‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 124 sur 230 · CHAPITRE IL Riëctt de Ktesias. -- Système assyrien · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL Riëctt de Ktesias. -- Système assyrien

« Après la mort de Ninus, Sémiramis, passionn née pour tout ce qui respirait la grandeur , et ja- « lottse de surpasser la gloire^es rois qui l'avaient « précédée , conçut le projet de bâtir une ville exn traordînaire dans la Babylonie. Pour cet effet, « elle appela de toutes parts une multitude d'archi- « tectes et d'artistes en tout genre, et elle prépara « de grandes sommes d'argent et tous les matériaux « nécessaires; puis ayant fait dans l'étendue de son « empire une levée de 3,000,000 (Thommes, elle « employa leurs bras à former l'enceinte de la ville « par un mur de 360 stades de longueur * , flanqué « de beaucoup de tours, en observant de laisser le « cours de l'Euphrate dans le milieu du terrain. « Telle fut la magnificence de son ouvrage, que la « largeur des murs suffisait au passage de 6 chars « serrés. Quant à la hauteur, personne ne croira « Ktesias, qui lui donne 50 orgyes. Clitarque et les « écrivains qui ont suivi Alexandre , ne la portent « qu'à 50 coudées, ajoutant que leur largeur pas- « sait un peu celle de 3 chars de front. Ces auteurs « disent que le circuit fut de 305 stades , par la rai- « son que Sémiramis voulut imiter le nombre des « jours de l'année. Ces murs furent faits de briques M crues, liées avec du bitume. Les tours, d'une « liauteur et d'une largeur proportionnée, ne fu- « rent qu'au nombre de 250 ; ce qui , pour un si long •« espace, serait surprenant, si l'on ne remarquait

< Diod, Sicul Ub. n, p. lao, édit de Wessellng. * Noos examinerons dans an article séparé la valear de ces mesures

« que sur certaines faces, la ville est flanquée de « marais qui ont dispensé d'ajouter d'autres moyens « de défense. Entre les murs et les maisons , l'es- « paoe laissé libre fut large de deux pléthres. Sé- « miramis^ afin d'accélérer son ouvrage, assigna ^ « chacun de ses favoris ( ou de ses plus dévoués serti viteurs ) la tâche d'un stade , avec tous les moyens « nécessaires, en y joignant la condition d'avoir « achevé dans un an. Ce premier travail étant fini « et approuvé par la reine, elle choisit l'endroit où « l'Euphrate était le plus étroit, et elle y jeta un « pont dont la longueur fut de 5 stades. Par des « moyens ingénieux, on fonda dans le lit du fleuve « des piles espacées de 13 pieds, dont les pierres « furent jointes avec de fortes griffes ou agrafes de « fer, scellées elles-mêmes par du plomb fondu a qui fut coulé dans leurs mortaises. L'avant-bec « de ces piles eut la forme d'un angle qui , divisant « l'eau , la fit glisser plus doucement sur ses flancs « obliques, et modéra ainsi l'effort du courant « contre l'épaisseur des massifs. Sur ces piles, l'on « étendit des poutres de cèdres et de cyprès, avec « de très-grands troncs de palmiers; ce qui pro- « duisit un pont de 30 pieds de large , dont rhabile « mécanisme ne le céda à aucun autre ouvrage do « Sémiramis. Cette reine fit ensuite construire à « grands frais, sur chaque rive du fleuve, un quai « dont le mur eut la même largeur que celui de la « ville, sur une longueur de 160 stades. En face des a deux entrées du pont, elle fit élever deux châ- « teaux flanqués de tours, d'où elle pût découvrir « toute la ville, et se porter, comme d'un centre, « partout où besoin serait. L'Euphrate traversant « la ville du nord au midi, ces châteaux se trouvè- « rent l'un au levant, l'autre au couchant du fleuve. « Ces deux ouvrages occasionnèrent des dépenses « considérables; car le château du entichant eut « une triple enceinte de hautes et fbttes murailles, « dont la première, construite en briques cuites, « eut 60 stades de pourtour; la seconde, eb dedans « de celle-ci, décrivit un cercle de 40 stades : sa « muraille eut 50 orgyes de hauteur sur une lar- « geur de 300 briques, et les tours s'élevèrent « jusqu'à 70 orgyes. Sur les briques encore crues, « on moula des figures d'animaux de toute espèce , a coloriées de manière à représenter la nature vi- « vante. Enfin une troisième muniille intërienre « formant la citadelle, eut 20 stades de pourtour, « et surpassa le second mur en largeur où épais- «t seur et longueur '. ^miramis exécuta encore

I II y a Ici nue absurdité évidente. Le plus peiii fMir mtérieur 'pius long que Veztérieur qm Venveloppt! Sûrement U tsmi Ure : turpaua en largeur et hauteur.

