Barhain , où se termine le grand banc des perles; l'autre, appelé Falg par les Arabes, sur la même côte du golfe Persique, ayant son embouchure à l'autre extrémité du même banc, sur la frontière du pays d'Oman. Le voyageur Niebuhr assure que l'onyx n'est pas rare en ces contrées : voilà plusieurs condition^ remplies; mais notis ne voyons aucun nom retraçait Haooiiah ; et parce que le récit de la Genèse tient à la mythologie, peut-être la recherche d'un fleuve joint à ee nom est-elle idéale?
Un dernier paya^ nous reste à trouver , celui d'OpMr^ qui jusqu'ici a été la pierre philosophale des géographes : successivement ils l'ont cherché dans rinde i à Ceylan , à Sumatra ; dans l'Afrique, à Sofala; enfin jusqu'en Espagne, où ils ont voulu que Tartefese représentât la ville de Tarsis. Chacune de ces hypothèses a combattu l'autre par de6 raisons de vraisemblance et d'autorité; mais toutes ont péché contre une condition essentielle à laquelle on n'a point donné assez d'attention. Cette condition est que r auteur du dhdème chapitre ayant observé, dans toute sa nomenclature, un ordre méthodique de positions et de limites, il n'est pas permis de violer ici cet ordre : dans le cas préisent, le pays d'Opbir étant assigné à la division de leqtan , il n'est pas permis de le chercher hors de la péninsule arabe , où cette division est restreinte.
Une hypothèse récente a été mieux calculée , en plaçant Ophir dans les montagnes du lemen, à 13 ou 14 lieues nord-est de Lohia , en un Keu nommé Doffir > ; mais il reste douteux que ce local , voisin des Sabéens kushttes, ait pu appartenir aux leqtanides; d'ailleurs l'addition tfune consonne aussi forte que le />, qui aurait changé Ophir en Doffir , est une altération dont Hdiome arabe n'ofifre pas d'exemple : enfin l'on ne conçoit pas comment les
> Recheiches sur la géographie des andens, par Bt GosaeUn , ïn-i? , tome I , page IM.
RECHERCHES NOUVELLES
vaisseaux de Salomon auraient employé à faire un i oyage de 400 lieues au plus (tout louvoiement compris), un temps aussi long que celui dont le texte donne l'idée, en disant que ces vaisseaux partaient chfique troisième année pour Ophir, c'est-à-dire, qu'ils étaient un an à se rendre , un an à revenir, et ils n'auraient fait que 400 lieues par an !
Après avoir médité ce sujet , il nous a semblé qu'un plus grand nombre de convenances historiques et géographiques se réunissaient pour placer Ophir sur la côte arabe, à l'entrée du golfe Persique : établissons d'abord le texte qui doit être notre premier régulateur.
« Salomon fit construire des vaisseaux à Atsiomt^ Gaber (sur la mer Rouge près d'Aïlah), etHiram, ft roi de Tyr, lui envoya des pilotes connaissant « la mer, pour conduire ses vaisseaux; et ils allé- « rent à O^ir , d'où ils apportèrent beaucoup d'or. « {Reg. I, chap. ix, vers. 10.)
« Et la reine de Sheba ayant entendu parler de « Salomon , le vint voir. ( Jbid, chap. x , vers. 1 . )
« Et elle lui apporta en présent une quantité pro- « digieuse d'or, d'aromates exquis et de pierres « précieuses ( vers. 10 ).
« Et les vaisseaux de Hiram qui apportèrent de ■ l'or d'Ophir, en apportèrent aussi des bois appe- « lés almoguim (que l'on croit le sandal) et des « pierres précieuses (vers. 11 ).
« Et Salomon tira beaucoup d'or des rois d'Ara- « bie (vers. 15).
« Et les vaisseaux de Tarsis (appartenant) au « roi , allèrent avec ceux de Hiram , chaque troi- « sième année; et ces vaisseaux de Tarsis appor- « tèrent de l'or, de l'argent, des dents d'éléphant, « des singes et des paons ( vers. 22).
« Josaphat fit construire des vaisseaux de Tar- « sis, pour aller à Ophir, mais ils périrent dans « le port même d'Atsiom-Gaber ( chap. xxu, vers. « 49). »
Pesons bien les circonstances et même les mots de ce récit : « l'^ Des vaisseaux partent d'Atsiom- « Gaber; ils vont à Ophir, ils en apportent beaua coup d'or; et Salomon tira beaucoup d'or des « rois d'Arabie. »
Ici Ophir ne figure-t-il pas en synonyme avec Arabie?
« 2» Et la reine de Sheba ayant entendu parier a de Salomon , le vint voir. »
Cette princesse ne sera pas venue sur un oul^ire; elle aura questionné les gens mêmes de Salomon; elle les aura fait venir; elle ne l'aura pu qu'autant qu'ils auront relâché dans un de ses ports. Les ports duTehama ne lui appartenaient point, ils étaient
aux Kushites. Le port le plus voisin de sa résidence , qui devait le mieux lui appartenir , était celui que les Grecs appelèrent par la suite Arabia Félix , aujourd'hui Hargiah, à l'embouchure de la rivière de Sanaa. Ce port, disent les Grecs, fut l'entrepôt où les marchandises de la mer Rouge et celles du golfe Persiqueet de l'Inde se rencontraient, avant qu'une navigation directe se fût établie de l'Egypte dans l'Inde.
Selon les monuments arabes, la reine de Saba, nommée Balqis, vivait à Mareb, c'est-à-dire, dans la capitale du pays de Saba. Le Hadramaut était dans sa dépendance ; il est la contrée des aromates. Les singes qu'elle y joignit, sont nommés en hébreu qouphïm, dont l'analogue subsiste au Malabar, dans le mot Aapt, venu du sanscrit kabhi : les paons, appelés en hébreu toukim, s'appellent encore au Malabar tougui '. Voilà des produits indiens : les dents d'éléphant en sont un aussi; mais l'Abissinie et l'Afrique ont pu en produire également. Si les bois almoguim y dont Salomon fit des instruments de musique, sont, comme on le croit, le bois de sandal (si rare, dit le texte, que depuis cette époque on n'en vit plus), ils sont une nouvelle preuve d'un commerce indien. Selon nous, les Tyriens, qui furent les pilotes de Salomon , et à qui appartenait spécialement ce commerce, ne se bornaient point au port ^Arabia Félix; ils prolongeaient la côte arabe jusqu'au pays actuel de Maskat : là nous trouvons, près du cap Ras-el-Had, une ancienne ville écrite Sofur, avec les mêmes lettres que Tyr : toute cette contrée , jusqu'au détroit Persique , nous est dépeinte par T>îiebuhr comme un pays abondant en toute denrée, et méritant le nom de heureux et riche; là étaient les villes ou pays de Sheba, Ramah et Daden, dont Ezékiel nous dit « que les habitants étaient les associés ou cour « tiers des Tyriens , à qui ils fournissaient les dents « d'éléphant, les aromates et l'or (chap. xxvii). • Sur cette côte existe encore une ville de D<d)a, dont le nom signifie or; et il est prouvé par une foule de passages des anciens, qu'a recueillis Rocliart, en sa Géographie sacrée (liv. II, chap. 27 ), que cette contrée fut jadis aussi riche en or que le sont de nos jours le Pérou et le Mexique.
