RECHERCHES NOUVELLES SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
(tante. Dans de tels pays et dans un tel ordre social, on obéit de bonne heure aux penchants de la nature, au plus impérieux de ses désirs. On se marie plus tard là où la subsistance est diiSleile , où les enfants deviennent un fardeau dès le bas âge, où Ton ne sait comment les placer quand ils sont grands... Et parce que chez certains peuples et dans certaines organisations politiques, il y a plus ou moins de facilité à éluder le fardeau du mariage sans se priver de ses douceurs ; parce que dans les villes et surtout dans les grandes villes, cette facilité existe, surtout pour les classes riches ou aisées; les mariages y sont soumis à des calculs de convenances de société et de luxe, qui intervertissent ou modifient Tordre naturel... En sorte que le régulateur le plus général des mariages est, d*une part, la simplicité, la grossièreté même des besoins et des mœurs ( et de là les mariages plus faciles et plus précoces dans les classes pauvres); d'autre part, le luxe, c*e6t-à-4ire Textension des besoins factices et conventionnels ( et de là les mariages plus onéreux, plus difficiles ^ plus tardifs et moins féconds dans les classes d'une aisance précaire et moyenne ). Ici j*ai lebonheur d'être d'accord avec Montesquieu.
Le second motif qui dut rendre les mariages précoces et faciles chez les anciens Grecs , fut le besoin politique qu'éprouvaient les ûimilles d'avoir beaucoup de bras pour leurs travaux agricoles, et surtout pour leur défense et pour leur sûreté. Ces peuples , comme l'on sait, composant chacun une société de 50 ou 60,000, tout au plus de 100,000 citoyens, resserrés au nombre de 15 ou 20 sociétés, dans un espace borné de mers et de montagnes, vivaient entre eux dans un état habituel de jalousie et de guerre, et par cela même faisaient une grande consommation d'hommes. La chose publique, la société avait besoin de défenseurs, avait intérêt que l'on se mariât : aussi voit-on que le célibat y était décrié dans l'opinion, qu'il fut même puni par les lois quand il y eut des lois ; mais de plus , avant ces lois , dans l'état de liberté ou d'anarchie qui fut celui dont nous traitons, aucune police intérieure ne réprimant les délits, la sûreté de chaque famille dépendait de ses propres moyens, de ses seules forces... Était-elle faible, on la vexait, elle était pillée, et pouvait être détruite; était-elle forte, c'est-à-dire nombreuse, on la respectait : elle armait tous ses membres pour réprimer un empiétement, pour punir un meurtre. C'était exactement l'état civil des Hébreux , des Arabes anciens et modernes, et de nos jours celui des Druzes , des Maînotes et des Corses sous les Génois. Chaque famille avait donc à être nom-
breuse, le même intérêt, les mêmes motifs qu'avait la nation ; et imaginer que dans un tel état de choses , des peuples en guerre et en anarchie eoostantes, fussent convenus de la maxime de ne se marier qu'à 33 ans, est une chimère, un vrai rêfede cabinet.
La loi de Lycurgue, citée par Xénophon, n'exprime pas l'âge où il devint licite de se marier : pour le fixer, voici comme Larcher raisonne ( pag. 434, 475) : Aristote a connu, a eu en main les lois de Lycurgue : or Aristote ( dans son plan systématique de république ) (Ut qu'il ne faut point se marier tant que le corps prend de l'accroissement, et qiÊt les hommes ne doivent prendre une compagne qyg vers leur trente-septième année : donc JrisMefaU ici allusion à la loi de Lycurgue ; donc Lycurgue a établi l'âge de 37 ans ; donc les Lacédémonieoi, dés avant Lycurgue, ne se mariaient qu'à 87 a»; car, sans cela, Lycurgue les eût révoltés... Et page 40 : // est bien vrai que Platon» qui en cent endroits/ait réloge des lois de Lycurgue , prescrU pour se marier l'âge deiOkZS ans; en sorteque l'on pourrait croire qu'il a imité celle-ci, et qm le terme fixé à SparU eût été de ZO à Zi asi MaU, etc.
Laissons Larcher à ses raisonnements et à ses conjectures sur Platon et sur Aristote : il est évident, par la diversité des trois tennes 10, S5, 37, que Lycurgue fut plus sage que ces rêveurs, et qo'fl n'exprima point un âge fixe : l'établir à 37 ou mène à 30 ans, eût été priver l'état de 8 ou 10 ans dhme fécondité ordonnée par la nature , et dissiper a libertinage des forces utiles à la nation. Aristote et Platon, pleins, comme l'on sait, des idées systématiques d'une physique erronée et origioai^^ ment astrologique, ont dit : « La vie ordinaire « de l'homme sain est de 70 à 75 ans. Tout ce « qui ne crott pas, décroît : la moitié de la vie doit « se passer à croître, l'autre à décroître... 35 à 37 « sont le terme mitoyen entre zéro et 70 ou 75. m Donc le corps n'est parfait qu'à 35 ou à 37. « - L'erreur de ces systèmes est démontrée par les faits et par la science physiologique. En résulut, il n'existe pas la plus légère preuve que les Grecs anciens, «lodemes ou mitoyens , se soient mariés ao terme général de 30 ni de 35 ans ; il est au contraire prouvé par la nature de la question et par les généalogies d'époque certaine, qu'ils se sont mariés plus tôt; et tout prouve que Févaluation de trois générations par siècle a été un moyen purement idéal et systématique dont l'usage ne peut qu'iodoiis en erreur.