‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 188 sur 230 · LES INDIENS ' OU SAUVAGES · texte numérisé non relu

LES INDIENS ' OU SAUVAGES

DE l'amériqub-hobd,

Suivies d'un vocabuhiire de la langue des Miâmis , tribu établie sur la Wabash.

Mon séjour au Poste- Vincennes me fournit l'occasion d'observer les sauvages, que j'y trouvai rassemblés pour

' Les Américahu, d'après les Anglais, désignent les sauvages par le nom iVIndian, qu'ils prononcent presque indigène : et ils feraient mieux de s'en tenir à ce dernier terme; car il est bizarre d^avoir donné le nom des habitants de Hndus d*abord & ceux de TAmazone , puis de toute l'Amérique; et cela par suite de la méprise de l'un des premiers navigateurs portugais, qui voulant se rendre dans l'Inde, s'écarta si fort à l'ouest, qu'il se trouva au Brésil , a qui , pour se consoler, il donna le nom d'Inde occidentale

Teudre le produit de leur diasse rouge ' ; on portait leur iy)mbre à 4 ou 500 téfes de tout Age, de tout sexe, et de diTenes natiom ou tribu», telles que les Ouyas, les Péowryas, les Sakis, les Piankichas, les Midmis, etc. tous viTant sur la hante Wabash. C'était la première Ibis que Je Yoyais à loisir cette espèce d'hommes déjà derenue rare à Test des Alleghanys : leur aspect fût pour moi un spectacle nouTeau et bizarre. Imaginez des corps presque nos, bronzés par le soleil et le grand air, reluisants de graisse et de ftunée ; la tète nue, de gros cheveux noirs, lisses, droits et plats, le risage masqué de noir, de bleu et de rouge, par compartiments ronds, carrés, losanges; une narine percée pour porter un gros anneau de cuivre ou d'argent , des penddoques à trois étages tombant des oroilles sur les épaules, par des trous à passer le doigt; un petit tablier carré couvrant le pubis , un autro couvrant le coccyx , tous deux attachés par une ceinture de ruban ou de corde ; les cuisses et les jambes tantôt nues, tantôt garnies d'une longue guêtre d'étoffe *i un chausson de peau Aimée aux pieds; dans œrtahis cas, une chemise à manches laiiges et courtes, bariolée ou chinée de bleu , de blanc , flottante sur les cuisses ; par-dessus die une couverture de laine ou un morceau de drap carré jeté sur une épaule, et noué sous le menton ou sous l'autre aisselle : s'il y a prétention de parure pour guerre ou pour (ète , les cheveux sont tressés , et les tresses garnies de plumes, d'herbes, de fleurs, même d'osselets : les guerriers portent autour de Tavant-bras de larges colliers de cuivre ou d*argent, ressemblants aux colliers de nos chiens, et autour de la tète des diadèmes formés de boudes d'argent et de verroterie : à la main, la pipe ou le couteau , ou le casse-tète , et le petit miroh* de toilette dont tout sauvage use avec plus de coquetterie, pour admhier tant de charmes, que la plus coquette petite-maltresse de Paris. Les femmes, un peu plus couvertes sur les hanches , diffèrent encore des honunes, en ce qu'dles portent presque sans cesse un ou deux enftmts sur le dos , dans une espèce de sac, dont les bouts se nouent sur leur flx>nt Qui a vu des bohémiennes et dea bohémiens, a des idées très-rapprochées de cet att^ail.

Telle est l'esquisse du tableau, et je le montre du beau côté. Car si l'on veut le voir tout entier, il faut que j'ijoute que» dès le matin, hommes et femmes vaguaient dans les mes avec le but unique de se procurer l'eau-de-vie ; que vendant d'abord les peaux de leur chasse, puis leurs bijouxy puis leurs vêtements, ils quêtaient ensuite comme des owndiants, ne cessant de boire jusqu'à perte absolue de fiicultés. Tantôt c'étaient des scènes burlesques, comme de tenir la tasse à deux mains pour y boûre à la manière des singes ; puis de relever la tête avec des édats de joie , et de se gargariser de la liqueur délicieuse et funeste ; de se passer le vase de l'un à Tautro avec de bruyantes invitations; de s'j^^er à tue tête, quoiqu'à trois pas seulement de distance ; de prendre leurs femmes par la tête et de leur verser de l'eau-de-vie dans la gorge avec de grossières caresses.

■ Les sanvaieei appellent peau rouge celle de daim, dont la chasse tombe en juillet et aoOt * En anglais, Uguim (J^fit^iàrei ) : les chaussons s'appdient

ÉCLAIRCISSEMENTS

et tous les gestes ridicules de nos ivro^ies de pboe. Tantôt succédaient des scènes affligeantes, comme deptfdreinlement tout sens , toute raison; de devenu* lurieux et slapldes, de tomber ivres-naorts dans la poussière oo dans la boue, pour y dormir jusqu'au kodemalo. Je ne aortaispis le matin sans les trouver par douzaines dans les rues et chemins autour du village , vautrée littéralement avec les porcs. Heureux si, chaque jour, il n'arrivait pas des querdles et des batteries àcoupsde couteaux on de cbssMIIbi qui, année commune, produisent ôix meurtres. Le 9aoM, quatre heures du soir , à vingt pas de moi , on sauvage poignarda sa femme de quatre coups de couteau. Quinze joun auparavant, même accident était arrivé, et dnq aemUaUes l'année précédente. De là des vengeances immédiates ou disshnuléesdes parents et de la femille, causes rcDalssanlcs d'assassmats et de guet-apens. J'avais d'abord eu l'intention d'aller vivre qudques mois avec eux et ches eus, pour les étudier, comme je Pal pratiqué envers les Arabes bédouUis; mais lorsque j'eus vu ces écfanntOlops <k leurs mœurs domestiques; lorsque divers habitants da Poste, qui leur servent d'aubôgistes, et vont truts parmi eux, m'eurent attesté que le droit d'hoqiitalité n^existait pohit chez eux comme chez les Arabes; qu'ils n'avaient ni subordhiation ni gouvernement ; que le plnsgraod chef de guerre ne pouvait, mêmeen campagne, frappa* ai punir un guerrier, et qu'au vUlage il n'était pas obéi par m autro enftmt que le slen;que dans ces villages ils vivaient is»- Jés, pldns de méfiances, de jalousies, d'embûches seerèles» de vindettes hnplacables ; qu'en un mot leur état social était cdui de Tanarchie et d'une nature féroce et broie , où le besoin etla force constituent ledroit et la loi ; que d'aiHeon ne fldsant point de provisions, un étranger était exposé à manquer de tout nécessaire, de toute ressource, je sentis la nécessité de renoncer à mon projet Mon phis vifrqpet fut de ne pas acquérir qudques notions sur leur tengsge, et de n'en pouvoir obtenir un vocabulaire ; livre dont j'avais faidiqué ailleurs ■ l'miportanoe chez les peuples qui n'ont pas d'autres monuments. Le missionnaire dont j'ai parlé, M.rabbéR.... ne me laissa aucun eq>oir à cet égard. Laimême avait tait des tentatives, et avait rencontré des obstacles insurmontables : encore que plusieurs habitants do Poste entendissent la langue de qudques tribus, leor prononciation était si défectueuse, ils avaient si peu d'idées d'aucune règle de grammaire, qu'il lui (ht impossible d'en tirer parti. Il m'en convalnquitdans uneconféreDoe qne voehit avoir avec moi un chef des Ouffas, ancien et constant ami des Français. Nous ne pûmes jamais astreindre l'interprète canadien à traduire littéraleaient el phnse à phrase. —-Il résulta de toutes mes informations sur cette matière, que la personne la plus capalile et prosqtts la seule capable de remptir mes vues était un Américain nommé M. Wds, qui, enlevé par les sauvages à l'Age de treize ans, et adopté par eux, avait appris plnsioBn de leurs dialectes avec les moyens que lui donnait uae bonne éducation assez avancée. Depuis que les sauvs^^ avaient été battus et soumis par le général Wayne ( aoûl 17M ) •

> Voyez la dnqolènie séance de i fessées à réoole normale.

SAUVAGES

TU

M. Web ayait eu la faculté de rentrer dans son paya natal : il servait dans œ moment d'interprète au général Wayne» qui conduaity au fort Détroit» un traité définitif avec plus de 700 sauvages réunis en grand conseil. Tout cela s'accordait fort bien avec mon projet de me rendre par le lac Érié à If iagara : je retournai donc sur mes pas à Louisville, traversai le Kentueky par Francfort, sa capitale; par Lexii^n, qui n'avait pas une maison en 1782, et qui en a près de 500, la plupart en briques bien bâties; de là je me rendis à Cincinnati, où, profitant d'un convoi d'argent qui se rendait à Détroit, je pus commodément , fpr✠au nu^or Svran, suivre la route militaire que venait de tracer Tannée du général Wayne àtraversune forêt de 100 lieues, où nous ne trouvAmes de gîtes que 6 forts palissades, non vdlement construits. L'accueil que me fit ce général me donna lieu de croire que j'avais atteint mon but au delà de mon e^ir; mais le tribut que je payai aux fièvres du payset de la saison me priva de tons mes avantages. H follnt me résoudre à profiter d'un vaisseau unique pour passer le lac avant l'hiver, et revenir à Philadelphie. La fortune capricieuse m'y attendait pour m'y satisûdre à moins de frais : elle y amena, l'hiver solvant ( 1797-96 ), M. Wds, accompagnant un chef de guerre des Miàmis, célèbre ches les sauvages sous son nom de Michikinakoua , et chez les Anglo-Américains sous celui de Petite-Tortue, qui en est la traduction. Il fat l'un de ceux qui contribuèrent le plus à la défoite du général Samt-CUlr en 1791 ; et si Ton eût suivi son plan de ne combattre le général Wayne qu'en interceptant ses convois y il eût également détruit cette armée, ainsi que je l'ai entendu exprimer à des officiers d'un mérite et d'un grade distingués. Après avoûr été un ennemi redoutable aux États-Unis, Petite-Tortue, convaincu de l'impaissance finale de leur résister, a eu le bon esprit de porter sa tribu à une capitulation raisonnable : par un degré d'mtelligence plus remarquable, il a senti la nécessité de la foire vivre d'agriculture au lieu de chasse et de pèche, comme vivent les sauvages. C'était dans ce dessein qu'il venait à Philadelphie solliciter le congrès et la bienfaisante société des Amis ' , de lui procurer les moyens d'exécuter cette louable entreprise. Il avait d'aiDeurs été inoculé de la petit&-vérole dès son arrivée, et il demandait à la médecine, contre la goutte et les rhumatismes dont il était attaqué, des secours que le gouvernement s'empressa de lui procurer. Cet faiddent me présenta une occasion plus tieoreuse que je ne l'avais espérée , en m'offrant non-seulement une bouche interprète pour communiquer mes idées, mais encore une bouche indigène pour me fournir les sons dans toute leur' pureté. Je me fis donc Introduhre

' Vulgairement appelés les Quakers, société dont on a peutêtre trop dit de bien en Europe , et trop de mal aux Ëtata-Unls ( à cause des nègres ) , mais qui , tout bien considéré , me parait la secte reUgiense dont la mocale théorique et pratique est la plus favorable à l'amélioration de la société et de la condition humaine en général. L*on peut dire que tout ce qo*l] y a de bons établissements de bienfaisance, de hons règlements administratUEs en Pensylvanie, est son ouvrage; et il ne lui manque que d'introduire dans son plan d'éducation plus de connaissances physiques, pour mériter d'être Végli$ê de tous les hommes raisonnables. Comment des dévots peuvent-ils appeler pn^/bne l'étude des ouvrages de Dieu?

auprès de M. Wels et du chef sauvage; je leur expliquai mon plan avec sesmoUfo; et ayant obtenu leur agrément, j'employai 9 à 10 séances, dont je pus jouir dans les mois de janvier et de février 1798, à dresser le vocabttlaire que je publie : il fut la base de mon travail; mais par épisodes de conversation , il s'y mêla beaucoup de notes curieuses que je recudllis avec d'autant plus de soin, que les faits venant sans préparation, étaient par cela même moins suspects d'altération, et que l'habitude de me vuk, jointe à ma qualité de Français , diminua dans PetitC'Tortue cet esprit de méfiance et de soupçon que portent les sauvages dans tous leurs discours. Chaque jour, après notre séance, j'écrivis ce qui m'avait paru le plus intéressant ; et ce sont ces observations qui, réunies à celles que dans mes voyages j'avais recueillies des témoins les {dus judicieux, forment ai^jourd'hui le texte que j'ai mis en ordre. Mon dessein n'est pas et n'a pu étro de traiter généralement des sauvages : un td plan serait d'une trop vaste étendue, puisqu'il existe une très-grande difiérenee de genre de vie, d'habitudes et de mœurs, entra les sau» vages de divers climats, des pays chauds ou des pays froids, boisés ou découverts, féconds ou stériles, arides ou baignés d'eau. Je me borne uniquement aux sauvages de l'Amérique du nord, avec l'intention de fournir, dans cette question obscurcie par des paradoxes, le contingent de mon témoignage sur ce que j'y ai vu et reconnu de plus certain et de mieux prouvé en faits. Je suppose môme que mon lecteur n'est pomt novice en cette matière, et qu'il a lu les rdâtions des voyageurs qui, depuis 40 ans, ont visité et décrit ces contrées '.

Notro premier entretien débuta par des renseignements sur le climat et le sol des Èliâmis. M. Web me dit que cette tribu vivait sur les branches nord de la Waàoêh; que son langage se parlait chez toutes les peuplades ré-

> Tel est le capitaine Carver, voyageur en 1768, dont nous avons une bonne traduction en 1784, un vol. In-H». L'auVeur parait avoir été un peu crédule et très-vaniteux ; mais malgré son penchant pour les sauvages , qui avaient flatté sa vanité , on voit dans ses récits de la droiture et de la bonne foi. Les aveux quil fait de son peu d'instruction , et de son incapacité à rédiger une grammaire et un dictionnaire sauvage , me font beaucoup douter qu'il soit le rédacteur de son ouvrage, et je pense que ce service lui a.été rendu par son éditeur, comme il est arrivé chex nous à un autre voyageur connu.

Un second voyageur est Jean Long, Anglais, commis et facteur pendant 20 ans dans la traite des pelleteries du Canada : il a publié ses voyages in-4* en I79I : ils ont été traduits et publiés in-S" en I70S. n est fâcheux que le traducteur se soit permis de supprimer les vocabulaires pour quelque économie de librairie. Cet ouvrage mérite réimpression avec corrections, car il est le plus fidèle tableau que Je connaisse de la vie et des mceurs des sauvages et des trafiquants canadiens.

Un troisième est Bernard Romans.

Un quatrième est UmfreviUe. le ne parle point du livre d'Adair sur les Creeks et les Chérokls , parce que , à quelques faits Yrals, il a mêlé une foule de faits altérés ou faux , dans l'Intention de prouver que les sauvages descendent des Juifs. Cette extravagante idée, qui d'ailleurs lui est commune avec plusieurs missionnaires, ne l'a conduit qu'à faire envisager sous un faux jour tout ce qui appartient aux sauvages. Ce n'est qn'ayec de saines notions sur la nature de l'entendement humain , sur sa marche , et sur tous les principes qui gouvernent et modifient l'homme de la nature , que l'on peut bien étudier et suivre l'histoire des nations.

