‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 112 sur 230 · TOU«T · texte numérisé non relu

TOU«T

chez les Grecs. Par conséquent Ktah > désigne les peuples noirs à cheveux plats, habitant l'Abissinle en général , spécialement le pays d'Axoum, où paraît avoir été l'ancienne capitale de Kush ; il faut distinguer ces noirs à cheveux plats, des noirs à cheveux crépta (les nègres) : cette distinction est exprimée chez les Grecs par l'expression d'Éthiopiens occidentaux et Éthiopiens orientaux. Dans Homère * , ceux-ci sont proprement les peuples de l'A* bissinie , dont les rois conquirent plusieurs fois l'Egypte; par la suite le nom d'Éthiopiens s'étendit aux peuples noirs que les Persans appelaient Hind, ou Hindous; et ce nom de Hindous ou Indiens, au temps des Romains, revint aux peuples de l'Iemen, qui étaient effectivement des hommes ndrs , des Éthiopiens. Hérodote , dans sa description de l'armée de Xercès , joint les Arabes aux Éthiopiens- Abissins , et nous les montre réunis sous un même chef, ce qui indique une affinité étroite de constitution et de langage. Cette affinité se trouve confirmée par l'auteur de la Genèse , lorsqu'il dit : Les enfants de Kush sont Saba, HaouUah, Sabta^ Sabtaka et Ramah,

C'est-à-dire que ces cinq peuples étaient aussi des hommes noirs de race kushite ou éthiopienne-abissine : il s'agit de trouver leur emplacement.

Bochart veut que Saba soit le pays de Mareb, appelé synonymement par les Arabes, SaJborMareb; mais l'identité ne peut s'admettre, parce que ces mêmes Arabes placent à Mareb la reine de Saba qui visita Salomon , et que les Hébreux, en parlant de cette femme , ne la disent point reine de Saba par s (ou samek) , tel qu'est écrit notre Saha kushite; mais reine de Sheba par sh (ou shin)^ tel qu'ils écrivent Sheba , fils de leqtan , qui , à ce moyen , est leSabahomérite des Arabes; et remarquez qaeSaba pars n'a point dans l'arabe moderne le sens de Uer et faire captif, que les Arabes disent lui appartenir, tandis que Sheba par sMn a ce sens dans l'hébreu ; oequiprouveque]avéritableorthographeest5A«5a- Mareb. Une meilleure représentation nous semble se trouver dans une autre ville de Saba , située au pays de Tehama , laquelle nous est désignée par les Grecs, comme l'entrepôt ancien et très -actif du conunerce de For et des aromates de l'Arabie. La circonstance d'être placée sur l'une des éminences qui bornent le plat pays de Tehama, nous fait

* Le nom de Rush temble a*ètre conservé dans guiz oa guû, qui ert le nom anUque du langage éttilopien ; Vktiomê guiz.

* Odyn. Ub. f , v. ss. Strabon entend ce vers d^Homèra des Ëtiiiopiens sur la rive ouest , et des Arabes sur la rive est du golfe Arabique , et c'est Hdée de la Genèse.

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reconnattre cette ville dans celle qae les Ambes modernes nomment encore Sabbea : si , comme tant d'autres cités de TOrient , elle est réduite à un état presque misérable, Ton en trouve les causes palpables dans la dérivation qu'a subie le commerce de rinde, et dans les ensablements qui, sur cette plage, repoussent la mer à près de 1200 toises par siècle.

S^fbM n'en fi|t pas éloigné, si, comme nous le pensons, il est le StMatha-meiropoUs de Ptolomée > , placé par le géographe nubien Edrissi , entre Ikmpr et Sanaa *.

Sabtaka est rejeté par Josèphe dans VÉMople obMne, par Bochart dans la Caramanie persique, sous prétexte de ressembler à ^txmydti^: ces deux hypothèses nous paraissent vagues et sans preuves : Sabtaka n'a pas de trace connue.

