L7HISTOIRE DE NEW-IIAMPSIIIRE
Par JÉRÉMIE Belxhap, membre de la Société philosophique de Philadelphie;
Et sur Vmstoire du Vermont, par Samuel Williams, membre de la Société météorologique d'Allemagne, et de hi Société philosophique de Philadelphie.
SI-
L'ouvrage de M. Belknap,hititulé: The History of Neno- Hampshire, que j'ai plusieurs fois dté, et qui n'est point traduit en français, est composé de trois volumes in-8**, imprimés à Boston. Dans les deux premiers, l'auteur n'a eu pour but que de faire connaître les événements historiques de la colonie de cet État, depuis son premier établissement; le tableau qu'il en présente est d'autant plus curieux, que l'on y trouve l'origine d'une foule d'usages qui, alors établis par des lois ooactives et très-sévèrement exécutées, ont tourné en habitudes, et composent aujourd'hui plusieurs parties du caractère des Anglo- Américains. — L'on y voit l'eq^t intolérant des premiers colons, prescrire par des règlements rigoureux les formules de conmiunication, soit entre hommes, soit entre les deux sexes; la manière de faire l'amour avant de se marier, le mamtien et la contenance, soit dehors, soit dedans la maison; comment on doit porter kt tête, les bras, les yeux , causer, marcher, etc. ( d'où sont Tenus le ton cérémonieux, l'air grave et silencieux, et toute l'étiquette guindée qui règne encore dans la société des femmes des État»-Unis ). 11 était défendu aux femmes de montrer les bras et le cou; les manches devaient être fermées aux poignete, le corset dos jusqu'au menton; les hommes devaient avoir les cheveux coupés courts , pour ne pas ressembler aux femmes; il leur était défendu de porter des santés, ooumie étant un acte de libation païenne; défendu même de faire de la bière dans le jour du samedi , de peur qu'elle ne travaillât le dimanche : tous ces délits étaient susceptibles de dénonciation, et la dénonciation emportait /TetTie; ainsi régnait une véritable inquisition terroriste, et les esprits durent contracter toutes les habitudes que donne la persécution , habitudes de silence, de réserve dans le discoura, de dissimulation, de combinaisons d'idées et de plans, d'énergie dans la volonté, et de résistance lorsque enfin la patience est à bout Comme ouvrage moral , ces deux première volumes sont intéressants à consulter, vu le soin qu'a pris l'écrivahi de recueillir des faits constatés. Mais la quantité d'autres détails en rendrait peut-être la traduction trop longue pour nous autres Français , auxquels ils sont étrangère.
Il n'en est pas ainsi du troisième volume, qui est une description méthodique du climat, du sol, de ses produite naturels et artificiels, de la navigation, du commerce, de l'agiiculture , cl de tout l'étet du pays. L'on peut comparer
ce Tolame à celui de M. Jeffenoa sur la Virginie : Tim et raatre sont des statistiques aussi exactes, aussi instructives qu'il est permis aux forces et aux nioyensdè simples particuliers d*en produire. M. Jeffèrson, en publiant dès 1782, a eu le mérite de surmonter les principales difficultés, en traçant le premier plan d*un travail alors inusité. M. Belknap, en publiant le sien en 1792, après 22 ans d'obserration , a celui d'aToii profité de ce que les progrès de la science ont accumulé de faits et de métltode : son liTie (Tolume troisième), composé de 480 pages, gros caractère, y compris l'appendice, serait susceptible de quelques réductions, à raison de divers détails qui nous sont superflus ; et quoique l'auteur y paye un double tribut à son caractère d'Américain et de ministre du saint Évangile, en déclamant quelquefois contre \es philosophes et contre les voyageurs européens, cet ouvrage n'en est pas moins l'un des plus pMlosophiquenient instructifo, dont on puisse faire présent à notre langue sur les Étals-Unis.
sa-
J'en dirai autant de VHisMre du Vermont, par M. Samuel WOliams; elle forme un volume m-8^ d'environ 400 pages, d'un caractère plus fin ( petit-romain ), y compris aussi un appendice sur divers sujets. — L'ouvrage est partagé en 17 chapitres d'une division méthodique. — Situation, limites, superficie, sol, aspect du pays, montagnes, leurs hauteurs leurs directions, les cavernes, sources, etc. rivières et lacs , climat et saisons, productions végétales et animales, sont les sojets des six premiers chapitres. Le septième et le huitième traitent des sauvages, de leur caractère, de leur éducation, de leur état moral et politique. Les neuf, dix et onze détaillent tous les incidents de la formation de l'État de Vermont et de l'origine de ses premiers colons. Les six autres, sous le titre d^Étot de la Société, font connaître, t *^ Vemploi du temps en arts et en commerce ; 2*' les coutumes et usages, comprenant l'éducation , le mariage , la vie civile, etc. ; 3** la religion, et l'importance do principe de la parfaite égalité des cultes ( l'auteur est ministre du saint Évangile) ; 4^ le gouvernement du pays ; 5° la population ; 6*^ la liberté, qu'il dit être bien moins le produit du gouvernement américain que de la condition et situation du peuple.
