POSTE-VINCENNES
de North-wesMaritory, j'anîTalàliOulsYaie, distant d'en-. TiroD 350 millet (116 lieues) de Gallipolis. Tout cet espace est encore si peu habité, qu'à peine put-on me montrer & TJllages et 8 fermes en einbryon. LouisYîlle est un lieu deKeutucky d'enriron 100 maisons» situé 2 milles audessus de&Jàlls ou chutes d'Obio» qui sont seulooient des rapides que l'on me fit franchir en canot Pendant 8 jours j'y attendis la formation d'une caravane de 4 à 6 cara* liers, nécessaire pour traTerser 36 à 40 lieues de forêts et de prairies, si par&itement désertes, qu'on n'y trouve pas une cabane pour gtter. Après 3 jours de marche forcée, nous arrîTAmes le 2 août 1798 an Tillage louisianais, nom* nié Poste-Vincennes, sur la mière Wabash; l'aspect du local est une prairie irrégulière d'environ 3 lieues de loQg sur une de large» bordée de tous côtés de V étemelle foiét, parsemée de quelques arbres et d'une grande quantité de plantes à ombelle, hautes de 3 à 4 pieds; des champs de mm, de tabac, de blé, d'cnige, de pastèques, même de coton, entourent le village, composé d'une dnquanlaine de maisons, dont la Mancheur é^ye la vue après la longue monotonie des bois. Ces maisons sont rangées sur la rive gauche de la Wabash, qui est large d'environ 100 toises, et qui en basses eaux est inférieure de 20 pieds au sol du Tillage. Ici il n'y a pas de banquettes comme sur rohio; au contraire, la berge forme une espèce de digue sTec talus, dominant de plusieurs i»eds le niveau de la prairie. Ce talus est l'ouvrage des débordements suooessift de la Wabash. Chaque maison, selon la bonne coutume canadienne, est isolée de toute autre, et environnée de sa com* et de son jardin, dos de palissades. Mon œil fut réjoui de la vue des pêchers chargés de fruits , mais attristé de celle de l'odieux stramonium, qui foisonne universellement aux lieux liabités depuis Gallipolis et plus haut. Attenant au village et à la riv^, est un enclos fermé de pieux pointus de 6 i»eds de hauteur; un fossé de 8 pieds de large au plus règne tout autour : cela s'appelle xm/ort: et en effet c'en est assez pour se défendre d'un coup de main des saavages.
J'étais adressé à l'un des principaux propriétaires, né Hollandais, parlant bien français; je reçus chez lui pendant 10 jours tous les bons offices d'une hospitalité aisée, simple et franche. Le lendemain de mon arrivée, il y avait audience dee juges du canton; je m'y rendis pour faire mes observations sur le physique et le moral des habitants rassemblés. Dès mon entrée, je fus frappé de voir Tauditoire partagéendeux races d'hommes totalement divers de visage et d'habitude de corps; les uns ayant les cheveux blonds ou ch&tains, le teint fleuri, la figure pleine, et le corps d*un embonpoint qui annonçait la santé et l'aisance ; les autres ayant le visage très^naigre , la peau hâve et tannée , et tout le corps comme exténué déjeune , sans parler des vêtements qui annonçaient la pauvreté. Je reconnus bientM
pleine de répétlttons de ses propies noms ou de noms d'Europe, par la, raison que chaque colon, anglais. Irlandais ou écossais , donne à son nouveau s^our le nom de son lieu natal : et ron peut dire, sous plus d'un rapport, que les Ëtats-Cnls sont une seconde édition de rAngleierre; mais cette copie est tirée sur un bien plus grand format que l'original. On en Jugera dans un siècle.
que ces demie» étaient des colons français établis depnis environ 00 ans dans ce lieu, tandis que le» premiers élaienl des colons américains qui depuis 4 à 8 ans seulement y avaient acheté des terres qu'ils cultivaient. Les Français, à la réserve de 3 ou 4 , ne savaient point l'anglais; les Américains, presque en totalité, ne savaient guère plus de français; comme j'avais appris, depuis un an, assez d'anglais pour converser avec eux , j'eus l'avantage , pendant mon s^our , d'entendre les rédts et les rapports des deux parts. (Extrait de mon Journal.)