Eupolème *, qui fut instruit dans l'histoire des Juifs , dit que David envoya des vaisseaux exploiter les mines d'or d'une île appelée Ourphé, située dans la mer Érytlirée, qui est le nom de l'océan Arabique jusque dans le golfe Persique.
> Mémoire de M. Tychaen , De commerçât et navigaiimt Hehraontm, page 165.
a Eiuèbe^ Prmpar. evang. Ul). IX, cap. 3Q.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
Ici Ourphé semble n*étre qu'âne altération d'Ophir , altération d'autant plus croyable que le même texte fait partir les vaisseaux du port A^Achana au lieu d'Aîlana : mais Eupolème n'a-t-il pas eu en ▼ue une lie célèbre de ces parages, appelée par Strabon Tyrina (l'île tyrienne) , « où l'on montrait , « sous des palmiers sauvages, le tombeau du roi « Érythras ( c'est-à-dire du roi Rouge ) , qui , di- « sait-on , avait donné son nom à l'océan Arabique, « parce qu'il s'y noya? » Nous avons ici un conte phénicien, dont le vrai sens est que \e soleil brûlant et rouge, qui chaque soir se noyait dans l'a mer, reçut un culte des navigateurs qui la traversaient, et qui , en action de grâces d'un voyage heureux , lai élevèrent un monument de la même espèce que celui d'Osyris , roi, soleil, comme Erythras. En désignant ce tombeau comme un tumulus pyramidal considérable, Strabon nous fait soupçonner un autre motif utile , celui d'avoir élevé sur cette côte plate un point dominant propre à diriger les marins.
Si nous pénétrons dans le golfe Persique, nous trouvons, sur la cdte arabe,, une rivière appelée Falg, dont le cours nous conduit à une ancienne ville ruinée qui porte le nom de Ophor^^ lequel, vu l'insignifiance de la seconde voyelle , représente matériellement le nom que nous cherchons , et qui le montre en un lieu convenable : il est vrai que ce local n^est point une Ile, comme le dit Eupolème; mais il faut observer que dans tous les dialectes de l'arabe, y compris l'hébreu, un même mot signifie île et presqu'île* Or la pointe d'Oman, où nous trouvons Ophir, est une véritable presqutle; surtout à raison des rivières qui coupent sa base. Quant au site propre de la ville actuelle, il a dû dianger, en ce que les atterrissements considérables de cette côte ont éloigné la mer, et par cela même ont fait perdre au port et à la ville d'Ophir son activité et sa renommée.
A l'embouchure de la rivière qui avoisine les restes d'Ophir, commence le grand banc des perles, foyer très-ancien d'un riche commerce. A l'extrémité de ce banc se trouvent encore deux lies qui jadis portèrent le nom de Tyr et Àrad, et qui eurent , dit Strabon ( liv. XVI ) , des temples phéniciens : leurs habitants se prétendaient la souche de ceux de Tyr et Arad sur la Méditerranée; mais si l'on considère qu'ils n'étaient que de pauvres pécheurs sur un sol d'ailleurs aride , l'on sentira que la vraie souche de population fut aux bords fertiles de la Phénicie, et que ce récit n'est qu'une inver-
* M. Seetzen, dans la Correspondance de M, le baron de Zaeh, nomme celui-ci Ophir, en toates lettres, et énonce la ; opinion dldenUté. ( Note communiquée, )
sion qui néanmoins indique encore le commerce et la fréquentation des Tyriens , dont nous venons de rassembler un assez grand nombre de preuves.
On objecte que le circuit de l'Arabie est trop considérable pour la science nautique de cet ancien peuple; nous répondons que le vrai degré de cette science n'est pas très-bien connu , ne l'a peut-être pas même été par les Grecs, venus à .une époque tardive : en outre, l'analyse semble prouver que ce circuit n'excéda réellement pas les moyens des anciens. Leurs géographes s'accordent à nous dire qu'une journée moyenne de navigation équivalait à 14 ou 15 de nos lieues marines, c*est-à-dire 3/4 de degré'. La longueur de la mer Rouge est d'environ 320 lieues : supposons 400 à raison des caps et des baies , qye les anciens tournaient ; la distance du détroit de Bab-el-Mandel au cap Razel-Had, passe 360 ; supposons 430, nous avons 830 : ajoutez 120 jusqu'au golfe Persique, plus 50 jusqu'à la rivière Falg ; pour ces deux branches , supposons 200 : la totalité sera de 1030 lieues, pour compte rond, supposons 1050.
Les vaisseaux ont eu 150 jours, c'est-à-dire, 5 mois de très-bon vent pour franchir cet espace : en effet , à la fin de mai commence la mousson de nord-ouest , qui dure jusqu'à la fin d'octobre. 1050 lieues divisées par 150 jours ne donnent que 7 lieues à chaque journée : les navigateurs purent donc employer 75 jours, c'est-à-dire la moitié du temps, à des relâches : la mousson de sud-est , qui les eût ramenés , commence en novembre et finit en avril ; mais ils ne pouvaient en profiter, parce qu'ils n'auraient pas eu le temps de faire leur négoce : seulement ils purent employer les vents variables du mois qui la termine, à sortir du golfe Persique, à caboter sur la côte de Maskat; et leur retour au port d'Atsiom-Gaber put être effectué à la mi-janvier de l'année seconde du départ : alors une nouvelle expédition avait le temps de se préparer pour partir à la fin de nuU, qui commençait l'année troisième.
