‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 123 sur 230 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

FondattoD de Babylone.

Effectivement, la première de ces opinions est 00 paraît être celle de Ktesias, c'est-à-dire celle des livres assyriens, dont cet auteur s'autorise, et qui attribuent la fondation de cette grande cité à Scmiramis, avec des détails empreints d'un cachet particulier d'infonnation locale et même officielle : néamnoins le prêtre babylonien Bérose*, homme

« Qomt CarL Ub. V, cap. i.

* Dtns rédlUon de 1814, qui ot notre principal guide, Vûloej éott Mavent Beratu an Uea de Béroêe, orthographe Rénéralement adoptée par les savanti, et que nous avons dû consenrer, malgré la fidélité avec laquelle nous nous sommes «PpUquésà reproduire les variantes orthographiques des noms PropRsdtéspar Toloey. DB.

très-instruit, postérieur d'un siècle seulement à Ktesias, ne craignit pas dans son Histoire det an- UquUés ehaldaïques, présentée au roi Antiochus, de démentir l'écrivain grec, et d'assiurer que Babylone avait été fondée par Belus, dieu ou roi du pays, bien des siècles avant Sémiramis, et cda en invoquant et citant les traditions et les monuments publics de sa nation. Hérodote, de qui nous devions attendre ici quelque lumière , ne nous en fournit aucune; mais un autre historien judicieux et assez souvent bien instruit, Anunien-Marcellin, qui a pu et dû lire Bérose et Ktesias, semble nous donner le nœud de la question quand il dit < : « Sémiramis « entoura de murs Babylone , mais la citadelle avait « étébâtieauparavantparletrès-apcien roi Belus. » Ce terme moyen qui concilie les deux avis , se trouve d'ailleurs appuyé par une phrase de Ktesias que Ton n'a pas assez remarquée. Cet historien dit :

« Lorsque Ninus attaqua la Babylonie, la ville « de Babylone qtd existe atdowrdhd n'était pas « encore bâtie. » Ces mots Babylon quœ nunc est, ne semblent-ils pas indiquer qu'il en existait une autre; et si, comme l'atteste Bérose, l'antique Belus était dès longtemps le dieu tutélaire du pays; si, conune l'on en convient, le nom oriental Babel ^ pour Babylon, signifie la porte, c'est-à-dire, le /milais de Bel ou Belus, il devait exister dès lors une Babel ou Babylone primitive, qUe Sémiramis engloba dans ses vastes constructions et qu'elle orna,

> Ub. XXni, pag. 361. De bello Penko.

LI5TB CHBONOLOGIQUS DBS BOIS DB JVDÀ.

SailrigM Sriaai.

D«vM 40

SdMBOB. 40

RoboMa 17

ibia S

lowphat. 26

knm 8

CdKniu 1

Atkafifl 6

JoM 39

Ani^^ig 29

OiiurésBe'acaL.' (42)

(Miuuhem, n»i de Samvie)

iMtbaa rècne m«1 6 ana, et da Tirant ) m

d'OdM 10 S'"

Aehax 16

ÈÊèchiMM 29

laachaa 3 moi* , Sa de Tas

kmtfim II

loakia Smob.Saderaa

SédiqSali I0aas6 aïob

Av. I. C.

LISTE GHBONOLOGIQUB DES BOTS CHALDEENS DB BABYLOI^B.

Naboa-aaar 14 l

Nadloi S

XMrmê et Poraa 6

Uulaittf (

lianli.k-eBpad (Bélèayi) 12

Arkeaaaa 6

Premier interrècne 2

BelIbaa(oaBeUlhaa) S

Apro-nadloa 6

Rigebelu I

Moràtl-mordak 4

Deuxième interrègne 8

Àearidina on Aeamdinaa 13

Sogdoxenna 20

KlnUadanu 22

Nabopolaaar 21

Nabokol*aaar on Nabakodonoeor 43

Oonarodam 2

WlrlfcaMftlaear 4

Vabonadloa 17

Av. J. C

comme nous le verrons : ainsi ce serait fiiute d'avoir bien déterminé le sens du mol JbndaUon, que les anciens se seraient disputés dans le cas présent comme dans beaucoup d'autres. Prenons de ce mot une idée claire.

En général , ces grandes réunions de maisons que Ton appelle villet , ont eu deux manières d*étre fondées : l"" la première par un concours lent et progressif d'babitants que des motifs de défense commune, de facilité de commerce, d'aisances de la vie, ont appelés et fixés autour d'un premier noyau d'habitation : à ce premier genre de ville, l'on ne saurait presque désigner de/ondaieur, ni d'époque de fondation.

La seconde manière se fait par un concours subit de colons que leur propre volonté ou celle d'un gouvernement, engagent ou contraignent à bâtir une ville, comme un particulier bâtit une maison : ici appartient et s'applique le nom d% fondation, parce que la date est aussi précise que le fait est remarquable.