RECHERCHES NOUVELLES

« un autre ouvrage prodigieux : ce Ait de creuser « dans un terrain bas, un grand bassin ou réser- « voir carré, dont la profondeur fut de 3& pieds, « et dont chaque côté, long de 800 stades, fut re- « vêtu d'un mur de briques cuites, liées avec du n bitume. Ce travail fait, on dériva le fleuve dans « ce bassin, et aussitôt on se hâta de construire « dans son lit , mis à sec, un boyau ou galerie cou-' « verte qui s'étendit de Tun à l'autre château. La « voûte de ce boyau, formée de briques cuites et « de bitume , eut 4 coudées d'épaisseur : les deux « murs qui la soutinrent eurent une épaisseur de « 20 briques; et sous la courbe intérieure, 12 pieds « de hauteur; la largeur de ce boyau, en dedans , •I fut de 15 pieds. Tout ce travail fut exécuté en « 7 jours , au bout desquels le fleuve étant ramené « dans son lit , Sémiramis put passer à pied sec par « dessous l'eau, de Tun à l'autre de ses châteaux. A Elle fit poser aux deux issues de cette galerie deux « portes d'airain qui ont subsisté jusqu'au temps « des rois de Perse , successeurs de Kyrus.

• Enfin elle bâtit au milieu de la ville le temple « de Jupiter, à qui les.Babyloniens donnent le nom a de Belus. Les historiens n'étant pas d'accord sur « cet ouvrage, qui d'ailleurs est ruiné, nous n'en « pouvons rien assurer : seujement il est certain a qu'il fut excessivement élevé , et que c'est par son « moyen que les Chaldéens , livrés à l'observation a des astres , en ont connu exactement les leoert a et les couchers ( Diodore décrit ce temple consa truit en briques et bitume ). Aujourd'hui le temps « a détruit tous ces ouvrages : une partie seule- « ment de cette vaste cité a quelques maisons ha- « bitées; tout le reste consiste en terres que l'on « laboure. Il y avait aussi ce que l'on appelle lejar- « cUn suspendu; mais cet ouvrage n'est point de « Sémiramis ; ce fut un certain roi syrien qui , en N des temps postérieurs, le bâtit pour une de ses « concubines née en Perse. Cette femme désirant « avoir des collines verdoyantes, obtint du roi qu'il « fit construire ce paysage factice, en imitation « des sites naturels de la Perse. Chaque côté de ce « jardin avait 4 plèthres de longueur, etc. »

TelestlerécitdeKtesias ou des livres anciens dont il s'autorise. On peut reprocher à quelques détails une exagération qui atténue la confiance; mais outre que la limite du possible et du vrai n'est pas aussi Êicile à tracer ici que l'on a voulu le croire , nous aurons encore l'occasion, dans un autre article, de prouver que l'exagération apparente vient surtout des fausses valeurs que l'on a attribuées aux mesures appelées stades,piéthres, orgyesy coudées;en ce moment nous nous bornons à remarquer

qu'en général lesdroonstaneesontunepbyskmoiaie locale qui donne aiix faits principaux un grand caractère de vérité * , et que selon les règles de la critique historique, ce récit prouve réeUemest que c'est à Sémiramis qu'appartient la /andaiùm de Babylone dans le sens strict du mot, puisque cette reine créa les ouvrages majeurs qui constituent une cité, ouvrages auxquels Babylone fut imiquement redevable de la splendeur commerciale et de la force militaire qui Tont rendue si célèbre.

En récapitulant ces ouvrages, nous en trouvons sept principaux :

1* Le grand mur d'enceinte et de fortification, ayant 360 stades de développement;

2'' Un quai élevé sur chaque rive du fleuve;

a*" Le pont composé de piles de pierres et de poutres tendues sur ces piles ;

4* Deux châteaux placés aux issues du pont;

5» Un vaste bassin ou lac carré de 360 stades sur chaque côté;

6* Un boyau ou galerie par-dessous le fleuve;

7« Le temple de Belus en forme de pyramide , où l'on montait par des rampes.

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