EMPIRE ASSYRIEN DE NDHVE
SI"
Sa durée. Hérodote et Rtesias opposés quant au temps, mais non quant aux faits.
L'on convient généralement que la durée de Tempire assyrien, ainsi que les époques de son origine et de sa fin, forment la difficulté la plus grande de lliistoire ancienne; Ton pourrait ajouter qu'elles sont le sujet de la querelle la plus inconcevable entre les deux historiens de qui nous tenons nos documents. En effet, comment expliquer que Ktesias f au temps d' Artaxercès , ait évalué cette durée à 1306 ans, lorsque Hérodote, moins de 70 ans avant lui , ne l'avait trouvée que de 530 ? Gomment imaginer que le premier ait donné 317 ans à neuf rois mèdes, qui, dit-il, remplacèrent les Assyriens, tandis que le*8econd ne compte que quatre rois mèdes dans un espace de 150 an%, et cela lorsque Hérodote écrivait moins de 70 ans après la mort de Kyrus, qui détrôna le dernier de ces monarques? Nécessairement Tun des deux historiens s'est trompé; et de là un schisme entre leurs sectateurs. Les uns préférant Ktesias , prétendent qu'il a dO être mieux instruit , par la raison que ce Grec asiatique, né à Knide, ville tributaire des Perses, d'abord soldat de Kyius le jeune, puis , de prisonnier, devenu médecin du grand roi , eut tout le temps , pendant les 17 années qu'il vécut à la cour, de connaître rfaistoire du pays : il en eut tous les moyens , si , comme il le dit lui-même dans Diodore, il eut en main les archives royales; et il put les avoir, parce que l'usage de tous les anciens gouvernements d'Asie fîit de tenir des registres qui nous sont plusieurs fois cités. Raisonnant sur ces faits et sur leurs conséquences, les partisans de Ktesias attaquent Hérodote, citent contre lui le mot de Cicé- Ton « , le Traité de Plutarque * , les inculpations de Strabon 3, et prétendent que le père de l'histoire n'a eu ni les moyens ni la solidité d'instruction de son successeur et contradicteur.
En admettant les moyens de Ktesias, l'on a dit,
< Quamquam apud Heiodotum patrem histori», et apud TlieopompumsunttniM*fncra6t(««/a6ii2«. Cloeio, deLegihui, Ub.I,9l.
* Traité de U malignité d*Hérodote.
3 Direeies en plusieurs passages, indirectes au sqjet de la mer Caspienne et du voyage des Pliéniciens k Cadix.
OU l'on peut dire en faveur d'Hérodote >, que les siens n'ont pas été moindres , et que même ils sont préférables. On demande si l'étranger , médecin du grand roi, assujetti au service d'une maison immense, a eu le temps de se livrer à l'étude des antiquités, d'apprendre la langue et le système d'é< criture des Assyriens , sans doute différents de la langue et du système d'écriture des Perses; s'il a pu traduire par lui-même des monuments déjà vieillis, ou s'il n'a eu que les traductions et les extraits qu'en auront faits les Perses ; si , dans l'un et l'autre cas , il n'a pas été sujet à beaucoup d'erreurs involontaires ou préméditées. On demande si vivant dans une cour très-despotique , il n'a pas été dans une dépendance nécessaire de tout ce qui l'a entouré; s'il a pu voir par d'autres yeux que par ceux des courtisans ; épouser d'autres opinions , d'autres intérêts que ceux des Perses. Or les Perses avaient imintérêtna/iona/etro^a/à décréditer le livre d'Hérodote , qui , de toutes parts , choque leur orgueil , en célébrant leur défûte et en publiant plusieurs traits de folie de leur roi. Ktesias est atteint de cette partialité , lorsqu'il se déclare en propres termes le contradicteur d'Hérodote , et que , selon les expressions de Photius * , il l'appelle mentetir et enventeur de fables : cette accusation est d'autant plus singulière de sa part, que de tous les historiens , Ktesias est celui qui , chez les anciens , a été le plus généralement décrié pour ses fables et pour ses mensonges ; son livre sur les Indes, qui nous est parvenu , justifie cette opinion. Quant à sa partialité , elle nous est formellement indiquée par un passage de Lucien, dans ses Préceptes sur l'art d'écrire l'histoire.
« Le devoir d'un historien , nous dit-il , est de ra- « conter les faits conrnie ils sont arrivés : mais il « ne le pourra , s'il redoute Artaxercès , dont il est « le médecin, ou s'il espère en recevoir la robe de « poiurpre des Perses , avec un collier d'or et un che- « val niséen , pour le salaire des éloges qu'il lui aura « donnés dans son histoire ^. »
Il est évident que ce trait s'adresse à Ktesias; et il l'atteint avec d'autant plus de force , que Lucien , l'un des plus savants et des plus indépendants écrivains de l'antiquité , ne l'a point lancé sans en avoir trouvé le motif dans les anecdotes de la vie du médecin; il est donc certain que sous le rapport de la
< En faveur d'Hérodote sont Oenys d*Halicamasse, Usserius, Conringius, Marsham, Prideauz, Newton, Bossuet, Montfanoon, dom Calmet, etc. En faveur de Ktesias sont Diodore, Justin, Eusèbe, Scaliger, Petau, Pezron, Desvignoles,etc.
> Bibliotliëque grecque, page 107.
3 Jbuden, Traiié de la wtomière d'écrire V histoire, vers la fin.
BECHERGHES NOUVELLES
moralité, Ktesias ne peut soutenir le parallèle avee Hérodote, tel qu'il nous est connu inr les prinei* paux événements de sa vie.
En effet, nous savons par divers témoignages, et par quelques traits répandus dans son livre , que , né dans une condition indépendante , il n'eut d'autre passion, d'autre but que d'acquérir de la gloire, d'être un grand historien, et de devenir un homme aussi célèbre qu'Homère , dont en efifet il imite l'art en beaucoup de points. De tout temps l'art de raconter fut la passion des Grecs et surtout des Asia* tiques ; chez ceux-ci , il menait à la faveur des rois; chez ceux-là, libres alors, il procurait une sorte d'idolâtrie plus enivrante que l'or des cours et leur servitude-NéquatreansavantrinvasiondeXercèss élevé au milieu des cris de la victoire et de la M* berté, il parait qu'Hérodote conçut de bonne heure le projet de célébrer cette guerre , comme Homère avait célébré celle de Troie. Pour exécuter cette entreprise, il fallait avoir acquis iieaucoup de con*» naissances; et dans un temps où les livres étaient rares et mauvais, les connaissances ne s'acquéraient qu'en voyageant. Il se livra aux voyages : divers passages de son livre prouvent qu'il visita d'abord l'Egypte, Memphis, Héliopolis, Thèbes, puis Tyr >, Babylone, très-probid>Iement Ecbatane , qu'il décrit conmie ferait un témoin oculaire , et qui d'ailleurs était sur sa route vers la Colchide; de là il dut revenir par l'Asie mineure, traverser le fleuve Hâlys, dont il cite les ponts construits par Krœsus. Après avoir concouru à chasser Lygdamis, tyran d'Halicamasse, sa patrie, il fit une première lecture solennelle de son histoire à l'assemblée des Jeux olympiques , et l'on doit remarquer que cette épreuve est une des plus fortes qu'un historien pût subir , puisque par cette publicité il s'exposait à la censure des Grecs instruits, qui de' tous les pays accouraient à ces fêtes. Or à cette époque ( vers 460 ) il n'y avait pas plus de 100 ans que Kyrus avait détruit l'empire <ks Mèdes ; pas plus de 07 ans qu'il avait pris Sardes et Krcesus ^ ce roi lydien si connu de toute la Grèce; paB plus de 70 ans que Kyrus lui-même était mort. Hérodote, dans ses voyages, avait pu recueillir des traditions de la seconde et même de la première main ; partout il avait consulté les prêtres, classe la plus savante, la seule
> D^aprèsla remarque de Pamphflia, savante dame romaine, citée par Aiiia4>elle , Hérodote avait «3 ana loti de la premlèie année de la guerre dn PéloponèM; par oonaéqoent il éUdt né ran 484 avant J. C. Xereée peaea en Grèce en 480w PamphiUa tat célèbre à Rome , mnu Néron , pour diven écrite sur l*histolre et sur la musique. Elle avait tait un abi^ de Ktesias , en trois Uvres.
» Voyei Ub.n,8gni, ivetXLiv;in>.I, gcLxxxm; Hb. IV,
gg XUU , CLXV et CLXXXVI.
savante chez les anciens. En consultant ceux de {peuples différents et même ennemis , il avait eu le moyen de vérifier , de redresser les contndictioDs de l'erreur ou du préjugé, et parce que de toutes ces informations il composa un seul système, il fut obligé, pour le bien établir, d'en confronter, d'en discuter toutes les parties. Son ouvrage doit donc être considéré comme un extrait, comme un résumé de tout ce que les plus savants hommes de l'Asie savaient de son temps sur l'histoire ancienne. D'autres historiens, alors célèbres dans la Grèce, tels que Cadmus, Xanthus, Hellanîcns, Faraient précédé : s'il eât choqué les idées reçues, il se fât élevé contre lui quelque contradicteur dans les nombreuses lectures publiques qu'il fit à ÉHs, à Corinthe , à Athènes , etc. ; et la moindre anecdote de ee genre eût été connue de Plutarque, qui, par unepa^ tialité puérile , a tenté de le dénigrer , poyr venger , dit-il, les Thébains ses comptUrMes d'avw été accusés par Hérodote de n'avùtr pas secondé les Grecs contre les barbares. Cette véracité d'Hero- i dote , en lui suscitant des ennemis , est un titre de plus à notre confiance et à notre estime; d'ailleurs son livre, que nous possédons, respire partout la bonne foi, la candeur : ses connaissances en physique sont faibles, comme elles l'étaient généralement de son temps ; mais son bon sens', sa réserve à prononcer, sa sagesse à douter, le eonduiseot souvent mieux que la science systématique de ses successeurs ; témoin le géographe Strabon , qui n'a point voulu croire au wn^e des Phéniciens autour de l'Afrique « , et qui a prétendu que la Caspienne était im golfi et non wm mer isolée. Notre géographie moderne, en démôitant les raisonnements physiques du géomètre , nous fournit une preuve de cette vérité historique et morale : « que quelquefois « des faits incroyables, imoraisemblables , parce « qu'ils choquent la doctrine reçue dans un temps, « n'en sont pas moins certains ; et que le récit naïf « d'un narrateur fidèle, » qui dît, comme Hérodote, je ne comprends pas cela, mais voilà ce que J'ei vu, ce que m'ont assuré des témoins instruiis, est qudqucfois préférable aux dénégations dogmatiques des th^ridens >. Cicéron lui reproche de raconter beaucoup de tslAm ', et en effet il raconte
I n eommet d*ainenn une fausse dtsUon, en le plsçsst sous Dariui au Ueu de iVaftof. Vof« Steabon, Gm^v. Sf. n. Images OS et 100.
* Nous en avons un bd exempte récent, dans les picrret tombées duciel,sur]esqueUes Frirei écrivit, Uya un denisiède, un mémoire alors peu goAté : Ton ne eroyilt pas à ee prodige..... n est prouré : oomment s*Opère-t-tt? L» savants prononcent... Nous disons : Il faut douter et obier' ver. Ce genre de grêle métallique finira par s^pliqoer.
3 Ce qui n'empêche pas Cicéron d^n parler atec éiose , en quatre autres endroits; par exemple, il dit , Ub. D, «^
sua UHISTOIBE ANCIENNE.
quûqaehÎB&Bimbracles où prodiges, selon l'esprit de son temps. Mais en général il les dte comme l'opinion reçae , plutôt que comme la sienne : et lorsqu'il y eroit , il y est porté par ils reipec^ cfes diettâ? , qui est une sorte de garantie de sa droiture. Cicéron lui-même eût été fort embarrassé à désigner les iuitsfahuleux, puisque plusieurs de ceux que cite Hérodote sur l'intérieur de l'Afrique^ et qui jusqu'ici semblaient incroyables^ ont été de nos jours reconnus vrtùs par les voyageurs >. Telle est la destinée singulière d'Hérodote , qu'après avoir été mal apprécié des anciens, le mérite de son ouvrage s'est élevé chez nous autres modernes à mesure que nous avons acquis plus de connaissances sur les pays dont il a traité: Tous les voyageurs en Egypte s'accordent à dire que l'on ne peut rien ajouter à la justesse, à la correction , à la grandeur du tableau qu'il en a tracé. En sorte que c'est pour avoir été en général trop au-dessus des notions vulgaires, qu'il a eu ébez les andens moins de crédit que des écrivains d'un ordre inférieur. Si dans des matières aussi délicates et difficiles, il a porté cette finesse de tact et cette rectitude de jugement, l'on a droit d'en conclure qu'il n'a pas été moins soigneux, moins habile dans ses recherdies sur la 'éhronologie, et l'on peut poser en fait que, sous aucun rapport, Rtesias ne lui est préférable , ni même comparable.
