ROIS MÈDES
SELON HÉaODOrB.
BELOH KIBSIÂS.
Deîokès 53 ans.
Phnortes... ss Ky-^arèt... 40 Astyag^... 36
ArbAk 28. Sosannos..
MaiHlankes... 60. Aitoukas..
Aitlanes SS. Artoimès..
Artalos 40. Asttbaras..
Astuiiîas (36)
Les seuls 38 ans d' Arbak forment une difiQculté : non-seulenaent Hérodote ( ou plutôt ses auteurs perses ) les nie, mais il semble nier sa royauté; et après l'affranchissement des Mèdes, opéré par lui, ils ne laissent apercevoir aucune trace de ce libérateur, comme si, satisfait d'avoir rendu la liberté à tous les vassaux de Ninive, il se fût démis du pouvoir suprême, après avoir établi une sorte de pacte fédéral y indiqué dans l'anecdote de Parso-. das. Comme nous devons retrouver cet Arhak dans l'un des rois perses des traditions orientales, nous reviendrons à ce sujet.
Mais quel a pu être le motif de Ktesias de nous forger ces faux calculs ? Après avoir beaucoup cherché, il nous a semblé en découvrir la raison dans son fragment déjà cité. Il y dit que, selon les calculs des Assyriens, la guerre de Troie avait eu lieu sous le roi Teutam , 306 ans avant la mort de Sar-
danapal. Si Ktesias eût admis le système d'Hérodote , cette date eût placé la prise d'Uium vers l'an 1038 de notre ère , et cela eût trop choqué les opinions reçues dans la Grèce : l'une de ces opinions , suivie depuis par Ératosthènes, ApoUodore et Denys d'Halicamasse , était que la prise de Troie avai t eu lieu en une année correspondante à notre année 1183 ou 1184 avant J. C. Ktesias, habitué à flatter les satrapes , ne voulut pas heurter les savants , il s'arrangea de manière à obtenir précisément ce résultat. Car les 306 des Assyriens joints aux 317 des Mèdes, font 633, lesquels ajoutés aux 560, époque de Kyrus , font juste 1183, comme Ëratosthènes l'écrivit 150 ans après Ktesias : cette coïncidence parfaite n'est-elle pas frappante et décisive ? Puisque nous sommes amena à cette question , voyons si nous ne pourrions pas acquérir ici une kdée juste de cette époque si célèbre.
SIX
Époque de la gnene de Troie, selon les Atsyriois et tes
Phéniciens.
Ktesias ayant en main les livres des Assyriens, ou leurs extraits, nous affirme que selon leurs calculs, la guerre de Troie eut lieu sous Tun des rois ninivites, appelé Teutam y 306 ans avant la mort de Sardanapal. Cet auteur, en sa qualité de Grec, dut porter de la curiosité à connaître cette époque , et les Assyriens eurent des raisons d'état de la noter dans leurs archives , puisque le roi de Troie réclama des secours comme vassal, et que le descendant de Ninus envoya le satrape de Suse Memno, dont Homère fait une mention expresse. La date que nous fournissent les Assyriens a donc une autorité égale et même supérieure à celles que fournissent les Grées, puisque aucune chronologie de ces derniers ne remonte d'un fil continu et certain même au temps d'Homère, et que tous leurs chronologistes offrent dans leurs estimations une discordance qui , comme nous l'allons voir, démontre l'incertitude et même la fausseté de leurs bases.
Selon Ératosthènes, ApoUodore etDenys d'Halicamasse, la prise de Troie eut lieu 407 on 408 ans avant la première olympiade, qui date de 776 ( par conséquent en Tan 1183 on 1184). — Selon le cbronologiste Sosibius , contemi)orain de Ptolomée-Philadelphe , elle eut lieu 395 ans avant la première olympiade; donc en Tan 1171 ; selon Arêtes, en l'an 1100; selon Velleîus Paterculus, en Tan 1191 ; selon Timée, en 1193 ; selon la chronique de Paros, en 1308; selon Dikéarque, en l'an 1313; enfin selon Hérodote, en Tan 1370, etc.