ËGLAIRGISSEMENTS

landues le long de celte rivière jusque Ters le lac de Hi* diigan, telles que les Ouyas, Péouryas, Pianklehas, Poteouatamis, Kaskaskias, et les Indiens de la longue Ue; qu'il a beaucoup d^affinité avec celui des Chipéwas, des Outaouas, des ChaûnU, qui ne diffèrent que comme dialectes; mais il est tout à fait distinct du Dekumaise; le son nasal est fréquent dans le MlAmi, et je crus à la première fois entendre du turc M. Wels m'ajouta que leur pays était partie boisé, partie en prairies, er sensiblement plus froid que le Poste-Yincennes. Ayant quitté ce dernier lieu après un dégel complet, il avait retrouvé la même neige 50 lieues plus nord, sans avoir remarqué d'élévation montueuse dans le terrain. L'air à Philadelphie lui semblait moins piquant. Les vents régnants aux Miâmis sont presque les mêmes qu'à la côte Atlantique; en hiver nord-ouest rapide, dair et tranchant; rare et doux en été. Alors domine le sud-ouest chaud, nuageux, qudquefois orageux. Le sud est le grand pluvieux; le nord, le grand ndgeux en hiver, mais en été clair et doux. Le sud est rare, le nord encore plus. Le sol est fertile, le mais plus beau, la chasse plus abondante que sur toute la côte Atlantique. Aussi les naturds, surtout les Poteouatamis , sont-ils une race grande et belle ( et moi-même j'en .puis dire autant des Chaûnis du fort Miami, dont les femmes m'ontétonné par leur taille, mais nullementpar leur beauté). Pendant ce temps, j'avais observé Petite- Tortue, qui faute d'entendre l'anglais ne prenait pomt part à l'entretien ; il se promenait en s'épilant les poils de la baibe, et même des sourdls; il était vêtu à l'américame, en habit bleu , pantalon , et chapeau rond. Je lui fis demander comment il se trouvait de cet habillement si différent au sien : « L'on est d'abord gêné, dit-il; puis l'habitude vient, et « comme cda garantit du froid et du chaud, on le trouve

• « bon. » Il avait retroussé ses manches ; je fus frappé de la blancheur de sa peau entre le pli du coude et le poignet. J'y comparai la mienne; die n'en différait point. Le bêle avait bruni le dessus de mes mains autant que les siennes, et nous paraissions tous deux avoir wie paûre de gants. Je trouvai sa peau très-douce an toucher; en tout, la peau d'un Parisien. Alors s'engagea entre nous une longue discussion sur la couleur des sauvages, cette couleur dite de cuiyre rouge, que l'on prétend leur être innée comme le noir aux Africains, et les constituer une race distincte. Les Ikits résultants de cette discussion furent : « Que les sau* « vages se désignent eux-mêmes par le nom d'hommes rou- « ges; qu'ils estiment, comme de raison, leur couleur plus « que le blanc; que cependant ils naissent blancs comme « nous ' ; que dans l'enfance ils sont tels * , jusqu'à ce qu'ils « aient été brunis par le soleil et par les graisses et les sucs « d'herbes dont ils s'oignent; que les femmes même ont « toujours blanche la portion de la ceinture, des handies « et des cuisses , qui ne cesse pas d'être couverte de vête- « ments; en un mot, qu'il est radicalement faux que cette « couleur, prétendue cuivrée, soit muée, ni qu'dle soit la « même pour tous les indigènes de l'Amérique du nord; « qu'au contraire elle varie de nation à nation , et qu'elle est

• un de leurs moyens de se reconnaître. »

« Le nègre aussi; mais il noirdt dans les 24 heures. * C«t oe que dit Oldmixon , tome I , page 286.

J'observai que M. Wds , qui vit depuis qolme i ^

chez eux et comme eux, avait leur tdnt et noo celm des Américains; et quant à la vraie nuance de ce tdnt, die m'a paru couleur de soie ou de jambon fumé, nettoyé et luisant, parfaitement seniblable an teint de nos paysans de la Loire et du bas Poitou, qui, conmie les sauvées, vivent d'un air chaud et un peu marécageux; semblable encore au tdnt des Espagnols andalous. Sur cette remarque que je conmiuniquai, Petite-Tortue i^pondit : « J'ai vo « des Espagnols de Louisiane, et n'ai trouTé eotie eux « et moi aucune difiérenoe de couleur; pourquoi y en ao- « rait-il ? Chez eux oonome chez nous , die est roavragedu « /»ère des cov/eurf, le soleil qui nous brûle. Toos-même, « blanc8,comparezlapeau de votre visage à ceUe de votre « corps. » Et cda me rappela qu'au retour de TorUe, quand je quittai le turban, une moitié de rnoo Ihnt audessus des sourdls était presque bnmzée, tandis que l'antre près des cheveux était blanche comme le papier. Si, comme la i^ysique le démontre, il n'y a de couleur que par h lumière, il est évident que les diverses coulears des peopies ne sont dues qu'à diverses modifications de ce fluide avec d'autres déments qui agissent sur notre peau, et qui même la composent Tôt ou tard il sera démontié que le noir des Africains n'a pas d'autre origine '.

Les traits de Petite-Tortue me frappèrent par leur ressemblance avec ceux de cinq Tartares chinois qni étaient venus à Philadelphie, à la suite de l'ex-ambassadeur hdlandais Vanbraam. Cette ressemblance des Tartar«s avec les sauvages de l'Amérique du nord a frappé tons ceox qui ont vu les uns et les autres; mais peut-être s'est-on tivp pressé d'en induire que ceux -d sont originaire d'Asie. Comme les sauvages ont des idées de géographie, je communiquai à Petite- Tortue nos systèmes snr cette question ; et pour les lui taae mksax entendre, je lui portai une mappemonde comprenant la partie orientale d'Asie et le nordouest d'Amérique. Il reconnut fort bien les lacs do Canada, Michigan , Supérieur, et les fleuves Ohio, Wabash , Blississipi, etc. ; il examina le reste avec une curiosité qui me ptoora la nouveauté du siqet pour lui. Mais l'astoce d'an saavage est de ne jamais marquer de surprise. Quand je Im cas exjdiqué les moyens de oonununication par le détroit do Baring et par les tles Aléutiennes : « Pourquoi, me ditO, « ces Tartares, qui nous ressemblent, ne seraieDt-ils pas < venus d'Amérique? y a^t-il des preuves du contraire? ou « bien pourquoi ne serions-nouspa&nés chacun chez nous ? * El en effet , ils se donnent une épithète qui signifie né du sol» (Metoktheniaké). Je n'y vois pas d'objection, lui dis-je; mais nos robes noires ne veulent pas le permettre'. 11 y a seulement la difficulté d'imaginer oomment les rans quelconques ont commencé, n me semble, dit-il en soo-

< Chaque Jour de nouveaux fdta, en apparenee bizanfs, viennent fournir de nouveaux moyens de solntkxi; l'ai da plus remarquables est le cas du N^e virgbUeo, appelé iTacry Mou, originaire du Congo, troisième géoératioa, lequd, dans l'espace de 6 à 7 ans, est devenu homme blanc, à dieveux longs , lisses et chAtains , comme un Européen : c*cst lui dont Uancourt parle, tome Y, page I9«. l'ai vu i verbal authentique de sa transmutation de peau.

' Le A est Jota, et le M a la valeur anglaise.

^ C'est ainsi qu'ils désignent les missionnaires.

SAUVAGES

riâut, que (^est tout anssl obscor pour les robes noires qae pour nous.

J'ai dit que ces saarages d'Amérique ressemblent tux Tartares; mais pour que cette asserlioii ait tonte sa prédsion, il est nécessaire d'y fiûre une exception; car les Eskimaax qui habitent le nord fers la mer Glaciale, ne sont point Tartares; et la race d'hommes aux yeux gris qui peuplent l'archipel de Noutlca-Sund et tous les rivages adjacents , sont également une race distincte. C'est à celle qui habite le reste du continent, et qui forme l'ûmnense nujorité, qu'appartient le caractère tartare; et id Je mets encore les Kalmouka à part, car les sauvages n'ont pas, comme eux, le nés écrasé, ni toute la flice aplatie. En général , leurs traits sont : un visage triangulahre par le bas et presque carré par le haut ; le front bien pris ; les yeux très-noirs , enfoncés, vi&, plutôt petits que grands; les pommettes des joues un peu saillantes; le nez droit ; les lèvres plutôt fines qu'épaisses; les cheveux noirs jais, lisses, plats, sans aucun exemple d'un blond ; le regard soupçonneux et décelant un fond de férocité. Telle est en génécal leur physionomie, qui se modifie ensuite selon les peuplades et les indifidus. Au Poste-Vinoennes et au Détroit, je remarquai beaucoup de leara figures, qui me rappelèrent celles des fellahs d'Egypte, et même de plusieurs Bédouins : outre la couleur de la peau, la qualité des cheveux et plusieurs autres traits, ils ont cela de commun avec les uns et les antres, que la bouche est taillée en requin, c'est-à-dire, lescôtésplusatiaissés que ledevant, etque lesdents, petites, blanches, et très-bien rangées, sont algues et tranchantes comme celles des chats et des tigres '. La raison naturelle de ces formes ne serait-elle pas leur habitude de mordre à plein morceau, sans jamais user de couteau? Cette habitude donne évidemment aux muscles une attitude qu'ils finissent par retenir, et cette attitude finit aussi par modifier les solides. En partant de cette idée, la ressemblance destraiU entre des peuples, surtout sauvages, très-distants, n'est pas une preuve d'origme ou de parenté aussi certaine qu'on vent le dire; car il pourrait très-bien arriver que ce fût l'analogie des influences du dimat, du sol, des aliments, des habitudes, en un mot, de tout le régime, qui fût la cause de la ressemblance des corps et des physionomies. Je ne dis rien de leurs feoomes, parce que leurs traits ne m'ont point paru difTérents. Je ne m'oppose point d'aiUeurs à ce qu'il yen ait de jolies, ooname le prétendent quelques voyageurs. En voyage , l'appétit donne souvent du goût à des mets que l'on trouverait msipides ailleurs. Je dirai très-peu de chose ausn de l'usage qu'a la tribu des Chaelés, de donner an crftne des enfants nouvellement nés la forme d'une pyramide tronquée , en pressant leur tète encore molle avec un moule fiiit de petites planchettes : cette bizarre pratique est « efficace, que la nation entière est reconnue à sa téteplaie , qui est devenue son ^tbète.

Qudques écrivains même de mérite ont prétendu que tons les sauvages se ressemblaient si fort, que l'on avait peine à les distinguer les uns des autres. Sûrement ces écrivains diraient aussi que tous les nègres et tous les moutons se ressemblent; mais cela prouve seulement qu'ils n'y

* Anssl percent-elles si fadlement aux enfants , quMIs n'éjwouvent Jamais de maux de dent».

ont pas regardé de si près que le berger et le mardiand d'esclaves. « De nation à nation, me dit Petite-Tortue, « nous nous reconnaissons au premier coup d'oeil :1e visAge, « la couleur, la taille, lesgenonx, les jambes, les pieds sont « pour nous des indices certains ; lapistedlstmgue non-sett- « lement les hommes, les femmes et les enlknts, mais en- « core les peuplades, Vous autres blancs, vous êtes fhtp- « pants avec vos pieds en dehors : nous les portons tout « droits pour trouver moins d'obstades dans les broussaO- « les. Quelques peuples les portent plus en dedans , ont le « pied plus laige, plus court, appuient plus du talon, ou de « l'orteil, etc. »

Ce sont sans doute les mêmes écrivains, ou de semblables , qui ont accrédité dans le monde l'erreur que les sauvages n'ont pofait de barbe : il est vrai qu'ils n'en montrent point ; mais c'est parce qu'ils prennent un soin particulier, contmud , presque supôrstitieux , de se l'arracher et de s'épOer tout le corps. C'est le témoignage unanûne de tous les Toyagenrs qui les ont bien observés, tels que Bernard Romans, Carver, Jean Long, Umi^viUe, etc. : l'auteur du BriUshrEmpire qui, en 1707, écrivait sur la foi des meilleurs témoignages, Oldmixon dit, tomel, page 286 : « Les « Indiens n'ont point de barbe, parce que pour l'extirper « ils usent de certaines recettes qu'ils ne veulent pas cornac muniquer. » L'expérience a fhit connaître que ces recettes étaient de petites coquilles avec lesquelles ils la pincent : depuis qu'ilsont connu les métaux , ils ont imaginé de rouler un fil de laiton sur un bois rond , de la grosseur du doigt, et d'en fiiire une spirale ou boudin à ressort, qui saisit entre ses plis et arrache une quantité de poils à la fois. 11 est inconcevable que le baron Lahontan chez nous, et lord Kaims chez les Anglais, aient ignoré ou nié un fait si général; mais il est tout simple que le paradoxal docteur Paw se soit emparé de cette anomalie pour en étayer l'édtfioe de ses rêveries. Petite-Tortue et M. Wels ne me laissèrent aucun doute sur cette question : le premier s'amusait sans cesse à s'arracher môme les poils des sourcils, comme les Turks s'amusent à rouler leur barbe. Il ne serait pas étonnant que cet exerdce , continué sur plusieurs générations , affaiblit les racines de la barbe. Quant aux poils du corps, j'ai yu moi-même à plusieurs sauvages, ceux des aisselles loqgs et droits à m'étonner. Serait-ce parce qu'étant exposés à l'air, ils croissent plus en liberté? cette idée d'arracher la barbea-tpelleeu pour cause première l'intention d'ôter à l'ennemi une prise dangereuse sur la figure ? Cela me semble probable.

L'on vante arec raison la taille dee sauvages : elle est en gâiéral svdteetbien prise, plusgrande, plus forte chez ceux quiontunsolaiTOsé et fertile comme ceux de la Wabash; plus mince , i^us courte chez ceux qui ont un mauvais sol , eomme tousœux du Nord, passé le 45®. Mais si l'on ne voit jamais parmi eux ni boiteux, ni manchot, ni bossu, ni aveugle, avant d'en tirer des inductions trop favorables pour leur gi6nrodevle,il est bon d'observer que tout siqet né fîaible périt nécessairement de bonne heure par l'effet des fatâgues : il anivemèmequelesparentsdélaissentou détruisent l'enfant mal conformé, qui leur serait à charge. Ainsi la loi de Lycurgue à Sparte «e trouve en activité chez les sauvages, non par transmission ou communication, mais par identité

de ciroonstanoes; paroe que chez les peuples paiiTres, ftiUes et toi^iin en guerre, il n'y a pas de supôllu pour nourrir des bras inutiles. C'est par la suite de cette pau- Tieié que chez beaucoup de sauyages, parti cuUèrement au nord du lac Supérieur, quand les vieillards deviennent à charge, an les envoie vivre dans l'autre climat, c'est^ ^dîre qu'on les tue, comme il se pratiquait chez des sauvages de la mer Caapiome et de la Scythie, selon le rédt d'Hérodote. Et pour prouver combien est misérable la vie sauvage, c'est eux-mêmes ordinairement qui demandent à cesser d'exister. Si par accident de maladie ou de guerre un sauvage est mutilé , c'est un homme perdu. Comment un invalide pourraitril résister à un ennemi muni de tous ses membres? comment pourrait-il diasser, pèdier, se procurer une subsistance quelconque , que perscmne, à défaut de lui-même , ne lui donnera ? Car chez eux personne n'a et ne peut avoir de réserves, et dans ce genre de vie, chacun est réduit à ses propies moyens casueis et variables. Par ces mêmes motifo, l'on ne voit chez eux ni hernies, ni maladies chroniques : « Sois fort on meurs, » semble leur dire la natnre sauvage qui les environne, et qui dans sa dureté ne laisse pas même l'égalité du choix, puisqu'eUemême souvent rend les obstacles plus grands que la force.

L'on a aussi vanté la santé robuste des sauvages : sans doute l'habitude de toute intempérie donne à leur constitution une vigueur que l'on n'attend pas de la vie eflémlnée des cités; mais pour apprécier leurs avantages à cet égard, il faut observer que leur manière de vivre les soumetà des hrégularités et à des excès incompatibles avec une santé constante et un tempérament vraiment robuste. Baissant la vie agricole, sédentaire et captive , préférant la vie vagabonde et aventurière de la chasse et de la pêche, ils n'ont et ne peuvent avoir de magasins ni de provisions durables : par conséquent ils sont exposés à de dures alternatives de fiunhie et de satiété : quand le gibier abonde, quand ils peuvent chasser sans crainte de surprise, c'est un temps de jouissanoe et de gloutonnerie; mais lorsque le gibier manque plusieurs jours de suite, comme il arrive chaque hiver, ou qulls n'osent s'écarter de cramte de l'ennemi, alors ils sont souvent réduits à vivre comme des loups, d'éooroes d'arbres ou de bulbes terrestres. Us ont bien imagmé, et je crois depuis peu de temps, de sécher les viandes et de les réduire en poudre très-fine; mais jamais ces secours ne sont capables de durer toute une saison. Qu'après de violents jeftnes , il leur tombe une proie , un daim , un ours , un bison , ils s'asseyent dessus conune des vautours, et ne cessent de dépiécer et de dévorer le cadavre, jusqu'à ce qu'ils tombent suffoqués d'aUments. Cet usage en fiiit des guides intraitables dans tout voyage régulier. Ce qu'en de telles oocasimis leur estomac engloutit, serait une chose incroyable, si des témoignages authentiques et nombreux n'excluaient tout doute : 0 est notoire sur toutes les frontières que deux sauvages alEunés feront aisément, en un seul repas, disparaître un daim tout entier, et ne seront pas encore rassasiés. Cela rappelle ces héros de la guerre de Troie, qui dévoraient des agneaux et des moitiés de veaux ; et cela nous prouve que ces héros n'étaient que des sauvages vi-

ÉCLAIRCISSEMENTS

vant dans des droonstanees semblables. Or de tek excès ne peuvent manquer de produire des désordres de santé : aussi est-U maintenant constaté que les sauvages sonl Bidets aux maux d'estomac, aux fièvres bilieufles, aux intermittentes , aux phthisles et auz pleoiésies. Les lectures et les luxations ne sont pas rares chez eux ; mais ils les remettent assez bien. Les rfaumaUsmes les ftiligueraient davantage s'ils n'avaient pas l'usage des fumigations, an moyen des cailloux ardents. L'mi sait les ravagea qn*exa«e la petite vérole, sans doute par l'obstacle qu'oppose à l'éruption une peau endurde. M. Jefferson tour pracurtn un bienfait fanmense en leur faisant enseigner l'art de la vaccine , ainsi que l'ont publié les journaux. Depuis quelques années, des missionnaires quakers et moraves, qai ont succédé aux jésuites , nous ont appris que les Iribos converties par oeux-d étaient devenues plus robustes, portaient de plus lourds fardeaux, étaient moins aoQvent malades; et ils ont très-bien vu que la raison en était le régime plus régulier, la nourriture plus égale, auxquels on les avait assujettis. Un autre fait également notoire, est qœtovt Eoropéen qui s'est adonné àla vie sauvageest devenu pins fhrt, en a mieux supporté tous les excès que les sauvages mêmes. La supériorité des Virginiens et des Kentodu>i8 sur eux a été constatée, non-seulement de troupe à troupe, nais d'homme à homme dans toutes les guerres. Je ne citerai pas, en preuve de fMblesse, le battement du pools, que M. le docteur Rush prétend être plus lent ehei les saavages : car dans le même temps et sur les mêmes Individus, M. le docteur Barlon n'observait rien de semMabie; etlepoulsdei¥<ife-7br(ifem'aparu tootàfiOCseoiblaUe au mien. Je ne dterai pas non plus la faiblesse de kon appétits vénériens, paroe qu'elle tient à une cause tout à fSftit différente. C'est par prindpe, par néœssilé de conservation, que le sauvage est coothient et presque chaste : la moindre perte de ses fbrces par la débaucbe, pourrait lui coûter la vie dès le lendemain, en diminuant aea gwyens de défense ou de résistance dans une attaque de la part des hommes ou de la nature.