De cette conclusion passer subitement, comme Pont fait plusienn savants, à n'ajouter aucune foi h tout ce qu'a écrit Ktesias, cela nous paraît une exagération passionnée; et comme en ce genre de questions les raisonnements n'ont de force qu'autant qu'ils sont établis sur des faits positifs, nous allons ramplir un double objet d'utilité , en soumettant au lecteur le principal fragment de Ktesias sur les Assyriens , lequel , d'une part , fournira les moyens d'apprécier l'esprit et l'autorité de cet historien, tandis que de l'autre, il montrera dans leur ensemble les faits dont Hérodote n'a cité que des parties accessoires ou des résultats généraux.
sn.
Ués flénéntod» remplie anyrten «sek» KtesiAi , en Diodoie , Uv. n, page II et suivantes, édit de Wesseling *.
• Avant Ninus, roi ôes Assyriens , l'Asie ne cite « aucun roi Indigène qui ait fait de grandes choses,
Orutore : Pfamque et Herodotum , qui princeps koe genut orn€Ê»U , <s estmii nil cmttmo venatum em aecepimui. Atqvi kintm tel eioquenUa, ut mê quidem quantiÊm tffo grùK$ teripta inUUigen ponum magnopere deltetet
■ Toyei HorDemano, Voyage en Afrique, Hérodote a cité pour ses antorités les voyages et négociants carUiaginois, IU>.
]V,8 XUII.CLXV, CLXXXVI.
> iloas remployons point la tradnetlon française de Terraison y parce que dépota Rhodoman , qu'il a suivi , M. Wesse-
ni ^i ait même laissé le souvenir de son nom. Ninus est le premier dont les hauts faits aient répandu et conservé la renommée; par cette raison, nous allons en parleravec quelque détail. Poussé par son caractère belliqueux vera tout ce qui exige le mâle courage de l'homme, il arma d'abord les jeunes gens les plus robustes de son royaume, et les habitua, par de longs et fréquents exereices , à tonte espèce de fritigues et de périls. ( Non content) de cette armée redoutable , il s'associa encore Aricàos, roi de l'Arabie (Heureuse), pays alora rempli des plus vaillants guerriers. Cette nation de tout temps a été jalouse de sa liberté; jamais elle n'a reçu de princes étrangère; et malgré leur immense pouvoir, les rois de Perse et les Makédoniens n'ont pu l'asservir : ( la raison en est que) l'Arabie étant déserte en certaines parties, et dans d^autres n'ayant que des puits cadiés , connus des seuls naturels , il devient impossible à des armées étrangères (d'y subsister et) de s'en emparer. Fortifié du secours des Arabes, Ninus , à la tête d'une armée nombreuse , envahit (d'abord) la Babylonîe, qui lui était limitrophe. La viUe actuelle de Babykme n'était pas encore bâtie, mais le pays avait beaucoup d'autres villes bien peuplées. Les naturels, inexpérimentés à l'art de la guerre , furent facilement vaincus et assujettis au tribut annuel. Quant à leur roi , Ninus l'emmena ainsi que ses enfants ; par la suite il le fit périr. De là s'étant porté contre l'Arménie, il renversa quelques villes fortes, et la terreur se répandit dans le pays. Bananes, qui en était roi, convaincu de son infériorité, vint au-devant de Ninus avec de riches présents, et lui promit d'exécuter tous ses ordres. L'Assyrien magnanime l'accueillit avec douceur; il lui rendit même le royaume d'Arménie, à condition qu'il resterait ami fidèle, et qu'il lui fournirait des vivres et des soldats pour ses autres expéditions. Avec cet accroissement de moyens, Ninus attaqua la Médie, et malgré une vive résistance , il défit Pharnus, roi du pays, qui perdit beaucoup dliommes , et qui , friit prisonnier avee sa femme et ses sept enfeints, ait mit en croix par Tordre du vainqueur.
« De si brillants succès inspirèrent à Ninus un violent désir de soumettre à ses lois toute l'Asie située entre le Tanaïs et le Nil : tant il est vrai
ling a donné one tradaction latine bien plus comcte , et parce queTerra8Son,pourrendreson style ^us français, a écarté une foule dtnwges et de tonnes technlqnei très^linportants au s^)et Lorsque Ton traduit des histoileâDS , surtout anciens , ron peut dire que c'est un mérite au style, d'avofr la physionomie quelconque de rorlglnal.
« que la prospérité ne sert qu'à ouvrir le cœur de « l*hoinine à plus de cupidité. Ayant donc établi un « de ses amis $€Ura;pe de Médie, il se livra tout entier « à l'exécution de son projet, et dans Tespace de dix- « septans, il parvint à subjuguer tousles peuples (de « la presqu'île et du continent), à l'exception des « Bactriens et des Indiens. Aucun écrivain n'a transa mis le nombre des combats qu'il livra, ni des enne- « mis qu'il vainquit. Bornons-nous donc, en suivant « Ktesias de Knide, à énumérer les pays les plus « célèbres. D'abord venant des pays maritimes vers « le continent, Pïinus conquit l'Egypte, la Phénia cie, la Cœlesyrie (Damas et Balbek), la Cilicie, « la Pamphilie, la Lykie, la Karie, la Phrygie, la « Mysie, la Lydie; ensuite la Troade, la Phrygie « hellespontique, la Propontide, la Bithynie, la Cap- « padoke et les peuples barbares situés dans le Pont « ( sur les rives de FEuxin jusqu'au Tanaîs ) ; il s'em- ' a para ( aussi ) du pays des Cadusiens , des Tapyres , « des Hyrkaniens, desDraggues, des Derbikes, des « Karmaniens, des Choromnéens, des Borkaniens « et des Parthes ; il y joignit la Perse, la Susiane, « et ce qu'on appelle la Ccupiane, où l'on ne pénètre « que par des gorges étroites nommées Portes Cas- « pies; enfin beaucoup d'autres peuples moins con- « nus, qu'il serait trop long d'éuumérer. Quant !à « la guerre contre les Bactriens, la grande diffift culte des passages ( à travers la chaîne des monts ), « et la multitude de leurs guerriers l'obligèrent, « après plusieurs tentatives infructueuses, de l'a- « journer à un temps plus opportun.
« Ayant donc ramené ses troupes en Syrie ( Assy- « rie) il choisit un terrain propre à construire une « ville immense , qui , de même que ses exploits sur- « passaient tous ceux connus avant lui, pût aussi « surpasser non -seulement toutes les villes alors « existantes, mais encore celles que l'on pourrait « construire après lui. Quant au roi des Arabes, « il le congédia avec ses troupes , après l'avoir com- « blé de présents et de dépouilles. »
Ici Diodore entre dans de longs détails sur la construction de Pïinive au bord de VEtqfhrtUe (au lieu du Tigre) ; puis sur la reprise des hostilités contre les Bactriens ; sur les aventures singulières et la fortune de Sémiramis, etc. : il raconte comment , par son esprit , son courage et sa beauté , cette femme devint épouse de Ninus, lui donna un fils appelé Ninyas, et peu de temps après régna seule par le décès du roi ; il expose comment, pour égaler et même surpasser la gloire de son mari , elle bâtit la ville de Babylone avec ses murs énormes , ses tours nombreuses, ses quais, ses ponts, son temple de Belus , et ses deux palais conununiquant
par dessous l'Euphrate, au moyen d'un boyau de galerie voûtée, etc. etc. — « Quant au jardin susci pendu, placé près de la citadelle, ce ne fut pas « Sémiramis, mais an rci syrien qui, dans des « temps postérieurs , le construisit pour une de ses « concubines née en Perse, et désireuse de revoir, « comme dans son pays natal, de vertes prai- « ries sur des montagnes. ( Diodore décrit la oons- « tniction de ce jardin.) Sémiramis bâtit enoon « sur FEuphrate et le Tigre d'autres villes où elle « établit des marchés et des foires pour lesmarehan- « dises qui venaient de la Médie et de la Pareta- « kène.... et parce que ces deux fleuves sont , après « le Nil et le Gange , les plus grands de l'Asie , leur « lit est le véhicule d'un commerce très-actif; en « même temps que les villes placées sur leurs bords « sont le si^e d'une foule de riches marchés qui « contribuent à la magnificence de celui de Baby- « lone, etc. etc. »■
En quittant Babylone, Sémiramis mène son armée en Médie , campe au pied du mont Bagisian >, y construit unjartÙn magnifique , fait sculpter sur le rocher des chasses d'animaux et des inscriptions en leUres assyriennes; construit un autre jardin autour du rocher X€unm; se livre à toutes les voluptés, ne veut point d'époux, de peur de perdre son sceptre , mais prend des amants qu'ensuite elle fait pârir. Elle s'avance vers Ekbatanes , parcourt la Perse tX les autres provinces de son empire , laissant partout sur ses pas des monuments qui durent encore et gardent son nom. De là Ktesias la conduit en Egypte et en Libye, dentelle soumet une partie, et où elle consulte l'oracle sur la fin de sa vie ; puis elle retourne à Bactres , et entreprend au bout de trois ans , contre les Indiens , une guerre où elle perd beaucoup de troupes , et faillit elle-même de périr. Enfin , avertie que son fils lui dresse des embûches ( selon la prophétie de l'oracle d' Ammon ) , elle prend le parti d'abdiquer et de mourir.
« Ninyas , fils de Ninus et de Sémiramis , régna à « leur place ; n'imitant point leurs mœurs guerrières, « il mena au fond de son palais une vie pacifique et « mystérieuse , ne se laissant voir qu'à ses femnies « et à ses eunuques. Uniquement occupé à jouir du « repos et de toute espèce de sensualité, il écarta « avec soin les soucis et les embarras (des affaires ), « ne pensant pas qu'un règne heureux pûtavoir d'aua tre but que de jouir sans trouble de tous lesplaisirs « (de la nature humaine) ; et cependant, afindeg^u- « vemer avec plus de sûreté, et détenir ses sujets « dans la crainte, il institua l'usage de lever chaque
I En penan moderne, bug sIgnUie jaidla. Bag-Ëtlfi^i payi ou lieu du jardin.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
« année, en chaque province, un certain nombre tt de soldats avec un dief; puis rassemblant tous ces « corps dans Ninive, il leur nommait un comman- « dant très-attaché à sa personne. L'année révolue, « il faisait venir de nouveaux corps semblables, et « après avoir délié les premiers de leur serment, il « les renvoyait dans leur pays. A ce moyen , les peu-
• pies qui voyaient une forte armée toujours cam- « pée , et prête à punir toute rébellion , vécurent dans « ia soumission. Le motif (secret) du changement « annuel était d'empêcher que les chefs et les sol- « dats ne formassent ensemble des liaisons trop in-
« times car la prolongation de service donne
« au)[ chefs militaires de l'expérience et de l'audace, « et les invite souvent à conspirer contre les prin- « ces ; d'autre part , en se rendant invisible, Ninyas « voilait à tous les regards sa vie voluptueuse, et « comme s'il eût été un dieu , personne n'osait en « mal parler.... Ainsi régna Ninyas, et il fîit imité « par la plupart des rois ( assyriens ) , qui , pendant « Xrentegénérations,8eBnecéàèTent,depèreenfils, « jusqu'à SardanapaL Sous ce dernier, l'empire asti syrien, après avoir duré 1360 ans ' (lisez 1306), « selon le témoignage de Ktesias de Knide, en son « second Uvre, fut remplacé par celui des Mèdes.
m n serait inutile de rapporter le nom de ces rois « et la durée de leur règne , puisqu'ils n'ont rien fait « de mémqrable : seulement le secours envoyé par « l'un d'eux aux Troyens , sous la conduite de Men> « non, fils de 'iWum, mérite que nous le citions : ce « roid'Assyriefut T^titomf»^ vingtième descendant « de Ninyas, fils de Sémiramis, sous lequel les Grecs, « conduits par Agamemnon, attaquèrent la ville de
• Troie , lorsque les Assyriens possédaient l'empire
■ Ce nombre de i3eo est certainement une erreur de noe imprimés et du manoicrit qu*ils représentent Les anciens n*ont point lu ainsi; ils ont lu ia06 ans, et cela, en citant
ce même passage de Diodore Témoin Agathias, qui,
après avoir dit qu'Arl)akes et Belesis enlevèrent à Sardanapai l*empire de l*Asie , i^oute que , « à cette époque , U s*était « écoulé, depuis que Ninus avait fondé Tempire , une durée « totale de treize cent six ans , comme en convient Diodore m de Sicile, d'accord avec Us caietOs de Ktesias. » Agatliias, lib. II,p.fl3.
Témoin encore George le Syncelle , qui dit également , page SB9 : « Ainsi les Assyriens possédèrent rempiro pendant un « espace de 1806 ans, comme le dit Diodore gur l'autorité m et le témoignage de^Ktesias. u Les 1360 ans de nos imprimés doivent donc être une faute de copiste , par une mé> prise décimale de 60 pour 6. Le nombre de 1306 doit d'autant mieux «tre la vraie leçon, que Diodore, à I& fin de ce fragment, va nous donner le nombre rond de 1300, comme son synoo3rme,ce quine pourrait se dire de 1360. Enfin Justin ou Trogœ-Pompée n*a lu que 1300 ans.