Haouilah, mal prononcé HevUa, est hiea représenté par les ChaveM de Pline, et ChavUaM de Strabon , que ces auteurs s'accordent à placer entre les Nabaiéent et les Açréens ou Agaréens. Le pays de ces derniers doit être le Hiiar ou Hagiar moderne 3, parle 37* de latitude, dans le Hedjas, à environ 40 lieues estât la mer Rouge... Par con-r séquent HaauiM, qui a le sens de pays arifU, dut être dans le sol réellement aride, dans le désert au nord de nyar, au pied de la chaîne des rocs ou vivaient les Tamudeni, Ce local remplit bien l'indication du livre de Samuel , qui nomme Haoutiah comme borne extrême de l'expédition de Saûl contre les Amalékites 4 ; et cette situation d'une tribu kushite convient d'autant mieux en cet endroit, qife, d'une part, elle se trouve appuyée au mont She/ar, appartenant aux tribus ieqtanides, et désigné par Ptoloméc pour être la borne de V Arable Hfsureuse, tandis que d'autre part die est contigue au pay? d^ Tamoqd, l'une des quatre anciennes tribut arabes qui paraissent avoir été réellement kushites , et au pays des Madianit^s, qui certainf»nent l'étaient, ainsi que le prouve l'anecdote de Séphora, feipme de Moïse, à laquelle sa belle-sœur Marie reprochait d'être iine nobre ( une kushite) ; ce genre de population subsistait encore au temps de Zarah, roi de K\|sl||, qui vint avec une armée immense, attaquer A^ , roi de Juda , ver$ l'an 940 avant notre ère s, et qui avfât pour résidence , di| mQi^3 temporaire, la ville de G^ora, dans le pays d'Amalek; Taraqah, qui, au temps d'Ezekias et de Sennachérib, fut aussi un roi de Rush, sortit également, avec une

■ Voy«x Ptoloiiié^, Geogr. m-foL TabtUa Mm uxUk, * DanvUle, carte d'Asie première.

3 Yoyei DaDYiUe , carte d'Arabie ; Aoaior ou Ao^or ligDi- H^pierre , pierrtu», et (els SQQt lea ro^r* de Hi4tar.

4 5am. lib. I, cap. XV, vert. 7.

ft ParaUpomènea, Uv. n, chap. xiv.

autre nuée de soldats , de cette même contrée. Il parait donc certain que la côte arabique de la mer Rouge, depuis l'Arabie Pétrée jusqu'à 5<ei6toA^ c'està-dire les deux pays appelés Hecffaz et Tehavnah, appartenaient aux Éthiopiens, et formaient un même état ou une même population avec T Abisdnie, placée sur l'autre rive de cette même mer. Cela se conçoit d'autant mieux, qu'au moyen des îles la communication des deux rivages est extrêmement facile, et que la ligne de séparation d'avec les tribus ieqtanides, se trouve être une chaîne de rocs et de montagnes qui borne le grand désert de la pé> ninsule vers ouest, depuis le mont Shefar jusqu'à riemen>.

Une autre dépendance de Kush est encore Ror mah, que les Grecs écrivent Regma, Strabon dit que ce mot en syrien signifie déiroU; et Ptolomée, avec Etienne de Byzance, place une ville de Rc(gma sur la côte arabe du golfe Persique, non loin du fleuve Lar ou Falg moderne. Par cette situation, séparée et distante de Kush, tel que nous venons de le décrire , Rama s'indique pour être une colonie d'Éthiopiens ou Kushites. Buschimg place en pe parage ui^e ville de Reamoh, peuplée de noirs très-commerçants. A son tour, Reamah semble avoir produit près de lui deux autres colonies qui sont Sheba et Daden.

