‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 204 sur 230 · AU DIRECTEUR DE LA REVUE · texte numérisé non relu

AU DIRECTEUR DE LA REVUE

l'arr^ m'inquiétait peo; Jamais ]e n'ai prétendu saroir le grec ; maîA parce que la forme et Tlntention du réquisitoire furent par trop hostiles, je pris cette occasioo de donner àmontonr des leçons de logique et de politesse, même de langues française et grecque à un censeur qui faisait métier de goufmander tout le monde : maintenant il ne s'agit phu des personnes, je n'en veux qu'aux choses. Or ces dioses sont que, malgré tout cequ'enadil l'esprit de coterie, cette fomeuse traduction française d'Hérodote en sept et en neuf Tolnmes, est un ooTrage radicalement ndeux de fond et de forme, en ce qu'eUe fourmille d'altérations du texte, même de contre-sens et àe/aux ma/^ie^, introduiU par lapréléfenoe que l'auteur donne louvoorsà ses propres idées et opinions; sans compter que, par défaut de tact et de goût, sons prétexte de franciser le grec , il décolore totalement son original. J^ai démontré la vérilé de ces assertions, dans un premier écrit publié en l808i et retouché en 1809 '; j'y al joint de nouYclles preures dans un trarail complet qui a paru en 1814 '. A cette époque, je formai le Toeu qu'une traduction nouYélIe plus consdendeuse vint Donsftfere mienx connattreleplusconjriencieiixdes Toyap geura andens. Eh bien! Monsieur, Toilà que mon souhait s'accomplit : Toilà que l'on m'annonce une telle traduction, Êûte, non par un lettré de profession, mais par un amateur qui, oomme moi, se délasse des afbires du présent par l'étude du passé. Un cas singulier veut que cet auteur nou- Teau, mais nullement noYice, en désirant de n'être pas DonuBé, désire encore que ce soit moi qui mette an jour sa productleiL II a fait déposer en mes mains, à titred'édiantUlan,le second des neuflîYres d'Hérodote, afin que je juge s'il a bien rempli les conditions que j'ai indiquées OQBHDe bases de l'art de traduire. J'ai à cœur de répondre à sa conflanee et à celle que le public français accorde au snoeesseur d'Hérodote en Egypte : la langue grecque ne m'eat poinl assex connue pour prononcer sur une traduction ; je Toisbien,en lisant oefle-d, quela coupedes phrases diffère beaucoup de celle de Larcher, et qu'elle se rapproche plutêtdu latinde Wesseling et de Scfaweighauser, dont la fidélilé est connue. Je trouve à ce nonvd Hérodote une physionomie plus antique, une narration plus naiTe, et un genre de style tel, qv'il me semble lira du grec à traTers du français ; je me disque ce style pourrait a?oir des tours plus âégants, une distribution de périodes plus conforme à nos habitudes; je sens que l'auteur s'efforce d'approcher da littéral , et d'obserrer ce grand principe , que l'histoire surtout Teut la prédsion d'un procès-yeri^. Cette manière a moins d'édat; mais le caractère de l'auteur, la marche de ses idées, sont bien mieux sentis. Dans une traduction, comme dans un portrait, le premier de tous les mérites est la ressemUanoe : que serait Cioéron tradoit en phrases de Tadte ! Par ce motif; je soutiens que l'Homère de madame Dacier est bien préférable à tons ces Homères en style ^andiose et flenri, où la simplicité, la grossièreté

t Toyei Supplément à VHérodoie de Larcher; 80 pages livr, 1806. Chronologie ^Hérodote, I vol. ln-8*, 1800.

> Voyez Meehercheê nouvelle» sur l'histoire ancienne; 2 vol. in-8". Le second volume se compose de ce qui avait d^à paru, en 1808 et 1809, sous le titre d-de^us. Seulement, }*ai écarté quelques personnalités.