« Les Français , lamentant leur détresse , me racontèrent « que d^uts quelques années, et particulièrement depuis
< la dernière guerre des sauvages (1788) , la fortune avait « pris à tftche de les accabler de pertes et de privations ; « auparavant , et depuis la paix de 1 763 , époque de la ces- « sion du Canada à l'Angleterre, et de la Louisiane à l'Es- « pagne, ils avaient joui sous la protection de cette dernière a puissance d'un dc^ et d'un genre singulier de bien-être. « Presque abandonnés à eux-mêmes , au sein des déserts , « éloignés de 60 lieues du plus prochain poste sur le
< BUssissIpi, sans charge d'impôts, en paix avec les sau- « vages, fls passaient la vie à chasser, à pêcher, à foire la à traite des pelleteries, à ailtiver quelques grains et quel- « ques légumes pour le besom de leurs fomilles. Plusieurs « d'entre eux avaient épousé des filles de sauvages, et ces « alliances avaient oonscMé l'amitié des tribus environ* • nantes. Le Poste avait compté jusqu'à 300 habitants. « Pendant la guerre de l'indépendance, l'heureux éloi- « gnement où ils étaient de son théâtre les préserva long- « temps d'y être compromis; mais vers 1782, sur des « motifs bien ou mal fondés, un officier kentokols ayant « dirigé contre eux un petit corps , ils furent piUés , et leurs « bestiaux, richesse principale, dévorés et enlevés. Le « traité de 1783 annexa leur colonie aux États-Unis , et sous « ce r^ime ils commencèrent de réparer leurs pertes. Mal- « heureusement, vers 1788, des hostilités se déclarèrent « entre les sauvages et les Américains. Il Ait dur d'opter «c entre deux amis ; mais le devoir comme la prudence les te ayant joints aux Américains, les sauvages commencèrent « contre eux une guerre d'autant plus cruelle, qu'elle fut a celle d'une amitié déçue et irritée. Les bestiaux forent <c tués, le village bloqué, et pendant plusieurs années, à « peine les habitants purenMIs cultiver à la portée du fosil ; « des réquisitions militaires vinrent se joindre à ces cala* « mités; cq^endanten 1792, le congrès, ému de pitié, R donna 400 arpents à chaque tête contribuable, et 100 « arpents de plus à chaque homme de milice. C'eût été « la fortune de familles américaines ; ce ne fot pour ces « colons , plutôt diasseurs que cultivateurs , qo 'un don pas« « sager que sans prudence, sans lumières, ils vendirent « chacun moins de 200 livres à des Américains; encore «I ceux-ci les payèrenMls en toiles et autres marchandises « leur rapportant 20 et 25 pour lOO de bénéfice. Ces terres, « de qualité excellente, se vendaient déjà, en 1796 , 2 dol- « lars l'arpent (total, 2000 livres au lieu de 200 livres ), « et j'oserais assurer qu'aïqourd'hui elles en valent la. « Ainsi réduits la plupart à leurs jardins ou au terrain le K plus indispensable, les habitants du Poste n'ont plus « eu pour vivre que le secours de leurs fruits, de lcur&
ÉCLAIRaSSEMENTS.
A Mi^ineSydes poomies deterK, do maïs, et trèa-rann^ « quelque Tîande de chasse. Il n'est donc pas étonnant qu'ils
• soient devenus maigres comme des Arabes.— Ils crient à « la supplantation, à la spoliation, et surtout ils se plai- « gnent qu'en tout procès et contestation, étant jugés par « des lois américaines qu'ils n'entendent pas, et par 5 « juges, dont 2 français n'entendent que médioarement « les lois et la langue, il leur est impossible de soutenir « la concurrence. Les Américains repoussent ces reproches
• par ceux de l'ignorance, du début de toute industrie el « d'une indolence indienne. H est vrai que cette ignorance a est extrême en tout genre; jamais dans ce village il n'a- « vait existé d'école avant que la lévdution française y eût « poussé M. l'abbé R.... que j'y trouvai missionnaire, et ti missionnaire poli , instruit, bien éloTé, et, chose admira" « ble! toléranL Sur 90 têtes françaises, à peine en pon- « vait-on citer 6 qui sussent lire et écrire; tandis que parmi « les Américains, sur 100 individus, hommes ou femmes, « 90 au moms savent l'un et l'autre. Le langage de ces « Français n'est pas un patois, comme on me Tarait dit, « mais un français passable, mêlé de beaucoup détenues « et de locutions de soldat Cela devait être ainsi, tous ces & postes ayant été primitivement fondés ou habités en « nuûeure partie par des troupes; le régiment deCarignan n a servi de souche au Canada. Je voulus savoir l'époque « de fondation et l'histoire première du Poste-Vinoenoes; « mais en dépit de l'autorité et du crédit que quelques « savants attribuent aux traditions, à peine pos-je tirer « quelques notions précises sur la gnenre de 1757, quoi- « qu'il y ait là des vieillards de temps antérieur. Cen'est que « par apei^ que je suppose l'origine première vers 173&. »
De leur c6lé, les colons américains me confirmèrent la phipart de ces récits; mais envisageant les foits sous m autre pomt de vue : « Si les Canadiens ■ , me direnC-ils, « se trouvent dans une Acheuse situation, ce n'est- pas à « nous, c'est à eux-mêmes ou à leur gouvernement qu'ils « en doivent adresser le reproche. Ce sont, il est vrai, de « bonnes gens, hospitaliers et sociables; mais ils sont d'une « ignorance, d'une paresse demi-sauvages; ils n'entendent « rienenafiG^res ni domestiques , ni civiles, ni politiques ; « leurs femmes iie savent ni coudre, ni filer, ni foire du « beurre : elles perdent tout leur temps à voisiner, à ba- « biller, et la maison reste sale et en désordre. Les maris ft n'ont de goût que pour la chasse, la pêche, les voyages « de long cours, et une vie toute dissipée. Ils ne font jamais « comme nous des provisions d'une saison à l'autre; ils « ne savent ni saler, ni (hmer le porc, le daim, ni fiiire la « bière, le Monr-crott^, ni distiller le blé ou les pêches, « toutes choses capitale» pour un cultivateur. S'ils ont « quelques denrées ou marchandises, ils veulent, pour s'in- « demniser de la petite quantité, les vendre Ij» et 20 pour « 100 plus cher que nous qui avons abondance; et tout « leur argent s'en va en achats de babioles, de fiitiUtés, il eten amourettes de «Ncoo^esiei, espèce de fiUes aussi « coquettes et bien plus gaspilleuses que les blanches : de « même tout leur temps se consume en causeries, en nar-
' Cett le nom que les Américains donnent à tous les habitants français des postes de leur frontière à Touest et au nord.