Le point de départ de tous ces calculs était l'ou-
RECHERCHES NOUVELLES
verture des olympiades, Tan 776 avant notre ère : ce point est certain ; pour s'élever au delà , tous ces auteurs ont tâché de mesurer le temps jusqu'à de grands événements connus, tels que l'invasion des Héraclides , la fondation de la colonie ionienne, une guerre faite par quelque roi de Sparte, etc. Et c'est parce que les dates de ces événements n'étaient pas certaines, qu'ils ont obtenu des résultats si divers. Hérodote seul employa un autre moyen que nous examinerons séparément : si l'on en voulait croire son traducteur > , tous les anciens peuples grecs auraient eu des archives et des généalogies qui auraient fourni des bases certainesaux écrivains ; mais si de tels monuments existèrent en certains lieux et en certains temps,* il faut que les guerres perpétuelles dont fut tourmentée cette contrée les aient détruits ou mutilés de très-bonne heure, puisque à dater seulement du septième siècle avant notre ère, tout est discors et confus dans les chronologies grecques; qu'à Sparte, par exemple, l'un des états les plus fixes, Tordre et la série des rois ne sont pas certains ; que leurs règnes , omis après les olympiades , offrent des invraisemblances choquantes dans les temps antérieurs * , et que l'époque du célèbre législateur Lycurgue subit une contestation de 108 ans, qui, comme nous Talions voir, n'est paséclairde, à beaucoup près, dans le sens que Ton pense. L'époque d'Homère, ce poète si remarqué, dont tant d'auteurs recherchèrent à Teavi la patrie, Tâge, la vie; cette époque est aussi obscure que celle de Lycurgue et de Troie, ainsi que le prouvent deux curieux passages de Tatien et de Clément d'Alexandrie, qui méritent que nous les citions.
« Selon Cratès ( ou Cratètes ) , Homère ne fut pos- « térieur à la prise de Troie que de 80 ans , et ( vécut ) « vers le temps de Tinvasion des Héraclides; selon « Ératosthènes, il fut postérieur de 100 ans; de 140 « selon Aristarque, qui, dans ses Ck}mmentaires « sur JrckUoquey dit qu'Homère fut contemporain « de la colonie ionienne fondée à cette époque.
« Philochorus le place 40 ans plus tard ( 180 ans « après Troie).
« Apollodore veut que ce soit f 00 ans ( c'est -à- « dire 240 Sifis après Troie) , sous le règne d'Agési- « las, fils de Dorisée, roi de Sparte; ce qui rapproche « Homère du législateur Lycurgue , encore très- « jeune.
« Euthymène, dans ses Annales, dit qu'il naquit « dans l'île de Chio, 200 ans après la prise de Troie ;
> Voyez Chronologie de Larcber, article pme de Troie et rois de Lacédémone.
> Le règne d*Agi8 est réduit kunan, quoiquUl ait été, dlt-oD j le plua riche en grands éYénements.
> Archemacus , dans son troisième livre des EulxA-
> ques, est du même avis.
« Euphorion, dans son ouvrage des Aliades.éix t qu'il vécut au temps de Gygès , qui commença de ^ régner en la 18" olympiade (Tan 708).
« Sosibius de Lacédémone, en sa Z>«scr9>libA(fei I temps^ place Homère à Tan 8 du roi Charilas,îïs K de Polydecte... . Charilas régna 84 ans, son fils X Nîcander en régna 30 : Tan 34 de ce prince , dit-il, i JïU établie lapremiére ofympiade; ensortequ'Ho- « mère se trouve placé 90 ans avant cette première R olympiade.
« Dieuchidas, dans son quatrième livre des Me- ( gariguef, dit que Lycurgue fleurit environ 290 ans
> après la prise de Troie. »
Ératosthènes divise ainsi le temps * « depuis la
I prise de Troie jusqu'à Tinvasion
i des Héraclides 80 ans.
