‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 2 sur 230 · INVOCATION · texte numérisé non relu

INVOCATION

Je TOUS salue, raines soUtaires , tombeaux saints , mars sflencienx! c'est Tons qae j'invoque; c'est à vous que fadresse ma prière. Oui! tandis que Totre aspect repousse d'un secret effroi les regards du Tulgaire, mon coeur trouve à vous contempler le charme des sentiments profonds et des hautes pensées. Combien d'utiles leçons, de réflexions touchantes ou fortes n'offrez-vous pas à l'esprit qui sait vous consulter 1 C'est vous qui, lorsque la terre entière asservie se taisait devant les tyrans, proclamiez d^ les vérités qu'ils détestent, et qui confondant la dépouffle des rois avec celle du dernier esclave, attestiez le saint dogme de VÉCkutû. C'est dans vo^ enceinte, qu'amant solitaire de la UBEBTé, j'ai vu m'apparaltre son génie, non tel que se le peint un vulgaire insensé , armé de torches et de poignards , mais sous l'aspect auguste de la justice, tenant en ses mains les balances sacrées où se pèsent les actions des nx)rtels aux portes de l'éternité.

0 tombeaux I que vous possédez de vertus ! vous épouvantez les tyrans : vous empoisonnez d'une terreur secrète leurs jouissaoces impies; ils (aient votre incx)rruptible aspect, et les Uches portent loin de vous l'orgueil de leurs palais. Vous punissez l'oppresseur puissant; vous ravissez l'or au concussionnaire avaze, et vous vengez le faible qu'il a d^KHiillé; vous compensez les privations du pauvre, en flétrissant de soucis le &ste du riche; vous contfAez le malheureux, en lui oRrant un dernier asile; enfin vous donnez à l'âme ce juste équilibre de force et de sensibilite qui constitue la sagesse, la science de la vie. En considérant qu'il faut tout vous restituer, l'homme réfléchi néglige de se charger de vames grandeurs, d'inutiles richesses : il retient son cœur dans les bornes de l'équité; et cependant, puisqu'il faut qu'il fournisse sa Cttrière, U emploie les instants de son existence, et use des biens qui lui sont accordés. Ainsi vous jetez un ftein salotaire sur Pélan impétueux de la cupidité; vous calmez l'ardeur fiévreuse des jouissances qui troublent les «fl»; vous reposez l'âme de la lutte fatigante des pas- ««m; vous relevez au-dessus des vils intérêts qui tourn«tent la foule; et de vos sommeto, embrassant la scène «» peuples et des temps, l'esprit ne se déploie qu'à de Pandes affectioiis, et ne conçoit que des idées solides de

vertu et de gloire. Ah ! quand le songe de la vie sera termmé, à quoi auront servi ses agitations, si elles ne laissent la trace de l'utilité?

O ruines 1 je retournerai vers vous prendre vos leçons! je me replacerai dans la paix de vos solitudes; et là, éloigné du spectecle affligeant des passions, j'aimerai les hommes sur des souvenirs; je m'occuperai de leur bonheur, et le mien se composera de l'idée de l'avoir hâté.

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