En traitant des inconvénients de la vie sanvige. Je demandai à M. Wds s'fl était vrai que beaneoup de htamcs h préférassent, et pourquoi ils la préféraient à la vie que nous appelons dvihsée. Sa réponse, qui fut tague et détaillée, s'accorda avec font ce que j'ai appris en Kentody, au Poste-Vmœnnes et à Détroit, de personnes aenséesct eiqiérimentées. Le résultat unanime des ftits est « que ht Canadiens , c'est^nliro lesang fkançais , fooniasent pies deces sqjets que les Américains, c'estè-diro qne k sMg allemand et anglais. Ces derniers ont pour les aanvags une antipathie naturelle, que les emautés des Indiens sur les prisonniers ont enooro exaltée. Les Anglo-Américains répugnent à mêler leur sang avec les samvagesses, tandis que pour les Canadiens c'est vue friandise de libertioage. Néanmoins, le goAt de la vie aanvagea moins lieu chez les hommes fUts que chez les jenaei gens au-dessous de 18 ans : parmi les Américains, onalà seulement s'y attadient, qui ont été enlevés prisonniers en bas Age; parce que l'excessive liberté qn'eUe leur procure pour s'amuser, jouer et courir, plaît bien ph» « aux enfants que la contrafaite des écoles dms les I

SAUVAGES

« et que les punitioiis que Ton y inOlge à leur paresBe.

• L'enfance, comme Ton sait, ne respire que dissipation et i^ désœuvrement 11 fout des années pour lui foire contrac- « ter l'habitude du travail et de l'étude; il ne fout que « quelques jours de congé pour lui donner celle de l'Inde- « pendance et de l'oisiveté. H parait que ce sont là les « deux penchants naturels de l'Iiomme auxquels il revient « machinalement Quant aux adultes, surtout Américains, « pris et adoptés par les sauvages , presque aucun ne peut « s'habituer à leur vie : moi-même , dit M. Wels, quoique « emmené à l'Age de 13 ans (il m'a paru en avoir 32), puis « adopté , bien traité , jamais je n'ai pu perdre le souve- « nlr des jouissances sociales que j'avais déjà goûtées. A « l'égard de ceux qui de plein gré passent chez les sau- » vages, et la plupart sont des Canadiens, œ sont en «général de mauvais sujets, libertins, paresseux, de « tempérament violent ou de peu d'intelligence. L'espèce « de crédit qu'ils acquièrent chez les sauvages flatte leur « amour-propre, en même temps qu'une vie licencieuse

• &Yec les spaws on sauvagesses séduit la passion domi- « nante de leur fougueuse jeunesse; mais lorsqu'ils vieil- « lissent, réduits à l'extrême misère, ils ne manquent « presque jamais de se rapatrier, déplorant trop tard leurs « écarts. Parmi nous, dit M. Wels, pour peu que l'on « ait d'industrie , l'on se procure au présent une vie oom* « mode, et l'on se prépare pour l'avenir des douceurs dont « la vieillesse foit sentir tout le prix. On crée une ferme, « on élève des enfants qui, lorsqu'on est impotent , vous « closent doucement les yeux. Dans l'état sauvage, au « contraire, toute jouissance se borne à boire, à manger « ( encore pas tongours ) , à chasser; toute carrière d'am- « bition se réduit à èlre un grand guerrier, célèbre chei « ô ou 600 hommes. L'Age vient, les forces baissent, « la considération décline, et l'on finit par les infirmilés, « le mépris, l'extrême misère, et la nécessité ou le « besoin de se fohre tuer. Lindien n'en peut jamais em- « ployer un autre à son service : cbei eux , obéir et servir, «même de bon gré, est une sorte d'opprobre réservé aux « femmes. Un grandgnerriernedoit rien foire que combattre «et chasser. Les femmes portent tout le fardeau du nié* «nage, dulabourage,s'ilyena,eten voyage du trans- « port des enfonts et des ustensiles. Ce sont littéralement « des bêtes de somme. Elles n'héritent pas même des maris: « que demain Petite-Tortue retourne diez lui et meure , « tous les présente qu'il a reçus, habits, chapeaux, colliers, « seront partagés, presque pOlés; rien ne passera à ses « enfonts. C'est un usage de sa tribu, commun à bien « d'autres .vivante, ils ont la propriété de leun meubles, « armes et bqoux ; mais comme à leur mort leure couteaux, « lenra pipes même ne passent point aux enfonte, l'on « peut dire qu'ils n'en ont que l'usufruit Encore moins « connaissent-ils de propriété foncière en maisons et en « terres : ainsi toute l'ainbition du sauvage est concentrée « dans un petit cercle de besoins , plutôt défensifo qu'ex* « tenseurs de son existence. Cette existence, sans cesse « menacée, est elle-même concentrée au présoit La pos- « sibilite de périr à tout instant e^t la plus constante, la « plus radicale des pensées du sauvage; il use de la vie

• comme d'un meuble prêt à se briser è toute heure par

«la foule des aoddente qui l'entourent Familiarisé dès « l'enfonce avec cette idée, il n'en est point affecté : c'est « la nécessite, il s'y résigne ou il la brave. Mais par une « conséquence naturelle, il n'est attaché à rien an monde « qu'à ses armes, et peut-être à un compagnon ou ami, « qui est pour lui un moyen additionnel de défense et de « conservation. 11 caresse ses enfonte, comme tout animal «caresse ses petite. Quand il lésa ballottés, embrassés, il « les quitte pour aller à la chasse ou à la guerre sans y « plus penser ; 11 s'expose au péril sans s'inquiéter de ce « qu'ils deviendront : ils lutteront contre te sort, contre la « nature ; ite mourront jeunes ou vieux, peu importe, puis- « qu'il fout qu'ils meurent Aussi te suicide n'est-U point « rare parmi eux ; ils se tuent par dégoût de la vie, quel- « quefois par dépit amoureux, par colère contre un grand «affront qu'ils ne peuvent repousser. Ils vivent tout en « sensations, peu en souvenin , point en eqtéranoes. S'ite a sont bien portante, ils folâtrent, dansent et chantent : « s'ils sont malades ou fotigués, ils se couchent, fument « et donnent ; mais comme très^ouvent leur repos et leun « alimente ne sont point à leur disposition, il est difllcite « de voir là de la liberte et du bonheur. »

TeUe fut ce jour-là la substance de notre entretics, qui me frappa d'autant plus, qu'il était te résultet d'une expérience de 12 à 15 ans. Je voulais, par contre-partte , m'infermer desmotifoqui empêchent les sauvages de s'étaUlr chez les blancs, et qui ont déterminé en plusieure rencontres ceux que l'on y avait élevés à préferer teretoor à leura habttndes natives; te temps et |a convenance me manquèrent; mais peu de jours après je fus plus heureux , et ce fut PeUtô' Tortue lui-même qui m'en développa les rai-

Des quaken étaient venus lui foire visite, et entre diverses offres de service, ils lui proposèrent de rester aussi longtemps qu'il voudrait, même pour toiyoun, l'assurant qu'il ne manquerait de rien. Quand ite furent partte, je fis due à Petite-Tartuê : « Vous connaines ces gens-là; ite « offrent peu et rarement, mate quand ite offrent, on y « peut compter. Qui vous empêcherait de rester chei les « blancs? M'êtes-vous pas mieux ici que sur la Wabash? • n ne se pressa point de me répondre, seten te caractère froid et réservé des sauvages. Quand il eut un peu rêvé en se promenant et s'épitent, voici ce qu'il me dit : « Oui, je «mesute asseï bien habitué à tout ced; ces habite sont « chauds et bons à ma goutte; ces maisons garantissent « bien de te pluie, des vente, du soleil; on y a sous te « mam tout ce qui est commode; ce marché ( celui de te « rue Seconde était sous tes fenêtres ) fournit tout ce « qu'on désue, et l'on n'est pu obligé de courir après te « daim dans tes bois. Au total, cete vaut mieux que ches « nous; mate ici, moi, je me trouve sourd et muet Je ne « parte pas comme vous; je n'entends et ne pute me foire « entendre.—- Quand je vate dans les n^s, je regarde eha- « cun dans sa boutique occupé à un travail. L'un folt des « souiien, l'antre des chapeaux, l'antre vend de te toile, « et chacun vit de ce travaiL Jemedcmande : Que sais-tu « faire de tout cete? Rien du tout Je sate foire un are, « une flèche, prendre du poisson, tuer du gibier, aller à « la guerre; mate de toutes ces choses aucune ne sert id.

ÉCLAIRCISSEMEPOS.

« A|kprendre celles qne l'on y tût seittit long, difficile, inoer- « tain. L'Age irient; si je restais avec les blancs, je serais « lUMueuble inutile tM\ miens, inutile aux blancs et à moi. « Que fait-on d'un meuble inutile? II &ut retourner chez « moi. »

Ce peu de mots bien analysés, contient la solution du problème. Pour toute transplantation, la langue est un obstacle majeur; car vivre dans un pays sans y pouvoir converser, est un état insupportable; apprendre cette langue est un travail d'esprit long et péniUe. Longtemps après qu'on la parle , s'énoncer avec correction et à volonté est encore une difficulté sentie à chaque instant, et qui à chaque instant décourage. Cet obstacle vaincu, et il ne l'est jamais bien que par la jeunesse, il en reste trois autres puissants : 1* l'impression des habitudes premières de l'enfaiioe, dont l'effet est td, qu'après bien des observations, il me parait certain que dès l'Age de cinq ans le système moral d'un homme a pris la direction et le pli qu'il conservera toute sa vie. Il y a développement selon les drconstances, mais il ne se produit rien de neuf dans le caractère; tout part d'un même fond; 2** la privation des parents et des amis, dont la fréquentation est un lien physique et moral; 3** l'échafaudage de travaux et de peines qu'exige notre état social de la part d'un sauvage , sans compter la difficulté physique de se soumettre h la vie contrainte et captive de nos cités, et de renoncer à ses habitudes insouciantes et vagabondes. Ces hommes sont réellement dans l'état des oiseaux et des animaux farouches, que l'on n'apprivoise jamais quand on les prend adultes. Les missionnaires ont fort bien senti cette vérité , et ils conviennent tous qu'on ne civilisera les sauvages qu'en commençant leur éducation dès l'enfance , dès la naissance, et en les prenant pour ainsi dire dans le nid, comme les petits oiseaux que Ton appelle niais. Ce penchant vers l'indépendance, qui est celui de la paresse et de l'oisiveté, est si naturel, que Ton a fait aux États-Unis l'observation suivante, savoir : que, parmi les artisans émigrants de l'Europe, tous ceux qui n'ont pas assez de moyens intellectuels pour se procurer de bons établissements dans les villes, se hAtent, sitôt qu'ils ont gagné une petite somme, d'acheter des terres dans l'hitérienr, où elles sont à un demi-dollar ou un quart de dollar l'acre, pour s'y établir propriétaires libres; et parce que bientôt fls trouvent fort «hire la vie d'abatteurs de bois, ils y mêlent la vie de chasseur et de pécheur, c'estnà-dire , qu'Us deviennent demi-sauvages; mais de quel prix paye-t-on cette liberté sauvage? Nous en avons déjà quelques échantillons ; continuons d'en examiner les détails.

« Petiie-Tortue, me dit M. WeU, a toute raison de « penser oonune il fait; s'il tardait de retourner chez lui , « 11 perdrait son crédit parmi ses compatriotes. Déjà ce « n'est qu'avec bien des ménagements qu'il peut le con- « server. En arrivant, il fhudra qu'il reprenne d'abord le « costume et les usages indiens; qu'il ne dise pas trop de « bien des nôtres , de peur de choquer leur orgueil, qui est « extrême. Dans ces villages, la jalousie de chaque guerrier, n dediaquesauvage, rend la situation deschef^aossi délicate « quecelled'unchef départi dansl'étatleplusdémocratiqu^ « et le leur est en effet une démocratie extrême et terrible.

« Cet homme a chez lui de bons vêtements, du thé, du « café; il a même une vache; sa femme fUt du beurre; « mais il se garde d'user de ces douceurs, il les réserve « pour la réception des étrangers blancs. Dans les premiers « temps où il eut une vache, elle lui fut tuée de nuit,mé- « chamment , et il dut feindre de ne pas connaître rauleor, « et de la croire malade. » Quoi I repris-je avec Tair de Tétonnement, est-ce que ces hommes de la nature connaissent l'envie, la haine, les basses vengeances? Noos stodi chez nous de brillants esprits qui assurent que ces passîoof ne naissent que dans nos sociétés dviliséea. — Eh bien! répondit M. Wels,qu"û& viennent passer trots mois chez les sauvages , et ils s'en retourneront convertis. Alors fl me confirma tout ce que j'avais appris au Poste -Vincennes et en Kentucky , de la vie anarchique et tracassière des peoplades, soit errantes, soit sédentaires. H m'observa quekt vieillards assemblés n'avaient aucun pouvoir ooêrcitif sur les jeunes; que le premier jeune guerrier mutin ou superstitieux pouvait en un matin ameuter une Jeunesse toujours turbulente, parce qu'elle est oiseuse, et déterminer use guerre qui compromettait toute la peuplade ; que de ids accidents n'avaient pas seulement pour cause l'ivresse, et par conséquent le commerce avec lesblancs , mais des idées superstitieuses oonununes à tous les sauvages , et une certaine faïquiétude d'esprit et de corps , une soif particulière de sang tenant de la nature des tigres et des bêtes féroces, n me donna des détails curieux sur toutes les petites tracasseries de village et de voisinage , sur tes grandes et fortes animositésqui en résultaient, ainsi que sur les haines îm placables pour le moindre alîhmt et sur les vindettes on vengeances de talion pour toute mort ou mutilation. J'en avais eu un exemple saillant sous les yeux ao fort MiAmi, dans la personne du chef célèbre Blue-Joekey ; ee sauvage s'étant enivré, en rencontra un autre à qui U gardait haine depuis 22 ans. Se voyant seul , il profita de l'oocasian, et le tua. Le lendemain, toute la fkmille en armes de demander sa mort Il vmt au fbrtMiAmi trouver le capitaine Marshal, commandant, de qui je tiens le fait, et H Id dit : « Qu'ils veuillent me tuer, cela est juste; mon cisar « a éventé son secret; la Hqueur m'a rendu fim, mût n tuer mon fils, comme ils en menacent , cela n'est pas K juste. Père, voyez si cela peut s'airanger. Jeleur douMvai te tout ce que je possède : deux chevaux,mes bqoax d*Qret « d'aigent ; mes plus belles armes, excqrté une paire. Slli « ne veulent pas accepter, qu'ils prennent Jour et lieu, je « me rendrai seul, et ils me tueront »

Cette loi du talion se trouve chez tous les peuples bsrbares, c'esVà-dire sans gouvernement régulier, parce qu'à défiuit de l'autorité puhUque, die est le seul préservatif des individus et des familles. Imaginer que ce soit une trawnûssion ou une communication des Hébreux ou des Arabes-, est une rêverie qu'il faut laisser aux visionnaires, qui bAtîssenttouterhistohedesnationssur unfétn. Ce peut faies être les Arabes qui l'ont étabUe en Italie, en Espagne, ea Corse, etc. «; mais il serait trè»-possible que labulsarie Fy eût établie avant eux et sans eux.