« De là à la colonie ionienne. ... 60
« De là à la tutelle de Lycurgue. . 159 « De là à la première olympiade. . 108
Total.
Plus..
1183 ans.
« Enfin Hérodote ««^m«( dit Tatien) qu'Homère « vécut 400 ans avant lui, et il lui associe Hésiode. •
Toutes ces variantes nous ramènent à nos premières conclusions , savoir :
1"* Que les chronologistes grecs n'ont point eu eo main de chroniques suivies et continues sur lesquelles se pussent asseoir leurs calculs.
2» Que les Assyriens ayant eu cet avantage , pourraient bien, dans le passage fourni par Ktesias, nous avoir révélé la véritable époque de la prise de Troie.
Mais en comparant Textréme différence de l'époque donnée par eux, à la plus rapprochéede toutes celles données par les Grecs , comment , dans une telle question, accorder une préférence décidée à un seul et unique témoignage, surtout quand ce témoignage nous vient par la voie d'un K testas f
Tel était notre scrupule, lorsque parcourant les mêmes pages de Clément d'Alexandrie et de Tatieu, deux autres citations ont frappé notre attention.
« Eiram , roi de Tyr , dit Clément , donne sa fille « en mariage à Salomon, dans le temps où Ménélas « arrive en Pliénicie, après le sac de Troie , ainsi a que le rapporte Menander de Pergame, et UUuSy a dans leurs Annales pliéniciennes,
« Chez les Phéniciens , dit Tatien , nous connais-
« sons trois historiens; savoir, Theodoius % Hyp-
< Ciemeiu Alexaodr. Strom. Ilb. I, pag. 403. > Ces noms grecs sont évidemment la tradaction des non» t>TieDs ayant le mdme sens.
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
« sfcrates et Mochus y dont les ouvrages ont été tra- « duits en grec par Ijehis, qui a recueilli avec soin « la vie d'un grand nombre de philosophes : or dans « les histoires dont nous parlons, il est dit que sous « un même roi (de Tyr) ont eu lieu l'enlèvement « d'Europe, Tarrivée de Ménélas en Egypte, et les « actions de Cheiram, qui donna sa fille en mariage « au roi des Juifs Salonum, » Menander de Pergame rapporte les mêmes faits; et le temps de Ckei' ram est voisin de celui de Troie *.
Ici le témoignage de Menandre est d'autant plus digne d'attention, que Flavius Josèphe nous apprend qu'en effet cet écrivain avait traduit les Annalesphénîciennes, dont il reconnaît l'exactitude et la conformité avec celles des Juifs. Selon celles-ci , le règne de Salomon commença l'an 1018 avant J.C. ; selon les Assyriens, Teutam envoya du secours à Troie vers l'an 1023. Supposons la prise en 1023. Selon les Phéniciens , Ménélas dut venir un ou deux ans après , vers 1021 ou 1020 : Hiram aurait donc donné sa fille vers l'an 1018 ou 1017. Un tel accord entre trois témoins différents n'est-il pas infiniment remarquable? disons mieux, n'est-il pas probatif et concluant? Prenons cette date pour la véritable , et supposons la prise de Troie à l'an 1022, nous avons pour terme certain la 1" olympiade en l'an 776, différence 246. Maintenant voyons comment cadreront toutes nos citations ci-dessus , comparées à ces deux termes : examinons d'abord Hérodote. Les propres paroles de cet écrivain, antérieur aux seize autres cités par Gément et par Tatien, sont telles qu'il suit :
a J'estime ' que les poètes Homère et Hésiode • n'ont pas vécu plus de 400 ans avant moi, »
Quelques critiques ont déjà remarqué que ces expressions sont très-vagues. J'estime signifie un calcul par aperçu , par supposition ; a vécu n'indique aucune année précise, et peut se prendre pour la naissance, pour la mort, pour le temps de la célébrité; et ce nombre rond de quatre cents ans sans aucune fraction ! N'est-il pas clair qu'ici Hérodote n'a point prétendu donner un calcul précis et méthodique, mais qu'il a fait simplement une évaluation approximative? Lorsque l'on connaît sa méthode, on devine son opération. Ayant lu beaucoup d'historiens, entreautresXantbusde Lydie, Cadmus deMilet, Hellanicus, etc. il aura saisi quelque anecdote qui établissait un rapport entre Homère et quelque prince connu, comme lui-même cite un rapport entre Archiloque et Gygès, entre Thaïes, Solon et Kroesus. De ce rapport connu , il aura dé-
* Taiian. Ont. ad Gutcot, I, pag. S73, n^ 87.