A cette occasion, remarquons que nos premières édiUons ont en général été une source d'erreurs , parce que les savants n*eareDt pas alors toutes les CsdUtés de consulter beaucoup de manuscrits; et que depuis lors, ces premiers imprimés, en faisant négliger et perdre les manuscrits mêmes, sont devenus le type défectueux de toutes nos copies.
«t de l'Asie depuis plus de mille ans. Ce fut à titre « de prince vassal, que Priam , accablé du poids de « la guerre, envoya vers Teutamus demander des se- « cours. Le monarque lui envoya 10,000 Éthiopiens « et autant de Susiens, avec 200 chars de guerre. « Tithon alors était gouverneur de la Perse, jouis- « sait plus qu'aucun autre satrape de la faveur du « roi ; Memnon, son fils, était à la fleur de l'âge, et « doué d'autant de force de corps que de vivacité « d'esprit : il avait construit, dans la citadelle de « Suse, un palais qui garda son nom Jusqu'à Tem- « pire des Perses, ainsi qu'une rue qui porte encore « son nom. Néanmoins les Éthiopiens voisins de l'Ë- « gypte réclament ce Memnon comme leur compa- « triote, et montrent des palais appelés Memno- « niens. Quoi qu'il en soit, l'opinion constante est « que Memnon conduisit à Troie 30,000 honunes de « pied et 200 chariots ; qu'il combattit avec une va- « leur brillante et tua beaucoup de Grecs ; mais les « Thessaliens le tuèrent enfin dans une embuscade. « Les Éthiopiens leur ayant enlevé son corps, le « brûlèrent et portèrent ses os à son père Tithon. « Voilà ce que les barbares ( les Perses ) assurent « (selon Ktesias) être consigné dans les archives « royales.
« y4 l'égard de Sardanapal, trentième et dernier « roi depuis Ninus, il surpassa tous ses prédéoes- « seurs en débauche et en mollesse : invisible comme « eux, et entouré de troupeaux de femmes, il en prit « les mœurs et les formes ; il portait leur vêtement , « imitait leur voix, se peignait le visage, le corps, « brodait, tissait, filait la laine, teignait en pour- « pre , etc. etc. L'on assure qu'il s'était composé « lui-même cette épitaphe : Mortel, qui que tu sois, « livre-toiàtespenchants, essaye detoutesies jouis- « sauces ; le reste n'est rien. Me voici cendre, moi « qui fus le grand roi de Ninive : ce que l'amour , « la table , la joie , me procurèrent de bonheur quand « j'étais vivant, cela seul me reste maintenant dans « le tombeau ; tous les autres biens m'ont quitté >.
a Cependant un Mède nommé Arhak, homme « de tête et de courage , se trouva commander le « contingent annuel des troupes de ia Médie ; ayant « formé des liaisons avec le commandant des Ba- « byloniens , celui-ci le sollicita de secouer le joug « des Assyriens \ le nom de ce Babylonien était Be-
I Voyez à ce sojet un intéressant mémoire de M. de Guignes, qui prouve que la morale de Salomon, dans le Cantique , dans les Proverbes et dans l'Eoclésiaste , est absolument la même : 11 eût dû i^outer que le système appelé épicurisme a, comme tous les autres systèmes des Grecs, été puisé en Asie, où U régnait depuis des siècles. ( Mémoires de V Académie des inscriptions , tome XXXIY. ) Solon dit à Krœsus : « Ne n donnez pas le titre d'Heureux à un homme avant sa mort. » L*Ecclésiaste dit : Ante mortem ne hominem laude^
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lesys, homme le plas distingué des préires haby^ Ioniens, que Ton nomme Chaldéens, Son habileté en astrologie, son talent à deviner et à prédire avec eertitude les événements, lui avaient acquis un très-grand crédit; il prédit donc au général mède qu'il posséderait tout ce que possédait Sardanapa). Ari>âk, flatté du présage, lui promit, si l'événement réussissait, de lui donner la satrapie de Babylone : de ce moment , plein d^espoir en Foracle, il s'étudia à gagner Tamitié des autres cfaefi , par des repas et des propos affectueux. Il tâcha aussi de se procurer la vue du roi et du genre de vie qu'il menait; pour cet effet, il fit présent d'une coupe d'or à un eunuque, qui Fin* troduisit et le rendit témoin de toute la mollesse et de toute la débauche du palais. Dès lors Arbâk , plein de mépris pour Sardanapal, se livra de plus en plus aux espérances présentées par le Chaidéen. Ils concertèrent ensemble, l'un, defiiire soulever les Mèdes et les Perses; l'autre, d^engager les Babylonien^ à se joindre à eux, et à communiquer le projet au roi des Arabes, ami de Belesys. L'année s'écoulait , et les nouveaux contingents allaient remplacer les anciens , lors* que Arbâk persuada aux Mèdes de secouer le joug dM Assyriens, et séduisit les Perses par l'appât de la liberté. Belesys souleva aussi les Babyloniens , et envoya des députés au roi d'Arabie , avec qui il était lié d'hospitalité, pour lui faire part de l'entreprise. L'année étant enfin révolue , tous les chefs arrivèrent avec de nombreuses troupes, en apparence pour fournir le contingent, mais , en effet , pour ravir la suprématie aux Assyriens. Le nombre total des quatre peuples réu* nis se trouva ê^e de 400^000 hommes. Le camp étant posé, Ton commença de délibérer sur les opérations. Sardanapal, au premier avis de l'insur^ rection , mène contre les révoltés les troupes des autres nations. L'action s'engage, et après une forte perte, ils sont poussés jusqu'à des collines situées à 70 stades de Ninive >. Us tentent une seconde action; Sardanapal range ses troupes en bataille, et fait crier par des hérauts, qu'il donnera 200 talents d^or à qui tuera Arbâk; et le double, avec le gouvernement de la Médie, à qui le livrera vivant : il met également à prix la téta de Belesys. Ces offres devenant inutiles, il livre un second combat, tue un grand nombre de rebelles , et chasse le reste vers leur camp sur les collines. Arbâk, ébranlé de ce second édiec, assemble ses amis et tient conseil. La plupart vou-
> Le stade de Ktorias est eelal de S3S i/B an degré, ee qol donne tel environ 478S toises , ou s Ueoes i/4.
laient retourner chez eux , s'y emparer des lieux forts, et se préparer à soutenir la guerre; mais Belesys protestant ^leles dieux annoncent par des prodiges qu'à force de patienee ils viendront à bout de leur noble dessein, décide les généraux à une troisième bataille. Le roi les bat encore , s'empare de leur camp et les chasse devant lui jusqu'à la frontière de Babylonie. Arbâk lui-même affrontant tout danger et tuant beaneoup d'As» syriens , reçoit une blessure. Alors la plupart des chefs perdent tout espoir et veulent retourner chez eux; mais Belesys, qui avait passé la nuit à considérer les astres , leur annonce qu'un seeouis inespéré va s'offrir de lui-même, et ques'ils veulent attendre seolement cinq jours, la fuse des afiEsires changera totalement; que tels sont les signes certains que kd montrent les dieux, par la science des astres.... Ils rappellent donc leurs soldats, et tandis qu'ils attendent le cinquième jour, le bruit se répand qu'un corps nombreux de Bactriens envoyés au roi, marche à grandes journées et déjà est près. Arbâk prenant avec lui l'élite de ses soldats , marche à leur rencontre , dans le dessein de les amènera sonbut par la persuasion ou par la force. L'amour de la liberté séduit les Baetriens, et d'abord les cbefi, puis tout le corps, réunissent leurs tentes à celles d' Arbâk. Le roi, qui d'abord ignora cette défecti<m (soudaine), et que sa prospérité enivra, déjà reprenait ses habitudes de mollesse , tandis que ses troupes se livraient à des festins pour lesquels il leur avait fftit fournir une grande quantité de vin , de chairs de victimes et autres provisions. Arbâk , informé de la négligence et de l'ivresse, suite nécessaire de ces grands repas, les attaque de nuit et à Timproviste. Les Assyriens , surpris dans leur camp, se sauvent en désordre à Ninive , après une perte très-considérable ; le roi ( déconcerté ) charge Salaimén, frère de sa femme, du commandement des troupes extérieures , et s'enferme dans la ville pour la défendre. Les rebelles attaquent Salaimén d'abord en rase campagne , puis au pied des remparts, le battent deux fois et même le tuent. L'armée du roi, partie précipitée dans VEuphraie ( le Tigre ) , partie mise en fuite, $e trouve anéantie. Telle fut la quantité des morts , que les eaux du fleuve furent rougies dans un long espace. Du moment où Sardanapal fut ainsi assiégé, plusieurs nations, pour devenir libres, se joignirent aux rebelles. Dans ce danger imminent, le roi envoie ses trois fils et ses deux filles, avec de grandes ridiesses, au satrape de Paphiagonie , CoUa^ qui était le plus dévoué de ses serviteurs :
SUR L'HISTOIBS ANCIENNE.
« il dépéebe des agents dans toutes les provinces» « pour qu'on faii amène des secours , et il se prépare « à soutenir un long siège, se confiant en un ora* « de transmis par ses ancêtres, lequel portait que « Nintoe ne serait jamais prise j à moins que ie
• flewe ne devint son ennemi, ce qui lui parut un « cas impossible.
« Les Mèdes, encouragés par leurs sueeès, près- « salent le siège; mais Fextréme solidité des murs
• résistait à tous leurs efforts : car à cette époque m les béHers, les chaussées de terre, les boHstes et « les autres machines n'étaient pas inventées; et « les assiégés vivaient dans Fabondance par la pré- « voyance particulière' du roi è cet égard. Le siège « trataa ainsi deux ans sans avancer. Le sort vou- « hit que la troisième année, d'énormes pluies ayant « fait dâwrder YEuphrate ( le Tigre ) jusque dans « la ville Y ses eaux firent écrouler 30 stades des mu- « railles ( i3(M) toises ). Le roi, frappé de cet ac- « cident, juge que l'oracle est accompli, que lefleuve « est devenu l'ennemi de la ville, et il n'espère plus « de se sauver. Mais afin de ne pas tomber vif dans « les mains de Tennemi , il fait dresser dans le pa- « lais un bâcher immense, y entasse ses trésors
• en argent, en or, en vêtements, en meubles pré- « cieux; rassemble ses eunuques et ses femmes fa- « vorites dans la petite chambre quMl avait fait pra- « tiquer au sein du bâcher , et y allumant lui-même « le feu, il se brâle avec eux et avec tout son pa- « lais... Les rebdles, avertis de sa mort, entrent « par la brèche du fleuve, et ayant revêtu Arbâk « du manteau et du pouvoir suprême, ils leprocla* « ment monarque.
« Alors, tandis qtt'Ari>âk récompensait les oom-
• pagnons de ses travaux, chacun pelon son rang, « et qu'il nommait les satrapes, le Babylonien Be* « iesys, qui lui avait prédit l'empire, s'approcha « de loi, et après lui avoir rappelé ses services, il « lui demanda le gouvernement de Babylone, se- « lonsapromesse.Enmémetempsilluiexposa qu'au « milieu des dangers il avait fait à Belus le voeu que « lorsque Sardanapal serait vaincu et son palais « incendié, il en transporterait à Babylone un mon- « ceau de cendres, pour en élever près du temple « de Belus , un monument qui rappelât à tous les « navigateurs sur l'Euphrate, la mémoire de celui « qui avait détruit l'empire des Assyriens. Il faisait « cette demande, parce qu'un eunuque transfuge « qu'il avait caché chez lui, l'avait instruit de la « quantité d'or et d'argent chargée sur le bâcher. «^ Arbâk ne se doutant de rien, parce que tout le
• reste des serviteurs du roi avaient péri avec lui ,
• accorda à Belesys et les cendres et la satrapie
de Babylone exempte de tribut. Belesys se hâte de charger les cendres sur des bateaux , et il arrive à Babylone avec une partie de l'or et de l'argent de Sardanapal. Bientôt ce larcin transpire, et le roi dénonce le coupable aux diefis qui l'avaient aidé dans la guerre commune. Ils condamnent à mort Belesys qui convient du vol : mais Arbâk, plein de générosité, lui fait grâce de la vie , et considérant ses services précédents comme bien supérieurs à sa faute, il lui laisse ses richesses, et même son gouvernement de Babylone. Cet acte de magnanimité divulgué dans les provinces, accrut la gloire du roi et l'amour de ses sujets. Il usa de la même douceur envers les habitants de Ninive, il leur laissa leurs biens ; et se bonant à les disperser dans des bourgades voisines, il rasa les nrars de la ville. Enfin il emporta à Ecbatanes, capitale des Mèdes, le reste de l'or et de l'argent des cendres, qui se montait à plusieurs talents. Ainsi fut détruit l'empire assyrien , après avoir duré plus de 1300 ans , pendant trente générations depuis Ninus >< » Page 146. « Les auteurs principaux n^étant point d'accord sur la monarchie des Mèdes, nous devons, par amour de la vérité, comparer leurs différents récits. IVune part , Hérodote , qui fleurit au temps de Xercès , raconte que l'empire des Assyriens sur l'Asie avait duré 500 ans lorsqu'il fiit renversé par les Mèdes; qu'après 'cet événement, le pays n'eut point de rois pendant plusieurs générations, et que chaque ville ou canton se gouverna démocratiquement. Pkisieurs années s'étant ainsi écoulées, ajoute-t-il, Kyaxares, homme devenu célèbre par sa justice, fut élevé à la royauté par les Mèdes. Ce premier roi soumit à son pouvoir les peuples voisins, et commença de former un paissant empire. Ses descendants continuèrent d'en reculer les limites jusqu'au règne d'Astyages, qui^fut vaincu par Kyms, chef des Perses. Nous n'indiquons en ce moment que la substance des &its; nous en développerons les détails par la suite en lieu convenable. D'après Hérodote, l'élection de Kyaxares par les Mèdes correspond à l'an 2 de la 17' olympiade * (711 avant J.C.)