< Pendant treize mois que J'ai passés en Cône, j*eQs la note certaine de cent gpze assassinats de guet-apens par Hki de ces vindettes , ou vengeances de talion : sous le souvefBODent

SAUVAGES

« Cependant, ajoote M. Weh, les Indiens de la Wabuh, « les MiAmlB, les Poteoaatamis, etc. valent mieux qa'U n y a ftO ou 80 ans. La paix qne rabaissement de la ligue « iroquoise leur a procurée, leur a permis de cultiTer avec « la lioue, le maïs, les pommes de terre, même nos choux « et nos tomeps ; nos prisonniers ont élevé des pêchers, <i des pommiers; enseigné à nourrir de la voiaille, des « porcs, depuis peu des Taches : en un mot, les Chaclâs « et les Creeks de Floride ne sont pas phis avancés. »

Maintenant, lorsque je remarque que les premiers voyageurs et historiens de la Virginie et de la Nouvelle-Angleterre nous pdgnent ces sauvages dans un état encore l^us avancé ; qu'ils nous disent qu'à l'arrivée des premiers colons, chaque peuplade avait un Sétchémoa Sêdljemore, exerçant une sorte d'autorité monarchique; qu'il existait des femilles privilégiées, presque nobles, à la manière des Arabes; et que ces peuplades assez populeuses étaient renfermées dans des limites de peu d'étcâidne , je me crois autorisé à en condure qu'alors leur civilisation était plus avancée; qu'Os auraient fini eux-mêmes par l'élever au degré des peuples de l'autre continent; que leurs guerres avec les Européens, en détruisant leun gouvernements, les ont plongés dans l'anarchie ; en sorte qne chez les sauvages il fknt, comme chez les civilisés, distinguer différentes époques d'histoire, et que leurs états ont aussi leurs révolutions d'autant plus faciles , qnlis sont plus petits et plus faibles, r Avant la guerre (la dernière année de 1788 à « 94 ), me disait le chef Ouya , qui me harangua au Poste- ■ Yincennes , nous étions unis et tranquilles ; nous com- « mendons à cultiver le mais comme les blancs. Ai^oor- * d'haï nous ressemblons à une bande de daims pour* « suivie par des chasseurs ; nous n'avons plus ni feu ni " lieu : chacun de nous se disperse, et bientôt nous ne laisse^ « rons plus de traces , si quelqu'un ne vient à notre aide. »

Pendant ces édaircissements, Petite-Tortue m^ paraissait fort occupé à regarder à travers le vitrage de l'une des renèfres , ce qui se passait dans le mardié de Seeond-Sireet. Pour le ramener à la conversation , je lui fis dire que j'avais voyagé chez un peuple étrangement différent du sira; que là une poignée d'hommes, peut-être de 5 à 6,000 ca- Taliers, avait trouvé le moyen inconcevable d'emprisonner, pour ainsi dire, sur une étendue de pays presque égale à rohio, une nation entière de 2 millions et demi d'âmes; en sorte qu'environ 370 individus se laissaient piller, emprisonner, bàtonner, vexer de toute manière par un seul tiomnie,qui n'était pas plus fort que chacun d'eux. Je m'attendais, vu les idées d'mdépendance et de fierté que pertent les sauvages, qu'il allait beaucoup se récrier; mais en se frottant le menton d'un air rêveur : « Sans doute, « me répondit-il ; « avec tout cela ils ont aussi leur manière « de se trouver bien. » J'avoue que ce fut moi qui fus étonné de cette réponse, qui démontre un esprit dégagé des préjugés de sa nation, de son éducation, et qui a su apprédèr le pouvoir prodigieux de l'habitude. Pour terminer notre séance, je lui demandai ce qui l'occupait si fort dans la rue et dans le marché , et qu'estrce qui le surprenait davantage

génois, il y en a eu Jusqu'à neuf cents par an. Quel gouvernement ! et quel peuple!

dans la vOle de Pliiiadelphie. « En regardant tout ce monde, « me dit-il (c'était jour de marché), je suistovgours étonné « de deux choses : l'extrême différence des visages et la <c nombreuse population des blancs ; nous autres hommes « ronges , nous ne ressemblons pas l'un à l'autre , chacun a « sa figure ; mais encore y a-t^il un air de fiimille. Ici c'est « une confusion où je n'entends rien. Il y a dix couleurs du

< blanc au noir; et les traits, le fitmt, le nez , la boudie, «c le menton, les cheveux noirs, bruns , blonds, les yeux « bleus, gris, roux, offrent tant de diversité, que l'on ne « sait comment l'expliquer. » —Alors je lui f^ sentir qne Philadelphie étant l'abord des nations de toutes les parties du globe, et ces nations se mêlant ensuite par le mariage, il en résultait que les diversités des dimats prtkluisaient des sons-diversités d'alliage, et des combhiaisons à l'infini; mais, ijootai-je, si vous veniez dans l'intérieur de nos pays, soit en France ^soit en Angleterre, vous verriez qne les habitants des villages, qui se marient entre eux depuis plusieurs générations, ont une ressemblance générale dans la physionomie. ( Et c'est en effet ce que j'ai souvent remarqué dans les paroisses du fond des campagnes, particulièrement dans les pays forestiers de Rennes, Laval, GhAteaubriant, etc.; en me plaçant à la porte de l'église, au moment où le peuple sortait, j'observais des caractères généraux fhippants par leur ressemblance dans diaque lieu , et par leur particularité d'un lieu à un autre.

« Quant à la populatiou, me dit PeHte-Tortm, c'est « une chose inconcevable que la multiplication des blancs. « Il ne s'est pas écoulé la vie de plus de deux hommes ( sup- « posée de 80 ans pour chaque) , qne les blancs ont mis le « pied sur cette terre, et déjà ils la couvrent comme des es- « saims de mouches et de taons; tandis que nous autres « qui l'habitons on ne sait depuis quand, sommes encore « clair-semés oooame des daims. » — Le voyant sur la route d'une intéressante question : « Et pourquoi, lui dis-je, ne

< multipliez-Yous pas autant? — Ah! me dit-il, notre cas « est bien différent Vous autres blancs, vous avez trouvé « le moyen de rassembler sous votre main en un petit es- « pace, une nourriture sûre et abondante; avec un terrain « grand comme 15 ou 20 fois cette chambre, un homme « cueille de quoi vivre toute l'année; s'il y i^te une pièce « de terre semée d'herbes , il élève des bêtes qui lui donnent « de la viande et du vêtement; et voilà qu'il a tout son « temps de reste pour faire ce qu'il lui plaît. Nous autres, « au contraire, il nous faut pour vivre un terrain immense, « parce que le daim qne nous tuons, et qui ne peut nous « nourrir que deux jours, a eu besoin d'un terrain consi- « dérable pour croître et grandir. En en mangeant, ou en en R tuant 2 ou 300 dans l'année , c'est conme si nous man- « gions le bois et l'herbe de tout le terrain sur lequd ils « vivaient , et il leur en faut beaucoup. Avec un td état de R dioses, il n'est pas étonnant que les blancs nous aient, « d'année en année , repoussés des bords de la mer jusqu'au R Mississipi. Ils s'étendent comme l'huile sur une couver- R ture; nous nous fondons comme la neige devant le soleil R du printemps ; si nous ne changeons de marche , il est im- R possible que la race des homme rouges subsiste. ■ Cette seconde réponse me prouva , et prouvera sans doute à tout lecteur, que ce n'est pas sans raison que cet homme a acquis

ÉCLAIRCISSEMENTS

Hana la natkm et dans les États-Unis, la réputation d'an homme d'an sens sapérieor à la plapart des saavages.

Ainsi c'est an saarage qoi, contre les pr^ogés de sa naissance, de ses habitudes, de son amour-propre; contre d'anciennes opinions encore dominantes chez ses compatriotes, s'est trouTé coudait parla nature des choses, à regarder comme base essentidle de TéUt social, la culture de la terre , et par une conséquence immédiate , la propriété foncière: car il n'y a point de culture active et stable sans la possession exclusif eetillimitéequioonstituela propriété. J'ai dit , contre d'anciennes <^inUms encore déminantes chez ses compatriotes, parce <(oe chez toutes cespeuplades il existe encore one génération de Tieux guerriers qui en voyant manier la houe, ne cessent de crier à la dégcadatloB des mœurs antiques, et qui prétendent que les sauvages ne doivent leur décadttce qu'à ces innovations , et que pour raoouvrer kar gloire éilem puissance, il leur suffirait de revenir à leurs mœarsVûxûtives '.

Maintenant, que l'on compare à cette doctrine celle du citoyen de Genève, qui prétend que la dépravation de l'état social dérive de l'introduction du droit de propriété , et qui ngretle que la horde sauvage chez laquelle furent posées les premières bornes d'un champ, ne les ait pas airaehées comme des entraves sacrilèges mises à la liberté naturelle *; que l'on pèse lequel des deux opinants a le plus de droit et d'autorité à prononcer dans cette question , ou de l'homme puUic qui , comme Petite- Tortue, a été à portée de connaître les avantages et les inconvénients de l'on et l'antre genre d» vie, en passant 50 ans de sa vie à manier des affiiires difficiles, des esprite turbulents et ombrageux, et cela avec un succès qui lui a valu une réputation non contestée d'habileté et de prudence; ou de l'bonmie privé qui, comme Bousseaa, ne mania jamais une affUre publique, ne sut pas même gérer les siennes propres; qui, s'étant créé un monde d'abstractions, vécut presque aussi étranger à la sodélé où il naquit qu'à celle des sauvages, qu'il ne connut que par des comparaisons tirées de la fiMPèt de Montmorency; qui même ne traita d'abord cette question sons son point de vue paradoxal , que par jeu d'esprit et par escrime d'éloquence; et ne la soutfait en thèse de vérité, que par le d^it d'une humeur contrariée et d'un amour-propre ofifonsé ^ H est d'autant plus fâcheux que

* n est earieux d'observer que ces vieillards ndsonnent prédiéniient comme le coryphée .des poUtlqan Italiens ( MachIaveUI), qol, dans tes Commentaires sar les décades de Tite-Uve, Ht. m , chap. i*' , prescrit également poor restaurer les fitats , de ramener lean institations civiles et religieuses à lear origine. Le paradoxe est palpable dans le cas présent Aujourd'hui, que je relis cet écrivain. Je trouve que ]r phipart de ses principes, s^lh étaient bien analysés, le laisseraient beaucoup au-dessous de sa réputation de savoir et d'habileté.

* Voyez le Discours sur l'orighie de rinégalité des oondi-

2 Ge qnsj'avanoe tel se fonde tordes petits fau très-intéressants dans riiistotre des grandes choses ; je les tiens de deux témoins dignes de confiance, feu IL le baron A^ Holbach et M. Naxgeon, membre actuel de l'Institut. Dans le temps où raeadémto de D^|on proposa son prix trop eélèiMPe, Diderot était détenu au château de Yinoennes pour sa lettre tur /es Aveugla, Rousseau allait le voir quelquefois : dans l'une de ses visites il lui montre l'annonce du prix. « Ce sujet, diMl, est piquant, j*al envie de concourir. — Fort bien , reprit Dinl sens prendre^vous la question? Dans

cet écrivain ait embrassé une si mauvaise cause, qoe la question vue dans son vrai jour lui eût fonnii encore phn de moyo&B de dével<^per son talent et de fronder la dépravation et les vices de la société; car s'il eût d'abord établi ou admis les faits tels qu'ils sont; si traçant le tableau vrai de la vie sauvage, il eût montré qu'elle est m état de iioii-conf«n(lofi et d'anarchie dans lequel les hommes vagabonds, incohérents, sont mus par des besoins violents, par des passions analogues à ees besoinsy et réagiment sans cesse les uns sur les autres avec des forces abusives , dont Vinégalité empêche VéquUihre que l'on nommeitcs^iee ; si ensuite, définissant la dMisatUm , il eût puisé le sens de la chose dans celui même dn mot radical ( cioitos ), il eût montré que par cM/î«s<ton rsn doit entendre la réunion de ces mêmes honnea en cM, c'e6t4-dire, en un endos d'habitations munies rone défense commune, pour se garantir du pillage étranger et du désordre intérieur; il eût foit voir que celte réunion emporte avec elle les idées de consentement volontaire des membres, de conservation dé leurs droits naturels' ds sûreté de personne et de propriété; de snpi>eeition ou d'existence d'un contrat réciproque, régularisant l'usage des forces, droonscrivant la liberté des actions, en on mot, établissant un réghne d'équité; ainsi il eût démontré que la civilisation n'est autre chose qu'un état sodal oonservateur éi protecteur &» personnes et des propriété; qu'il n'y a de véritablement civilisés que les peuples qai ont des lois justes et des gouvernements réguliera; que ceux, au contrab«, chez qui n'existe point un tel ordre de choses, quelle que soit la nature et la dénomination de leur gonvenement, sont dans une eoiriitinn bariiore et sanvi^, et ne méritent point le nom de penpiea policés; H eût sontena avec l'avantage que donne la vérité, qne si ces peuples sont vicieux et dépravés , ce n'est point pares que la réunkm en sodélé y a fait naître des penchants vi* deux, mais parce qu'ils y ont été transmis de l'état saa* vage, souche originelle de tout corps de nation, de loolt formalion de gouvernement; et cela par un mécasiinM semblable à cdni qui lait qu'un individu élevé dans de

son sens , reprit Rousseau ; est-eequ'dle peut en avoir deux? les sctenoes et les arts peuvent^Us avoir d'autre effet qne de concourir À la prospérité des £tats? — Eh bien I reprit nderal, vous serez un e^fanceur de portes ouverte». ( Ce furent m propres termes. ) H serait bien plus piquant de soolenir Haverse. » Rousseau part frappé de cette idée, compose dau et SOIS, et est couronné par Vaeedémia de prwnue. Qaekpe temps après d'Holbach et Diderot se proqwnant au Coafs-l»> Kdne, rencontrent Rousseau, l'abordent, lecompUmenteot sur son tour de force, et Rousseau plaisante avec eux do sDeois de son paradoxe et de la tewAoawe des académiciens. Les critiques et les contradictions survinrent : Rousseau en Ait inllé: d'HoUMich et Diderot, compagnons habitnds de pranenade, le rencontrent encore aux Tuileries : la question rerlent sur Is tapis, et ils sont éloiméB de trouver Roussesa tellemeuC a^el diangé d'opinion, qu*U soudent sérieasementavee la véhémence de son caractère, comme vériU, ce qull avait d'abord traité lui-même de plaisanterie. D'Holbach en fot frappé, et dtt a Diderot : Mon ami , cet homme , dans ton premier oumufe, /«ro maivAer rAornine é fiMilyv jmKm ; et la prophétie ne Alt que trop vraie. — Ainsi voilà le pointde départ du système de l'homme qui a affiché pour devise : Fitam èmpendere vire; et cet homme aqfourd'hui trouve des sectateurs teDe sins du itenatisme, qu'ils enverraient volontiecs à ^ ceux qui n'admirent pas les Confetsions.

SAUVAGES

peffnUaeuMt hibitii(kw» ctt oonsorre leB impieaaioiis peDàani toute sa TÎe. D*aatre part» examinant le rôle qoe jouent les sdeneea et les beaux-arta dans le ayatème dea corps poétiques, fl eût pu conteater que, particnUèrement les beaux-arta, poéaie, peinture et architecture , soient dea partiea intégrantes de la civilisation, dea indioea certains du bonheur et de la proapérité des peuplea ; il eût pu proo- ▼er, par les exemples tirés de ritdie et de la Grèce , qu'ils peuvent fleurir dans des pays soumis à un despotisme militaire on à une démocratie efirénée, Tnn et l'antre éga^ leownt de nature sauvage; que pour les faire fleurir, il suffit qu'un gouTemement momentanément fort, quel qu'A soit, les encourage et lea salarie; maia que la conséquence ordinaire de ces enooursgements portés au delà de leurs bornes, est la ruine même de ces gouvemements; par la même marche qui fait que tous les jours des particuliers, amateurs imprudents, renversent les plus belles fortunes par leurs fSmtaieies en tableaux, en meublea, en luxe de tout S^enre , et par-dessus tout, en constructions de bâtiments; ai sorte que les beaux-arts fomentés aux dépens des tributs des peuples, et au détriment des arts d'utilité groasière et première, peuvent très-souvent devenir un moyen subversif des finances publiques, et par auite, de l'état sodal et de la civilisation; et il eût pu appuyer sa thèse sur les exemples d'Athènes, de Rome, de Pahnyre, etc. et nous rendre l'important service de donner aux esprits une direction mesurée et Juste, qui eût empêché ou contre* balancé la direction fausse et exagérée dont ces derniers temps nous ont montré les tristes conséquences; mais revenons aux sauvages de l'Amérique et à leur genre de vie.

Nous avons vu le principal motif qui la rend incompatible avec une nombreuse population : il serait intéressant de comparer, soua ce rapport, ses résultats à ceux de la vie civilisée, soit commerciale, soit agricole, et de connaître engéuéral et par terme moyen, combien il existe de tètes aauvagea par lieue carrée de terrain. Malheureusement nous manquons de données exactes pour la solution de ce problèrae ; néanmoins , comme nous en avons quelques-unes approximatives , essayons de nous en fiûre un aperçu.