* Lib.n,Suii.
duit un nombre de générations qui, évalué, estime, selon son système, à S générations par siècle, lui a donné le nombre rond de 400 ans ; c'est-à-dire que de lui à Homélie, il a estimé 12 générations. Cette évaluation de 83 ans étant beaucoup trop forte , substituons-y 25 ans , tels que nous les donnent les générations des rois de Lydie, des rois hébreux et des grands prêtres juifs ; nous aurons 4 générations au siècle, par conséquent 300 ans pour 12 générations entre Hérodote et Homère. Hérodote naquit l'an 484 avant notre ère; donc les 300 ans nous remontent à l'an 784. Maintenant, puisque le mot a vécu se prend ordinairement pour cesser de vivre , nous dirons que cette année doit être celle de la mort d'Homère, selon Hérodote. Le poète mourut âgé : supposons que ce fut à 70 ou 80 ans; il dut nattre entre les années 854 et 864. Actuellement comparons à ces années les calculs des auteurs.
Selon Apollodore, Homère vécut 240 ans après Troie, ou 100 ans après la colonie ionienne : de 1022 ôtez 240, reste 782; donc Apollodore donne précisément notre calcul de décès à deux ans près.
Selon Euthymènes, il naquit à Chio, 200 ans après Troie; donc en 822. C'est trop tard; il dut déjà fleurir.
Selon Sosibius, Homère se place 90 ans avant la 1" olympiade; elle date de 776, plus 90 : c'est 866. Ne serait-ce pas là sa naissance rapportée avec précision à l'an 8 de Charilas?
Selon Apollodore, Homère ( mort en 784 ) se trouve três-rapproché de Lycurgue, encore jeune : or, selon Strabon, plusieurs auteurs pensaient que Lycurgue avait reçu de la main même d'Homère , vieux , ses poésies qu'il apporta à Lacédémone. Plutarque , indécis , croit que Lycurgue voyageant dans l'Asie mineure, les reçut seulement de la main des enfants de Cléophile, leur dépositaire. Mais il avoue de bonne foi :
« Que l'origine, les voyages, la mort, l'époque « même des lois de Lycurgue, étaient un sujet iné- « puisable de controverse entre les écrivains; ildé- <i clare que, selon plusieurs , il avait concouru avee « Iphitus à l'établissement des jeux olympiques : a c'est , dit-il, l'avis d'Aristote, qui cite en preuve « de ce fait Vinscription du palet olympique^ où le « nom de Lycurgue est gravé *. »
Un tel monument , cité par un homme du poids et de l'instruction d'Aristote, est déjà une preuve sans réplique; mais Cicéron vient encore y joindre son opinion , lorsque , dans son discours pour Ftaceus, ce savant Romain dit :
> PlttUrque, Fie de Lycurgue,
RECHERCHES NOUVELLES
« Les Lacédémoniens vweiU sous les mêmes lois « depuis plus de 700 ans. »
Ce discours fut pronoacé Tan deux de la 180* olympiade, c'est-à-dire Tan ô9 avant notre ère ; par conséquent Cicéron indique une date un peu antérieure à l'an 769 ; ce qui correspond d'autant mieux aux dates ci-dessus, que Lycurgue ne donna ses lois qu'après rétablissement des jeux olympiques par Iphitus. Ainsi ce n'était pas un ouï-dire vague, une opinion populaire , qui plaçait Lycurgue à cette époque du huitième siècle, et le faisait contemporain de la vieillesse d'Homère : c'était le témoignage des monuments publics de ce temps-là, et l'assentiment des écrivains les plus anciens et les plus savants. Mais, objectera-t-on , comment, moins de cent ans après Aristote, Ératosthènes