antique disiferatt sous de menteurs ornements : autant vaudrait un buste de Socrate, avec le menton rasé et les cheveux à la Louis XIV. En résultat, c'est au public de ju^er par hii-mème : pour cet effet, je ne vols qu'un moyen efficace, qui est de lui soumettre des échantillons. Par eux , nos savants hellénistes pourront a^MTéder tout l'ouvrage : sur leur prononcé, des libraires connaissenrs dresseront leur spéculation ; elle ne'sera pas périlleuse, car l'auteur n'entend pas gonfler les deux volumes que comporte le texte, de six ou sept volumes d'appendices étrangers. Son goût lui donnera la mesure des notes néeessalres, et nous aurons en trois petite volumes, au plus, un véritable Hérodote. Je répondrai aux questions préparatoires jusqu'à ce que l'auteur trouve convenable de condure lui-même. Je profite donc. Monsieur, de la plaoe que vous m'accordez dans votre estimabte Rente, pour pnbUer quelques pages de la traduction nouvdle, en regard avec les mêmes de Lardier. Je prie le lecteur de fkire une comparaison attentive en lisant phrase à phrase; de bien peser les difKérences de tableaux et de coloris, qui se rendent plus sensibles à mesure qu'on les scrute.

Traduction nouvelle.

Après la mort de Cyrus, Cambyae , son fils , qo*il avait en de Cassandane, fille de Pharaqpe , succéda à Templre.

Cassandane était morte avant Cyras ; et à sa mort , non-seulement Cyrus avait montré la plus profonde affliction et porté le denU longtemps, mais il avait encore pRscrit k ses sqjeli de le prendre. Cambyse, dès quil toi monté sur le trône , considérant les Ioniens et les Êoliens oomme des sujets que son père lui avait légués, pensa à porter ses armes en Egypte, et composa rarmée qu*il mena dans cette expédition des troupes que ses andens États lui fournirent, et de celles quii tira des Grecs nouvellement soumis....

Les Égyptiens , avant le règne de Psammétique , se regardaient comme le premier de tous les peuples par Tantiqulté; mais depuis Psammétique, qui voulut approfondir quelle était réellement la race d'hommes la plus andenne , les Phrygiens furent reconnus pour Tètre , et les Égyptiens ne vinrent plus qu'après eux.

Void comment ce roi , peu satisfait des recberohes qu'il avait faites sur cette question, et qui ne lui avaient rien fonni de positif, parvint à la rémudre. n fit remettre deux enfants nouveau-nés , pris au hasard , entre les mains d*un berger chargé de les élever au milieu de ses troupeaux royaux , avec ri^lonction de ne Jamais proférer devant eux une seule parole, et de les lais-

Tradnetion de Larcher.

Cambyaes, fils de Cyrus et de Cassandane, fllfes de Phar* naspes, monte sur te tr6ne après lamort de son père. Cassandane étant morte avant Cyras , ce prince avait été tellement affligé de sa perte, qu*H avait ordonné k tous ses su|eto d'en porter le deuil.

Cambyses regardait les Ioniens et les Éoliens comme eadavesde son père; mais il marcha contre les Égyptiens avec une armée qu'il leva parmi les Grecs de ses Étets et parmi ses autres si^ets....

Les Égyptiens se croyaient , avant le règnejle Psammitichus, le plus anden peuple de la terre. Ce prince ayant voulu savoir, à son avènement à la couronne, quelle nation avalt le plus die droit à ce titre , ils pensent depuis ce temps-là que les Phrygiens sont plus anciens qu'eux , mais qu'ils le sont plus que toutes les autres

Psammitichus n'ayant pu découvrir par ses recherches quels étalent les premiers hommes, imagina ce moyen :

il prit deux enfants de basse extraction , nouveau-nés , les remit à un berger pour les élever parmi ses troupeaux, lui ordonna d'empêcher qui que ce fût de prononcer un seul mot en leur présence ; de les tenir enfermés dans une

Traduction de tarcKer,

cahane dont rentrée fût interdite à toat ie inonde ; de leur amener à des temps fixes des chèvres pour les nourrir; et lorBqa*ils auraient pris leur repas, de vaquer à ses antres oocapattons. En donnant ces ordres, ce prince voalait savoir quel serait le premier mot que prononceraient cei; enfonts, quand Us auraient cessé de rendre dessous inarticulés.

Ce moyen lui réussit Deux ans après que le berger eut commencé à en prendre soin , comme il ouvrait la porte , et qutl entrait dans la cabane, ces deux enfants, se traînant vers lui , se mirent à crier &ecof , en lui tendant les mains.

La première fois que le berger les entendit prononcer cette parole, il resta tranquille; mais ayant remarqué que lorsqu'il entrait pour en prendre soin,ils répétaient souvent le même mot, il en avertit le roi, qui lui'ordonnade les lui

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