Le voyageur Carvetj qui, en 1766, vécut plusieurs mois diez les Nadtniessii des plaines du Missouri, établit comme un lîût certain que les 6 tribus qui ibnnent cette nation ne comptent pas plus de 2,000 guerriers: ce nooibie necomportepas plus de 4,000 enfSuits, vieillards et femmes ; ainsi c'est un total de 6,000. Or Vimmense pays qœ e» S tribus occupent parait surpasser 4 ou 5 fois l'étendue de la Pensylvanie; supposons 4 fois : la Pensylvanie contient 44«6I 3 milles carréaqui, quadruplés, donnent 179,242 milles carrés; pour les réduire en lieues, prenons le neuvième, et nous avons 19,918 lieues carrées; c'est-à-dire, qu'il n'existe pas tout à fait une tète de sauvage par 3 Kenes carrées. Dans son voyage au pôle, Maupertuis estime la population de la Lapooie à 3 tètes par Keoe carrée, et les Lapons vivent en paix sous un gouvernement civilisé : cette donnée, quoique inverse , prouve néaunoina que l'autre n'est pas une pure supposition. Tous les traitants canadiens s'accordent à dire que, passé le 46' de^ allant au nord vers le pèle, les sauvages atmi si clair^semés, k pays est si stérile, que l'on ne peut guèie admettre une

évahiatjon plus forte que pour les iVodbiiesfif; mais paree que venant au sud le sol est meilleur, et que les bords de la mer Pacifique paraissent plus peuplés , admettons pour toute l'Amérique du nord une tète par 2 lieues carrées; l'on peut estimer la superficie de ce continent, non cominris te Mexique et les États-Unis, à 6 fbis celle des États-Unis, c'est-à-dire, 6 fois 112,000 lieues carrées; égal à 672,000 lieues carrées : ce serait 336,000 tètes sauvages '; mais par impossible, admettons «72,000 tètes; 0 n'en résulte

> Ged nous mène à évaluer d'une manière probable la populatioD de tout ce oontinent Les £tat»-Unis sont connus pour une quotité de 6,216,000

Les Espagnols admettent le Mexique pour une population totale de ZfiO^fiOO

Le Canada, en 1788, comptait 197,000, soppo- •on» SOû/we

La Louisiane haute et basse ne peut s'admettre pour pins de 40,000

Les deux Florides, à peu près même nombre, d 40,000

Les Oreeks, Chactâs, Chicasaws , qui ont 8,000 gnerriefs, total u,000

Tous les sauvages de la Wabash et de Mkhlgan, •uplu» 16,000

La masse de tous les autres sauvages de tout le continent jusqu'à la mer Glaciale et à la mer de NoutluhSund 600,000

Total 9,i8«,ooo

Ainsi TAmérique^ord n*excède que très-peu 9 milHons , et l'on peut compter que le demiénfOc le des sauvages est forcé peutrètre de moitié.

L'Amérique-sud ne parait pas atteindre même ce nombre. Les Espagnols instruits n'évaluent toutes leurs possessions dana cette partie, savoir : Pérou, Chili, Paraguay, Plata, même

Caracas, qu'à une population de 4 milUons

d'âmes 4,000,000

Les Indiens non soumis n'y sont pas compris. Le Brésil compte 600,000 Portugais et 600,000 Nègres l,ioo,ooo

Total 6,100^000

Les Indiens non soumis ne peuvent guère s'évaluer avec précision; mais à raison de leur ter^ ritolie, ils ne sauraient égaler la moitié des blancs ;

je ne les compte qoe pour 1,000^000

Les colonies des Antilles et de listhme de Panama, ne passent pas 1,800,000

La Guyane hollandaise et firançalse ne comportent pas plus de 76,000

Total. 7,976^ooo

YoOà environ 8miil]ons:snppoaons-en 10, il n'en est pas moins vrai que les deux Amériques réunies nesanndent arriver à plus de 10 millions.

Ce calcul dllfère beaucoup de ceux de mon honorable confirère de l'Institut M. Lalande, astronome, qui^ dans l'Annuaiie des années ¥01 et DC, comptait 180 milUons d'habitants dans le nouveau monde : il est vrai que dans les années DL et X il s'est subitement réduit à 90 millloos , c'est-à-dtoe à la moitié. Enfin , cette année ( XII ) je le trouve rangé à l'évaluation que J'établis, et que lui ont communiquée des amis intermédiaires, membres du bureau des longitudes. Il devra faire uneopévatlon semblable sur les 660 millions quii donne à l'Asie : ssns douta il compte la Chine pour S ou 800 milttons, comme on nous Ta dit depuis quelques années. Mais dans le dénombrement que publièrent les Anglab l'an dernier, la population dea campagnes ne s'élève qu'à 56 milUons. En supposant que celle des villes soit égale, ce qui est beaucoup supposer, ce serait iio milUoos, et par comparaison à l'Eu- tète^

rope, cet empire ne saurait excéder la

La Perse, selon Olivier, n'a que

ECLAIRCISSEMENTS

pas moins que diez des peuples ciYilisés , ce ne serait la population que d'une médiocre province de 7 à 800 lieues car^ rées. Et ce fait seul résout de quel côté est l'avantage du genre de vie; il résout aussi, sans doute, la question de savoir si des sauvages ont le droit raisonnable de refuser du terrain k des peuples cultivateurs qui n'en auraient pas suffisamment pour subsister.

Sous ce double ra|^M)rt de la population, et de la ma* nière d'occuper le territoire, il y a de l'analogie entre les sauvages américains et les Arabes-Bédouins d'Afrique et d'Asie ; mais il existe entre eux cette différence essentielle, que le Bédouin vivant sur un sol pauvre d'herbage , a été forcé de rassembler près de lui, et d'apprivoiser des animaux doux et patients , de les traiter avec économie et douceur, et de vivre de leur produit , lait et fromage, plutôt que de leur chair; comme aussi de se vêtir de leur poil plutôt que de leur peau; en sorte que, par la nature de ces circonstances topographiques, il a été conduit à se Wre pasteur et à vivre (higalement, sous peme de périr tout à fait : tandis que le sauvage américain, placé sur un sol luxuriant d'herbes et de bocages, trouvant difficUe de captiver des animaux toiigours prêts à fuir dans la forêt, trouvant même pins attrayant de les y poursuivre, et plus commode de les tuer que de les nourrir, a été conduit par la nature de sa position à être chasseur, verseur de sang, et mangeur de chair. Or de cette différence dans la manière de subsister, en a dérivé une proportionnelle dans les inclinations et les onoeurs. D'une part, l'Arabe pasteur soumis à la nécessité habituelle de parcimonie, n'osant se livrer gratuitement au meurtre de ses bestiaux, s'acooutumant même à les aimer par esprit de propriété, a naturellement contracté des mœurs moins farouches; a été plus propre à se réunir en société , à prendre l'esprit de famille, à connaître, à établir des droits de propriété, d'héritage, et à recevoir tous les sentiments qui en dé-

En détaillant toute la Turquie d'Asie , Je ne puts t£tM. trouver plus de 11,000,000

Et Je ne crois pas que TAsie entière en codtienne plus de 240,000,000

L'Europe est bien connue pour 140 à 143 millions, d 148,000^000

L'Afrique, y compris l'Egypte, ne peut guère excéder TAmérique ; mais supposons 30,000,000

Enfin pour les lies de la mer du Sud , la Nouvelle-Guinée , etc. admettons ( et c'est trop ) 6,000,000

Noos avons pour tout le globe un total de. . . . 437,000,000 et Ton ne saurait arriver à 600,000,000

n n'est pas étonnant que l'on se trompe beaucoup en calculs de population dans les pays non dvilisés, puisque chez nous-mêmes, nous avons des exemples d^erreurs ineonce" vable$; par exemple : Jusqu'en 1703 la Corse ne comptait que 168,000 habitants, oonune Je l'ai va porté sur les états do directoire à Corté : ai^ourd'btti la Corse figure dans tous nos tableaux oflldels pour 330,000. On demandera comment cela se trouve possible ; le void : en 1793, des patriotes eoraeê trouvèrent utile d'avoir deux départements au Iteu d'un, afin d'avoir doubles salaires de toute espèce, le tout payé par la* France. L'on donna au département de Golo l'anden nombre total de 166,000; et l'on ajouta an département de lÀamôné les 72,000 tètes qu'il pouvait avoir, quoique d^à comprises dans le nombre premier ; et la Corse , en un matin , acquit un tiers de plus d'habitants , quoique bien certalnemeot Us soient diminuée depuis 1700; et voilà pourtant un compte officiel sans rédamation.

coulent : et en effet, il existe cbez las Bédouins on état social bien plus avancé, un véritable gouvemcmeal tanlèt patriarcal , c'est-à-dire , un gouvernement de chef de famille étendu sur la parenté et sur les serviteurs; tantôt aristocratique, c'est-à-dire, le gouvernement de plosiears cfaeCi de fiunille associés; et comme les mœurs privées ont iafluencéet mèmeoomposé les moeurs des tribus entières, ces tribus n'éprouvant que des besoins lents et gradaebd'étendre leur domaine pdlvro^er» n'ont pomt déployé an dehors un caractère si guerrier, c'est-à-dire, si quereOen' et si sanguinaire : ayant plus d'objets de propriélé, pins de désirs et de besoins de cmiservation, elles ont eu plus d'idées d'équilibre mutuel et de justice, des droits pins sàrs , des pactes plus précis de possession territoriale, d'asile, de refuge hospitalier, en un mot une civilisation friios avancée. Au contraire, le sauvage américain, cbassenr et boucher, qui a eu le besoin journalier d'égorger et de tuer; qui dans tout animal n'a vu qu'une proie fugitive qu'il fallait se hftter de saisir, a contracté un caractère vagabond , dissipateur et féroce , est devena on aniisal de l'espèce des loups et des tigres; il s'est réuni en bandes et en troupes, mais point en corps organiques de aodélé, ne connaissant point l'esprit de propriété ni de conservation , il n'a pas connu l'esprit de fimûlle , ni par oonséqaent les sentiments conservateurs qu'il inspire; bonié à ses seules forces, ilaété contraint de les tenir sans cesse tendues au maximum de leur én»gie ; et de là, une hnmev indépendante, inquiète, insodable; un esprit aitier, bdomptable, hostile envers tous; une exaltation tiabitoeile à raison d'un danger permanent; une détermination désespérée de risquer à chaque instant une vie sans cesse menacée; une insouciance absolue d'un passé pénible, comme d'un avenir incertain ; enfin une existence tonte bornée au présent : et ces mœurs individuelles fermant les mœurs publiques des peuplades , les ont rendues égakwten t dissipatrices, avides et sans cesse nécessiteuses ; kar ont donné le besoin habituel et croissant d'étendre leur Sef de chasse , leurs frontières de territoire , et d'envahir le domaine de l'étranger : de là au dehors des habitudes plos hostiles, un état plus constant de guerre, d'irritatiott et de cruauté ; tandis qu'au dedans l'excessive indépoidann de chaque membre, et la privation de tout lien social par Fabsence de toute subordûiation et toute autorité, ont constitué une démocratie si turbulente et si terroriste, qoe l'on peut bien l'appeler une véritable et effrayante anarchie. J'ai dit que chez les sauvages il n'existait point dedrail de propriété ; ce Dût, quoique vrai en général, demandr cependant qudques disthictions plus prédses. En effet , les voyageurs s'accordent à dire que le sauvage , même If plus vagabond et le plus féroce , possède exdosivemeni srs armes, ses vêlements , ses bijoux, ses meubles, et il est remarquable que tous ces objets sont le produit de son travail et de son indostrie propre; en sorte que le droit de ce genre de propriété, qui entre eux est sacré, d^ve évidemment de la propriété que chaque homme a de son corps et de sa personne, par conséquent est une propriélé natmeBe. Ces voyageurs ajoutent que la propriété foncière ou lerritorialeestab6olumentinconnue;celaest vraigénéraknwDt, surtout chez les peuplades constamment errantes; mais fl

SAUVAGES

existe des cas d'exception chez celles que U bonté de leur sol y ou quelque autre raison» a rendues sédentaires. Chez de telles peuplades qui Yi?ent dans des villages , les maisons construites soit de troncs d'arbres, soit de terre mastiquée , soit même de pierre, appartiennent sans contestation à l'homme qui les a bâties. U y a propriété réelle de la maison , du fonds qu'elle couvre , même du jardin , qui quelquefois lui est annexé. De tels cas ont des exemples diez les Creeks, diez les Poteouatamis, et en ont eu dès le commencement du siècle , chez les Hurons , chez les Iroquois et ailleurs. Il parait encore que chez certaines nations où la culture avait fait quelques progrès , les enfants et parents héritaient de ces objets; par conséquent il y avait propriété plénière. Mais chez d'autres, à la mort du possesseur tout était confus, et devenait un objet de partage par sort ou par choix. Alors il n'y avait qu'usuiruit. Si la tribu émigré pendant quelque temps et laisse à l'abandon son village, l'homme ne conserve pas de droits positifs au sol ni à la hutte dégradée, mais il a ceux de premier occupant et de travail émané de ses mains.

Hors cette légère portion , le reste du terram , chez toutes ces nations, est indivis et en état de commune, comme nous le voyons encore se pratiquer pour certaines portions de territoire dans quelques* cantons de la France, surtout dans les pays de la Loire-Inférieure et de la presqu'île bretonne , mais bien plus généralement en Espagne , en Italie , et dans tous les pays riverains de la Méditerranée. Ce que j'ai vu en Corse, à cet égard , m'a frappé par son extrême analogie. Là comme chez les sauvages, la majeure partie des terres de la plupart des villages sont en communes; chaque habitant a le droit d'y faire paître ses bestiaux , d'y prendre du bois, etc. Mais parce qu'en Corse la culture est un peu plus avancée, une portion de quart ou de cinquième de ces terres est ensemencée Tune après l'autre d'année en année; pour cet effet, celte portion est divisée en autant de lots qu'il y a de familles ou de têtes ayant droit. Chacune ensemence le lot qui lui est édin au sort, et possède, pendant cette année, le terrain qu'elle a labouré ; mais sitôt le grain enlevé, ce lot redevient propriété publique, ou pour mieux dire, rapine et dévastation publique, car tout le monde a droit d'y prendre et d'en ôter, et personne n'a le droit d'y rien mettre; on ne peut y placer ni maison, ni arbre, et c'est un vrai àé^^ sauvage livré au parcours et au vagabondage des troupeaux, qui sont en grande partie des chèvres; or comme ces ruineux animaux, ainsi que leurs guides, ne demandent qu'à étendre leurs ravages, il en résulte pour les propriétés particulières un besoin renaissant de clôture qui en rend finalement la possession presque plusonéreuse qu'utile ; aussi ayant souvent recherché et analysé les causes de l'état de barbarie et de demisauvagerie où la Corse persiste depuis tant de siècles , quoique environnée de pays policés, j'ai trouvé que l'une des plus radicales et des plus fécondes, était l'état indivis et comnum de la majeure partie de son territoire, et le nombre petit et restreint des propriétés particulières '.

« Cest à la même cause qu*Il faut attribuer la pauvreté et la grossièreté du peuple de nos landes de Bretagne, En Angletem et en Ecosse, M. le chevalier Sinclair en a si bien développé les nombreux inconvénients , qull me suffit dlndl-

VOLNEY

n existe cette autre analogie entre les sauvages de l'Amérique et les montagnards de la Corse, que les villages des uns et des autres sont ordinairement formés de maisons éparses et distantes, en sorte qu'un village de cinquante maisons occupera quelquefois un quart de lieue carré. En redierchaUt les motifs de cette coutume totalement contraire à celle des pays d'Orient, j'ai trouvé que pour le sauvage américain ils sont l'aversion d'être observé et gêné par ses voisins, et surtout la défiance des embûclies dont U pourrait être investi par suite de haines connues ou dissimulées, et d'offenses même involontaires envers des hommes aussi irritables et aussi ombrageux, qu'il se connaît lui-même. Une expérience journalière leur donne une si mauvaise opinion les uns des autres, les rend si sou{)çonneux , si défiants, qu'ils se rencontrent le moins possible, et ne sortent jamais qu'en armes. Le terrible usage des vindettes ou vengeances de talion, qui est commun à tous les sauvages, ajoute encore à ces motifs de précaution et de cautèle. Ceux qui connaissent la Corse savent si les mêmes usages, les mêmes habitudes, y ont des causes différentes; et si celte comparaison, qui pourrait se continuer sur bien d'autres objets , semblait filcheose et mortifiante, je demanderai si c'est au peuple, victime de son ignorance et de ses passions, que s'adresse le reproche de ses maux, ou à ce gouvernement génois qui les maintint ou les causa par l'un des régimes les plus pervers que présente l'histoire. Pour moi, que la douceur du climat et la fécondité du sol, en certaines parties, avaient attiré dans cette lie avec l'intention d'y former un établissement agricole d'un genre singulier ■ , je me suis

qoer aa lecteur ses Mémoires sur les bietu communatix ; maia J'i^onteral, quant aux Corses, que de cette même source dérive chez eux la fréquence des assassinats de guet-apeos, attendu que les campagnes étant désertes, les assaitsins sont encouragés par rabsenoe de tout témoin. — En méditant sur les moyens de civiliser cette Ile et les autres pays de la Méditerranée qui sont dans un cas analogue ou semblable , Je me suis convaincu que la première loi doit être partout Tabolitlon de ces communaux. Une seconde loi non moins indispensable , quoique moins évidente , devrait être une loi qui , pour empêcher la concentration des terres dans quelques familles, fixerait, comme à Sparte , un nombre d'héritages indivisibles et non cumulables dans une même main; en sorte qu*il y aurait autant de propriétaires , cultivateurs aisés, qu'il y aurait de ces héritai^s. Les petits pays ne peuvent pas se gouverner conune les grands; Téquillbre y est trop variable. Notre coutume de Bretagne avait un usement semblable dans les domaines congéables des pays de Comouailles et de Roban ; ces domaines passaient toi^ours au plus Jeune des fils; les enfants aînés recevaient seulement quelque légîUme, comme étant plus en état de se faire un autre établissement; et les cantons où cette loi avait lieu ont été les mieux cultivés. La Corse pourrait nourrir 30,000 semblables familles, aisées et Industrieuses; elle n*en a pas davantage, qui sont presque toutes pauvres et Indolentes. Or sans aisance, point de lumières, point d'agriculture, point d'industrie, point de caractère individuel ni national. — Peut-être est-ce pour tout cela que Pascal PaoH , à Tlmitation des Génois , n'a Jamais rien changé aux anciens usages.