a-t-il calculé que Lycurgue précéda de 108 ans la fondation des jeux olympiques ? Pïous ne pouvons rien dire à cet égard, parce que l'ouvrage de cet astronome nous manque. Mais si nous devions le juger par ses copistes, Tral- Uen, Eusèbe, le Syncelle et même TeUien^ nous ne pourrions avoir une haute idée de sa tsritique : par exemple, comment Ératosthènes a-t-il pu dire qu'Homère vécut 100 ans seulement après la guerre de Troie? Cela doit être une erreur de Tatien ou de ses copistes. Ératosthènes , qui partage l'opinioa d'Apollodore sur la guerre de Troie, a dû penser comme lui sur l'époque d'Homère; il a dû le pla« cer 100 ans après la colonie ionienne, et non pas après la prise de Troie : c'est une méprise palpable. Ces deux écrivains ont certainement connu les rapports établis par les monuments et par les historiens , entre Homère et Lycurgue ; ils doivent avoir fait ce raisonnement :
« Hérodote , né en telle année (484 avant J. C.) , A dit qu'Homère a vécu ou cessé de vivre 400 ans <i avant lui ; donc en 884. Or il est certain que Ly- « curgue a vu Homère : donc Lycurgue avait un « certain âge en 884. »
A notre tour , nous disons : de 884 ôtez 108 ans , reste 776, époque précise de la première olympiade; donc Ératosthènes a opéré conune nous le disons ; donc il a été induit en erreur par les 400 ans d'Hérodote , qu'il a pris au sens matériel ; donc notre interprétation des 400 ans d'Hérodote en 12 générations, est le sens véritable du passage; donc la durée de 25 ans que nous donnons à chaque génération, est la plus raisonnable, la plus conforme aux faits : donc l'accord parfait de nos combinaisons avec les calculs des Assyriens et des Phéniciens, donne l'époque de la guerre de Troie et de l'âge d'Homère, plus exacte, plus vraie qu'aucun calcul grec; donc enfin , tout ce que Ton a dit
jusqu'à ce jour sur cette double question , est à refaire à neuf, en commençant par les deux chapitres de la Chronologie de M. Larcher, swr la prise de Troie et sur tes rois de Lacédémone, où de suppositions en suppositions, passant du probable au certain et à Yincontestable , démentant tous les anciens dont il prétend s'appuyer, ce correcteur a rejeté la guerre de Troie plus loin qu'Hérodote luimême, c'estrà-dire au delà de 1270; et cependant il est clair que c'est pour avoir reconnu l'exagération de cette hypothèse , que les Grecs , dès le temps de Ktesias , commencèrent à la quitter. L'erreur d'Hérodote est saillante à cet égard, si l'on prend tout son calcul au sens littéral ; mais si on l'interprète comme nous le faisons , et que les 800 ans, en nombre rond , qu'il estime s'être écoulés entre la prise de Troie et lui, ne soient qu'un calcul de générations converti en années, l'on a pour résultat l'an 1084 avant J. C, c'est-à-dire environ 62 ans de plus que les calculs assyriens et phéniciens; et alors il est de tous les Grecs le plus près de la vérité. Il y a cette remarque à faire sur cet historien, que lorsqu'il suit les Asiatiques , il donne des résultats précis parce qu'il a des bases fixes ; mais lorsqu'il a opéré avec les Grecs , n'ayant point de dates exactes, il est contraint d'user de moyens généraux, qui le mettent en contradiction avec luimême, comme dans le cas présent où nous pouvons le juger.