Dira-t-on que les Tyriens ont exploité le commerce du golfe Persique par un moyen qui a encore lieu aujourd'hui, c'est-à-dire, par les caravanes des Arabes se rendant à travers le désert, soit à l'Euphrate, soit directement au golfe ? 11 est vrai que plusieurs passages des psaumes de David, des prophètes, et surtout d'Ezékiel , indiquent que les Tyriens surent tirer ce parti des Bédouins , en tout temps dévoués à celui qui les salarie; mais la voie du désert n'offrait guère
I Cest la valeur des 540 stades allégués par Hérodote, 11b. H, § 106, de Tespèce de ceux dont on comptait 1620 entre Héliopolis et la mer. Scylax, qui compte un Jour et demi de naviga- Uon entre la Corse et lltalie, nous donne la même mesure , puisqu'il y a 23 lieues.
RfiCHERCUES NOUVELLES
moins d^obstaeles que œUe de la iner , en ee que les TyriensétaieBtobligésde traverser les pays, souvent hostilee, des Juifs, des Syriens de Damas, et surtout de prolonger le pays des Babyloniens, dont les rois lumt leurs ennemis acharnés. La cause de cette haine, coaune de celle des Ninivites leurs prédécesseun, s'explique même en faveur de notre hypothèse, en disant que , jaloux des richesses que les Phéniciens tiraient du commerce de llnde parle golfePersique, ils leur coupèrent d'abord la voie du désert; puis, lorsque l'industrie tyrienne eut imaginé la voie de la mer Rouge et le circuit de l'Arabie , ils l'attaquèrent dans son foyer même, pour extirper cette dérivaticm du commerce indien, et le ramener en son lit ancien et naturel, le cours du Tigre et de l'Euphrate , où il fut la véritable cause de la splendeur successive de Ninive, de Babylone et de Palmyre.
On nous oppose l'opinion de plusieurs écrivains grecs qui « ont nié que personne eût navigué au « delà du pays de l'encens avant l'époque d' Alexana dre; » ce sont les expressions d'Ératosthènes en Strabon (liv. XVI , pag. 769 ) : mais le témoignage d'Hérodote est d'un phis grand poids , lorsque, sur l'autorité des savants égyptiens et perses qu'il consulta, il raconte, « qu'environ 40 ans avant lui, « le roi Darius Hystaspes eut la curiosité de con- « naître le cours de l'Indus ; que pour cet effet il « confia des vaisseaux à des hommes sûrs et vérî- « (Mques, entre autres à Scylax de Kariandre, lesa quels vaisseaux , après avoir descendu l'Indus de- « puis la ville de Kaspatyre, firent route dans l'O- « céan vers l'ouest, et arrivèrent, le troisième mois, « au fond du golfe d'Héroopo]iâd'Égypte^ »
Comment Ératosthènes et d^autres anciens ontils négligé ce fait? Nous répondons , avec de savants critiques : f* parce que les anciens ont en général dédaigné les prétendus contes d'Hérodote; et nous lyoutons, 2» parce qu'ils ont été imbus d'un préjugé formellement avoué par Arrién : cet auteur parlant des efforts inutiles d'Alexandre pour faire sortir ses vaisseaux du golfe Persique, nous dit en substance : « On était persuadé à Babylone que le « golfe Persique et le golfe Arabique ayant leurs « embouchures dans l'Océan , il devait exister un « passage libre par mer, entre Babylone et l'Egypte; « mais personne n'était encore parvenu à doubler « les caps méridionaux de l'Arabie : cette entreprise « passait pour impossible, à cause de Vexcessive « chaleur qui dans ces latitudes rend la terre inha- « bitable. » Arrien ajoute : « Si la côte extérieure « au golfe Persique eût été navigable , ou si l'on eût
' Hérodote, 1U>. FV, g 4i. Ce Scylax est Taotear même du Périple qui porte son nom , comme Va démontré Sainte- CroU.
A soupçonné la possibilité de s'en approcher , je ne « doute pas que l'extrême curiosité d'Alexandre ne « fût parvenue à faire reconnaître le pays par mer « ou par terre '. »
Vexcessive chaleur rendant la terre inhabUa' ble; voilà le préjugé qui a égaré presque tous les anciens, et dont ne fut pas exempt Hérodote lui-même; avec cette différence, honorable à son caractère, qu'il n'eut point la présomption de soumettre les faits à sa théorie , et qu'au contraire, en plusieurs occasions, il a eu la candeur de nous dire : « Voilà « ce qu'on m'assure : cela ne me paraît pas croya- « ble; mais peut-être d'autres le croiront. » Nous verrons bientôt que cette bonne foi l'a mieux dirigé que ses censeurs.
Pour revenir à notre question, nous disons que la persuasion où l'on était à Babylone de la possibilité du circuit de l'Arabie, avait pour cause quelques traditions confuses ou dissimulées des anciennes navigations : leur souvenir dut s'obscurcir même chez les Orientaux, parce que les guerres continues depuis Salmanasar jusqu'à Nabukodonosor, après avoir longtemps distrait, finirent par détruire les Tyriens et les Iduméens, agents de ces navigations , et plongèrent dans le trouble et l'ignorance les générations qui leur succédèrent. A plus forte raison, les Grecs d'Alexandre, venus deux siècles et demi après que Tyr eut été dévastée par Nabukodonosor, puis par Kyrus et ses successeurs, durent-ils ignorer des faits qui par eux-mêmes n'étaient pas éclatants ; surtout lorsquenous voyons ces mêmes Grecs peu et mal instruitâr dans toute l'histoire des rois ninivites et babyloniens , de qui ces faits furent contemporains.
Mais enfin, dira-t-on, ce petit peuple tyrien, séparé de la mer Rouge par un espace de 90 lieues communes (de 3,500 toises) qu'occupaient quatre ou cinq nations souvent en guerre , conament put-il entretenir les communications nécessaires à son commerce, et surtout comment put-il former et alimenter le matériel d'une marine soumise h beaucoup de casualités , c'est-à-dire , se procurer les métaux, les chanvres, les bois de construction, etc., quand il est avéré que les bords de la Méditerranée sont tellement dénués de ces objets, que, selon Strabon , Diodore et Pline , « les indigènes n'y « exerçaient la navigation qu'au moyen de grands
' Arrien, Rerum Indicarum, cap. 48; et De expedUkme Alexandrie lib. Vil, cap. 90. n est étonnant qu'Airleo, homme d'esprit, n'ait pas va qae la prétendae impossiMUté allégaée de sortir du golfe Persique eut la même cause que le déooaragement qui, sur les bords de llndus, s'opposa à œ que le conquérant pouss&t plus loin les expédllioiis suefrières dont son année était excédée.
SUR LHISTOIRE ANCIENNE
• paniers tissus de joncs ou de feuilles die palmier,
• recouverts de peaux ou cuirs cousus et goudron-
• liés? »
Sans doute ce sont là des difficultés, mais un examen attentif des faits sait les résoudre.