L'on pourrait quelquefois trouver que l'auteur entre dans trop de détails, d'explications et de digressions; mais fl en résulte Unt de faits et d'observations utiles et instructift, que je regarde ce livre comme Fun de ceux qui ont le phis répandu de connaissances physiques dans le peuple des États-Unis. J'en avais fiiit exécuter la traduction littérale , ainsi que du troisième volume de Bellmap , dans l'mtention de la franciser > à mon jvemier loisir, et de la publier :
* Je fois cette remarque, parce que la seule bonne méthode que Je connaiaae , consiste à traduire d'abord le plus littéralement et le plos prés possible du sens et de la valeur des mots. — Or, comme dans cette opération il arrive oïdlnairement que tes expressions et les construcUonsde la langue étrangère écartent celles qui sont propres à notre langue naturelle , il faut laisser reposer ce premier Jet , et ne le reprendre que lorsque l'on a presque oublié l'original ; alors relisant ce mauvais français , les formes naturelles do style viennent se présenter d'elles-mêmes, et Ton peut faire un excellent
ÉCLAIRCISSEMENTS
mais outre que oe travafl excéderait mainteBant mes forces, j'apprends qu'il est entrepris par une persooBe qm ne doit pas tarder d'en enrichir le public
ARTICLE m.
GALLIPOLIS,
ou COLONIE DES FRANÇAIS SUR UOHIO.
L'on ne doit pas encore avoir onbUé à Paria i compagnie du Sioto qui , en 1790, ouvrît avec 1 d'éclat une vente de terres dans le plus beau canton da États-Unis, à 6 livres Vacre. Son programme, distribué avec profusion, promettait tout œ que l'on a coutume de promettre en pareil cas : « Un climat dâioeni et « soin; à peine des gelées en hiver ; — one rivière, nom- « mée par excellence labeUe Jîivlère % riche en ] « excellents et monstrueux ; des IbrMs superbesy d'o « qui distille leaacre ( l'érable à sucre ), et d'un aiiNule qn «donne de la chandelle (myricaoerifen); — dneros^ibîcr « en abondance, sans loups, renards, lions , ai tipei; mt « extrême facilité de nourrir dans les boia des bestian de R Unitee8pèce;le8 porcs seulsdevaieiit,d'im€Qaple i « produire sans soins en trois ans 300 individas; et d « tel pays Tonne serait sujet ni à la taille, ni à la ( « ni à la milice, ni aux logôoients de guerre, etc. etc. elCL • Il est vrai que les distributeurs de tant de bienfoits ne disaiot pas que ces belles forêts étaient un obstacle préiâmiBaiR à tout genre de culture; qu'il ûdiait abattre les arlves n i un, les brûler, nettoyer le terrain avec des peines et ^ frais considérables; que pendant au moins tue année fl fallait tirer de loin toute espèce de vivres; que la chasse et la pèche , qui sont un plaisir quand on a bieD d^ene, sont de trè»<lures corvées dans un pays désert et sauv^; ils ne disaient pas surtout que ces terres exeeUenteséUÊtai dans le voisin^e d*une espèce d'animanx féroces, pipes qae les loups et les tigres, les hymnes appelés Murages, akn en guerre avec les États-Unis. — En im mot, qv'an < actuel des marchés d'Amérique, ces tenes effectivement que A à 7 sous l'acre; et qu'anosni acfce> teur du pays n'en eût offert davantage : — mais cd Franor, mais à Paris, alors surtout qu'une sorte de enatigpw d'entitousiasme et de crMulité s'était emparée des cspriis le tableau éUit trop brillant, les moonTéBÎails étaiol trop distants, pour que la séduction n'eût pas son eftt; les conseils, l'exemple même de personnes riches et a^ posées instruites , jutèrent à la persuasiOB ; l'on ne psrh dans les cercles de Paris que de la vie diampèlre et likrt
travail. Ce serait d^à beaucoup d'en faire an te» , car fl ai bien peu de traductions qui méritent cette épitbète.