On vient de voir que le système des générations, employé selon notre méthode, nous a procuré les plus heureuses coïncidences : le sujet que nous traitons nous en fournit d'autres exemples non moins favorables. Hérodote nous apprend que de son temps les rois de Macédoine s'étant présentés aux jeux olympiques, ils y furent d'abord refusés comme n'étant pas de race grecque, puis admis, pour avoir juridiquement prouvé qu'ils étaient du même sang héraclide que les rois mêmes de Sparte : dans la généalogie de ces rois, Alexandre I", fils d'Amyntas, qui régnait au temps de Xercès, avait eu pour neuvième aïeul Karanus, dont le frère PMdo, tyran d'Argos, troubla les jeux à la 8* olympiade, c'es^à-dire l'an 748 avant J. G.
Si l'on compare à la liste macédonienne celle des rois de Sparte , Karanus se trouve parallèle à Lycurgue qui, 29 ans auparavant, parut à ces jeux; et de Karanus à Hercule, il y a 11 générations précisément, comme d'Hercule à Lycurgue ^
D'autre part, nous avons de Karanus à Alexandre
' Théopompe et Satyrut, historiens spéciaux des tcSa mtoédoDi^Ds, comptent orne générations , comme Stiabo. Tellelus en compte 16 ; mais Yelielos est on oompUateor tankf , peu sûr en chronologie.
SUR L HISTOIRE ANCIENNE
le Grand, 17 générations qui, à 25 ans, font 42& ans. Ces 435 ans ajoutés à 330, époque d'Alexandre, font 755 , plus les 39 de Lycurgue ; total : 784. Ne voilà-t-il pas nos mêmes nombres revenus ?
Si Ton remonte de Lycurgue au roi béraclide Aristodemus , l'on a 7 générations , ou 175 ans : partons de la r* olympiade 776, plus 175; c'est 951 : c'est-à-dire que l'établissement des Héraclides tomberait 71 ans après la prise de Troie , selon les Orientaux ; et tous les Grées plae«it l'invasion de ces Héraclides 80 ans après Troie. Si nous sommes dans une route d'erreur, comment nous conduit-elle à tant d'heureux résultats? Dira-t-on que les règnes des rois de Sparte les contrarient ? Mais Larcher lui-même ' convient qu'on ne peut compter sur les listes d'Eusèbe et du Syncelle, qu'elles sont arbitraires, selon Tusage de ces mutilateurs; que le règne (f Agis est inadmissible à un an de durée , tel qu'ils l'établissent ; que les autres règnes, quand on les compare dans les deux branches, sont pleins de contradictions , etc. etc. Nous n'entreprendrons pas de redresser ces discordances qui nous écarteraient beaucoup trop de notre sujet. Nous avons assez Mi , si nous avons posé les principaux jalons d'alignement de l'aDcienne chronologie grecque : quelque bon esprit saura s'en servir pour en reconstruire l'édifice, autant qu'il est possible, avec le peu de données qui nous restent. Revenons à Ktesias, et à ses calculs factices mêlés d'erreurs et de vérités '.
SX.
Examen de la liste attyileniie de Kteiias.
D'après tout ce que nous venons de voir, la liste mède de cet écrivain étant démontrée fausse, sa chronologie antérieure se trouve frappée de nullité ; mais afin de ne pas le juger sans l'entendre , jetons un coup d'oeil sur sa liste assyrienne , et voyons si elle ne nous fournirait pas aussi quelques preuves de Êilsification. Pour en raisonner avec équité, il faut d'abord s'assurer de son véritable état; et c'est une première difficulté à vaincre; car les écrivains qui prétendent copier cette liste, diffèrent sur les noms des rois et sur la durée de leurs règnes; et
< Chronologie, art. dei nn$ de Sparte,
* La prise de Troie étant placée à Tan 1033, U s'ensuit que Tanachronisme de Virgile n*est pas de 400 ans, comme le vent le tradoeteor d*Hérodote, ni de 300 et plos, comme on Ilnféierait des antres opinions, n se réduit à I5I ans : car la ftiUe de IHdon en Afrl^ étant arrivée 143 ans 8 mois après \ÊifondatUm du temple de Salomon , selon Josèphe , qui s*aatorlie des JnnaU$ de T^ (contre Appion, lib. I, n» 17 et 18 ); et cette fondation vendant à l'an loi 6 avant notre ère, U s'ensuit que l'arrivée de Didon en Afrique tombe à l'an 871, tandis que U prise de Troie répond à l'an 1033 : diflé- Rnce 161.