Dadenest la petite tle Dadena, sur la côte arabe qui mène au golfe Persique. L'ouvrage intitulé Orient ChristUmus*^ nous apprend que cette Ile, ftppelée en syrien DUin, dépendit de l'évêché de Cafora ou CMara,

Sheba montre sa trace dans les pays montueux fies AsaU,, que Ptolomée place à la pointe arabe du détroit; ces trois positions, qui se touchent, f emplissent très-bien l'indication d'Ezeqiel, dans yon chapitre xxvu, où il dit : « 0 ville de Tyr, f les marchands de Sheba et de Ramah sont tes f courtiers ; ils te fournissent l'or, leuparjïuns et f les perles : Daden t'envoie les dents d'éléphant ii et les bois d'^>ène. »

Le voyageur Niebuhr observe que depuis Rasr ^IrHad^ jusqu'à Ras-masendom , il n'y a de sables qu'entre Sib et Sehar^ « que tout le pays dépendant « de MfLskat est montueux jusqu'à la mer, fX q^e f deux bonnes rivières y coulent toute l'année; « l'on y cueille en abondance du froment, de l'orge, « du dourah, des lentilles, des dattes, des légumes, « des raisins ; le poisson est si abondant que l'on

* Strabon aurait donc eu raison dlnterpiéter en œ aena le yen d'Homère qui partage les Éthiopien» en deux pofi ( par la mer ).

* Tom. n, col. I9se et IMO. Ycopei mu blioth, «ynoc. tom. m, pars u, pag. 7M.

« en nourrit le bétail. Sehar, ruinée, est une des

« plus anciennes villes de TOrient, de même que

« Sour ( Tyr), située non loin de Maskat. » Voyes

Ntebuhr, DescripL de l'Arabie, pag. 265. Avec de tels avantages de sol, favorisés d'un

beau climat, sur une superficie égale à toute la

Syrie, Ton conçoit qu'il put jadis exister en cette

contrée des peuples industrieux et riches , surtout

lorsque le commerce de Tlnde y avait sa route principale vers l'occident; et puisque les habitants d'alors portaient le nom de Sabéens ( Sheba }, il ne

ùaat phis s'étonner qu'ils aient enrichi par leur or

ce par leur commerce les Phéniciens de Tyr , ainsi

que le disent expressément les Grecs, qui ont pu

les confondre awec les autres Sabéens de l'Iemea

et du Tehama. ( Vojes Bochart, Phaleg, lib. IV,

chap. 6, 7 et 8^} La Genèse continue : « Or l'Ethiopie engendra

« ou produisit Nemrod, qui eoouneaça d'être fort

« ( ou géant) sur la terre : il fut un grand chasseur

« devant le Seigneur, et les chefs-lieux de sa do-

« mination furent Babylon , Arak , Nisibe et Kalané

« dans le pays de Sennaar. »

De quelque manière que Nemrod vienne d'Éthio-

pîe, ou qu'il en dépende, nous avons ici une indication que les pays de sa domination appartiennent à la division de Knsh, et que par conséquent leurs habitants forent des hommes noirs à cheveux longs. Ceci s'accorde très-bien avec le témoignage d'Homère , d'Hérodote , de Strabon , de Diodore , et en général des anciens auteurs , qui nous d^eignent tels les peuples de la Babylonie et de la Susiane. Ce furent là les Éthiopieni de Memnon; ffls à$ TAurore et de Tithon, auxquels les Asiatiques durent donner le nom de Kushéens, prononcé, en dialecte chaldaïque, Kuihéens. Ce même nom se représente dans le Kissia de Ptolomée, pays voisin de Suse. Les auteurs arabes désignent également les peuples de ces contrées par le terme de êoudan, c'est-à-dire les noirs : ainsi les colonies éthiopiennes ou At»A<f^f s'étaient répandues dans tout VHraq- Arabi, jusque dans la Perse , et ceci nous rappelle l'ancien monument arabe cité par Maséoudi, selon lequel les tribus de Teum et de />/odb{ possédèrent riraq-Arabi et la Perse limitrophe ' : ces tribus primitives auraient donc été Kushites, parente des Rananéens ou Phéniciens qui, issus de Cham , et émigrés du Tehamah, auraient réellement eu une même origine.