« Biais cet historien est contredit par Ktesias, qui vécut lors de la guerre de Kyrus le jeune contre Artaxcarces sonfirère, et qui, après avoir été fait prisonnier du roi, acquit ses bonnes grâces par son habileté en médecine , et passa 17 ans à
' Confrontes la page 413 d-devant ' Tout ce prétendu extrait df Hérodote ait fun, comme nous raUoDS voir d-apr*i.
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« sa cour , très-considéré. Ktesias consultant les ar- « chives royales, dans lesquelles les Perses, d'a- « près une loi positive, écrivent tout ce qui s'est passé <« dans les temps anciens, a recherché avec soin « tous les faits, et après les avoir mis en ordre, « il en a transmis la connaissance aux Grecs. Or cet «> écrivain soutient que les Mèdes, après avoir dé- « possédé les Assyriens, régirent à leur tour TA- « sie sous le commandement suprême d'Arbâk, « vainqueur de Sardanapal, comme nous l'avons « dit; mais qu'après avoir eu 28 ans de règne, Ar- « bàh laissa l'empire à son fils Mandauk, qui régna « 50 ans. A celui-ci succéda Sosarmus , 30 ans ; puis a Artoukas, 60; Ârbian, 22; et Artaios, 40.
« Sous le règne de ce dernier s'alluma , entre les " Mèdes et les Cadusiens, une violente guerre dont ^ voici le motif. Un Persan, nommé Parsodàs, qui « par sa vaillance, son habileté et ses autres ver- « tus , était l'objet de l'admiration publique, d'ail- <i leurs très-aimé du roi et ayant la plus grande « Influence dans le conseil (d'état); Parsodàs, « dis-je, se trouvant offensé d'un Jugement que le « roi avait rendu à son égard , passa chez les Cadu- « siens avec 3,000 hommes de pied et 1,000 homunes « de cheval, etc. etc. — Il s'ensuivit une guerre « à outrance. Parsodàs arma tous les Cadusiens , au « nombre de près de 200,000 hommes, battit Ar- « taios qui en avait amené 800,000 , fut créé roi des « Cadusiens , et avant de mourir , les engagea , par « serment , à ne jamais faire la paix avec les Mèdes. « Ce qui a en effet duré jusqu'au temps où Kyrus « fit passer aux Perses l'empire de l'Asie.
« Après ^rtoio^, régna Artynes pendant 22 ans, « puis Astibaras pendant 40. De son temps, les « Parthes refusèrent l'obéissance, et livrèrent la « province et leur ville (forte) aux Sahas. De là « une guerre de plusieurs années , sous la direction « de la reine des Sakas, appelé Zarina (les Grecs « prononcent Tsarina) , femme d'une habileté et « d'une beauté extraordinaire : la paix se conclut, a à condition que les Parthes rentreraient dans le « devoir, et que les Mèdes et les Sakas seraient « amis et alliés , rentrant chacun dans leurs ancien- « nés limites. Astibaras, par la suite, accablé de « vieillesse, mourut à Ekbatanes, et eut pour suc- « cesseur Aspadas son fils, que les Grecs appel- « lent Astyagés; le Perse Kyrus l'ayant vaincu, « l'empire de l'Asie passa aux Perses. Nous en av<His « dit assez sur la domination des Assyriens et des « Mèdes. »
Tel est le récit que Diodore nous donne comme un extrait de Ktesias ; d'autre part Photius nous apprend que les six premiers livres de cet historien
traitent des Assyriens et des autres peuples anté^ rieurs à l'empire des Perses, et que les dix-sept ' autres étaient consacrés à cette nation depuis l'avénement de Kyrus. Ici deux observations se présentent.
D'abord , lorsque Diodore concentre en quelques pages la substance de plus de deux livres de Ktesias * , il est évident qu'il a dû introduire beaucoup d'expressions de son chef, par conséquent altérer le coloris propre de l'original ; et cependant ce fragment porte une physionomie orientale, frappante pour tout lecteur qui connaît les mœurs de l'ancienne Asie. Le fond des faits doit être vrai , Terreur volontaire ou préméditée ne peut avoir lieu que pour les dates; et en effet cette erreur est saillante dans la durée prétendue de l'empire assyrien , car 1<» ces 1306 ans, si on les répartit sur 30 générations, donnent un terme moyen de 43 ans pour chaque règne, ce qui est inadniissible, oomme nous le dirons ailleurs.
2« Il serait possible que dans cette partie, oomme dans toute autre, Diodore eût considérablement altéré l'exposé de Ktesias; nous allons dans Finstant avoir la preuve d'une insigne falsification qu'il commet sur le texte d'Hérodote. Conunençons par examiner les passages de ce dernier concernant les Assyriens; Us sont laconiques, peu nombreux, et par cette raison le commentaire précédent était plus nécessaire.
Exposé d*Héiodoto.
« La ville de Babylone, dit Hérodote ( lib. I, « § CLXXXIT )jaeuun grand nombre de rois , dont « je ferai mention dans mon Histoire d'Assyrie. » Et au $ cvi ( même livre P' ) : — « Quant à la ma- « nière dont Ninive fut prise ( par Kyaxarès ), j'en « parlerai dans un autre ouvrage ( qui est évidem- « ment cette même Histoire d'Assyrie ). »
Par conséquent Hérodote s'était spécialement occupé des Assyriens; il n'en a pas traité légèrement , et lorsqu'il va nous donner de grands résultats , il les aura établis avec connaissance de cause.
Après avoir décrit comment Kyrus détruisit le royaume des Lydiens, voulant remonter à l'origine de la puissance de ce conquérant , et montrer comment il avait renversé l'empire des Mèdes qui avait succédé à l'empire des Assyriens, il dit :
« Mais quel était ce Kyrus qui détruisit l'empire
' Par ooDBéqnent, 9S Uvks, qui, avec edol dei Imâietu,
font 34 , en ImiUtton d'Homère.
s Pour la fin du règne de Sardanapal, fl elfe Kteilaa en 800 livre Moond : les MèdesontdûoommeDoer avcele liTrelII.
SDR L'HISTOIRE ANCIENNE.
• deKrœsiisPCommentleaPersesobtmrent-ilsrein- « pire de l'Asie ? Ce sont des détails qu'exige Fin- « telKgence de cette histoire. Je prendrai pottr « guides quelques Perses qui ont moins cherché à « relever les actions de Kyros qu'à écrire la vérité, « quoique je n'ignore pas qu'il y ait sur ce prince « trois autres sentiments. »
Ainsi ce n'est pas seulement l'opinion et les calculs d'Hérodote que nous trouvons dans son ouvrage , ce sont les calculs des Perses savants et imparUaux. Il continue :
$XCT. « Ilyavait520ansqueles Assyriensétaient « les maîtres de la haute Asie, lorsque les Mèdes « commencèrent les premiers à se révolter. Ayant « combattu avec courage et constance contre les « Assyriens, pour la liberté, ils l'obtinrent et bri- « sèrent le joug. Les autres nations Imitèrent les s Mèdes. »
Voilà une durée de 530 ans bien différente des 1306 de Ktesias , et cependant l'on ne peut pas dire qu'Hérodote ait désigné d'autres époques d'origine et éeftn; car cette >!n opérée par les Mèdes^ est bien celle de Sardanapal, dont notre historien cite le nom dans une anecdote tout à fait convenable à ce prince >. Et cette origine est bien celle qui eut lieu sous Ninus, puisque la durée des rois lydiens, en remontant de Candaules à Agron , fils de Ninus , cadre parfaitement avec le calcul présent, comme nous Talions voir. Poursuivons.
« Alors tous les peuples du continent se gouver- « nèrent par leurs propres lois. Mais voici comment « ils retombèrent sous la tyrannie : il y avait chez « les Mèdes un sage nommé Dêtokés, fils de Phram ortés : ce Delokès , épris de la royauté , suivit ce « plan de conduite pour y parvenir. Les Mèdes vi- « valent divisés par bourgades. Delokès , considéré « depuis du temps dans la sienne , yprcUiquait * la « justice avec d'autant plus de soin , que dans toute « la Médie les lois étaient méprisées , et qu'il savait « que ceux qui sont injustement opprimés détestent
• rinjustice : les habitants de sa bourgade , témoins « de ses moeurs, le choisirent pour juge, etc. etc. »
< « rayais oui dire qall s'était fait quelqae chose de « blable à Nlnlve, ville des Assyriens. Quelques voteun, ins- « traits du lieu souterrain où Sardanapal, loi de Ninive, « oooserrait dlmmenses sommes d^argent, formèrent le com- « plot de les enlever. Pour œt effet, après avoir bien mesuré m leur distance an palais du roi, ils ouvrirent une mine dans « la maison qu*Os habitaient, et pendant la nuit, jetant les « terres provenues de leur fouUle dans le Tigre , qui baigne « NlDive, Us Unirent par arriver au but qn*Us désiraient. » IMrtNiote, Ub.n, 8 CL.
> Lardier a traduit : y rendait la Justice; ce terme ne se dit que d*un Juge d^ constitué : Delokès , encore simple partleuUer , la pratiquaii; il ne la rendit que lorsque ensuite il ftit élu juge.
Hérodote raconte ensuite comment les autres bourgades rélurent aussi , comment il feignit d'abdiquer et fut élu roi par toutes les tribus des Mèdes ; enfin , comment il bâtit la ville û'Ekàatane aux sept enceintes, et constitua un gouvernement sage et vigoureux : « Or Deîokès , ajoute-t-il ( $ ci ) , réunit tous « les Mèdes en un seul corps ( de nation )^ et Une « régna que sur eux. >
S cil. « Après un règne de 53 ans , Delokès mou- « rut; son fils Phraortès lui succéda. Le royaume « de Médie ne suffît point à son ambition ; il atta- « qua d'abord les Perses, et ce fut le premier peu- « pie qu'il assujettit; avec ces deux nations, l'une « et l'autre très-puissantes , il subjugua ensuite l' A- « sie , etc. etc. »
Voifà le texte d'Hérodote ; comparons-lui la citation qu'en fait Diodore.
Hérodote dit que les Assyriens régnèrent 520 ans. Diodore lui élit dire 500 , et suppose l'interrègne de plusieurs générations, Hérodote, au contraire, limite cet interrègne à un temps très-court. Il appelle Déîohès le roi élu ; Diodore y substitue Kyaxarés, trompé par l'identité du nom de leurs pères, les deux Phraortès, dont l'un fut roi et l'autre plébéien; ce qui prouve que Diodore a cité de mémoire avec une excessive légèreté : enfin il attribue au roi élu ( Déiohés) les conquêtes qui ne furent faites que par ses successeurs. Avec de si fortes méprises, quelle confiance peut mériter un abréviateur ? Mais à qui attribuerons-nous l'erreur grossière de placer Ninive sur VEt^hrate f erreur répétée à trois reprises , et qui ne saurait venir des copistes. Diodore ne peut s'en laver, mais Ktesias en est-il bien pur ? S'il eât écrit le Tigre, Diodore ne l'eût-il pas copié ? Un second fragment de Ktesias, relatif aux Perses >, nous présente deux autres erreurs, qui dans leur genre ne sont guère moins graves que celle-ci ; car il va seul contre toutes les notions de l'antiquité, lorsqu'il donne dix-huit ans de règne à Cambyse, qui n'en régna que sept et demi, et 31 ans à Darius, qui en régna 36. Nonseulement il est démenti par la liste officielle des rois chaldéens, dite Kanon de Ptolomée *, et par Hérodote, mais encore par les chronologies égyptienne et grecque, dont les rapports avec Xerc^, Darius, Cambyse et Kyrus , sont établis d'une manière certaine , sur les époques de Salamine , de Platée , du passage de Xercès , du combat de Marathon , de la mort d'Amasis, de Polycrate , de Kyrus , de Pisistrate, etc. ; de manière que si les deux nombres
' Voyez Photius, Bihlioth. historica, pages lU et lis.