D*abord, quant aux communications, ce qui se passa entre Hiram et Salomon nous montre ce qui dot se passer avant et après ces princes; il est sensible qne les Tyriens durent avoir tantôt avec les Philistins , tantôt avec les rois de Tldumée , des traités semblables à ceux quHIs eurent avec David et Salomon, mattres accicfentels de cette contrée.
Quant au passage matériel des choses, il put se fyàre entièrement par terre, dans les cas d'alliance avec les Juifs et les Philistins ; mats en d'autres cas , il dut se faire par des moyens plus convenables à fesprît d*éoonomie d'un peuple marchand.
Ce peuple de Tyr étant, comme l'on sait, maître de la mer de Syrie, il dut user de cet avantage pour se procurer on entrepôt rapproché, autant que possible, de la mer Rouge. Parmi plusieurs, b côte de Gaza lui en offirit un éminemment commode dans lelieu ap^lé El-Àtish, qui, situé sur une plage déserte, loin des regards jaloux de tout gouvernement , avait le double mérite de la sdreté et du seeret; joignez-y un torrent d'eau douce (dit le torrent d'Egypte ) , à la vérité temporaire , et quelques sources saumâtres ombragées de palmiers. Ce havre, encore praticable, dut jadis être meilleur , quand Ita atterrissements continus de cette plage ne Pavaient pas ensablé; sa distance an port d'Atsiom-Gaber est d'environ 45 lieues communes, c'est-à-dire de 5 à 6 journées de caravane. Le désert intermédiaire, très-aride, ne peut se traverser qu'avec Pagrément des Arabes qui le parcourent; il fut fecîle à nn peuple riche, de mettre à sa solde des Bédouins toujours afifomés; leurs chameaux transportèrent tout ce que les Tyriens voulurent débarquer. Des diseussions aeeidentelles avec tes Iduméens, maîtres naturels d'Atsiom-Gaber, durent s'élever pour motife d'intérêt et de péage : elles durent susciter Pidée de chercher ailleurs un établissement plus indépendant; la plage au couchant du mont Sinaî en offrait de tels; les Phéniciens en profitèrent, de l'aveu exprès des historiens grecs, qui nomment comme leur appartenant, une ville an local d'Élim, et un port qui, chez les Arabes, conserve encore le nom d*El-Tor, mot identique à cehride Sour et Tyr. Ce lien , favorisé de bonne eau douce et de palmiers-dattiers, dut surtout fixer les Tyriens , qui , protégés par leurs vaisseaux , purent y être à l'abri des caprices des Arabes leurs hôtes.
Mais ces vaisseaux, comment se trouvent-iis cons-
truits là? Nous répondons qne les Tyriens firent alors ce qui se fait encore aujourd'liui , ce que Phistoire nous apprend s'être fait de tout temps : ils firent fabriquer sur la Méditerranée tous les agrès et les carcasses même des vaisseaux, et ils les trans^ portèrent à dos de chameau d'un rivage à l'autre ; c'est ainsi que les Turcs ont entretenu leiir marme à Suez s depuis Sélim; que Soliman, en 1538, y fit passer une flotte entière de 76 bâtiments, fabriqués à Constantinople et sur la côte de Cilicie. Cest ainsi qu'v£lius Gallus, sous le règne d'Auguste, fit passer une autre flotte de 80 galères à 2 et 3 rangs de rames , etc.
Mais de quelle espèce étaient ces vaisseaux tyriens ? Nous l'apprenons clairement d'Ezékiel, en son intéressant chapitre xxvii , lorsqu'il dit : « O Tyr! tes « enfants (ou tes constructeurs) emploient les sapins « de Sanîr à faire les planches (pour les bordages ou ft les ponts) de tes vaisseaux; ils emploient les ce* « dres du Liban à faire t^s mâts; les aunes de Bazan « à faire tes rames i les buis de Retim, incrustés « d'ivoire, à faire les bancs de tes ranieurs;les fines « toiles d'Egypte bariolées , à faire tes voUes ; l'hya- « cinthe et la pourpre des fles de Hellas, à teindre « les tentes qui ombragent (tes nautoniers) ; tu dis : « Je suis d*une beauté parfaite. »
Nous voyons , dans ce texte , que les vaisseaux de Tyr étaient à voUes tthrames^ c'est-à-dire , du genre des galères dont l'usage est immémorial sur la Méditerranée; par conséquent cette voile fut triangulaire , celle que l'on appelle vùUe tatine , qui a le mérite précieux de serrer le vent au plus près.
Le texte ne spéeifie pas que les vaisseaux lussent pontés ; mais cet attribut des galères nécessité par la grosse mer , est une suite indispensable.
Maintenant d'où vient , dans le texte du livre des Rois, Pexpression de vaissecntx de Tarsis, construits par Salomon et par Josaphat ? Les commentateurs en ont cherché Pexplication au bout du monde : elle nous semble placée sous la main , et offerte par un état de choses encore présent à nos yeux.
En effet , nous voyons qu'en matière de oonstmctions, chaque peuple et ci-devant chaque ville ma^ ritime, par certaines raisons de calcul ou de rou-^ tine , ont donné et donnent enoore à leur» vaisseaux des formes particulières, d'où leur sont venus des noms distincts. Ainsi l'on distingue les vaisseaux de Hollande , par leurs handies plus larges , par leurs quilles plus aplaties ; lés vaisseaux d'Angleterre , par leurs flancs phis efflés, par leurs quilles plus tran-
I Yoyei Théveoot, Voyage, Uv. H, ehap. 34; melHihr, Voyage, tome I, ïMige 172; et Volncy, Fofjage en Sifrif, tous témotais oeulidccs de ces tranaports.
RECHERCHES NOUVELLES
chantes ; les vaisseaux de Venise et de Gènes ( quand ces villes furent républiques) , par d^autres caractères particuliers; en sorte que de très-loin en mer, un œil expert sait de quel pays et même de quel chantier est un vaisseau. Eh bien , chez les anciens cet état de choses dut avoir lieu, et alors les différences durent être d*autant plus marquées, que les peuples , dans lin état habituellement hostile , avaient moins de rapports. Les vaisseaux de Carthage, ceux de Syracuse, d'Athènes , de Milet , durent avoir des caractères distincts; or, parmi les anciennes villes qui eurent une marine , et par conséquent des chantiers de construction , il s'en présente une célèbre qui eut tous les moyens de construire des vaisseaux désignés par son nom. Cette ville, appelée Tarsus par I«38 Grecs , la même que notre Tarsis des Hébreux , était située sur la côte de Cilicie , la plus riche de la Méditerranée en bois de marine , et le foyer perpétuel d'une navigation active, portée jusqu'à la piraterie.