Quant aux pays dépendants de Nemrod, Arak est Arekha, que Ptolomée place près de la Susiane.

Yoyei d-après page asa.

Akad ou Akar est l'ancien nom de Nisîbe, selon le témoignage de l'ancien traducteur de la Genèse '. Kalaneh, qu'Etienne de Byzance écrit Telané, est une ancienne ville du pays de Sennaar , que cet auteur dit avoir été le berceau de Ninus.

Ainsi la race noire-knshite s'étendit jusqu'au revers méridional du Taurus, conformément au témoignage de Strabon , qui dit que les peuples syriens sont divisés en deux grandes branches ; les Syriens blancs, au nord du mont Taurus, et les Syriens noirs, au sudduTaurus; tous ayantun même fonds de mœurs, de coutumes et de langage : en eCFet, les dialectes des Abissins, des Arabes, des Phéniciens, des Hébreux, des Assyriens, des Araméens ou Syriens , sont tous construits sur les mêmes bases de grammaire, de syntaxe et d'écriture.

A l'égard de Nemrod, Cedrenus et la Chronique paschale nous avertissent que ce héros ou géant n'est autre chose que la constellation d'Orion, devenue une divinité importante pour les Babyloniens, à raison de ses influences supposées à l'époque de l'année où elle culmine pendant le jour avec la constellation du Chien, époque qui a pris le nom de canicule. Le voisinage de ce chien a procuré le titre de chasseur à Orion, qui d'ailleurs , comme grande divmité, eut aussi le nom de Bel*. Sous ce nom, les légendes grecques lui donnent la même parenté que la Genèse. « Belus, disent-elles, fbt fils de LUn/e « et de Neptune. » N'est-^ pas précisément la phrase hébraïque? « Nemrod fut engendré par TÉ- « thiopie. » Ce nom de Nemrod, qui n'a aucun sens dans l'hébreu, qui n'a pas même les formes de cette langue, s'explique assez bien dans la langue pehlevi : « Nim en pehlevi , dit le traducteur du ZendrAvesta , signifie côté, portion, moiUé; rouz signifie nUcU^; en sorte que Nirorouz , bien identique à Nemrod y est l'astre de V Ethiopie, \eJUsde la saison brûlante.

Jusqu'ici Ton voit que, sous des formes généa-

1 Hienmym. Qitmst. in Cme». cap. 10, ii« 10.

' Plusieon divioUés chez les Chaldéeiu ont eu le nom de Bet oa Baal, qui signifie Dieu et Seigneur. Alexandre Polyhistor parie de Belus Fanâen , appelé tr(mo9 ( ou Saturne ) , de qui naquirent un second Belua ou Belus lejevne, ayant pour frère Kanaan, U j^oute que Kan^an fût père des Phéniciens et eut pour fils Chum, appelé par les Grecs Mbolot, c'estrèrdire etmieup de tuie ; leqod Cbom eut pour frêne Me»' nam, père des Éthiopiens et des £|orpUens : Ton voit ici une autre version des mêmes idées, des mêmes traditions que la Genèse. Voyez Eusèbe, PrtBpar. evamg. Mb. IX, cliiq>. 17. Dans la Chronique d^Alexandrie, page |7, un prtmier Belus est Saturne ; après lui Picus règne 30 ans; après Picus un second Behis règne 2 ans : celui-ci est la planâe de Mars, dont la révolution don afleetivemeot 2 ans; e*e8t par errew que ranteor attribue les so à Picus-Jupiter , puisqu'ils appartiennent à Saturne, dont la révoIuUon dure cet espaoe de temps

3 Zend-Avesta, tome n, pagss 401 et 4U; et tome T, partie II , pags 279, noie 3.

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logiques , nous tivons une véritable géographie dont toutes les parties observent un ordre régulier et systématique. Ce même caractère continue de se montrer dans la troisième division , celle de Sent.

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