> Dès 1790 ayant pressenti les conséquences qu'auraient sur nos colonies les prhicipes et surtout la conduite de quelques amis des noirs , Je conçus que ce pourrait' être une entreprise d'un grand avantage public et privé d'établir dans la Méditerranée la culture des productions du tropique ; et parce que plusieurs plages de Corse sont assez chaudes pour nourrir m pleine terre des orangers de sopieds de hauteur, des bananien,

ECLAIRCISSEMENTS

oonyamcu, pendant un an d'étude et de séjour, qu'il ne manquait à ce peuple, digne d'un meilleur sort, que cinq ou six institutions fondamentales, calculées sur sa situation, pour en faire un peuple aussi industrieux, aussi policé qu'aucun autre, puisqu'il a des moyens intellectuels auasi parfaits que j'en aie rencontré dans aucun pays, et que son sol est beaucoup plus productif que l'on n'en a communément l'opinion ; mais trouver en trois siècles trente années continues d'un gouvernement pacifique et législateur, voi/A U bienfait dont les dieuxfurent tmtjours avares.

Ce que j'ai exposé des motife de guerres entre peuples sauvages, fait assez sentir qu'elles doivent être fréquentes et presque habituelles; et déjà c'est une raison de les rendre cruelles, puisque l'habitude de verser le sang, ou seulement de le voir verser, corrompt tout sentiment d'humanité; mais à cette raison s'en joignent plusieurs autres très-acUves, dérivées du fond et des accessoires du sujet

1® L'égoïsme ou esprit de personnalité que chaque sauvage porte dans ces guerres; égoîsme fondé sur ce que chaque membre de U peuplade, vu l'état indivis du territoire, considère le ^ier en général comme le moyen fondamental de sa propre subsistance, et par conséquent se regarde conune attaqué ou menacé dans son existence par tout ce qui tend à détruire ce moyen.

Chez les nations policées et riches en propriétés particulières, la guerre est un mal qui n'attaque immédiatement qu'une fraction souvent assez faible de la masse totale , et qui n'enlève à la nMyorité, sous le nom de tribuU, qu'une partie de biais et de jouissances dont elle peut rigoureusement se passer. Il est donc naturel qu'un tel genre de guerre n'excite que des passions fiiibles dans ses moteurs et 4^>n» ses mstruments, qui se battent et se font tuer

des dattiers : et que des échantillons de coton, de canne à sucre et de café, y avaient d^à réussi, Je conçus le projet d'y cultiver oes déniées, et de susciter par mon exemple ce genre d'industrie. Pour cet efltet. J'achetai en 1792 un local très-favorable, appelé le domaine de la Confina, près d'Ajacdo. Je comptais que Pascal PaoH , traité avec tant de confiance et de Kén^té, n'emploierait sa vieillesse qu'à maintenh- la paix Su pays et à le garanUr des secousses du reste de la France. Malheureusement les hommes sont des machines d'habitude oui, dans leur vieillesse, répètent comme des automates les premiers mouvemente qui les ont animées. PaoU revint à tous les anciens projets de dominaUon personnelle , de principauté de famUle , et à sa manie de s'asseoir daus un trône qu^U avait fait dresser dés I7S8, et dont on m'a montré à Corté des restes de eréphies attachés à des embrasures de plancher. D'après ee système, chassant les Français par les Anglais, pour chasser ensuite les Anglais par les Corses, puis soumettre les Corses par son parU et sa parenté , il me mit dans la nécessité de tout qïtter ; et par cette amilié (d'Aomw* d'État ) , dont il m'avait tant de fols donné l'assurance, il mit à l'encan le domahie de nés PeîUiÊ-indes,,,, Mais le sort a été plus Juste : À son tour , oe grand politique italien se trouva déçu et chassé comme un eiédule Français, et son exemple a confirmé l'axiome de ces moralistes , aujourd'hui vaUiement décriés , qui disent que les machlavéUstes, à force de tromper les autres, se trompent euxmêmes, et quil ne manque aux fripons que de vieillir pour ètM toqjoufs dupes de leur friponnerie. T ai , depuis , revendu mon domaine avec peu de perte ( U est aux mains du cardiDal Pmch ), etjt doute fort que PaoU trouv&t aucun homme d'honoeor m France ou en Angleterre qui voulût acheter pour aneon prix le seul bien qui lui reste, après la pension du roi d'Angleterre la place de eon nom dans r histoire.

moins par nécessité que par vanité, et par une sorte de commerce qui leur donne de l'honneur et de l'argent — Au contnure, chez les peuples sauvages, paoTres et pen nombreux , la guerre met directement en péril rexistnce de toute la société et de chacun de ses membres. Son piemier effet est d'affamer la tribu; son second est de l'ei* terminer. Il est donc également naturel que chaque membre s'identifie étroitement au tout, etqu'H d^loieaBe énergie'portée à son degré extrême, puisqu'elle est stimo' lée par l'extrême besoin de la défense et de la conservatioB.

7? Une seconde raison de l'animosité de ces guerres, etf la violence des passions, telles que le point d'honneur, le ressentiment, la vengeance, dont chaque guerrier se trouve animé. Le nombre des combattants étant borné, diacun est exposé aux regards de ses amis et de ses ennemis; loole lAcheté y est punie d'une hifamie dont la soite proehaine est la mort. Le courage y est sUmulé par la rivalité des coa> pagnons d'armes, par le désir de venger la mort de qorique ami ou parent, par tous les motifs personnels de haioe et d'orgueil, souvent plus actifii que ceux de la oonservation.

3* La nature des dangers de ces guerres , où l'on n'attend, ne reçoit, ne donne aucon quartier, le moindre des périls est de perdre la vie; car si le sauvage n'est qae blessé ou fait prisonnier, sa perspective est d'élre scalpé immédiatement, ou brillé vif et mangé sous quelques jours. Veut-on savoir en quoi consiste le scalpe on arraehewKMi de la chevelure? écoutons un facteur anglais, Jean Long, témohi oculah^ qui a aimé la vie des sauvages et habité vingt ans parmi eux.

« Lors, dit-il, que le sauvage a abattu son eunemi,!! « lui saisit à l'instant une poignée de chereox, la tertîHe « fortement autour de son poing pour détacher la pesa da « crftne, puis lui appuyant le genou sur la poitrine, 3 tire « le filial couteau de sa gaine, indse et cerne la peao tout « autour de la tète, et avec les dents fl arrache la ciieve- « lure à mesure que le couteau la détache; comme ib sont « fart adroits, dit Jean Long, l'opération ne dure qoe deox « minutes, et elle n'est pas toigours mortelle. L'on a va, « aux États-Unis, plusieurs personnes de l'un elde ranlie « sexe qui y ont survécu, et qui senlemeat sont obligées K de porter une calotte d'argent ou d'élain pour se ftt- « server des attemtes du froid. Cette chevelore on p<fra> « queest ensuite tendue sur trois cerceaux ; puis» lors^u'eip « est sèche, on la peint de vermillon, et c'est on Irapbw n de gloire; l'honneur consiste à en avoir beaneoup. »

Je puis ajouter que la colonie de Gallipolls en a Csoni un exemple dans'la personne d'un Allemand.

Quant A être brûlé vif et mangé, il ne faut qa'aveii ouvert une relation quelconque des guerres des «anvages pour savoir que le sort ordinaire des prisonniers degacnv est d'être attaché à un poteau près d'unbûdier enflanw». pour y être pendant plusieurs heures toonnenté par tool ce que la rage peut imagmer de pfais féroce et de ptes raffiné. Ce queracontentde ces affreuses scènes les Toyagevs. témoins de la joie cannibale des assistants, et sorfoot de h fureurdesfenunesetdesenfants, deleur plaisir alrooeàrivaliser de cruauté '; M <|u*il8 ijoutent de la fermeté bérai^M»

« Voyez Carver , chap. ix ; Jean Long , Un du cbap. rm tC chap. ix; Lahontan, Jdair, ete.

SAUVAGES

du saog-froid inaltérable des patienU, qai non-seulement ne donnent aucun signe de douleur, mais qui bravent et défient leurs bourreaux par tout ce que Torgueil a de plus liautain, Tironie de plus amer, le sarcasme de plus insullant; chantant leurs propres exploits; énumérant les parents, les amis des spectateurs qu'ils ont tués, détaillant les supplices qu'ils leur ont fait souffrir, et les accusant tous de lâcbeté, de pusillanimité, d'ignorance à savoir tourmenter, jusqu'à ce que tombant eu lambeaux, et dévorés vivants sous leurs propres yeux par leurs ennemis enivrés de fureur, ils perdent le dernier souffle de la voix avec celui de la vie : tout cela, dis-je, serait incroyablechez les nations civilisées, et serait un jour traité de fable par la postérité, lorsqu'il n'existera plus de sauvages, si la vérité n'en était pas établie par des témoignages incontestables. Chaque jour des exemples se passent encore dans l'Amérique au delà du Missisfiipi, ont lieu d'année en année chez les sauvages de la Wabasb, quelquefois même diez ceux de la Floride. Qu'après cela des rêveurs sentimentalistes viennent nous vanter la bonté de l'homme de la nature! Une erreur presque égale est celle des écrivains qui, comme Paw, supposeill que ce peut être fiiute de sensibilité physique, que las sauvages supportent si patiemment de si effroyables tourments. Certes, il ûiudrait qu'ils fussent plus insensibles que des huîtres et des arbres 1 La vérité est que ce phénomène physi<^ogique tient à un état particulier de l'àiôe , violemment exaltée par des passions; état dont nous voyons des exemples nombreux dans les martyrs religieux et politiques de toutes les nations et de tous les pays. Le sauvage , ainsi que ces martyrs, est dans la disposition d'âme que l'on appelle /ana/Mme« qui est une violente persuasion, une certitude aveugle d'avoir tout droit, toute vérité dans sa cause; de voir du côté de ses ennemis toute erreur et toute méchanceté ; de n'admettre ni doute, ni raisonnement : par ces motift, d'être profondément imprégné, ainsi que les martyrs, d'un sentiment d'orgueil qui, à ses yeux, l'élève infiniment au-dessus de ses bourreaux; qui établit entre lui seul eteux tous une lutte d'amottr-propre, une gageure de vanité à qui ne cédera pas; et nous voyons dans la société que ce genre de lutte produit journellement les effiets les plus exaltés, tels que ceux de la ftireur du jeu, de la fureur de la guerre, des conoibats, des conquêtes , etc. — Le fanatisme des martyrs religieux a communément pour mobile l'e^Mir d'une autre vie : celui du sauvage manque de cet appui , et par cela même son courage est plus élonnaat, a en quelque sorte plus de mérite; mais il a pour stimulant son désespoir et l'impossibilité de se sauver par une rétractation ou par une faiblesse; il ressemble à ces animaux qui , attaqués dans leur dernier point de retraite , se défendent sans aucun espoir d'échapper ; et l'on saitquels prodigieux efforts la nature sait alors déployer cliez les plus timides et diez les plus faibles. Chez le sauvage, ' c'eat l'action cumulée du fanatisme et de la nécessité, et c'est sur cette double base que le Tartare Odin a pu élever sa religion forcenée; mais il n'en reste pas moins un problème physiologique très-intéressant à résoudre, savoir : ' quel est cet état singulier de nerfs, quel est ce mouvement du fluide électrique par lequel la sensibilité s'émousse ou s'exalte au point d'annuler la douleur. Cette question

mériterait d'être un sujet de prix dans les écoles de médecine '; de même que c'en serait un autre digne des sociétés savantes qui s'occupent de morale, que de rechercher en quoi consiste la situation d'esprit appelée fanatisme : quelles sont ses causes disposantes et préparatoires, tant dans l'éducation que dans le tempérament? quels sont les moyens d'y remédier? comme aussi d'examiner si les effets du fanatisme appliqués à n'hnporte quelle opinion , sont plus pernicieux à l'individu et à la société, que l'esprit de doute, d'incertitude et de non-crédulité?

4" Enfin, un dernier motif de férocité dans les guerres des sauvages et dans tout leur caractère , est le système entier de leur éducation et la direction que, dès le plus bas âge, les parents s'efforcent de donner à leurs penchants. <c Dès le berceau, dit Jean Long ( chap. viii ) , les mères c( s'attadient à inculquer à leurs enfants des sentiments A d'indépendance. Elles ne les frappent ni ne les grondent, « de peur d'affaiblir les indinations fières et martiales « qui doivent fiûre l'ornement de leur vie et de leur « caractère. Elles évitent même de les contrarier en rien^ <( afin qu'ils s'accoutument à penser et agir avec la plus a grande liberté. > — J'ijoute qu'id, comme dans tout le système de la vie sauvage, c'est encore le mobile de la conservation qui agit; car c'est pour se donner des défenseurs plus intréi)ides que ces mères gilitent ainsi leurs enfants, qui , un jour, selon la pratique générale de ces peuples , les mépriseront , les asserviront , et même les battront . — Tant6t dies emploient le temps des veillées à raconter les hauts faits, les traits de courage des parents » des héros de la tribu ; comment ils tuèrent, scalpèrent, brûlèrent, pendant leur vie, tel nombre d'ennemis; ou comment ayant eu le malheur d'être pris, ils endurèrent avec un sublime courage les tourments les plus affreux; tantét elles les entretiennent des querelles domestiques de la tribu, des griefs contre qudques voisins, des ménagements à garder pour s'en venger en temps opportun ; et ainsi dles leur donnent à la fois des leçons de dissimulation , de cruauté, de haine, de discrétion, de vengeance cl de soif de sang. Elles ne manquent pas de saisir les premières occasions d'un prisonnier de guerre pour faûe assister leurs enfants au supplice, pour les styler à l'art de tourmenter, et pour leur faire partager le festin cannibale qui termine ces scènes. L'on sent quelle profonde impression doivent faire sur de jeunes cerveaux de telles leçons. Aussi leur effet constant est-il de donner aux jeunes sauvages un caractère indocile, impérieux, mutin, ennemi de toute contradiction, de touh^ contrainte, et cependant dissimulé, fourbe et même poli;

< Les médecins et les chirurgiens des hôpitaux mllitiiirrA cnt souvent occasion d'observer que des patients qui , dans un état calme d'esprit et de sens , auraient jeté des cris de douleur dans les amputations et autres opérations , montrent au contraire de la fermeté sMIs sont préparés d'une certaine manière : cette manière consiste à les piqtter, comme Ton dit , d'amoMtr-proprt et d*honnêHr; k préfendre d*abord avec ménagement, puis avec contradiction irritante, qu'ils ne sont pas en état de supporter Topération sans crier : il arrive presque toujours que cette irritation morale et physique établit un état d^orgasme par lequel ils supportent la douleur avec une fermeté qui autrement leur eût manqué. Dire ce qui se passe alors dans le système nerveux et dans la drculation sanguine, est un des éléments du problème.