« Tarsus y nous dit le savant Strabon (liv. XIV, « p. 673 ) , doit son origine aux Argiens qui , sous « la conduite de Triptolème, cherchaient lo »( c'està-dire que cette origine se perd dans les temps fabuleux). Solin, compilateur d'auteurs anciens, l'attribue à Persée (di. 38, autre signe d'antiquité) : il ajoute qu'on l'appelait la mère des villes; « que « ses peuples ( les Ciliciens ) avaient jadis comci mandé depuis la Lydie jusqu'à l'Egypte ; qu'ils « furent dépossédés par les Assyriens , etc. » Ceci cadre bien avec le discours de Sennachérib disant à Ezékias « que ses pères ont récemment conquis « la ville de Adana (près de Tarsus); » et avec l'anecdote de Jonas qui , sous le règne de Jéroboam II , environ 65 ans avant Sennachérib , s'enfuit à Tarsus, pour éviter de se rendre à Ninive : n'a-t-on |)as droit de conclure qu'alors Tarsus était indépendante de Ninive? L'épitaphe de Sardanapale, qui suppose que ce prince bàtU en un jour Tarsus et Anchicdéj indique seulement qu'il répara , et qu'alors ces deux villes dépendaient des Assyriens. Le dixième chapitre de la Genèse, en nommant Tarsis comme enfant, c'est-à-dire colonie de Ion, dépose dans le même sens que les Grecs en faveur de son antiquité. Quant à son industrie, Strabon continue : « La rivière Kydnus traverse Tarsus , « et forme au-dessous d'elle un marais navigable, « qui jadis fut un port spacieux , ayant son embou- « chure dans la mer par un col étroit appelé /?^^ma^ « c'est-à-dire tnipture. Cette ville est populeuse et « a le rang de métropole ; ses citoyens ont une telle « passion pour les sciences physiques et mathéma- « tiques, qu'ils ont surpassé en ce genre les écoles
a d'Athènes, d'Alexandrie et de toute autre ville a savante qu'on pourrait nommer : il y a ceci de no- « table , qu'à Tarsus ce sont les indigènes qui sont « les savants et les studieux ; il y vient peu d'étraoa gers. Ces indigènes, au lieu de rester dans leurs « foyers, se livrent aux voyages pour acquérir ou « perfectionner leurs connaissances ; et ces voya- « geurs s'expatrient volontiers pour s'établir ail- « leurs ; il n'en revient qu'un petit nombre : c'est le tt contraire des autres villes , si j'en excepte Alexan- « drie , etc. »
Avec un tel caractère moral, et avec l'avantage des forêts de son voisinage et des métaux dont l'Asie mineure fut toujours riche , l'on a droit de croire que Tarsis eut très-anciennement des diantiers actifs ; que par cette activité, ses constructeurs ayant acquis la science qui naît de la pratique, ils imaginèrent des formes de vaisseaux mieux calculées que celles de leurs voisins , et qui reçurent la dénomination de vaisseaux de Tarsis. Salomon , qui nous est dépeint comme un prince curieux en tout genre d'arts et de sciences , voulant avoir des vaisseaux sur la mer Rouge, et se trouvant obligé de les y construire de toutes pièces, sans être dirigé par aucune routine antérieure de son pays et de sa nation , Salomon a dû désirer de les construire sur le modèle le plus renommé, le plus parfait : il aura choisi celui de Tarsus; et parce qu'il fallut que ces vaisseaux fussent transportés de toutes pièces par terre, pour être refaits à Atsiom-Gaber, pays sauvage et dénué d'ouvriers , ce prince habile les aura fait fabriquer ou acheter tout faits au chantier de Tarsus, opération, en pareil cas , toujours la plus économique et la plus sûre. Il est même probable que les Ty riens, dont le pays fertile, mais trèspetit, n'avait que des arbres fruitiers, prirent de bonne heure le même parti , et achetèrent des vaisseaux de Tarsis. Tel est le sens le plus naturel , et telle est sûrement l'origine de cette expression, vaisseaux de Tarsis , qui s'adapte très-mal aux autres sens que les commentateurs lui ont donnés.
Selon les uns, Tarsis signifierait la mer, par analogie au mot grec SaXaaov) ; mais plusieurs passages des écrivains juifs repoussent cette explication : par exemple , Jérémie dit : a On aj^orte de l'ar- « gen t de Tarsis et de l'or d'Ophaz (chap. x, vers. 9). > Ophaz n'est ici qu'une altération d'Ophir, causée par la ressemblance de l'r et du z dans l'alphabet chaldaïque : en tout cas, Ophaz, conune Ophir, étant une ville, Tarsis, qui est mise en comparaison, ne peut qu'en être une autre ; il serait ridicule de dire : L'on apporte de Vargent de la mer et de l'or d'Ophaz.
SUR L'fflSTOIRE ANCIENNE.
Ezékiel, en son chapitre xxvii, dit à la ville de Tyr : « Les vaisseaux de Tarsis sont tes vottwriers « dans tes navigations. » — Que signiGerait les vaisseaux de la mer?
Le sens ne serait pas moins disparate dans les menaces dlsaîe (chap. xxiii), à l'époque où Salmanasar réduisit Tyr aux abois (vers l'an 727) : « Malheur à Tyr! Jetez des cris de deuil, vaisseaux n de Tarsis! la maison où ils venaient (le port « de Tyr) est (ou sera) renversée '. On les avait " taillés (ou transportés) de la terre de Ketim « pour eux ( Tyriens ). — Habitants des Hes, faites « silence : ce qui a été entendu sur l'Egypte (cris « de deuil à l'occasion de la conquête par l'Éthio- « pien Sabako), Tyr l'entendra (sur elle-même). «^ — Passez à Tarsis , jetez des cris de deuil , ba- K bitants des îles ! Oflle de Tarsis ( Tyr ) ! écoule- « toi sur la terre comme un ruisseau (de pluie). »
Dans tout ce passage, si, au lieu de Tarsis, on introduit le mot mer^ l'on n'a point de sens raisonnable : « Passez à la mer, habitants des Ues, etc. » Au contraire, Tarsis convient partout à la ville de Tarsus; et cette convenance se confirme par son adjonction , i^* au pays de KeUm, qui chez les Hébreux désigne Chypre et la côte de Cilicie; 7^ aux Ues qui chez eux désignent également Rhodes et l'Archipel. — Notez qu'Isaîe appelle ici Tyr fiUe de Tarsis (tirant d'elle sa puissance), comme ailleurs il l'appelie^/e de Sidon( tirant d'elle sa naissance).