néanmoins le manuscrit de Ktesias a dû être univoque : selon Diodore , le nombre des rois de père en fils,JiadeZO; selon Vellems-Paterculus > , le dernier roi, SardanapcU, aurait été le trente-froir siéme depuis Ninus et SénUramis. Mais Velleîus, écrivain postérieur, qui ne cite ce trait qu'en passant , paraît avoir été induit ici en erreur par une phrase équivoque de Diodore, qui porte :
« Ainsi régna Ninyas, fils de Ninus; et la plu- « part des antres rois qui se succédèrent de père « en fils, pendant 30 générations, yus^jrti'à Sarda- « napal, imitèrent ses moeurs. »
Velleîus semble s'être dit :
« S'il y eut 30 rois qui se succédèrent depuis M- « nyas, Ninyas ne doit point se compter.... Il est « excepté par le mot autre, et parce que ses mœurs «furent imitées.... Donc avec Ninus et Sémira- « mis il y eut 33 rois. »
Mais cette première phrase de Diodore, réellement incorrecte , est redressée par son résumé , qui porte ces mots :
« A l'égard de Sardanapal, trentième et dernier « roi depuis Ninus. »
Ceci est clair, positif, et ne permet pas d'admettre l'interprétation antérieure. De plus, V Arménien Moses ( de Chorène ) , qui * cite Diodore comme une de ses autorités, ne compte que 30 rois dans la liste qu'il nous fournit ^ , encore qu'il eût sous les yeux
celle d'Eusèbe , qui en compte 36 Cette liste de
Moses semble d'autant plus exacte , que ces cinq derniers princes correspondent parfaitement, comme nous l'avons dit page 424, à ceux cités par les Hébreux; d'où l'on a tout lieu de conclure qu'Eusèbe et le Syncelle ont , selon leur usage, ajouté de leur chef, Epecherês, Laosthènes et OphrcUhènes. ( Voyez les listes à la page suivante. ) Epecherês doit être le même qu' ÂnarBacherés , nom de^^n^ nacherib , dans l'épitaphe de Sardanapal à AnchiaU. Ce même prince s'appelle encore Acrazanes et Akraganes : le nom de Laosthènes est purement grec , et ne peut être que la traduction d'un nom assyrien , signifiant/orce étpuissance du peuple (probablement Ru-phal-es, Phal ). Enfin Ophrathènes ne doit être qu*un synonyme de Ophrateus^ écrit plus asiatiquement Pharates, par Moyse de Chorène.
Relativement à la durée totale, nous avons vu qu'il faut lire 1306 ans dans le vrai texte de Diodore , et non 1360. Velleîus , qui n'a porté cette durée qu'à 1070 ans , a dû tirer ce calcul de quelque autre cbronologiste que de Ktesias. Quant aux 1995 f
> Lib. I,cap. 0.
> Moses Chor. pag. 331.
3 Idem, pag. 61.
RECHERCHES NOUVELLES
ans qu^yEmUkiS'Sura comptait depuis Ninus ' jusqu'à Fan 63, ou plutôt 65 ans avant notre ère, Ton n'en peut rien faire , parce que Ton ignore si ce Ro- > Voyei YeUehu, Ut. I, chap. S.
main a évalué les Mèdes selon Hérodote, ou i
Ktesias. — A partir de Kyrus , Fan 560 , son calcol
donne pour les deux empires , assyrien et mède, 1500
I ans. S*ilsuit Hérodote, il donne 1344 pour les As-