* Cambyse règne 8 ans, dans le Kanon, parce que cette liste , qui n'admet point de fractions , lui donne les 6 mois de Smerdis.
de Ktesias étaient admis, tout serait disloqué. Ainsi tout concourt à prouver que Ktesias en général a été peu soigneux, et que dans les matières scientifiques, Ton ne'peut lui accorder qu'une confiance très-circonspecte; actuellement il s'agit d'analyser le plan d'Hérodote, et de fixer d'abord l'époque de la révolte des Mèdes et de la ruine des Assyriens, afin de trouver, 520 ans plus haut, la date de leur fondateur Tïinus.
S IV
Calculs d*Hécodote oompaiés à oeax des Hébreux ; dissonance qui en résulte.
D'après Hérodote, ou plutôt d'après les savants Perses, dont il reçut ses documents sur Kyrus et sur ses ancêtres, les Mèdes, depuis leur révolte contre les Assyriens jusqu'à leur asservissement par les Perses , n'eurent que 4 rois qui , de père en fils , se succédèrent dans Tordre suivant :
1» Anarchie Temps omis. Avant J. C.
Deïokès 53 ans.
Phraortès 22
Kyaxarès .40
Astyag 35
Total. . . 150 ans.
La royauté dura donc 150 ans; or puisque la dernière année d* Astyag fut l'an 561 avant notre ère, la première année de Deïokès arriva l'an 710 avant notre ère.
Mais d'autre part, Hérodote, après avoir raconté comment Astyag perdu sa couronne *, ajoute ces mots remarquables :
« Les Mèdes, qui avaient possédé la domination « delà haute Asie, jusqu'au fleuve Halys, pen- « dant 128 ans, sans y comprendre le temps que « dominèrent les Scythes ( lequel /k^ de 28 ans)^ « furent assujettis aux Perses de Kyrus. »
Ici 128 plus 28 font 156 : voilà une différence de 6 ans introduite en la durée de la royauté et celle de la domination nationale, avec cette remarque, que c'est la domination qui a duré les 6 ans plus que la royauté. Hérodote serait-il ici en contradiction? ou serait-ce une faute des manuscrits? La plupart des chronologistes ont cru l'un ou l'autre; mais la confrontation d'un autre calcul fournit une puissante raison de n'être pas de leur avis, et de penser que ces 6 ans sont le temps qui s'écoula depuis l'affranchissement des Mèdes, par Arbah, jusqu'à l'élection de Deïokès, comme roi : de manière que cet affranchissement daterait de l'an 7 1 6 , et la ruine de Sardanapal, de Tan 717. En effet, à l'article des
> ISb. l,8cxxx.
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Lydiens , Hérodote a dit que depuis la mort de Caodaules , dernier roi héradide , en remontant jusqu'à Agron , fils de Minus , il s'était écoulé 505 ans juste , en 22 générations. Ces 505 ans partent (comme noos l'avons vu) de l'an 728 indusivement; par conséquent la première année d'Agron, fils de Ninus, tombe en l'an 1232. Actudiement cet auteur nous dit que, selon les calculs mèdes et assyriens, l'empire de Ninus avait duré 520 ans , lorsqu'il fdt renversé l'an 7 17 : or ces deux sommes jointes donnent 1237 pour époque de la fondation par Ninus : ce qui établit un synchronisme complet. Remarquez qu'ici Hérodote et Ktesias se trouvent d'accord sor la conquête de la Lydie par Ninus , en sorte que le fait paraît authentique, en démentant Ktesias, seulement quant à la date.
Ce calcul de notre historien ainsi confirmé, il nous faut le comparer et confronter à notre graod régulateur , le calcul hâ)reu , qui seul , dans ces siècles reculés, nous donne une série de temps eootinue.
Suivant ce calcul, la onzième année de Sed/e^ah, dernier roi de Jérusalem , fut la dix-huitième de Nabukodonosar : l'incendie du temple ordonné parée monarque l'année suivante, arriva dans sa dix-neuvième. Le Nabukodonasar des Hâ)reiix est bien reconnu pour être le Nabokolasar de la liste chaldéenne, ou Kanon de Ptolomée, qui, comme les Hébreux > , lui donne 43 ans de règne. Il r^a donc 25 ans depuis la onzième de Sedeqiah. Ses successeurs en légnèifnt 23 , jusqu'à la prise de Babylone par Kyrus. L'année de cette prise, ou plutôt l'année première de Kjrrus conune roi de Babylone, date de l'an 538. Ajoutez à 538 les 48 années écoulées depuis l'an 10 inclusivement de Nabukodonasar , vous avez | l'an 585; donc l'an 11 de Sedeqiah, dix-huitième de Nabukodonasar, fiit l'an 587 avant notre ère.
Or en remontant de cette année 587 jusqu'à Taji 716 ou 717, nous avons la série suivante des rois juifs:
s mois.
Smoîî.
Sedeqiah règne il ans, et finit sn
Sa première ann^ . . .
Jhoulkin 0
Ihoalqim II
Jlioaeeilai o
KMias. SI
Amon s
sa
Sa io«
Commence sa pfendèie en
«menit en
De ce tableau, il résulte que la première année
> UMMlkin, disent leurs annales, Ait ttré de priioo r«D Si de sa capUvité, première année d^Aornl-Merodak .*or il y «W été Jeté l'an 8 de Nabukodonasar; donc, etc.
SUR LIUSTOIRE ANCIENNE.
iï/Iézeqiah tombe à Tan 736; par conséqueDt sa neuvième à Tan 717 : or de là naissent de grandes dif^ ficultés contre Hérodote : car à cette époque les annales juives nous montrent les rois de Ninive au comblede leur puissance. L*un d'eux, Salman-Asar, cette année-là même, prenait Samarie après trois ans de siège : déjà son prédécesseur avait enlevé les sujets de ce petit royaume qui vivaient à Test du Jourdain ; lui , Salman, enleva ceux de l'ouest et acheva de déporter tes efio; tribus d'Israël en Assyrie , dans les pays de Halah, de Gauzan, de Kabour >, et dans ies vUiages des Médes. Donc les Mèdes étaient encore soumis au monarque assyrien : bien plus, pour repeupler le royaume de Samarie , le roi de Ninive , Saiman , déporta et y amena des naturels de Baby- Urne, de Kouta, d^Aoua, de Bcanat, et des Saphi" rouim ; donc il était le maître absolu ou suzerain de Babylone, comme le dit Ktesias, ainsi que des pays désignés : or les Knieens, selon Josèpbe ', étaient des montagnards perses , les Cossœi de Banville. Aoua était le pays d'Ahouaz , au sod-ouest de Suze. Hamat est en Syrie sur i'Oronte , et les Saphirouim sont les Saspbres&fLérodoley près de la Golchide. Ainsi l'empire assyrien était dans sa force : mais les déportations violentes annoncent de la part de ses roisdes craintes et des précautions contre des sujets mécontents et disposés à la révolte.
Peu après cet événement, l'an 14 de Hezqiah 3, 7 1 a ans avant J. C. , paraît Sannaeharib , dont Hérodote a cité très-correctement le nom, et conté l'histoire selon les Égyptiens, qui en cela diffèrent peu des Jai&. Ce monarque, irrité de ce que le roi de Jérusalem a refusé le tribut et invoqué le secours de l'Egypte, attaque et prend toutes les vUies fortes deJiûia, menace la capitale , et envoie à Hezqiah ce message très-instructif dans notre question.
« N'as-tu donc pas appris ce que les rois é^Assur « ont fait à tous les pays, en les détruisant... et toi, « tu te sauverais (de mes mains)?... Les dieux on^ « ils sauvé ceux que mes pères ont détruits, les peu- • pies de €kntzan, de Haran, de Ratsaf, les ha- « bitants é^Adan en ItUackar (Cilicie) ? Où est le « roi de Hamat, le roi â^ArJad, et ceux de la ville « des Saphirùuim, de Hanah et d'Aoua? »
Remarquez que les généraux de Sennacherib , en parlant de lui, l'avaient désigné parle titre de grand rot, qu'affectaient les souverains de Ninive.
Ainsi le pays de Gatizan, de Haran et de Ratsaf en Mésopotamie, é^Adana en Cilicie, près de Tar*
' Kalakene, Gauzanitèt et Kaboras de Ptolémée. Ces deux demien sitaés en Mésopotamie , à 60 et eo lieues de Ninive. Le KalakeM est à l'est do Tlgie, sur le Grand-Zab, ou Lycos.
* Joseph, jiniiq. judaic. ttb. XI , n* 3, iniUo.
3 Reg. II,cap. xvni.
sous et Anehiaie, de Hamat sur I'Oronte, siège d'un' royaume dès le temps de David; d'Arfad, qut doit être Artiod (Axàûixs ) ; des Sapires, près de la Golchide , de l'Ile de Anah dans TEuphrate , et de Aoua au bas du Tigre; tous ces pays venaient d'être détruits ou conquis par les pères de Sannacha^ rib y c'est-à-dire :
1» Par Phtd ou Phal, qui , le premier des rois assyriens mentionnés par les Hébreux , parut en Syrie du temps de Manahem, roi de Samarie, qu'il soumit au tribut, 30 ou 40 ans avant Hezqiah.
2»ParTeglat-Phal-Asar, qui, au temps d'Achaz, vint, à la prière de ce roi, détruire Damas , où Achaz alla lui rendre ses hommages, et d'où il apporta une foule d'objets de luxe et de culte assyrien inconnus en Judée; des modèles d'autels, de chars consacrés au soleil; un cadran horizontal sur lequel Isaîe opéra la fameuse rétrogradation par un mouvement plus simple que celui du soleil.
Et ce Teglat enleva les tribus de l'est du Jourdain.
8* Par Salmanasar, qui, selon l'historien Ménandre , traducteur des Annales de Tyr > , conquit toutes les villes phéniciennes, excepté cette ville.
Ainsi depuis Phd l'empire assyrien n'avait cessé de s'accroître, surtout vers le couchant, et il menaçait l'Egypte au temps de Sennacharib ; ce qui, d\me part , dément en partie Ktesias , relativement aux conquêtes attribuées par lui à Ninus ; et prouve , de l'autre, qu'Hérodote était mieux instruit, lors* qu'il restreignait l'empire assyrien à la haute Asie, qui est proprement le pays élevé que limite le mont lUurus au midi. D'où il faut conclure que la dynastie de Ninus n'avait point encore subi d'interruption; que le règne de Sardanapal n'était point encore passé; sans quoi il faudrait le rejeter audessus de Phul, à une époque inconnue; et alors comment concevoir que Ninive, détruite par les Mèdes ou les Babyloniens , se trouvât tout à coup la capitale florissante, maîtresse et suzeraine de ces deux nations, et agrandissant ses dépendances par de nouvelles conquêtes? Sardanapal n'a donc pa venir qu'après Sannacherib. Or ce dernier, épouvanté des ravages de la peste et de l'arrivée du roi d'Ethiopie, Taraqah, s'enfuit à Ninive , cette même année 712, quatorzième d'Ezeqiah. 11 y fut tué, trèspeu de temps après , par ses deux fils aînés , et remplacé par le phis jeune, Asar-Adon ou Asar^Adan.
Guidés par l'ensemble de ces faits , quelques dironologistes ont cru reconnaître dans ce dernier prince assyrien , le Sardanapal des Grecs :
D'abord, parce qu'immédiatement après l'avéne-
I Voyei Josèphe, contre Àppion , IU>. I.
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ment à'Âsar-Adon, [es Juifs , jusqu*alors tourmentés par les Assyriens, restent dans une tranquillité profonde; leurs chroniques ne disent plus un seul mot de Ninive, et au contraire Ton voit bientôt après Tempire des Chaldéens ou de Babylone occuper exclusivement la scène , et finir par subjuguer le reste de la Phénicie et de la Syrie, jusqu'au désert d*É-
gypte.
2*" Parce que tous les éléments du nom grec se présentent dans le nom chaldéen : car en supprimant les deux a, comme ont dû le &ire les Grecs, Ton obtient Sar-Dan , et si Ton remarque que Phtd ou Phcd fut son aïeul ou bisaïeul , on trouve que , diaprés un usage oriental , il dut s'appeler Sardan, fils de Phal ( Sardanapal. )
Mais alors comment concilier son règne, qui, selon les annales juives , s'ouvre en l'an 712, avec le calcul d'Hérodote qui le terniine en l'an 717? Voilà le grand obstacle, le véritable nœud gordien, qui jusqu'à ce jour a déconcerté tous les chronologistes : barrés ici dans leur marche, ils se sont jetés à l'écart dans des hypothèses toutes vicieuses par leur base, toutes réfutées victorieusement l'une par l'autre. L'on pourrait en cette occasion comparer les chronologistes à des chasseurs qui^ ayant perdu la trace du gibier, divaguent de divers côtés sur de fausses voies , et malgré eux sont toujours ramenés au lieucirconscritoù la piste leur aéchappé. Instruits par leur exemple, et convaincus par l'ensemble des faits , que la solutiondu problème se tenait ici cachée sous quelque incident matériel et grossier, nous résolûmes de sonder de toutes parts le terrain, et au lieu d'hypothèses compliquée , de fairie une supposition très-simple, qui ne troublât rien. Nous nous dîmes :
SV
SolaUoo de U dlfflcolté.