Il dit encore ( chap. n, vers. 16) : « Dieu mani- « festera sa grandeur sur tout ce qui est orgueilleux, « surtout ce qui est élevé , sur les vaisseaux de Tar- « sis, et sur tout ce qui est beau à la vue. » Cette comparaison des vaisseaux de Tarsis à ce qui est beau à la vue, n'indique-t-elle pas que les vaisseaux de cette ville étaient pour ces temps-là, et surtout pour les Hébreux, montagnards ignorants, un objet d'art étonnant , qui mérita une dénomination spéciale? Cette même comparaison de beauté se trouve dans Ezékiel, lorsqu'au chapitre xxvn, après avoir dépeint les vaisseaux de Tarsis , il fait dire à Tyr : a Je suis d'une beauté parfaite. »
Mais, objectent encore les commentateurs, on lit dans le livre des Paralipomènes *, que les vaisseaux du roi allèrent à Tarsis , et que Josaphat fit oonstruire des vaisseaux à Atsiom-Gaber, pour aller à Tarsis.
Cette difficulté a été insurmontable pour ceux qui ont attribué une inûiilllbilité sacrée aux livres hébreux; mais tout lecteur qui , libre de préjugé ,
' Lliébrea aatorise également le ititar et le préBent. ' LIv. n, chap. n, ven. 22; chap. xx, vers. 36.
se rappellera les erreurs chronologiques où nous avons surpris et où nous surprendrons encore l'auteur tardif et négligent des Paralipomènes ; tout lecteur qui remarquera qu'en cette occasion, comme dans plusieurs autres , il n'a tiré ses informations que du livre des Rois , qu'il n'en est même ici que le copiste littéral , à l'exception du mot aller ' , pensera qu'il a été trompé par l'expression vaisseaux de Tarsis, et que, selon l'erreur de son siècle, ayant cru qu'on les envoyait dans ce pays , il a , de son chef, introduit le mot aller : voilà l'unique base sur laquelle repose l'hypothèse qui veut que les vaisseaux de Salomon , et par suite ceux des Tyriens , aient fait habituellement le tour de l'Afrique pour arriver à Tartesse, supposée Tarsis; trajet si inconcevable pour tous les anciens, qu'Hérodote même, qui, sur la foi des prêtres égyptiens, en a cité un exemple extrcuyrdinaire , paraît en douter, et que tous les anciens l'ont considéré comme une fable *.
< Et aussi du mot almoguim, quMl altère en algomim, comme il a fait argoun au lieu d'argmoun dans Ezékiel, chapitre xxvn. Un autre exemple d'altération et d'erreur de la part des Paralipomènes, est Je pays de Parvaim ou Pherouim ,*ùoiA ils vantent Tor. Quelques paraphrastes n'ont pas craint d*y voir le Pérou ; nous y voyons tout simplement TaltéraUon du mot SapherouÂm^ dont Vs IniUal a disparu, et qui désigne Tun des peuples cités par Sennachérib, et connu des Grecs sous le nom de Sapiret et Saapires , voisin de la Golchlde , et riche en or naUf recoeiUi dans les torrents.
s Des savants modernes sont du même avis. En rendant hommage à leur talent, nous ne pouvons souscrire à cette opinion, paroeque ses principaux motifs pèchentdans leurs bases, a Les Phéniciens, dit Hérodote, ayant navigué dans la mer « australe, quand l'automne fut venu, abordèrent à l'endroit « de la Libye où ils se trouvèrent, et Us semèrent du blé. Os « attendirent le temps de la moisson, et après la récolte ils se « remirent en mer. »
L'on attaque ce rédt : on nie que les Phéniciens aient connu l'état des saisons de l'antre o6té de l'équateur , et qu*Us aient pu semer en temps opportun : l'on veut même que cette expression de temer en automne, prouve un mensonge de leur part.
Laissons à part leurs connaissances possibles , qui sont des coi\)ectures : quant aux motB semer en automne. Us ne viennent pas des Phéniciens, mais d'Hérodote, qui écrivant 160 ans après eux sur le rédt des prêtres , et qui n'ayant aucune idée de ce qui se passait de l'autre côté de la Ugne, y a supposé l'ordre physique et rural de celui-ci : U a même supposé qunis semèrent du blé , et cela par le pr^ugé des Européens, qui croient qu'on ne vit pas sans blé , tandis que chez les Asia-
navigateurs qui c préféré toute autre espèce de grain exigeant le moins de temps possible pour être récolté, tel que les lentilles, les pois, les haricots, le doura, le mais etl'orge, auxquels deux ou trois mois de terre suffisent, et sur la convenance desquels les Phénidens auront eu des connaissances préliminaires acquises dans leurs voyages antérieurs sur les côtes d'Ethiopie et d'Arabie.
« A leur retour en Egypte, Us racontèrent qu'en faisant voile « autour de la libye, ils avaient eu le soleU à leur droite. Ce <i fait, i^oute Hérodote, ne me parait pas croyable : peut-être « le paraltra-t-tt à quelque autre. »
L'on veut que cette circonstance soU une preuve de fausseté , parce que , diVon , les Phénidens ne pouvant se guider
RECHERCHES NOUVELLES
L'on sent que nous parlons du voyage de ces Phénideos qui, «0U6 Nekos, roi d'Éf^pte, firent voile du foadde la mm Eouge, et qui ayant navigué pendant dm awiéea, dooblàrent à la troîsiène aanée les coIomiesd'Heraiiie (détroit de Gibraltar), et revinrent en Egypte (Hérodote, lib. lY). Cette troisième année n'a pas laissé de contribuer à Terreur par la fausse ressemblance avec le verset qui dit que les vcUsseaux de Salomon cUlaierU chaque troisième année. Récemment on a voulu substituer à cette hypothèse celle du voyageur Bruce, qui a prétendu trouver un pays de Tarshish en Abissinie; mais quiconque a connu Bruce, ou qui a lu son livre avec attention , sait que les assertions systématiques et présomptueuses de cet écrivain, ne peuvent être reçues sans preuves positives. Terminons cet article par une dernière remarque.