ECLAIKCISSEMENTS.

car les sauvages ont une étiquette de politesse aussi composée que celle d*uD corps diplomatique; en un mot , elles parriennent à leur fiiire réunir toutes les qualités nécessaires à atteindre le but de leur passion dominante , la passion de la Tengeance et du meurtre. Leur frénésie sur ce dernier article est un sujet d'étonnement et d'effroi pour tous les blancs qui ont vécu avec eui.

a L'on ne peut, dit encore Jean Long ( chap. Tm ), refo- « ser aux sauvages une connaissance parfaite de la vie des « bois : ils se dirigent sans soleil, sans étoiles, par rasci pect des arbres dont les branches sont toigours plus for- « tes du cMé sud que du odté nord , et par la mousse qui «t s'attache au côté nord , à l'exclusion de tout autre. Le sen- « tim^t de ce genre de supériorité leur donne l'opinion H laphis orgueilleuse de leur intelligence : ils se regardent « comme les |dus fins et les plus sages de l'espèce hu-

• maine ; ils ont un grand mépris pour nous autres blancs ;

• et cependant les Virginiens, depuis vingt ans, les ont » surpassés dans toutes leurs pratiques chasseresses et^uer- « rières. Quand ils viennent en guerre avec nous , ils sont » très-çhoqués si on ne suit pas leurs avis ; le grand Was- « hington lui-même a, par ce motif, encouru leur censure. N Ils se moquent d'ailleurs de notre subordination , et trou- « vent ridicule que Ton puisse obéir à des chefeet à des rois. « Toute dépendance leur est odieuse ; ils s'offensent de toute N contradiction; ils sont jaloux et envieux de toute préfén rence, soupçonneux de toute parole, de toute action ; et une « fois prévenus, ils ne se désabusent plus, et couvent une ran- « cune implacable. L'on peut admirer leur courage intré- « pide,leur patience et leur fermeté; mais leurs meilleurs « amis redoutent leur humeur exigeante, ombrageuse, facile « à heurter, qui s'aigrit sans motif, sans bornes : flattez- « les, ils sont insolents; réprimez-les, ils s'hritent ; leur ac- « cordez-vous ce qu'ils veulent , Us demandent davantage ; (i ils se font un droit de la moindre promesse; enfin les « refnse-t-on une seule fois, tous les bienfaits sont ouït bliés, et ils deviennent de cruels ennemis. Leur soif du « sang est surtout une rage faMxmoevable; elle les porte à « traverser des espaces hnmenses, à souffrb' des fatigues

• excessives, des famines cruelles, pour avoir le plaisir « Uifemal de tuer et de scalper; et ce qui n'est pasmoms « étrange, c'est le plaisir diabolique (voyez Carver, chap. ix a et XVI, et le voyage de ffearne ) qu'à leur retour ils n trouvent à raconter les faicidents de leur route et les « tourments qu'ils ont fait endurer. Les plus terribles <• excès de maniaques n'égalent pas une telle férocité. »

Ainsi, en résultat. Ton peut dire que les vertus des sauvages se réduisent à un courage intrépide dans le danger, à une fermeté inébranlable dans les tourments , au mépris de la douleur et de la mort, et à la patience dans toutes les anxiétés et détresses de la vie. Sans doute ce sont là d'utiles qualités, mais elles sont toutes restreintes à l'individu, toutes égoïstes et sans aucun fruit pour la société; et de pins, elles sont la preuve d'une existence réellement misérable, et d'un état social si dépravé ou si nul, que l'homme n'y trouvant , n'y espérant aucun secours , aucune assistance, est drfigé de s'envelopper dans le manteau du désespoir, et de tâcher de s'endurcir contre les coups de kfotalité.

Cependant, pourrait-on me dire , ces fao^pmes dans leurs loisirs rient , chantent , jouent, vivent sans soad du passé comme de l'avenir; leur reAiserçz-vous plus de bonheur qu'à nous? — A ceci je répondrai comme Petiie-Torhie : « Sans doute ils ont aussi leur manière de se trouver bien. « L'honune est un être si souple, si divers, les habîlodes exercent sur lui un empire si puissant, que dans ks »tuations les plus f)k;heuses il trouve toujours quelqoi attitude qui le repose, qui le console, et qui, par comparaison aux souffrances antérieures, lui parait bten-étrt et bonheur; mais si rire, jouer et chanter, constituent le bonheur, il fiiut que l'on m'accorde aussi que les soldat» sont des êtres paifaiteoient lieureux, puisqu'il n'est p« d'hommes plus msoudants et plus gais dans les dao^ et à la veille des batailles; il fout que l'on m*aooorde encore que dans ces derniers temps, dans la plus fktale de nos prisons, à la Condeigerie, les prisonniers étant très-heureux, puisqu'ils étaient généralement pins insoadants et plus gais que ceux qui les gardaient, que ceax qui craignaient le même sort : hors des prisons Ton av»t dfo soucis, nombreux comme les jouissances qœ Fondé» sirait conserver. Dans les prisons, les souda se réduisaient à un seul, cdui de conserver to vie. A la Conciergerie, 06 l'on étaitcondamnéenattente ou en réalité, l'on n'avait pin de soucis pour rien; diaque instant de la vie dercnait a« contrah-e une acquisition, une conquête sur un bien que l'on regardait comme perdu. Telle est à peu prts la sitoaiiiii du soldat en guerre , et telle est réellement cdle dn sanvaiçe dans le cours de toute sa vie. Si c'est là le bonheur, maiheur aux pays où l'on p^t l'envier.

En suivant mon analyse , je ne me vois pas coudait à des idées plus avantageuses de la liberté du sauvage ; je ne vois au contnUre en lui qu'un esdave de ses besoins et des caprices d'une nature stérile et avare. Les aliments ne sont point sous sa main, son repos n'est point à sa volonté ; 1 fout qu'U coure, qu'il se fotigue, qu'il endure la soif, b faim, le chaud , le froid, toutes les mtempéries de Vmt, selon les variations des saisons et des âémcnls; et pane que l'ignorance dans laquelle 0 naît, dans laquelle fl est élevé, lui donne ou lui laisse une foule d'idées fonases et dérai8(Hmable8,de préjugés superstitieux, il est encore Tesdave d'une foule d'erreure et de passions dont llionuDe civilisé s'est affi'andii par les sciences et par les cennaissanoes de tout genre qu'a produites l'état social perfectionné.

Les limites de mon travail ne me permettant pas toas les dévdoppements que comporte cet intéressant siqet, je me bornerai à dire que plus on approfondit le gave de vie et l'histohe des sauvages, plus l'on y puise d'idées propres à édairer sur la nature de l'homme en général , sur la &#• mation gradudle des sociétés, sur le caractère et les mm» 'des nations de l'antiquité. Je suis surtout ftnppé de Tanalogie que je remarque diaque jour entre lea saoragsK de l'Amérique du nord et les anciens peuples si Tanlés de b Grèce et de lltalie. Je retrouve dans les Greca d^Homèrt* surtout dans ceux de son Iliade, les usages, lea discours, les mœurs des Troguois , des Delawares, des Miâmài. Les tragédies de Sophocle et à* Euripide me peignent presque littéralement les opinions des hommes rompes, sur b

SAUVAGES

nécessité, sur la fatalité, sur la misère de la condition humaine , et sur ik dureté du destin aveugle. Mais le nK>rceau le plus remarquable par la variélé et la réunion des traits de ressemblance, eA le début de Thistoire de Thucydide, dans lequel il rappelle et trace sommairement les habitudes et la manière de yiyre des Grecs, avant et depuis la guene de Troie jusqu'au siècle où il écriTait Ce fragment me semble si bien adapté à mon sujet, que je crois (aire une chose agréable au lecteur en le lui soumettant ici y afin qu'A fesse lui-même la comparaison.

Extrait de VhUtoire de Thucydide, traduction de Levéque, tom, I ,pag. 2, art, u.

« Jusque Ters le temps de la guerre du Péloponèse , le K pays qui porte aiqourd'hui le nom de Grèce ne fût point N halnté d'une manière constante; mais il était sujet à de n fréquentes émigrations, et ceux qui s'arrêtaient dans une n contrée l'abandonnaient sans peine, repoussés par de « nouTeaux occupants qui se succédaient toi^oors^en plus « grand nombre. Conmie il n'y avait point de commerce, ti q[ue les hommes ne pouvaient sans crainte communiquer « entre eux, ni par terre, ni par mer; que chacun ne cul- « tiTait que ce qui suffisait à sa subsistance, sans connaître « les ridiesses; qu'ils ne faisaient point de plantations, « parce que, n'étant pas défendus par des murailles, ils ne « savaient pas quand on viendrait leur enlever le fruit de « leur labeur; comme chacun enfin croyait pouvoir trouver « partout sa subsistance journalière, U ne leur était pas « difficile de changer de place. Avec ce genre de vie, ils a n'étaient puissants ni par la grandeur des Tilles, ni par « aucun autre moyen de défense. Le pays le plus fertile était « celui qui éprouvait les phis fréquentes émigrations : Idles « étaient les contrées qu'on nommeA présent Thetsalie, la « Béotie , la plus grande partie du Péloponèse, dont il faut « excepter l'Arcadie, et les autres enfb, en proportion de n leur fécondité : cardèsque, par la bonté de la terre, quel- « (pies peuplades avaient augmenté leur force , cette force m donnait lieu àdes séditions qui en causaient la ruine, et « elles se trouvaient d'ailleurs plus exposées aux entrepri- « ses du dehors. L'Attique , qui, par l'hifertililé de la plus « grande partie de son sol , n'a point été sujette aux sé- « ditions , a toujours eu les mêmes habitants; et ce qui « n'est pas une &ible preuve de l'opinion que j'établis , « c'estqu'on ne voit pas que des émigrations aient contribué « de même à l'accroissement des autres contrées. C'était « Athènes que choisissaient pour refuge les hommes les « plus puissants de tontes les autres parties de la Grèce, « quand ils avaient le dessous à la guerre ou dans des « émeutes: ils n'en connaissaient point de plus sûr; et de- « venus citoyens , on les vit, même à d'anciennes époques , « angmoiter la population de la république : on envoya « même dans la suite des colonies en lonie, parce que « TAttique ne suffisait plus à ses liabitants. »

( P. 7, art VI. ) « Sans défense dans leurs demeures, « sans sûreté dans leurs voyages, les Grecs ne quittaient « point les armes; ils s'acquittaient armés des fbnctions de «( la vie commune ^ à la manière des barbares. Les endroits « de la Grèce où ces coutumes sont encore en vigueur, prou- « vent qu'il fut un temps où des coutumes semblables y

« régnaient partout Les ÀUiéniens les premiers déposèrent « les armes, prirent des mœurs plus douces et passèrent « à un genre de vie plus sensuel. »

( P. 13, art. X. ) « Sparte n'est pas composée de bAti- « ments conligus, mais la population y est distribuée par « bourgades, suivant Tanden usage de la Grèce. »

( P. 24 , art xx. ) « Tel j'ai trouvé Tanden état de la « Grèce; il est diffidle d'en démontrer l'exactitude par une « suite de preuves liées entre elles : car les hommes reçoi- « vent indifférenunent les uns des autres, sans examen, « ce qu'ils entendent dire sur les choses passées, même « lorsqu'elles appartiennent à leur pays....

« Ainsi on croit que les rois de Laoédémone donnent « chacun deux suffrages au lieu d'un, et que les Lacédéa moniens ont un corps de troupes nommé Pitanate, bien « qu'il n'ait jamais existé : tant la plupart des hommes sont « indolents à rechercher la vérité, et aiment à se tourner « vers la première opinion qui se présente. »

( P. 26 , art XXII. ) « Quant aux événements, je ne me « mis pas contenté de les écrire sur la foi du premier qui « m'en faisait le récit , ni comme U me semblait qu'ils s*é- « talent passés : mais j'ai pris des informations aussi exac- « tes qu'il m'a été possible, même sur ceux auxquels j'avais « été présent Ces recherches ont été pénibles, car les té- « moins d'un événement ne disent pas tous les mêmes cho- « ses sur les mêmes fUts; ils les rapportent au gré de leur R mémoire et de leur partialité. Conune j'ai rejeté cequ'ils « disaient de fabuleux , je serai peut-être écouté avec moins « de plaisir ; mais fl me sufiira que mon travail soit regardé « comme utile par ceux qui voudront connaître la vérité de « ce qui s'est passé, et en tirer des conséquences pour des « événements semblables ou peu différents , qui , par la naît ture des choses humâmes, se renouveUeront un jour. »

( P. 30, art XXX. ) « Après le combat naval, les Corcy- « réens dressèrent un trophée à Leucynme, promontoire « de Corcyre, et firent mourir tous leurs prisonniers, ex- « cepté les Corinthiens, qu'ils tinrent en captivité. »

En lisant tous ces artides, il n'est pas une ligne dont on ne puisse Dedre l'application aux sauvages de l'Amérique, à Texception de ce qui concerne l'Attique, dont les causes occasionnelles de civilisation sont trop remarquables pour que je les aie écartées.

L'on ferait un ouvrage extrêmement histructif , si l'on considérait et si l'on représentait sous ce point de vue de comparaison l'histoire de l'andenne Grèce et de l'ancienne Italie. L'on y apprendrait à évaluer à leur juste prix une foule d'illusions et de préjugés dont on égare, dont on fausse nos jugements dans l'enfance et Téducation. L'on y verrait ce qu'il faut penser de ce prétendu Age d'or, où les hommes erraient nus dans les forêts de lllellas et de la Thessalie, vivant d'herbes et de glands : l'on sentirait que les andens Grecs furent de vrais sauvages, de la même espèce que ceux d'Amérique, et placés presque dans les mêmes circonstances de climat et de sol, puisque alors la Grèce , couverte de forêts , était beaucoup plus fh>ide qu'aujourd'hui. L'on en mduirait que ces Pelasges, crus un seul et même peuple, errant ou répandu depuis la Crimée jusqu'aux Alpes, n'ont été probablement que le nom gêné' rique des hordes sauvages des premiers indigènes , vaga-

bonds à la manière des Hurons et des Algonkins, des anciens Germains et des Celtes; et l'on supposerait avec raison que des colonies d'étrangers plus avancés en police, venues des côtes d'Asie, de Phénicie, et même d'Egypte > en s'établissant sur celles de la Grèce et du Latium, ont eu avec ces indigènes des rapports , tantôt hostiles et tantôt conciliants, de la nature de ceux des premiers colons anglais dans la Virginie et dans la Nouvelle-Angleterre. Par ces comparaisons, l'on expliquerait et les mélanges et les disparitions de quelques-uns de ces peuples ; les mœurs et les coutumes de ces temps inhospitaliers, où tout étranger était un ennemi , où tout brigand était un héros , où il n'existait de loi que la force, de vertu que le courage guerrier; où toute tribu était une nation , toute réunion de baraques une métppole;ronverraitdanscette époque d'anarchie et de désordre de la vie sauvage, l'origine de ce caractère d'orgueil et de jactance , de perfidie et de cruauté , de dissimulation et d'injustice, de sédition et de tyrannie, que nx»ntrent les Grecs dans le cours entier de leur histoire : l'on y verrait la source de ces fausses idées de gloire et de vertu, accréditées par les poètes et les rhéteurs de ces temps faroudies, qui ont fkit de la guerre et de ses lugubres trophées le but le plus élevé de l'ambition humaine, le moyen le plus brillant de la renommée, l'objet le plus imposant de l'admiration de la multitude ignorante et trompée : et parce que, dans ces derniers temps surtout, nous avons pris à tAdie d'imiter ces peuples, et que nous regardons leur politique et leur morale , à l'égal de leurs arts et de leur poésie, comme le type de toute perfection, il se trouve en dernier résultat que c'est aux mœurs et à l'esprit des temps sauvages et barbares que notre culte et nos hommages sont adressés!

Les bases de la comparaison que j'établis sont si vraies, que l'analogie se continue jusque dans les opinions philosophiques et religieuses; car les principes de l'école stoïcienne des Grecs se retrouvent tous dans la pratique des sauvages américains : et si l'on s'en prévalait pour domier à ceux-ci le mérite d'être des philosophes, rétorquant le raisonnement, je dirai qu'il en faut conclure par inverse que l'état social dans lequel furent inventés des préceptes si contraires à la nature humaine, avec l'intention de faire supporter la vie, fut un ordre de choses et de gouvernement aussi misérable que l'état sauvage; et j'aurais pour soutiens de mon opinion l'histoire entière de ces peuplades grecques, même dans leurs plus belles époques, et la série non mterrompue de leurs séditions, de leurs massacres démocratiques, deleurs proscriptions oligarchiques et tyranniques, ete. jusqu'à la conquête de ces autres sauvages de l'Italie , appelés les Romains, qui , par leur caractère , leur politique et leur agrandissement, ont une analogie frappante avec les cinq nations iroguoises.