« 11 est connu qu'en plusieurs cas il s'est glissé « dans les manuscrits des fautes de copistes, qui, « surtout en matière de nombre et de chiffres , ont 9 porté le trouble dans les systèmes. Supposons « qu'un tel accident soit arrivé ici; le moyen de le « découvrir sera de soumettre tous les textes à un « examen sévère, à un calcul rigoureux de proba- « bilités. D'abord scrutons Hérodote.... Est-ce une « chose probable que ce règne de 53 ans qu'il donne M à DeîokéSy dont les manœuvres profondes indi- « quent un homme de 80 ans?... Conununément « les erreurs ont porté sur les dizaines : supposons A qu'ici il se soit glissé une dizaine de trop, et qu'il « faille lire 43 ans : alors Deîokès aura régné l'an « 700. Ninive aura été prise l'an 707. Sardanapal
« aura régné 5 ans. 11 périt jeune, ses enfants étaient « en bas âge : il put les avoir dès avant son règne , « il put en avoir plusieurs en une même année , « parce qu'il avait beaucoup de femmes... Tout cela « pourrait cadrer : mais alors il faudra donc sup- « poser qu'une autre erreur a été conunise dans le « calcul des 138 ans de la domination des Mèdes. . . « plus les 28 ans de celle des Scythes. Cela ne peut « s'admettre. Serait-ce l'écrivain juif qui se serait « trompé, non pas Vinsplré, mais le copiste de se- •« conde main ? à plus forte raison celui de troisième , A de quatrième... Les théologiens nous accordent « cette thèse; et il le faut bien, puisque les livres R juifs en généra] , et celui des Rois en particulier, « ont beaucoup d'erreurs de calcul. Les règnes d'O- « zias et de Joathan en offrent dix ou douze exem- « pies... Supposons dpnc qu'une erreur semblable « se soit glissée dans la partie qui nous occupe ; que « dix ans aient disparu de quelque règne postérieur « à Hezeqiah , et qu'au lieu de commencer le sien « en 725, il l'ait commencé en 785, sa neuvième année « sera Fan 727 ( prise de Samarie ). Sa quatorzième a sera l'an 722... Fuite et mort de Sennacherib. — « Avénementd'.Ï£ar-y^(;£(xn^/'Aa/,ran721;cepriQee « nomme à la satrapie de Babylone Maidok-Empad , « qoi,. selon l'usage du pays, se trouve qualifié de « roi dans la liste... Or nous verrons que certaine- « mentcesroi^n'étaientquedessatrapesamovibles, « depuis Ninus jusqu'à Nabo-pol-asar. He%eqiah, à « la suite de ses cuisants soucis, essuie une grande « maladie. A cette époque, Merodak, fils de Ba^ « lazan, roi de Babylone, l'envoie complimenter. « N'est-il pas singulier que Mardoh et Merodak se « rencontrent si bien? Le nom est absolument le « même ; car l'hébreu n'a pas de voyelles : Baiazam, , « prononcé par les Grecs Baiadsan, ressemble pro- « digieusement à Belesys... Poursuivons. Pourquoi « ce roi satrape de Babylone est-il si poli pour un « ci-devantrebelleàsonmaître? ne songerait-il pas à « se révolter? Merodak serait donc réellement Be - « lesys. En effet, le roi de Ninive est jeune, livré « au plaisir, un roi nouveau; les circonstances sont « favorables , Merodak aurait conduit le contingent « de Babylone en 719. Cette même année la guerre « commença; ellefinitàla troisième annéeen717. « Voilà l'époque d'Hérodote, qui, à ce moyen, est d'accord avec les Juifs et avec leur historien Josèphe; car Josèphe , après avoir parlé de la maladie de ^esgio^, dit ( lib. IX, cap. 2, à la fin ) : — « f^ers ce « temps arriva la subversion de V empire assyrien « parles Mèdes; et lib. X, cap. 8, il ajoute que « la députation de Merodak eut pour objet de join^ « dre ses efforts à ceux des alHés , poor renverser
4fl
« Nmice. La catastrophe de Sardanapal a donc eu « lieu peu d'années après la quatorzième ou quin-
• zième de Hezqiah, date de sa maladie : alors il » faut nécessairement que cette quatorzième année
• soit remontée plus haut, et que 10 ans aient dis- « paru de la liste des rois de Jérusalem. — Toutes « les probabilités le font croire; mais vis-à-yis de « livres comme ceux des Juifs, il faut des preuves « positives. Si elles existent, nous devons les trouver « dans les règnes postérieurs à Hezqiah. » — Scrutons le texte avec attention.
D*abord nous prions le lecteur de se rappeler que dans l'article des Juifs, traitant de la période des HaU ( chap. 1*' , page 31 1 ) , nous avons vu que les pieux rédacteurs ou copistes des chroniques, a vaien t introduit un excès de dix ans qui a troublé les règnes de Joatban et de son père Ozias, et que la correction de cet excès remettait tout en ordre. Ne serait-il pas possible que, gênés par cette surabondance, ils eussent retranché à quelque autre roi ces mêmes dix années , pour trouver toujours une même somme totale qui n*a pu manquer d'être remarquée? Pesons chaque mot de leur récit; calculons chaque circonstance , en remontant depuis Sedeqiah, dernier roi de la race. Arrivés au règne d'yémon, nous en trouvons une singulière. On nous dit : ^man régna âgé de 22 ans , et U régna 2 ans ( donc il vécut 24 ans ). Son fils Josïas lui succéda âgé de ^ ans. Si de 24 nous êtonsS, nous avons 16 ans, et presque 15 pour l'âge où Amon engendra son fils. Cela est presque physiquement impossible : cependant toutes les versions de la Polyglotte de Walton sont d'accord. — Fort bien ; mais si nous examinons les notes variantes du grec, nous trouvons que le plus ancien des manuscrits porte : Anum régna 12 ans ( donc il vécut 86 ans ). Voilà une autorité très-grave, et qui Test surtout lorsque Ton apprend que ce manuscrit est le célèbre Alexandrin, écrit tout en lettres majuscules , et reconnu de tous les biblistes, pour le plus beau, le plus ancien des manuscrits, sans excepter celui du Vatican. Écoutons Prideauxàoe sujet. Aprèsavoir parlé de ce dernier avec l'éloge qu'il mérite, cet historien ajoute ' :
« Mais le plus ancien et le meilleur manuscrit des
• Septanieqm existe, au jugement de ceux qui l'ont « examiné avec beaucoup de soin, c'est VAlexan^ « drin, qui est dans la bibliothèque du roi, à Saint- « James. U est tout en lettres capitales. Ce fut un
• présent fait à Charies I*', par KyriUos Lucar, « alors patriarche de Gonstantinople, et qui précé- •^ demment l'avait été d'Alexandrie. En l'envoyant
> Histoire dei Jolis, partie Il.lib. I» in fine.
« au roi d'Angleterre par son ambassadeur Tho- « mas Roye, ce patriarche y mit une note de laquelle « il résulte que ce manuscrit fut écrit par une sa- « vante dame égyptienne, appelée Thecla, peu de « temps après le concile de Nicée ( qui fut en l'an « 821 ). »
Par conséquent le manuscrit alexandrin serait d'un siècle plus ancien que celui du Vatican.
Voilà donc le plus ancien des manuscrits qui convertit en fait positif ce qu'une combinaison réfléchie des calculs d'Hérodote et des récits des Juifs nous avait fait apercevoir par conjecture. Selon la jurisprudence de ces matières, ce premier témoin décide lui seul notre question. Mais nous avons le bonheur d'en avoir un second à produire; car en lisant la chronique d'Eusèbe, nous trouvons à ce même article la phrase suivante ( page 27 ) :
« Amon , selon le texte grec des Septante , régna « 12 ans, et selon le texte hébreu , 2 ans ( seule- « ment). »
Or Eusèbe a écrit sa chronique avant le concile de Nioée ; donc il eut en main ou ce manuscrit ( ce qui doublerait sa valeur, mais cela n'est point probable), ou bien il en eut un autre déjà ancien et regardé comme authentique, ce qui est le vrai cas : par conséquent notre leçon a été et est une leçon orthodoxe, et la seule orthodoxe primitive. Pourquoi donc le Syncelle a-t-il traité ici Eusèbe de menteur ? Parce que le concile de Nicée ayant adopté et consacré un autre manuscrit, ce manuscrit consacré devint le type exclusif , le régulateur impérieux de toutes les copies : tous les manuscrits furent corrigésd'aprèslui, sous pelnederébellion et de schisme, et nos deux variantes ne se sont sauvées que par accident; et néanmoins le Syncelle lui-même eut en main un troisième manuscrit différent de celiri du Vatican : car à l'article Phakée T' , septième roi de Samarie, il dit que ce prince régna dix ans ' , tandis que le manuscrit du Vatican, modèle de nos imprimés , lit 2 ans, comme l'hébreu. Mais d'où proviennent ces variantes et ces différences si anciennes de manuscrits grecs à manuscrits, et de texttf grec à texte hébreu ? Jetons un coup d'œil sur cette question intéressante, mais voilée de beaucoup de préjugés.
S VI
Coap d*Œil sur l'iilstoire des manoscrlts Juifs. La chronique intitulée les Rois que nous possédons , en y comprenant même celle inti tulée. Vamué'/^ est, comme l'on sait, un abrégé, im extrait de
* Le Syncelle f page 602; el ces lo ans soiil aussi la leçon du maouKrit alexandrin , qui ne Ut point deux, mais dix.
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livres hébreux plus anciens et plus volumineux. L*on y trouve répétée cette phrase après la mort de la plupart des rois... « Le reste des €u:tions de ce roi se « trotwe écrit dans les Commentaires, ou ArchU « ves des rois de Juda. » L'on y trouve même la citation d'une Histoire du règne d*Ozias, écrite par Isaîe,etdulivre d'un nommé Ichar, ou le juste, postérieur à David ; et encore des fragments entiers de Jérémie. Cette chronique est donc une compilation posthume ou tardive d'écrits originaux : et l'habileté , la fidélité du compilateur sont devenues la mesure de l'exactitude du livre , sans compter la fidélité des premiers auteurs. Cette compilation n'a pu être faite avant le règne d'Evil-Merodak , roi de Babylone , où elle se termine ; et elle doit ne l'avoir été que bien plus tard. On l'attribue à Ezdras ; ce qui est possible, mais non pas démontré. Elle a dû avoir deux motifs.
1* Les manuscrits originaux étant sans doute uniques, chacun pour leur sujet, le compilateur anonyme, bien sûrement lévite , s'acquit un grand mérite en foisant connaître leur contenu d'une manière quelconque, et en composant un livre court, facile à copier et à répandre.
T Tous les livres hébreux composés avant la captivité de Babylone , avaient été écrits dans le caractèreancien et national, qui est Xtpkéntcienrsamar ritaki. Pendant la captivité, la portion de ce peuple qui résida à Babylone , fut par Vordre du roi élevée dans les mœur» et dans les sciences chaldaîques, par conséquent elle contracta l'usage du caractère chaldéeny qui est V hébreu actuel. Après la captivité, cette portion, composée spécialement des riches et des piètres, trouva incommode Tusage de l'ancien caractère; il tomba en désuétude, et ce fut rendre un service agréable aux lettres, que de faire en caractères chaldaîques un extrait des livres écrits en caractère samaritain. Parla suite, les originaux périrent d'accident ou de vétusté ; l'extrait se répandit et subsista. Les liores nouveaux n'impriment pas un très-grand respect. Les prêtres, qui s'en procurèrent des copies, purent avoir de bonnes raisons de faire quelques corrections, d'émarger quelques notes; de là des variantes premières. Le silence et la paix du règne des Perses couvrirent ces opérations. Alexandre parut; les guerres survinrent^ les manuscrits autographes périrent , ou ne furent plus connus. Les Juifs, depuis leur dispersion par les Assyriens et les Babyloniens, s'étaient répandus dans tout l'empire perse Protégés par Alexandre et par les Ptolomées, ils eurent des relations actives de commerce et de finance avec les Grecs ; leur jeunesse en apprit la langue. Le second Ptolo-
mée fonda la bibliothèque d'Alexandrie * : le directeur Démétrius, ami des arts, voulut avoir les livres juifs; leur traduction fut peut-^tre sollicitée par la puissante corporation juive qui habitait cette ville. Un de ses lettrés, plusieurs années ensuite, sous le nom supposé d*Aristssas, raconta cet événement avec des circonstances £ai)uleu8es , que la crédulité admit, mais qu'une judicieuse critique a démontré n'être qu'un tissu d'invraisemblances'. Ce travail, comme tous les travaux de ce genre , dut être fait par des hommes savants, par conséquent peu riches, qui furent encouragés et payés par ceux qui Tétaient. La diversité de leur style prouve la diversité de leurs personnes , de même que la différence d'une foule de passages avec notre texte hébreu , qu'ils paraphrasent souvent , prouve qu'ils ont été bien moins scrupuleux que nous, ou qu'ils ont eu d'autres manuscrits : d'ailleurs, plusieurs e^ reurs avérées en géographie , démontrent qu'à cette époque la chaîne des bonnes traditions était déjà rompue. Le manuscrit provenu de ce travail dut être déposé dans la bibliothèque publique du roi Ptolomée , et devenir la matrice de tous ceux qui se sont répandus. Jamaison ne l'a cité. D aura été brûlé dans l'incendie, sous Jules-César...... De copie en copie,
les fautes des écrivains introduisirent des variantes, et le texte grec eut les siennes comme l'hébreu : an peu plus d'un siècle après cette opération, les rois grecs furent chassés de Judée pour leurs vexations; l'esprit juif se retrempa sous les Asmonéens. On voulut ramener les anciens usages : l'on frappa des médailles en caractère samaritain, c'est-à-dire en hébreu ancien. L'on écrivit en hébreu des livres qui furent supposés anciens, tels que Daniel, Tobie, Judith, Susanne, etc. Les ParaMpomènes^ c'està-dire les choses omises (par le livre des Rois) furent composés par rivalité, et leur auteur anonyme, bigot et obscur, bien moins instruit que celui des Rois, introduisit de véritables erreurs de fut et de géographie : sans doute , c'est à cette période peu connue dans ses détails , qu'il faut attribuer le grand schisme survenu entre l'hébreu et le grec , sur la chronologie des patriarches, dont l'un compte depuis la création juive jusqu'à notre ère, 5508 ans, tandis que l'autre n'en compte pas 4000. La puissance romaine ramena dans l'Asie*, de préférence au latin, l'idiome grec, qui n'avait pas péri. Le christianisme naquit : les querelles de secte s'allumèrent, les manuscrits se multiplièrent et s'altérèrent ; chaque église eut le sien. Enfin, après 830 ans d'anarchie, le concile de Nicée fit sortir du sein des factions cette
« Vere 277 avant J. C.