> Cest le ncHn que les Canadiens et les géographes fraoçsi donnent à l'Ohio. L'on y pèche entre autres poissons du Cet- Jish , qui pèse 80 et 90 livres.
GALLIPOLIS.
que Ton poutait mener aux borda du SMo : enfin' la publicatioD du Voyage de M. Briasot, <iui prédaénient à cette, époque revenait des Étata-Unia, acbera de consolider IV pinion : lea acquéreurs se mullipiièrent, principalement dans les classes moyennes et honnêtes où les mceurs sont toujours les meilleures. — Des individus , des fjBuoiilles entières vendirent leurs fonds, et crurent faire un marché excellent d'acheter des terres à 6 francs l'arpent, parce qu'autour de Paria le moindre prix des bonnes était de 5 ou 600. Muni de ces titres, chaque propriélaire. partit à son gré, s'embarqua dans le cours de 1791, l'un au Havre, l'autre à Bordeaux, d'autres à Nantes , à la Rodielle, et le public parisien, toujours occupé ou distrait, n'a plus entendu parler de cette alfiûre.
Dès mon arrivée à Philadelphie, en octobre 1795 , j'en demandai des nouvelles; mais je n'en pus obtenir de suffisantes. — L'on me dit seulement d'une manière vague , que cette colonie devait être sur TOhio en terres sauvages, et qu'elle n'avait pas prospéré. L'été suivant je dhrigeai ma route par la Virginie, et après avoir fait plus de 120 lieues de Phihidelphie à ^/ue-rtdge, près Staunton; après avohr traversé plus de 80 lieues de pays montuenx et presque désert, depuis Blue-ridge jusqu'au delà du chaînon de GatUey ou Gréai Laurel; puis encore avoir descendu 22 lieues en canot la rivière du Grand-Kanhawa, encore plus déserte, depuis r£lk jusqu'à son embouchure dans l'Ohio, je me trouvai le 9 juillet 1796 au villag» de Pointe- Plaisante, distant d'une lieue et demie de GaU lipolis : là j'eus des nouvellea positives âe cette ville des Français, puisque tel est le sens du nom grec qu'il leur a plu de se donner ; l'empressement de voir des compatriotes, d'entendre parler ma langue, que d^ je désapprenais dans un pays tout anglais, me fit désirer de m'y rendre sur-le-champ : et le colonel Lems , parent du général Washington , m'en facilita les moyens ; noais pendant ma route, au déclin du jour, songeant que j'allais voir des Franr cais déçus de leurs espérances, mécontents de leur sort, blessés dans leur amour-propre, et peut^tre humiliés de leur situation devant un ex-constituant, qui pouvait l'avoir pronostiquée à quelques-uns , je trouvai des raisons de calmer mon impatience. La nuit commençait lorsque j'atteignis le village de Gallipolis ; je pus reconnaître seulement deux rangs de petites maisons blanches, placées sur'la banquette de l'Ohio , qui en cet endroit est encaissé de 50 pieds à pic : les eaux étant très-basses ,jegrimpai cette banquette par un talus rapide, pratiqué dans l'éoore. L'on me conduisit à une hutte de troncs d'arbres ( log-house ), qui a le nom d'anbeige. — Les Français que j'y trouvai me firent quelques questions , mais bien moins que je n'en attendais, et jeposm'aperœvoir de la justesse de ma réflexion antérieure.