Selon d'anciens monuments arabes recueillis et cités aux neuvième et dixième siècles de notre ère, par les Musulmans , il existait d'autres versions, d'autres traditions que celle de la Genèse sur les origines arabes. Le plus savant de leurs historiens, Masécradi ' , déclare , d'après des auteurs respectés , « que les plus anciens peuples de la péninsule furent « quatre tribus appelées Aad, Tamoud, Tasm et « njodaî(ou Djedis).
« Aad habita le Hadramaut.
« Tamoud habita le Hedjaz et le rivage de la mer « de Habash ( le Tehama }.
« Tasm habita les Abouaz et la Perse méridîo- « nale.
« Enfin Djodaî habita le pays de Hou, qui est « le lemama.
ft Or ces Arabes, ajoute-t-il , soumirent l'Iraq (la « Babylonie), et y habitèrent. »
Il y a Ici une analogie marquée avec la Genèse : le pays de Hedjaz ou Tehama, Viraq et le midi de la Perse, sont les mêmes pays que le livre juif attribue aux peuples noirs venus de Kush , soit im-
que par les étoiles de 1*1111 on de Pantre pôle , n'ont pu avoir le soleil qa'an visage oa an dos , et que pour ravoir à main droite, 11 aurait fallu quUls prissent leur point de direction au couchant , ce qu*on ne peut admettre. Nous pensons, tout au contraire, voir id une preuve de vérité d'autant plus lumineuse qu'Hérodote n'y croit point. Cet auteur, comme tous les Grecs, a cru que Ton ne pouvait passer sous la ligne à cause d'une prétendue chaleur excessive; U a donc conçu que les Phéniciens avaient fait le tour de l'Afrique sans avoir passé l'équateur; que dans ce cas naviguant vers l'occident, Us ont dû avoir toi^ours le soleU sur leur gauche ; mais puisque les Phéniciens traversèrent l'équateur, alors Hs arrivèrent au cap de Bonne-Espérance; forcés par la direcUon de cette côte de se diriger au couchant pendant plusieurs semaines, ils eurent réellement le soleil sur leur droite ; et toutes ces circonstances, combinées avec le temps suCQsant qulls employèrent, nous paraissent mettre leur navigation liors de doute.
' Notice des manuscrits orientaux , tome l , extrait du Morou4f'el-Dahab, page 2S.
médiatement, soit médiatement par Nimrod; ces premiers Arabes seraient donc les Kushttes de la Genèse ( les Arabes noirs } , et cette conséquence est iqipHyée par un monument arabe qui pariant du paHs de M oattab , efaii ks Madianites , oomne de Tune des merveilles du monde, rmmrqjoe qne les Madianites descendaient des drax tribus AshI el Temoud ( voyez Notice des manuscrits orîfuUtmjs , tom. n ). Or nous savons par les Hébreux que les Madianites , dont Moïse épousa une femme , étaient des KushUes, des Éthiopiens,
Ces premiers Arabes furent attaqués et finalement expulsés par une autre race se prétendant issue de Sem , et parente des Assyriens et des Ghaldéens; sur quoi Thistorien Hamza observe qu*il y avait une autre manière de raconter Fhistoire de ces tribus , lorsqu'il dit :
« Tel est le récit des famanais sur leur origine ; « mais jVi lu dans des écrivains qui s'autorisent « à'Ebn-Abbas, que les vrais Arabes, au nombre « de dix peuples, comptaient leurs années à dater « à'Aram, et que ces dix peuples ou familles étaient « Aad, Tamoud, Tasm, medU, Amaleq, ObU, « Amim, Ouabsar, DJasem et Qahtan ; ces la- « milles, désignées par le nom d'Arman, avaient « déjà péri en partie, quand les derniers coups « furent portés par Ardornn, roi ( de la dynastie « pense) des Asligamiens..,, Jusque-là ces Arabes « comptaient leurs années à dater à'Aram. Enfin « elles furent entièrement détruites par Arde^ir « Babeqan (vers les années 130 de notre ère et « suivantes). »
U est £lcheux que les Arabes ne nous aient pas donné Fépoque de cet Aram. Au teste, pour raisonner sur ce récit, il nous faudrait entrer dans trop de détails. La principale conséquence que nous en voulons tirer, est que les Arabes ayant eu des opinions diverses sur leurs antiquités, la venîoo adoptée par Helqiah n'a pas le droit d'être préférée sur parole et sans aucune discussion, surtout lorsqu'aux neuf, dix et onzième siècles, il exisUit encore en Orient beaucoup de livres d'origine perse et chaldéenne, dont la composition première pouvait être contemporaine des monuments où puisa Helqiah. Le résultat le plus probable qui noua semble indiqué par tous ces récits, est qu'effeetifement à une époque reculée , l'Arabie eut deux races d'habitants, les uns ayant la peau et les yeux noirsaveclescheveuxlongs,c'est-à-dire vrais Éthiopiens , comme leurs voisins d' Axoum et de Méit» « ;
' Si les Phéniciens sont vraiment originaim du Tehama, Hs seraient de cette race , rt cela est Indiqué par la partnié de Kanaan avec Kmh.
SUR L'fflSTOIRE ANCIENNE.
les autres plus ressemblants aux Assyriens , du pays «lesquels ils peuvent être venus ; les uns et les autres parlant un langage identique dans ses prindpes et dans ses règles de grammaire et de oonstruotion. Cette dreonstance indique qu'originairement Ils sortirent d'une même souche , dont une bronche habitant le midi , reçut l'impression du soleil africain; l'autre s'étant répaûdue plus au nord , prit une constitution adaptée à son climat. En remontant plus haut, cette souche première est-elle née en Abîssinie, ou en Arabie, ou en Assyrie? C'est un problème que nous n'entreprendrons point de résoudre : seulement nous dirons que si, selon la remarque des anciens , la péninsule arabe , et spécialement son grand désert, n'ont jamais été conquis, ses habitants ne doivent point avoir été le produit d'une invasion subite d'étrangers qui n'y auraient trouvé ni subsistances, ni appât du pillage; tandis que ces mêmes habitants, dressés à la vie guerrière par la dureté de leur climat , par la néeessité journalière de supporter la soif et la faim , par le besoin de changer chaque jour de site et de campement, ont eu sans cesse les motifi, et de temps à autre les moyens de se porter sur les pays riches de leurs voisins , par des irruptions semblables à celles de leurs sauterelles ; et lorsque d'autre part ces mêmes anciens nous assurent que tous les peuples répandus de l*Eaiitt aux sources du Nil , de la Perse à la Méditerranée, leur offraient un même fonds de constitution physique, de lois , de mœurs et surtout de langage , l'on a droit de conclure qu'à des époques inconnues de l'histoire , de telles irruptions ont eu lieu, alors que des hommes de talent, tels que Mahomet et Moïse, eurent l'art de rassembler les diverses tribus arabes sous un seul drapeau , en détournant leurs passions et leurs jalousies vers un Blême but. Par cette raison , l'Abissinie ou Ethiopie, pays abondant et fécond en majeure partie, devrait avoir été envahie par des Arabes qui en chassèrent les nègres crépus, avant que, par un retour subséquent, ces émigrés arabes , devenus nombreux et puissants , eussent reporté leur action sur la mère patrie ■ ; mais ce sont là des conjectures de raisonnement, et nous n'avons pas à leur appui des faits positifs fondés sur des monuments.