Mais si, comme il est souvent arrivé, le lieu choisi pour une XjtWe fondation avait déjà une habitation antérieure, soit village, soit bourgade s ^î même il y existait déjà une ville du premier genre, c'està-dire sans fondateur connu, actuellement ruinée par la guerre ou par d'autres accidents, cette seconde fondation pourra devenir un sujet de controverse, parce que l'habitation antérieure suppose une/on- £fa//on originelle, après laquelle il ne doit plus y avoir que restauration. Enfin si des princes et des rois avaient, par vanité , fait ou simulé de telles y«mc2a- Uons, pour donner leur nom à des villes qui déjà avaient un fondateur connu; si les peuples ou leurs agents municipaux avaient, par adutation, provoqué de telles fondations fictives , on sent que le mot et la chose seraient tombés dans un désordre assez difficile à éclaircir. Voilà ce qui est arrivé à une foule de villes anciennes, spécialement dans les pays dont nous traitons, dans VAsie mineure, la Mésopotamie, la Syrie, etc. où les géographes trouvent quantité de villes fondées, c'est-k-dire rebâties, restaurées par des rois grecs, par des empereurs romains dont elles prirent le nom, quand néanmoins il est certain qu'elles existaient longtemps auparavant , qu'elles avaient par conséquent une fondation première, véritable, connue ou inconnue.

Appliquant ce raisonnement à Babylone, nous pensons que Rtesias et les livres perso-assyriens ont eu raison de dire que Sémiramis/oiMto cette

■ Par exemple , le fort de RhacoUs , où les rois d'Ëgyiite entretenaient une gamiaon sur le Uea où fût bAtte Alexandrie. Voyez Strabon, Ub. XVU, p. 792.

RECHERCHES NOUVELLES

grande cité, parce qu'en effet il parait que œCte reine fit bâtir, par les fondements, les murs et les ouvrages gigantesques qui, même dans leur dédin, étonnèrent l'armée d'Alexandre*. L'assentiment des meilleurs auteurs , du géographe Strabon entre autres, qui eut en main toutes les pièces du procès, ne laisse pas de doute à cet égard; mais d'an autre côté , Bérose nous semble également fondé à soutenir que longtemps avant Sémiramis , il eidstalt une Babel ou Babylone, c'est-à^lire, un palais, un temple du dieu Bel, de qui le pays avait formé son nom Babylonia, et dont le temple , selon l'usage de l'ancienne Asie, était le lieu de ralliement, le pèlerinage, la métropole de toute la population soiunise à ses lois; en même temps que ee temple était l'asile, la forteresse des prêtres de la nation, et le séminaire antique et sans doute originel de ces études astronomiques, de cette astrologie judiciaire, qui rendirent ces prêtres si célèbres sous le nom de Chaidéens^k une époque dont on ne sait plus mesurer l'antiquité. Ktesias lui-même et ses livres perso-assyriens fournissent im argument à l'appui de cette opinion ; car puisque Ninus, plus de 30 ans avant Sémiramis, trouva un peuple agricole et pacifique, par conséquent industrieux et riche ; puisqu'il trouva un roi , une cour et plusieurs bonnes villes y il existait donc dès lors un royaume puissant, un état dviliséet tout ce qui en dépend. Ktesias ne nous donne point les limites de ce royaume ; mais puisque, ehez ks anciens comme chez les modernes, les royaumes , réduits en provinces conservaient les limites qu'ils avaient avant d'être conquis ; puisque Ir^Bciyùh nie, dès avant les rois perses Darius et Ryrus, nous est dépeinte comme s'étendant du désert de Syrie jusqu'aux monts de la Perse, et du golfe Pe^ sique jusqu'au nord du pays * d^Arbéles, on peut dire que c'étaient là ses limites dès le temps de Ninus; d'où il résulte que ce royaume avait une surface de 8000 lieues carrées , d'un sol que les anciens comparent, pour la fertilité, à celui de l'Egypte, et qui par conséquent comporte une population probable de près de 3,000,000 d'habitants. Enfin si la nation babylonienne nous est peinte comme divisée de tout temps en 4 castes, à la manière de TÉgypte et de l'Inde, division qui elle seule est une preuve de haute antiquité. Ton a le droit de dire que dès avant Mni» existait la caste des prêtres chaldéens , semblable en tout à celle des brahmes de l'Inde ; ce qui suppose tout le système

I 330 ans avant notre ère, 8 liécles et demi après ta fondaUon.

> Voyez le rédt de Kteaiaa en Dlodore , dont le lectear trouvera une traduction littérale dans la Chronologie d*Hérodolr, pag. 411. Comiiarez aussi Strabon, lU). XVI, au débat.

SUR L'HISTOIKE ADiClENNE.

politique indiqué par le récit de nos deux historiens.

Quant à la prétention ultérieure de Bérose, qui veut enlever à Sémiramis, reine assyrienne, la construction des grands ouvrages de Babylone , pour la donner à Nabuchodtmosor , roi chaldéen, nous allons rechercher , par la discpssion exacte des textes originaux, quel fondement peut avoir cette opinion , et si , par un cas naturel , elle n'a pas pour motif rantipathie nationale d*un Babylonien contre un peuple étranger, oppresseur de son pays, ou la partialité systématique d'un prêtre chaldéen élevé dans récole réformatrice de Nabonasar, ce brûleur des livres historiques des rois qui Pavaient précédé. Écoutons d*abord le récit des livres assyriens cités par Ktesias, où se trouvent des détails très-intéressants et circonstanciés. Cet historien , à la suitç du fragment conservé par Diodore , continue ainsi rhistoire de Ninus et de son épouse '.

Page 1