Le lendemain, mon premier soin fut de visiter le local : je fus frappé de son aspect sauvage, du teint hâve, de la figure maigre, de l'air malade et souffrant de tous ses habitants. — Ils ne recherchaient point ma conversation. Leurs maisons, quoique blanchies, n'étaient que des huttes de troncs ( log-houses ), mastiquées de terre grasse, couvertes de bardeaux, et par conséquent mal abritées et humides. Le village forme on carré long, composé de deux rangs de maisons bâties en fileconliguê, sans doute afin
de brûler toutes par un seul aoadent, fréquent aux États- Unis : c'est la oomingnie qui a commis celte faute grossière parmi une foule d'autres. Quelques jardins clos d'épines et nus d'arbres, mais passablement fournis de légumes, adossent le village au nord-ouest; derrière ces jardins, et au delà de quelques taillis, est un gros ruisseau qui coule presque parallèlement au fleuve, où il se verse, et forme une presqu'île de tout le sol du village. Ce ruisseau, en eaux basses , est plein de boues noirâtres , et quand l'Ohio déborde, il reflue et nourrit de ûcheux marécages. Du c6té du sud-est, l'on a sous les yeux le vaste lit de l'Ohio ; mais les coteaux en lace et au nord, les volées à l'est et à l'ouest, ne présentent à la vue que Vuniverselle forêt. Au-dessus du village, le sol d'argile retient opiniâtrement 'les eaux, et forme encore des marécages malsains en autonme. — Cliaque année les fièvres intermittentes s'établissent dès la fin de juillet, et durent jusqu'en novembre. — Je ne trouvai personne dans œtte colonie qui m'eût été précédemment connu; mais comme les Français refusent rarement leur confiance à qui leur témoigne de l'intérêt, j'obtins de trois ou quatre Parisiens qui m'en inspbrèrent, des renseignements dont la substance est : a Qu'envirou « 600 cokms, tous artistes ou artisans, ou bourgeois « aisés et de bonnes mœurs, arrivèrent dans le cours « de 1791 et 1792 aux porto de New-York, PhUadel- «phie et Baltimore; ils avaient payé chacun 6 à 600 « livres de passage, et leurs voyages par terre, tant en « France que dans les États-Unis, leur en avaient coûté < pour le moins autant : ainsi épars, sans direction centrale, « sans rassemblement combiné , ils s'acheminèrent sur des « rensgsgnemente presque vagues vers Pittsburg et le cours « infirieur de l'Ohio , où le terrain était désigné; après bien « du temps et dea frais perdus en fausses routes, ils par- « vinrent à un pomt géographique, où laoompagnie de Sloto « faisait construire des baraques : bieniftt après cette com- « pagnie de Sioto faillit envers la compagnie d'Ohio, ven- « deur et propriétaire primitif, qui ne se tint pomt liée par a les actes de son débiteur, et refusa aux Fnmçais la terre « que déjà ils avaient payée : il s'ensuivit un grave procès « d'autant plus fâcheux pour les colons, que leur argent « était déjà dévoré. Pour comble de malheur, les États-Unis «étaient en guerre avec les sauvages, qui contestaient « cette partie du pays, et qui, fiers d'avoir dissipé l'armée « du général^tn^Ctoir sur le grand MiAmi (4 novembre « 1791) , bloquèrent les colons de GallipoUs pendant 1792 « et 1793, en enlevèrent quatre et en scalpèrent un dn- « qaième,qui a survécu à cette horrible itération. Le dé- ' a oowagements'emparadesesprito. — Le plus grand nom- «bre abandonna l'entreprise et se dispersa, partie danale «pays peuplé, partie en Louisiane; enfin, après quatre « ans de vexations et de litiges de toute espèce , ceux qui « demeurèrent obtinrent de la compagnie d'Ohio un terrain « de 912 acres pour une nouvelle somme de 1 100 piastres. « — • Cette faveur fut due surtout à la bienveillance de a l'un des membres de la compagnie, le fils du générai ft Putnam, qui y 4^ta un service encore plus important «pour la communauté, celui de refuser l'offre de 1200 « piastres que firent deux des colons, dans le dessein d'ao- « caparer le tout, et de rançonner ensuite à leur gré leurs
R infortunés compagnons. » — ( Quel nom donner à celte lâche aTarioe, qui ne sait se faire de richesse que de la misère d'autrui ^.. ) — « Par un autre bonheur , à la « même époque, le congrès de 1795» mû d'un sentiment « de compassion et d'équité , décréta un don de 20,000 « acres, à prendre en face de Sandy-Creek, pour ces « {>auyres Français dépouillés : » et cet acte est d'autant plus digne d'une respectueuse gratitude, que déjà prévalaient dans ce corps les sentimaits d'animosité qui éclatèrent Tannée suivante contre le gouvernement et le peuple français. De ces 20,000 acres, 4,000 appartiennent à celui ou à ceux dont les soins avaient promu le don, et le reste dut se répartir entre 82 à 84 tètes subsistantes du nombre premier.