* Toyez Pridetax aiiDée S77.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
unité de doctrine toujours sollicitée par le pouvoir politique et civil. Nos quatre évangiles furent choisis sur plus de trente; le manuscrit d*où viennent nos bibles, le fîit aussi sans discussion : elle n*ei!lt pas Gni. Dès lors tout ce qui différa fut proscrit. Omar survint au septième siècle... La bibliothèque d'Alexandrie fut brûlée , et ce n'est que parce que la chronique d*£usèbe, écrite avant le concile, a sauvé une phrase, et que la ville d'Alexandrie , foyer de savoir, garda son indépendance , que nous sont parvenues, à travers tant de hasards, deux étincelles de vérité. Vantons-nous de la posséder sur tant d'autres points!
Mais revenons à l'époque de Tan 717, reconnue par les Juifs, comme par Hérodote, pour être celle de la prise de Ninive et de la mort ^Asardanaphal, Un monument asiatique très-ancien nous en fournit un nouveau témoignage : nous le devons à l'Arménien Moyse de Chorène, écrivain du cinquième siècle, fiaiible par lui-même, mais précieux par les fragments qu'il nous a transmis : écoutons-le '.
S VIL
Monanient arménien conflrmatlf de notre soIaUon.
« Arshak, devenu roi et fondateur de l'empire « parthe > , après avoir chassé les Macédoniens de « l'Orient et de l'Assyrie , établit roi d'Arménie « son frère Yalarshak , qui prit pour capitale la ville « de Nîsbin. Ce prince voulant savoir s'il comman-» « dait à un peuple Iflche ou courageux , désira de « connaître son histoire. Après quelques recher- « cfaes, il découvrit un Syrien nommé Mar-lbas, « versé dans les langues grecque et chaldaïque, et « il l'adressa à son frère , avec une lettre ( que dte « textuellement Moyse) , afin que les archives roya* « les lui fussent ouvertes. Mar-lbas, bien accueilli « d'Arshak, eut la permission de visiter le dépôt « royal des livres à Ninive ^, et il y découvrit un « vohane écrit en grec, avec ce titre : Ce volume « (on rouleau) a été traduit du chaldéen en grec, « par r ordre exprès d'Alexand/e. Il contient rhis* « toire véritable des {Um^) anciens qu'il dit comr « mencer à Zeruan, Titan et Apetosthes, etc. « Mar-lbas ayant retiré de ce volume tout ce qui
' JtfoMf Chonnetuiê Hiatoiia Anneniaca, cap. 7, p. so.
> La Partbes des Grecs et des Romains ne sont pas aatie cbose que les Kurdes et les Mèdes ressuscites.
^ FMret a voulu douter de ce fait, parla raison qae jVïirm n^existatt plus. Mais outre que te nom de Minive, à cette époque, est encore mentionné par Tacite et Ptolomée, les Annéntens ont pu en donner le nom à une ville voisine, par exemple à celle que les Arabes ont appelée Motmol : Fréret a douté, parce que ce fait contrariait son hypothèse. Ammien- MarcdUn dtt posittvement ( lib. XVin, cap. 7 ) : « Sapor « pâme par «inive, jrUte fanmense : (et page 866, U ajoute) « dans I^Adiabènc est Ninive. »
« était relatif à notre nation arménienne , apporta « à Yalarshak son travail , que ce prince fit conser- « ver avec soin. C'est de ce livre, dont l'exactitude « nous est cx)nstatée , que nous allons tirer nos ré- « cits, jusqu'au Chaldéen SardanapcU , et même « après lui. »
Moses nous donnant ensuite, page 53, la liste des princes arméniens , selon Mar-lbas y comparée à celle des rois assyriens, selon Eusèbe ou Kephalion, qu'il cite page 48 , établit la correspondance suivante :
Rois assyrient.
£0- pal- mus
Prideaz es
Pharat es! contemporains
Acratzan. ..es| de
Sardanapal-os j
Princes arméniens.
\Bazouk.
JHoI.
(Josak.
(Kalpak.
Iqoi sceoeiUlt let enfanta mevtrlen 4e Scnnachérib.
Varbak ( ArbAk ) Parafir.
Il ajoute, page 55 : « Le dernier de nos princes « qui obéit aux successeurs de Sémiramis et de Ni- « nus, fut Parair, sous le (règne de) Sardanapal. n Ce Paraîr aida puissamment Arbâk à détrôner le « roi assyrien. Le général mède lui ayant promis « de rélever à la dignité royale, parvint à l'attirer « dans son parti. Après avoir enlevé l'empire au ft roi assyrien, Varbak, maître de l'Assyrie et de ft Ninive, laissa des préfets (satrapes ) dans ce pays, « et transféra le siège de l'empire chez les Mèdes... « J'allais oublier (page 60) de parler de Senna- « cherim qui régna sur les Assyriens ' an temps « d'Ézekias : ses fils Adramel et Sanasar l'ayant « assassiné, notre prince^Acaiordleur donna asile, « et assigna pour domaine à Sanasar le district de « la montagne de Sim, que sa postérité multipliée « a entièrement peuplé. »
Si l'on pèse bien ces passages que Moses a disséminés en diverses pages, il parait :
!<> Qu'il a fait de Mar-lbas et de Rephalion * un mélange dont il n'a pas tiré d'idées claires;
T* Qu'il a tiré de Mar-lbas ce qu'il dit de Skaîord , de Paraîr, de Sennacherim et de ses enfants; et de Kephalion ce qu'il dit d' Arbâk et de Sardanapal.
Mais en raisonnant sur ses données , l'on a dr6it dédire,
!• Si Skaîord accueillit les enfants meurtriers de Sennacherim , il fut donc contemporain é'Maryédon, leur cadet, qui régna à leur défaut? Paraîr, fils de Skaîord, fut donc aussi contemporain d'Asar- Adon. Or si Paraîr se révolta contre Sardanapal ,
> n ajoute que ce fut 80 ans avant Nahukodonasar ; mais ce calcul , qui est de lui , est erroné.
* n ne cite en aucun endroit le livre de Ktesias, mais seulement Diodore, page 231.
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roi d 'Assyrie, ce Sardanapal ne saurait être qa^Mar- Adm-Phal.
2» Si Asar-Adon est Sardanapal, son père Acratsanes est Sennacherim; et alors il est démontré que ces princes ont eu plusieurs noms ; que ces deux listes sont écrites en deux idiomes différents , Tun chaldaîque, employé par Mar-Ibas, par les Hébreux, même par Hérodote, qui nomme Sannacharib; Tautre perse-grec, employé par Ktesias et ses copistes. Remarquez qu'en remontant, avec l'Arménien Moses, à Eupal-muSy appelé EttpcU-Es dans £usèbe, Ton a cinq princes correspondants à ceux que nomment les Hâ)reux , et que l'analogie de Phal ou Eupal est évidente.
Phul ou Phal Eu-pa/-es'.
Teglat-Phal-asar Prideazes.
Salman-asar Pharates.
Sena-cherib Acrazanes.
Asar-Adon Sardanapal.
Voilà donc un troisième monument parfaitement d'accord avec Hérodote et avec notre leçon des chroniques juives : en sorte que l'identité k Asar- Adon et de Sardanapal ne peut plus faire une question.
Btaintenant il serait superflu de réfuter les hypothèses divagantes dont elle a été le sujet. L'on en peut compter trois principales :
L'une, pour obéir à des témoignages discordants, a voulu reconnaître deux ou trois Sardanapal, et par ses mêmes arguments, l'on prouverait autant de Pythagores, de Zoroastres, et même de Kjrrus.
L'autre a voulu que Phul et Sardanapal fussent la même personne , et par suite , que Naboncuar représentât Belesys. Le traducteur d'Hérodote en adoptant cette idée, qu'il a imitée de Scaliger et de Petau , a cru lui ajouter un grand poids , en prétendant que l'ère de Nabonasar n'avait eu d'autre motif que de célébrer IViffranchissement des Babyloniens. Tous les arguments de son long mémoire académique , composé en vue de réfuter ses confrères Bouhier et Fréret, roulent uniquement sur ce vicieux pivot >. Mais outre l'impossibilité absolue de ces identités dans le système hébreu, il est, contre ce prétendu motif, un témoignage formel qui l'annulle sans réplique : écoutons le Syncelle, page 207 :
A Alexandre Polyhistor et Berose, qui ont re- « cueilli les antiquités chaldaîques, attestent que
' L*iDltiale Bu eat Bj/oniée oomme dans fn-phrat-es, qui Ml syrien est seaîement PharaL
* Mém. de rAosdém. des inscri|it. tome XLY, iMges S6l- 361 et suivantes, année 1783.
« Nabonassar ayant rassemblé les actes des rois (de «< Babylone) qui l'avaient précédé, les fit dUparaU « tre (en les brûlant ou lacérant) , afin qu'à l'ave- « nir la liste des rois chaldéens commençât par « ftrf. »
Ainsi c'est la vanité grossière de Nabonassar qui, en supprimant les noms de ses prédécesseurs , afondé une ère musulmanique, destructive des ères et des monuments antérieurs. Pourquoi le traducteor d'Hérodotea-t-il oublié cette citation?
Une troisième hypothèse a encore voulu qne.l'^sar-adon, roi de Ninive, fût le même que jésaradinus, roi de Babylone ; et du moins celle-ci a eu en sa faveur la par&ite identité de nom, et la souveraineté de Babylone commune à l'un comme ViuscU et satrape, à l'autre, comme çrand roi et sultan suzerain. Mais outre que les temps sont inconciliables, puisque Asar^adon, roi de Minive en 722 , ne régnerait à Babylone que 43 ans plus tard (en 680), il fendrait encore supposer que lui seul de sa dynastie se fût introduit dans la liste babylonienne. Il est bien plus naturel et bien plus vrai de dire, que, par un cas très-commun chez les Orientaux, deux princes différents ont porté le même nom ; et ici nous touchons au doigt la raison qui a fait ajouter le surnom de Phal au Ninivite, afin de le distinguer du Babylonien par l'indication de sa &mille : Asar-adon, fils de PhcU, Cette identité de nomapu arriver d'autant mieux, que le dialecte ehaldéen paraît avoir été usité à Ninive comme à Babylone; car les noms de Phul ou Phal, de Asar, de Salmann, de San-Harib et d*Adon, ont tous des racines chaldaîques... Phal signifiegro^ et puissont, d'où dérive Fil, YÉléphant. Asar signifie lier, gan^otter, vmcire en latin, d'où dérive vincere, vaincre, parce que le vainqueur mène ses captÛis Ués. Celui qui les tue est le camifex; Adon signifie seigneur et maître, Salmann est le pacifique {Salomon).., Harib est le destructeur, le guerrier; et San est le nom propre que nous retrouvons dans Acratsan-es, autre nom de San-harib '.
Maintenant que vont devenir les neuf rois mèdes de Ktesias, et leur durée prétendue de 317 ans?...
' L*un des généraux de San-Harib est appelé Mahb-3arù, qui sigÉUIe littéralement chef de$ etmu^iues. Un antre crt nommé Rttbb-Sakèa, ou plutôt Rabb'Shaqeh, chef de ceux qui venent à boire , le grand échanêon :phal ou pa/ poarFalt être une altération de toi ou bel. TegkUai le mot JHgUi, nom du fleuYe Tigrit , que Pline nous apprend signifier unejUdbe,
et tout ce qui est rapide AfUL-baxarèe pourrait être ofiia-
bataar^ ioleU d'or, ou aouree d'or. Enfin Pun des noms de Sardanapal, ThoDOS-Koun-Kol-èros, s*ei^]lque en partie, bau et êouUen (Koùn) de Umte la terre (K61 ârte). Memute lui-même, ce général de Teutam, est un mot pur chaMéen et arabe, signifiant invetH de eof^lanee ; m'amnoa, par c m*amnoùn.