Eésamé.
Maintenant, si nous résumons les résultats que nous ont fournis ces derniers, nous pensons avoir établi comme vraies les propositions suivantes :
' Le mot Ethiopie n'est point connu des Arabes, qui le remplaeentpar le moi Hab<uh, dont les Européens ont fait Abissin, Abissinle; mais œ mot Habash a précisément te sens da mot jfrab , car l*im et l'autre signilient mélange tThammeB diven. En liébreo Arab signlfte turba nûxta, eo arabe Habash aussi urba mixta. Voyez les Dicllonnaires.
!<" Que le livre appelé la Genèse est essentiellement distinct des quatre autres qui suivent;
S», Que l'analyse de ses diverses parties démontre qu'il n'est point tm livre national des Juifis , mais un monument ohaldéen, retouché et arrangé par le grand prêtre Helqiah, de manière à produire on effet prémédité , à la fois politique et leligîeox ' ;
8« Que la prétendue généalogie mentionnée au dixième chapitre , n'est réeUement qu'une nomenclature des peuples connus des Hébreux à cette époque, formant un système géogretphique dans le style et selon le génie des Orientaux ;
4« Que la prétendue chronologie antédiluvienne et postdiiovienne , si invraisemblable , si choquante même, n'est, jusqu'au temps de Moïse , qu'une fiction allégorique des anciens astrologues, dont le langage énigmatique , comme celui des modernes alchimistes, a induit en erreur d'abord le vulgaire superstitieux, puis , avec le laps de temps, les savants mêmes , qui perdirent la clef des énigmes et de la doctrine secrète;
5« Que la véritable chronologie n'a dû, n'a pu commencer qu'avec la véritable histoire de la tribu juive, c'est-à-dire à l'époque où son législateur Moïse l'organisa en corps de nation ;
6» Que néanmoins à cette époque même aucun calcul régulier ne se montre dans les livres hébreux; que c'est seulement à dater du pontificat de Héli , douze siècles avant notre ère, que l'on parvient à saisir une chaîne continue de temps et de faits méritant le nom d'Annales;
T"» Enfin , que ces annales ont été rédigées avec tant de négligence, copiées avec tant d'inexactitude, qu'il faut tout Fart de la critique pour les restaurer dans un ordre satisfaisant.
De toutes ces données il résulte avec évidence que les livres du peuple juif n'ont point le droit de régir
' L'on ne saurait douter qu'h l*époque où écrivit Helqiali , eao ans avant notre ère, les livres sacrés des Indiens désignés sous le nom de Pouranae, ne Aissent connus des Assjrriens , qui avaient des relations de commerce avec la Syrie. Or U est vraiment remarquable que les condiUons établies pour la composition dHin Pourana se trouvent exactement observées dans le Pentateuque. « Les savants brahmes ( dit ce sir W. Jones , tome Y 1 de ses Œuvres in-4« , page 445 ) disent « que cinq conditions sont requises pour constituer un vérita- « ble Pourana :
« lo Traiter de la création de la matière en général ;
« 3" De la création ou production des éties secondaires ma- « tériels et spirituels ;
« 3» Donner un abrégé chionologiqoe des grandes périodas « du temps ;
« 4<* Un abrégé généalogique des grandes familles qui ont a régné dans le pays;
« 6<> Enfin l'histoire de quelques grands personnages en parti ticulier. »
N'estroe pas là précisément le sommalie de la Genèse et des quatre autres livres ; et n'est41 pas probableqœ le grand prêtre a été guidé et encouragé dans son travail par des modèles accrédités et par le succès de tout livre de ce genre?
RECHERCHES NOUVELLES
les annales des autres nations, ni de nous éclairer exclusivement sur la haute antiquité; quMIs ont seulement le mérite de nous fournir des moyens dinstraction sujets aux mêmes inconvénients , soumis aux mêmes règles de critique que ceux des autres peuples ; que c'est à tort que jusqu'ici Ton a voulu faire de leur système le régulateur de tous les autres ; et que c'est par suite de ce principe erroné que les écrivains se sont trouvés pris dans un filet
inextricable de difiBcultés , en voulant forcertant^t des événements anciens de descendre à des dates tardives, tantôt des événements récents de remonter à des temps reculés : ce genre de désordre, qui a surtout eu lieu dans l'histoire des empires de Ninive et de Babylone, va devenir pour nous une raison d'en faire un nouvel examen, et de fournir une nouvelle preuve de la bonté de notre mé* thode.
NOMENCLATURE GÉNÉALOGIQUE OU PLUTOT GÉOGRAPHIQUE DU X« CHAPITRE DE LA GENÈSE.
/ Almodad «s*
I'Aïlam Askour Arafkaslid Slielali.
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f / Aoûts
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, I Askkenez
/ Gomeron Gimr. | Riphat
I Togomuh . Mayoug Medi
Sbelapb I Hatiarmont 1 Irah
I Uadouram I Aouzal leqtan / Aoubal
I AbmaU Sheba ' Opbir I Haouiiah Uobab
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[Nabt.
i Kedar.
I Masba .
Pbelag-Raon-Sbcrong-Nabor-Taré-
Abram^Isbinal \ Tima
I Itour [Qodamé, etc
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Deden ?
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i Ion.
f TooImiI Moabk l Tiras
i Amii I Gargasbi
^ Kanan. . .- / Haoui
J Arouqi ISini I Aroudi I Tsamiri i Hamati.
EUsb Tarcbish Ketim Rodeiiim
/Tsidon
' Het Anoqiinet Amlm .
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UamoaCbam.
Ifatsrim.
f Loudim i Anamim ) Ldibim j NefcMbim
['•«""•" lsn^
Phat
(Saba Haouiiah Sabtakab
I Sheba.
I Daden.
Ifemrod-Babylon-Arak-Akad-Kalané.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
CHRONOLOGIE