A l'égard des idées religieuses, elles ne forment pas un système régulier chez les sauvages, parce que chaque iudividu, dans son indépendance, se fait une croyance à sa manière. Il semble même que l'introduction des missionnaires européens parmi eux a modifié leurs opinions anciennes et propres; néanmoins, A juger par les récits des liistoriens des premiers colons, et par ceux des voyageurs actuels dans le nord-ouest, il me parait que les sauvages

ÉCLAIRCISSEMENTS

composent assez génélalement leur théologie de la mamète suivante : »

Un grand Afantto» ou Génie supérieur ^cpii goiivcnie la terre et les météores aériens, dont l'easânble visible compose tout l'univers pour un sauvage. — Ce grand ifoniUm, placé en haut, sans qu'on sache trop où« r^t k monde sans prendre beaucoup de peine, donne la pluie, le beau temps, le vent, selon sa fimtaiste, fiut qudqiieliMs du bruit (du tonnerre) pour s^ désennuyer, ne s'inquiète pis plus des aflaires des hommes que de oeltea des antres êtres vivante qui peuplent la terre ; il fait te bien sans y attacfas d'importance, laisse taire le mal sans en troubler ton rqm, et, au demeurant, livre le monde à une destinée on btalilé dont les lois sont antérieures et supérieures à font. La pispart de ces peuides lui donnent te nom on Tëpilliète de maitredelavie ou àe celui qui noms a faits : mais cette dénomination pourrait bien venir des missionnsîrQB. Soas son ccrnimandement sont d'innombrables Ètanitous on Génies sobilternes qui peuplent l'air et la terre» président à tont ce qui arrive, rt ont chacun leor empkà dJstîBct De ces génies les uns sont bons, et ceux-là font tout oe qui se pssse de bien dans la nuture ; les antres sont méchaa ta» et œn- Gi causait tout le mal qui arrive aux viYsnts. C'est à cet derniers Génies de préférence, et presque exdnsiTeacst, que les sauTages adressent leors prières» leurs ofirandes propttistoires et œ qu'ils ont de culte rdigicox : lenr bot est d'apaiser la malice de ces Manitous, oomme Ton apaise la mauvaise humeur des gens hargneux et enTîenx;ib n'ofirent rien , ou que très-peu de chose, aux boas géuîes, parce qu'ils n'en feront ni plus ni moins de bien; ce qui prouve combien JAicrèce a eu raison de dire : Primus in orbe doosfeeit timor.

C'est la peur qui d'abord peupla de dieux te monde.

Cette peur des mauvais génies est une de leurs pensées les plus habituelles, et qui les tourmentent le pins : lenis plus intrépides gueiTÎers sont, à cet égard, eomnsn tes finnmes et lesenftnts; un songe, un ftnttaievulannltdans les bois, un cri sinistre, alarment également leur espritcrédste et superstitieux; mais oomme partout où il y a des dopes, il crott des fripons, l'on trouve dans chaque triba sanvage quelque joncteur ou prétendu mn^teieit qui frit te i d'expliquer les songes, et de négocier avec les i les denoiandes et les affaires de chaque crofon/. H jone exactement te rôle de ces anciens vateto de comédte, porteurs de paroles entre les amante qui ne peuvent se voff : et l'on imagine bien que ce courtage n'est pas sans pnit pour son auteur. Les missionnaires ont une aTersion particulière pour ces jongleurs , qu'ils traitent de ckarlatams . d'imposteurs , de fripons; et les jongleurs, cpii les appellent supplanteurs envieux, lenr rendent 'les mêmes sentûnente : malgré leurs entretiens avec les génies, as sont fort embarrassés à en expliquer la nature, la Ibnne, la figure. — N'ayant pas nos idées sur les purs esprits, ils les supposent des êtres corporels, et pourtant légère • volatiles, de vraies ombres et mânes k la manière des anciens. — Quelquefois , eux et les sauvage en quelqu'un en particulier qu'ils imaginent résider dans arbre, un serpent, un rocher, une cataracte, et ils en I

SAUVAGES

leur fétUhê, k la manière des nègrea d'Afrique. L*idée d'une autre vie est auasi une croyance assez géi^ale chei les sauTages; ils se figurent qu'après la mort ils passeront dans un autre climat et pays oii abondenmt le gibier, le poîssony où ils pourront chasser sans fatigue, se promener sans crainte d'ennemis, manger des Tiandes bien grasses ' , vivre sans peines et sans soucis, en un mot, être heureux de tout ce qui fttit le bonheur dans la vie actuelle. Ceux du nord placent ce climat vers le tud-ouest, parce que c'est de là que vient le vent de la belle saison, et de la température la plus agréable et la plus fécondante. -— Les missionnaires ajoutait qu'ils mêlent à ces tableaux des idées de récompense et de châtiments , une sorte d'Elysée et de Tartare; mais ceci aurait besoin d'observateurs sans partialité.

Au reste, l'esquisse que je viens de tracer suffit pour prouyer qu'U y a une analogie réelle entre les idées tliéologiques des sauvages de l'Aménque-nord et celles des Tarlares d'Asie, telles que nous irâ ont dépeintes les sa- ¥an russes, qui les ont Tisités dirais trente ans. Cette analogie est Cément évidente avec les idées des Grecs; on reconnaît le grand Manitou dans le Jupiter des temps béroiques, e'est4-dire sauTages, avec cette différence, que le ManiUm des Américains est triste, pauvre et ennuyé comme eux; tandis que le Jupiter d*ffomèreeli ^Hésiode déploie toute la magnificence de la cour d'J^thiopie, c'est-à-dire de Th^tes Mécatompifle, dont l'Age présent nous a révélé les étonnants secrets *.

On reconnaît également bien dans les Manitous, les dieux subalternes des Grecs, les génies des bois, des Umfaines, les dainu>neB, honorés d'un même culte superstitieux. Prétendre que les sauvages américams ont tiré leurs idées de la Grèce ou de la Scythie, n'est point ma conclusion ; il est possible que d'un même foyer primitif le Chamoftisme ou système Lami^ue de Beddou se soit répandu chez tons les sauvages de l'ancien monde, où on le retrouve jusqu'aux extrémités de l'Espagne, de l'Ecosse et de la Chnbrique : mais il me parait ^aaeût possible qu'il soit la production naturelle de l'esprit humain , parce que son analyse le montre tout entier formé de comparaisons tirées de la condition et des affections des peuples cliez qui il existe; j'ai dévdoppé ailleurs cette idée de manière à n'avoir pas besom de la reproduire ici \

' Tous ceux qui mènent la vie des bois flntasent par n'aimer que la graisse des viandes. — La partie maigre passe trop vite dans restomac : par cette raison , les traitants canadiens rappellent viande-pain, Tai mot-méme fait rexpârlenoe de ce goût, et comme eux J'en étals au point de préférer un morceau d'ours à une aile de dinde.

* Voyez dans le bel ouvrage de M. Denon le haut degré de goût, de luxe, de perfection où étaient parvenus les arts de cette Thèbes, d^ ensevelie dans la nuit de l'histoire quand il n'était pas encore question de la Grèce ni de Tltalle.

^ Voyez les Ruines. Généalogie des idées religieuses : les missionnaires chrétiens, catholiques, protestants, rooraves, se sont donné beaucoup de soins pour convertir les sauvages : la société des Jésuites, par ses manières insinuantes « avait mieux réussi à les soumettre à des pratiques eztérieures ; mais le bon sens grossier de ces hommes n*a jamais pu se plier ou s'ouvrir à la croyance des dogmes incompréhensibles; ils allaient à l'office et disaient le chapelet uniquement afin d'avoir le vene d'ean-de-vle et le pain qu'on leur distribuait , et dont

Une transmission de ces idées religieuses qui supposerait une trop longue série de générations , me parait surtout difficile , en ce qu'il n'existe chez les sauvages ni livres , ni écriture, ni aucun moyen monumental : tout s'y réduit à la tradition orale, c'est-à-dir^ à ces récits qui, en passant d'une bouche k l'autre , s'altèrent tellement , que même des fiûts voisins deviennent méconnaissables en peu de temps : je crois avoir raisonnablement démontré &ï traitant des Arabes ' , combien les traditions sont nulleschez les Orientaux, malgré le préjugé oontrahre de quelques savants, et principalement des théologiens , qui ont besoin de ce moyen pour appuyer diverses opinions : j'ai prouvé que chez ces peuple les individus conservent à pehie le souvenir des années de leur Age et des événements de leur «ifanoe ; que ce caractère oublieux ou négligent leur est conmiun avec notre propre peuple, celui surtout des campagnes, qui leur ressemble le mieux par son ignorance ; et qu'enfin ce caractère est inhérent A la nature humaine en général : les sauvages d'Amérique sont un nouvel exemple à l'appui de mon opinion , car tous les témoins que j'ai eu occasion de consulter et de citer si souvent, se sont accordés A me dire qu'il n'existe chez eux aucun souvenir régulier, aucune tradition exacte d'un fait qui ait cent ans de date ; et leur vie errante, vagabonde, leurs dispersions par la guerre , leun distractioDs par les malheurs et les calamités , enfin leur insoudanoe foncière, seront , pour quiconque en calculera les effets, autant de preuves évidentes que cela doit être ainsi. — Un seul moyen de souvenir a lieu dans leur situation , c'est celui des phrases A syllabes comptées et rimées, ce que plus noblement on appelle des vers, soit déclamés , soit chantés : en effet , par les mesures comptées de ces vers et par leurs rimes, les roots et les idées sont fixés d'une manière précise et certaine dans le discours et dans la mémoire, et l'on peut toujours s'assurer que le discours estentler et non tronqué : aussi est-ce réellement A cette idée simple et rustique que l'art divin de la poésie doit son origine ; et c'est par cette raison que ses premiers essais, ses plus anciens monuments, sont des contes extravagants de mythologie , de dieux , de génies , de revenants , de loups-garoux , ou de sombres et fonatiques tableaux de combats, de haines et de vengeances , tels que les chants des bardes d'Ossian et d'Odin, j'ose dire même du cliantre de la colère d'Achille, quoiqu'il ait eu plus de connaissances et de talent ; tous contes et tableaux analogues A l'esprit ignorant, A l'imagination déréglée et aux mœurs forouches des peuples chez qui ils se produisent.

L'on pourra me dire que les sauvages ont des espèces d'hiéroglyphes avec lesquels ils se communiquent des idées ; comme de dessiner un homme la main appuyée sur la hanche, pour signifier un Français; un autre les bras liés,

le don favorisait leur paresse. Je n'ai Jamais oui citer aux États- Unis l'exemple d'un seul sauvage réellement chrétien ; aussi lorsque chez nous un auteur préconisé a fondé l'intérêt d'un roman récent sur la dévotion presque monacale d'une Spaw oaJlUe sauvagesse, il a manque A la règle des vraisemblances, de laquelle naît cet iotérét : mais s'il n'a eu en vue que &f plaire A un parti et d'arriver A un but, il a parfaitement réussi ; «t c'est particulièrement le cas de dire : Tout chemin mine à Rome.

» Voyage en Syrie.

pour signifier un prisonnier : mais Ton sent combien une telle méthode est imparfaite» équivoque et bornée. La Yérite est, en résultat, qu'ils n*ont ni moyens de transmission, ni monuments, pas même des vestiges d'une antiquité quelconque. Jusqu'à ce jour, Ton ne cite dans toute l'Amérique du nord (le Mexique excepté) ni un édifice, ni un mur en pierre taillée ou sculptée qui atteste des arts anciens. Tout se borne à des Imtles de terre ou tumultu servant de tombeaux à des guerriers; et à des lignes de circonvallatiott qui embrassent depuis un jusqu'à trente arpents de surface. J'ai vu trois de ces lignes, l'une à Cineinnati , et deux autres en Kenlucky, sur la route de ce même lieu à Lexington par Georgetown; ce sont tout simplement des crêtes de fossés, ayant au plus 4 ou 5 pieds d'élévation et 8 à 10 de base; la forme de leur enceinte est irrégulière, tantôt ovale, tantôt ronde, etc. et elle ne donne aucune idée d'art militaire ou autre. Le plus grand de ces ouvrages, celui de Maskingom, est à la vérité carré, et a de plus grandes dimensions ; mais d'après le dessin et la description qu'en a donné M. le docteur Barton dans ses Observations d'histoire nahh relie % l'on voit qu'il n'a ni bastions, ni tours, comme on l'avait dit , et qu'il a da être un simple retranchement de défense, tel que Oldmixon et ses autorités attestent que les sauvages les pratiquaient à l'arrivée des Européens , lorsqu'ils avaient des demeures plus fixes , et un équilibre plus égal de forces. — Tous ces retranchements ont eu la même cause, et tous ont pu être faits avec des houes et des paniers.

Quant aux iumulus, j'ai vu celui de Cincinnati, à 6 ou 700 pas du fort vers l'ouest; c'est un monceau de terre, en pain de sucre, qui peut avoir 40 pieds de saillie au-dessus du sol ; il est recouvert d'arbres qui ont crû spontanément. — 11 m'a rappelé les buttes du désert de Syrie et de sa frontière; mais elles sont infiniment plus fortes , ayant eu pour objet de poser des tours. Il paraît que dans la Tarlarie russe et chinoise l'on, en rencontre beaucoup dont la taille a plus d'analogie. L'on a fouillé quelques-uns de ces tumulus américains , et l'on n'y a trouvé que des os, des arcs, des haches, des flèches de guerriers sauvages. — Le général Sinclair ayant fait scier l'un des plus gros arbres implantés sur leur pain de sucre, y a compté plus de 432 cercles de végétation; et comme il parait qu'il se forme un de ces cercles par année, cela reporterait la date du tombeau de 1300 à 1350.

Au reste , Il faut laisser de plus amples recherches et de plus solides coi\iectures aux savants américams qui sont sur les lieux , et qui chaque jour peuvent faire de nouvelles découvertes. Je me résume à dire que le plus certain, le plus instructif de tous les monuments que présentent les sauvages , c'est leur langage. — M. le docteur Barton a publié sur ce sujet un essai curieux * , dans lequel il ooittparc plusieurs mots de leurs langues et dialectes. Il a même étendu ses confrontations aux langues de quelques tribus tartares , à l'aide du recueil que le docteur Pallas en a fait

« Première partie, in 8», 78 pages, Philadelphie, 1787. Voyez la page 30.

* Voyez New flewi on the origin o/ the tribes and nation* qf America^ i vol. to-8<», Philadelphia, I7W.

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et publié sur près de 300 natkMis asiatiques par orée de rûnpératrioe Catherine // '. Les cohfroDtatioos da docteur Barton l'ont conduit à plusieurs condosioitt intéressantes pour la science ; mais malgré les vceox d'estime et d'amitié que je forme pour ses succès, je ne trooTe pu toutes ses conclusions élément fondées; je ne pois admettre , par exemple , l'affinité qu'U établit entre les dialectes caraïbes, brésiliens, péruviens, etc. et les hognei ou dialectes des Poteouatamis, des Delavrares, des Iroquois , fondée sur la ressemblance de deux on trois moto. Il me semble être plus heureux dans quelques rapports qu'il découvre avec les langues du nord-est de l'Asie; l'oo ne peut d'ailleurs que lui savoûr gré d'avoir oovert om mine curieuse et riche en nouveautés, mais cette miDea besoin d'être exploitée à fond et en grand , et ce trana ▼eut les forces combinées de plusieurs savants. 11 sciait à désirer que le congrès, sentant Timportanœ da sojet, formât , ne fût-ce que temporairement, une école de ciaq ou six interprètes uniquement occupés à recudUir des vocabulaires et des grammaires sauvages. — Dans cent ans, dans deux cents ans, il n'existera peut-être plus un aeiii de ces peuples. — DepmB deux siècles , déjà un grand nonh bre a disparu ; si l'on ne profite pas du nwment,J'occasiQs se perdra sans ressource de saisir le seul fil d'anaioped de filiation de ces nations avec celles du nord^ de l'Asie; la dépense d'un tel établissement est un bien miace objtl pour un pays économe et riche ; d'aOleurs , ce genre de dépense a des résultats ayantageux, et même lacrati&, se fût-ce que sous le rapport des fiicilités de commerce qu'il donne , et des produits de librairie. — En soumettant cette idée aux membres du congrès , amis des sciences et des lettres, j'ose la recommander à leur attention avec d'autant plus d'hkstance , que j'ai vu régner dans les États-lms un pr^ugé pernicieux ; savoir qu'il ne fout pas que le gosvemement encourage la culture des lettres et des scioices, mais qu'il les abandonne comme les autres arts à VindsS' trie des particuliers ; cette comparaison aux arts est totalement erropée , en ce que pour bien cultiver les sdenos et les lettres , il faut renoncer à toute ambition d'emploi » de place, même de fortune; il faut avoir l'esprit lilve dn soucis de hi richesse et de la pauvreté; il tant n'aimer qse le travail et la gloire, on , si l'on veut , la célébrité; or poar bien remplir cette vocation, il faut être aiHJtossus da besoiB, posséder le nécessaire, même l'utile, et avoir oae dosée médiocrité toute aequise. — C'est ce qu'efléctuent les doia-

> Ce \T«vBÏ\ , dont lldée vrafanent philosophique a pour M d'éclalrclr et de diminuer la confusion babêligme des laopNS, a été imprimé en caractères russes : me serai Ml pennis d'ohmver que ce moyen d^exécntion est contradictoire à HntratiOQ* Les caractères russes sont bornés à une nation pra riche <t livres, peu avancée en science : les caractères dits rotMitt sont devenus ceux de toute l*Eun>pe; ils sont prêts a drToiir les seuls en Allemagne, et le seront dans toute rAmériqar; les Russes ne prétendent sûrement pas les supplanter. ^>^il pas été, ne 8erait41 pas encore plus convenable auijoanfiid que les Russes les adoptassent, et se réunissent à la pwéf masse en faisant pour les prononciations qui leur sont pa^ ticullères, une opération semblable à œlle que le goaveriMVst français vient de faire pour les alphabets arabe, turiel fttsan ; c'est-à-dire , en kur adaptant des lettres égalnaral pvtlcnllères? ils s^épargneralent bien des frais et desdificalb^

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