SUR LHISTOIRË ANCIENNE.
Partant, comme ils le doivent, de Tan 561, dernière année d'Astyag, la victoire d*Arbak tomberait à Fan 877 , c*est-à-^ire 160 ans avant Tépoque donnée par les livres juifis , en cela d*aocord avec Hé» rodote et le livre chaldéen d'Alexandre. Ktesias est donc atteint et convaincu d'erreur, et nous pourrions désormais ne £Eure aucune mention de son travail : mais parce qu'en examinant sa liste, il nous a semblé y voir aussi des preuves d'imposture et d'un faux prémédité , nous allons soumettre au lecteur notre analyse.
S vra.
Analyse de U Uste mède de Ktesias.
Selon Hérodote, les Mèdes n'eurent que quatre rois, qui furent :
Delok-ès 68 ans.
Son fils Phraortes sa
Son fils Kyaxar 40
Son fils Astyag-es 86
Ils eurent huit rois
Selon KUsioM^, sans compter Arbak , savoir :
MaiHlaokés
Sosaimos
Artookas
Arbianes
AHalos
AftOOMS
AtUbaïas
Aspadas, dit Aatnlgas,
IMff les Greei
SeUmMotèê.
60 a ao. .
as..
Mandaukls.
. Sosannos.
. Artookas.
Kadikeas.
. Deoukls.
Artounis.
Klaksaris.
TOTAL. . . . SSe
PIosAibak ss
Diodore a omis le temps d'Astuigas, nous le suppléons par Hérodote.
Eusèbe a modifié cette liste, en y introduisant Deîokès à la place d'Artaîos ; et l'Arménien Mosès , qui suit Eusèbe, a substitué à l'Astuag des Grecs son vrai nom mède Azdehak > ; il en résulte la liste comparative que nous avons jointe. Mosès nedonne pas de nombre d'années.
Le Syncelle, page 359, dit que les Mèdes, jusqu'à l'époque de Kyrus, dominèrent 30 ans. Cette &ute est d'un copiste, il faut lire 300. Il dit, page 235, que depuis Sardanapal, leurs rois régnèrent 276 ans; cette erreur est de lui , comme lorsqu'il dit, page 212, que Kyaxarès régna 32 et son prédécesseur 51 ans. En général on ne peut compter sur ce mutilateur audacieux et négligent. Tenons-nousen à Diodore. En partant d'un point connu, commençons par Astuigas... U est évidemment l'Astyag
* Voyex le fragment cité en Diodore.
* ■■ ' , page 69.
d'Hérodote. Son autre nom à^Aspadas prouve que, selon un usage subsistant en Orient, les rois de ces anciennes listes eurent tous plusieurs noms, et cela par deux raisons :
l'' Parcequ'encertaines circonstances ilsen changèrent, comme a fait de nos jours KouU-Khan, qui ayant conquis DehU, s'intitula Shah-Nadir, txd dusecond hémisphère (par opposition à zénith).
2« Parceque , selon les divers dialectes ou langages du vaste empire des Perses , les peuples désignèrent le prince par des noms différents. Ktesias désigne Smerdis par celui de Sphendadatès; Esdras le désigne par celui d*ArtahshaUi, et il nonuna Cambyses Ashowroush ' . Aspadas parait composé du mot pàd, maUre, seigneur, etdeoap, chevaux, maUre de la cavalerie (puissante), très-probablement des dix mille cavaOers immortels.
Avant Astuag régna AsUbar, 40 ans ; c'est évidemment le Ky^asar d'Hérodote. Mosès le dit expressément. Ki, prononcé kè en persan, signifie grand et géasU. En arménien , shai a le même sens. Ké-asar, le grandvainqueur. En effet, Kyaxar renversa une seconde fois Ninive et les Assyriens. Le mot persan Astehar est synonyme, puisqu'il signifie grandit puUsant K L'identité est d'ailleurs formelle, dans ce passage d'Euaèbe ^ :
« Alexandre Polyhistor rapporte que Nabuko- « donosor, informé de la prophétie de Jérémie a (au roi loakim), sollicita le roi des Mèdes, As- « tUfaras, de se joindre à lui, et il marcha en Ju- « dée avec une armée de Babyloniens et de Mèdes. »
C'était l'an 606; le temps convient très4)ien. Les Scythes dominaient encore. Kyaxarès, gêné par eux, dut condescendre à la demande indiquée, pour ne pas se faire un puissant ennemi de plus.
Avant AsHbar, règne Artoûnés, 32 ans. Cest la durée de Phraartés : c'est même son nom; car celui-ci est composé du persan Pher, grand roi, héros, et d'orto ou orta, que l'Arménien Mosès, page 58, dit signifier en langue nàde ajuste (el magfunUme).
Au-dessus d'Artoun-es devrait venir Détokés. Mosès le dit bien. Mais les 40 ans d'Artaîos indiquen t Kyaxar. Cette identité tire de nouveUes preuves de
> n salflt de Un le chap. nr ayec qadqae attention, poor
être oonvalnctt de ce fait Kyras pennet de retàttr. on
Intrigue auprès de loi. L^effet de sa pennission demeare nupendu tout Uijoun de ia vie, Ahshoaronsh ( Cambyse ) règne après loi ; on loi écrit contre les Jolis dès le début de son régne; Il emptebe de bâtir. Artab-Sbata ( Smerdi* ) lui succède. Les Samaritains écrlTent encore. Enfin Darius arrive ; les Juifs réclament et obtiennent la permission de bâtir. Prendre Alrtahikata pour Artaxeroe , c*est tout confondre sans motif.
* DicUonn. de CasielU, page 38.
3 Pnep. evang, llb. IX.
RECHERCHES NOUVELLES
l*aoecdote de Parsodas, racontée par Diodore, dans le fragment de Ktesias, page 416.
« Sous le règne A'ArtaloSy s'alluma une violente « guerre, etc. »
L*hi8torien Nicolas de Damas nous apprend le motif de ce mécontentement de Par sodas y dans un récit curieux que sûrement il a copié de Kte« sias '.
« Sous le règne d'Artaïos, roi des Mèdes et suc- « cesseurd'Arbâk, dit-il, vivait Parsonda, homme « extraordinaire par ses facultés physiques et mo- « raies; le roi, ainsi que les Perses, dont il était « issu, Tadmiraient pour sa beauté corporelle et « pour la prudence de son esprit. Il excellait d'ail- « leurs dans Tart de combattre, soit à pied, soit « à cheval, soit sur un char, et personne ne Té* « galait à la chasse pour surprendre et tuer des « bêtes féroces. Ce Parsonda sollicita ArUOos de « destituer Nanybrus, roi de BabyUme, qu'il mé- « prisait et haïssait pour ses mœurs sardanapaU^ « ques * , et de lui donner cette satrapie. Le roi ne « put consentir à faire cette injustice à Nanybrus , « contre la teneur des lois établies par Arbàk... n Le Babylonien fut instruit du fait... Quelque « temps après, dans la saison des chasses, Parti sonda alla prendre ce divertissement en Ba- « bylonie, près d'un lieu où, par hasard, étaient « campés les vivandiers de Nanybrus : celui-ci, in- « formé des courses de son ennemi, avait ordonné a à ses gens de l'épier, de tâcher de l'enlever, et « de le lui amener; la chose réussit à son gré. De- « venu maître de Parsonda, le Babylonien Fen-
0 ferme dans son harem avec ses femmes, le fait « raser, baigner, vêtir en femme, et le force de
1 jouir de toutes les voluptés que le guerrier lui « avait reprochées. — 11 le força même d'appren- « dre la musique et la danse... Sept ans se passent « ainsi , sans qu'on sache ce qu'est devenu Par- « sodas, malgré toutes les perquisitions ordon- « nées par le roi. Enfin un eunuque que Nany- « brus avait fait bâtonner pour quelque faute , s'é* « chàppe et va découvrir le délita Artaîos, qui « de suite dépêche un aggar ^ ou secrétaire pour « réclamer Parfoiuto^... Nanybrus nie la détention. « Un second aggar vient, avec ordre de conduire « au roi Nanybrus garrotté, s'il persiste à nier. « Celui-ci rend son prisonnier , et Parsondas s'en « retourne sur un char avec le secrétaire. Il arrive « à Suse : Artaîos l'accueille , écoute son histoire
■ ràUm excerpia, Xthi*, ptge 4S7.
s Cert U descripttoD qa^en fait Athénée, Uv. xn.
3 Gar est un mot penan, qui signifie faiteur, et qui ter^ mine tous les noms de métiers. Nous Ignorons oe que slgnilie ag.
« avec étonnement... Quelques mois après, il se « rend à Babylone. Parsodas l'obsède pour qu'il « le venge de Nanybrus; celui-ci gagne un eonu- « que à force d'argent et de présents, et moyen- « nant cent talents d'or et cent coupes d*or , mille « talents d'argent et trois cents coupes du ménw « métal , il obtient son pardon du roi. »
Dans ces récits, nous avons un indigène Perse, sujet et courtisan d'un roi mède , fan des successeurs d'Arbak. Ce roi ne peut être DtSokès qui, selon la phrase d'Hérodote , ne régna questorla Mèdes. Est-ce Phraortés, son fils, qui y joignit les Perses, et qyi avec ces deux nations puissantes subjugua les autres ? Mais les 40 ans à'Artaios ne conviennent point à Phraortés, qui n'en régna que 22; et ils conviennent parfaitement à Kyaxar. Supposons que Parsodas ait demandé à Kyaxar la satrapie de Babylone au commencement de son règne, la circonstance convient très-bien; ce sera dans les années 635 ou 634 : supposons que les 7 ans de détention de Parsodas aient commencé en 633 et fini en 627 ; l'irruption des Scythes, en 625, ayant jeté Kyaxarés dans un état d'oppression et de faiblesse , le Persan en aura profité pour effectuer une révolte, qui sans cela eût peut-être été impossible. Relativement au prince babylonien, ces dates conviennent très-bien à ChinU-adan, qui régna depuis 647 jusqu'en 626. La différence de nom n'y fait rien , puisque tous ces princes asiatiques en eurent plusieurs.
Quant au nombre des combattants dont parle Ktesias (page 416), il est visiblement absurde, selon l'usage des livres orientaux; et cette absurdité se démontre par la topographie des Gaddusiens, dont le pays montueux ne contient pas plus de 160 à 180 lieues carrées; et encore par les quatre 7nille hommes des premières troupes de Parsodas. Il faut dter un zéro; et en lisant 20 rnUky aa lieu de 200 , et 8 miUe au lieu de 80 miUe, l'on sera dans les vraisemblances.
Cette anecdote a d'ailleurs le mérite de nous apprendre que le même roi mède qui régnait à Ehbatane, régnait aussi à Suse; ce qui réfute Thypothèse de ceux qui ont voulu concilier Hérodote avec Ktesias , en faisant de leurs rois deux dynasties qui auraient simultanément régné dans ces deu^ villes. H dut en être des rois mèdes conune il «n fat des rois perses , qui passaient leurs hivers à Suse et leurs étés à Ekbaiane. Quant à la vassalité de Babylone, nous en verrons les preuves complètes ailleurs.
Maintenant, si VArtaVa de Ktesias est Kyox^^ { et fût-il Phraortés ) , il est clair que cet historien
SUR L'HISTOIBE ANCIENME.
a doublé les temps et les noms. Ce doublement est eocore indiqué dans ArhicmeSy qui par son règne de 23 ans et par sa position avant Artaios-Kyaxar , se décèle pour être Phraortes.
Au-dessus de lui est Artoukas, avec un règne de 50 ans. Ce doit être DHokés; l'analogie des 50 ans de l'un et des 53 ans de l'autre , fortifie ce soupçon. En suivant cette indication , le Sosarmus qui le précède a dû être Arhàh, Au-dessus de Sosarmus se trouve Man-daukès , encore 50 ans , comme ArUmkas. Nous venons de voir Ktesias répéter deux fois les 40 ans de Ryaxar, dans Artalos et Asty* baras; ne répète-t-il pas également ici le règne de Deîokès dans les 50 ans d'Artoukas et de Mandaukès ? Le nom de ce second est évidemment le même ; car en séparant Tinitiale Man, l'on a Daouk-és, manifestement identique à DMh-ès.
Enfin , avant ce chef de la dynastie mède , se montre Arbàh\ qui règne 38 années bien ressemblantes aux 30 de Soêartmu, en sorte que de même que Pbraortes a été répété deux fois avant Kyasar , Arbâk se trouve répété aussi deux fois avant Deîokès , et toute la liste de Ktesias est démontrée n'être qu'un doublement de celle d'Hérodote, comme on le voit dans le tableau suivant.