Il n'y avait qu'un an lors de mon passage que tous ces arrangements venaient d'être conclus, et déjà l'industrie s'était ranimée de manière à faire sentir et regretter tout ce qu'elle eût opéré, sans des contre-temps si longs et si cruels; néanmoins l'existence des colons était loin d'être agréable; chaque famille était obligée de vaquer à tous les travaux p^ibles d'un établissement nouveau ; l'on n'y trouvait qu'à des prix grevants ces bras mercenaires dont l'utilité n'est bien sentie que là où ils manquent. 11 était dur à des gens élevés dans la vie aisée de Paris, d'être obligés de semer, de sarcler, de sder le blé, de faire les gerbes, de les porter au logis, de cultiver le mais, l'avome, le tabac, les melons d'eau ou pastèques, par des chaleurs de 24 à 28 degrés; il est vrai que toute culture réussissait à souhait, même le coton; pendant l'automne et riiiver, la livre de daim coûtait un sou ou 6 liards ; le pain, de 2 à 4 sons; mais l'argent était d'une excessive rareté. L'érable à sucre exploité en février, donnait à quelques familles qui couraient les bois, jusqu'à 100 livres de grosse cassonade noire, souvent brûlée, toujours roélasseuse. L'on trouve dans les lies du fleuve une espèce de vigne basse à grain rond , rouge et assez doux , que l'on suppose venue des plante que les Français avaient faite au fort Duquesne, et dont les semences ont été répandues par la friandise des ours; mais son vin , que l'on m'a qualifié de méchant surène, àiStëre peu de celui des vignes indigènes qui croissent dans les bois jusqu'à 60 pieds de hauteur, et qui ne produisent qu'un raism noir, petit , dur et sec Les porcs ont été d'une bonne ressource , et ces colons ont appris des Américains à les préparer si parfaitement, que dans ma route ultérieure je consommai un jambon entier, que je crus avoir éte cuit, et qui se trouva être cru et seulement fumé ; quelquefois on les préfère tels , et on a toute raison; car la partie maigre de leur viande, lorsqu'on ne la sale pas trop, ou qu'on la fait dessaler à point, est reconnue pour être plus légère et moins maladive en pays chaud que la viande de bœuf.
Telle est la situation de la colonie projetée au Sioto; 0 y a un peu loin de là an bonheur poétique chanté par le cultivateur américain, et aux délices de la capitele future de Vempire d*Ohio prophétisé par un autreécrivain. Si les foisenrs de pareils romans pouvaients'entendrepanégyriser sur place , sûrement fls se dégoûterai^t de ce banal talent de rhétorique, qui dans le cas présent a détruit l'aisance de 500 familles. Partout aux Étets-Unis , j'ai entendu ,
ÉCLAIRCISSEMENTS
de la part des Français, des plaintes amères à ce sujet Ctpendant, pour être entièrement jaste, il faut avouer que tous les torto ne sont pas d'un seul cûté ; car si l'on obsme que plusieurs expériences notoires auraient dû mettre ai garde contre la séduction ; qu'en promettant des avants^ exagérés, les auteurs n'avaient cependant pas prétendu à une extravagante crédulite, ni exdu les précautions de U prudence; et si j'ajoute que malgré cet exemple, et depaii mon retour à Paris , il s'est encore trouvé des spécnlateors de ce genre qui n'ont pas désiré, qui ont même évité d*être éclairés, l'on sera obligé de convenir que œ sont les dupes, qui à force d'engouement et de niaise crédulité, provoquent et créent l'art des diariatans.
J'aurais voulu emporter l'idée que cette ookmie pourrait s'affermir et prospérer ; mais outre te vice radical de sa situation trop mal choisie, il m'a paru que les Impressioas de découragement avaient encore trop de motifs subsistants pour pouvoir s'efEicer ; d'ailleurs j'ai cru m'aperœvoir dans mes voyages aux Étets^Unis, que les Français n'ont pas la même aptitude à y former des éteblissements agricoles, que les immigrante d'Angleterre, d'Iriande et d'AItemagne. — De quatorze à quinze exemples ée/armers ou cultivateurs français que j'ai ouï dter sur le continent, dan ou trois seulement prometteient de réussir; et quant aai éteUissemente en masse de villages, tete que GiMipolis, tous ceux que les Français avaient ci-devant entrepris oo formés sur les frontières de Canada on de Louisiane , et qui ont éte abandonnés à leurs seules forces, ont langui et fini par se détruire , tendis que de simples individus îriandat», écossais, ou allemands, s'enfonçant seuls avec leur femme dans les forête , et jusque sur le sol des sauvages, ont j9énéralement réussi à fonder des fermes et des villages solides. A l'appui de mon opinion ou plutot des faite, je vais dter l'exemple de la colonie française du Poste- Vincennes sur la Wabasli , que je visitei après Gallipolis ; — et dans cette visite je portai des dispositions d'autant plus proprat a bien observer, qu'outre l'intérêt de la queslkm générde, j'avais l'intérêt particulier et personnel de savoir quel gnire d'asile le sol si vanté du Mississipi et de la hante Lomsane pouvait, dans un besoin éventuel, offrir à des Flranças d'Europe amis d'une sage liberte.