« rations interminables d'aventures insignifianlea , et en « courses à la ville ' pour vofr leun amis. Lorsque b « paix de 1783 rendit ces habitante elAisieiis des Ébls- « Unis, an lieu de ntfed du roi d'Espagne qu'UsélalenI, leor < première demande frit celle d'un qi^fcieramMiaïubaf; « et Us eurenttoute la peine poosible à comprendre ce que « tétait qu'une admfaiistration municipale, choisie par eux « et dans leur sein. Aujourd'hui même ils n'ont pua de sajsbi « capables de la former. Us ne veulent pas apprendre noire « langue,etnous,quisommes les maîtres da pays, nom « ne sommes pas foito pour apprendre oeHe d'tone peaplade « de 80 à 90 personnes qui demain se dégoûteront et s*» « iront en Louisiane, etqui feront bien; car nvwlenrpes « d'industrie, ils sont taicapebles de soutenir notre eonev> « renée, €Ae.»
D'après les rédte des Américains et des Canadiott, parefl état de choses a lieu dans les étabHssesBente minob et de la haute Louisiane; le découragement, rapalUe, h misère , régnent également ehet les ooloDa ftnnçaii 4e Kaskaskias, de Cahoklas. de la Prairie te Rocher, de SaiM- Louis , etc. ; la nature du gouvenement y a ooatiftué d'ane part, en ce que le régime, d'abord français, puis espagnol étant purement militaire, roJBder commandant eslunvé ritable aga ou padia, qui donne, vend, ûte à mmpéH privilèges d'entrée, de sortie, d'achat et d'accaparemest de denrées; en sorte quHl n'existe aucune libcrfé, ni de commerce , ni de propriété, et que pour deux on trois nsîsons rièhes , la totalité des habitante est dénuée et pauvre. C'est absolument le réghne tiirt[, an sabre près; car faims à rendre cette justloe aux Espagnols de noa jonn , ^ leur gouvernement n'est pas sangufaiaire comme cl-devanL
D'autre part, les mosun et les habitndea des preoricn colons ont été une cause origfaidle et fondamentale de non-succès et de rahie : soMate dans le principe, en co»trainte de le devenir par lenra guerres avec les voins, ces colons ont été conduite par la nature dee choses à préférer une vie tour à tour agitée et dissipée, i et oiseuse', comme celle des sauvages, à la vie i aetive et patiente des laboureun anfl|lo«D lorsque dans ces dernières «tanées, cenx-ci ont pu sistrodufa« danslesétabttssemente flfinois sur la rive gaache du Mississipi, qui dépendent d'eux, leur indnatrie y a pris un td ascendant, qu'en 5 ou «ans Os sont deveam les aequéreura et les possesseurs de la maicare partie dis villages. Les andens cdhms en détresse leur onê rtaàai vil prix, comme au Poate-Vfaicennes, leun tewtfltt pss> sessions ; et tel a été le progrès de leur supplantatioo, qo*m 1796, te village de Kaskasidas, presque en mm i appartenait à la seulemaiaon E... etque la possédait ailleurs 80,000 acres d'exedlenles te riva droite du Mtasissipi, formiji eqM^iiof Américahis se sont liés avec les plus ifcbes pays, et déjà, par ce moyen, ils sont devenus et propriétaires principaux. D'autre part, te pw espagnol, pourdonner dete valeur à ses terres, ai
* Cest-Jhdlre à la NouveUe-Orléofu, distante de pris et SOOUeucs par le fleure. Au Poste-Vinoennes on dit d*nu hoaat qui va à la Nouvelle-Orléans ^ il va en ville , conune si rb9 était dans le faubourg.