CHAPITRE in
. PriDdpeB de la loi natuieUe par nn^rt à l*hoiiiine.
/>. Développez-moi les principes delaloinaturelle par rapport à l'honune?
/t. Us sont simples ; ils se réduisent à un précepte fondamental et unique.
D. Quel est ce précepte?
M. Cest la conservation de soi-même.
D. Est-ce que le bonheur n'est pas aussi un précepte de la loi naturelle?
R. Oui : mus comme le bonheur est un état accidente! qui n*a lieu que dans le développement des facultés de l'homme et du système social, il n'est point le but immédiat et direct de la nature; c'est , pour ainsi dire, un objet de hixe, surs\jouté à l'objet nécessaire et fondamental de la conservation.
Z>. Comment ta nature ordonne-t-elle à l'homme de se conserver?
R, Par deux sensations puissantes et involontaires , qu'elle a attachées conune deux guides , deux génies gardiens à toutes ses actions : l'une, sensation de douleur, par laquelle elle l'avertit et le détourne de tout ce qui tend à le détruire; Tautre, sensation de plaisir, par laquelle elle l'attire et le porte vers tout ce qui tend à conserver et à développer son existence.
/>. Le plaisir n'est donc pas un mcU, un péché, comme le prétendent les casuistes?
R. Non : il ne Test qu'autant qu*il tend àdétniire la vie et la santé , qui , du propre aveu de ces casuistes, nous viennent de Dieu même.
Z>. Le plaisir est^il l'objet principal de notre existence , cooune l'ont dit quelques philosophes ?
R. Non : il ne l'est pas plus que la douknr; le piaishr est un encouragement à vivre, comme la douleur est un repoussement à mourir.
D, Comment prouvez-vous cette assertion?
R. Par deux faits palpables : l'un, que le plaisir, s'il est pris au delà du besoin , conduit <à la destruction; par exemple, un homme qui abuse du plaisir de manger ou de boire , attaque sa santé et nuit à sa vie : l'autre, que la douleur conduit quelquefois' à la conservation; par exemple, un liomme qni se fait couper un membre gangrené soufifre de la douleur, et c'est afin de ne pas périr tout entier.
£>. Mais cela même ne prouve-t-il pas que nos sensations peuvent nous tromper sur le but de notre conservation ?
R, Oui : dles le peuvent momentanément.
/>. Comment nos sensations nous trompentelles?
R, De deux manières : par ignorance et par
D. Quand nous trompent-elles par ignorance?
R. Lorsque nous agissons sans connaître l'actioa et l'effet des objets sur nos sens ; par exemple , lorsqu'un homme touche des orties sans connaître leur qualité piquante, ou lorsqu'il mâche de l'opium dont il ignore la qualité endormante.
D. Quand nous trompent-elles par passion?
R. Lorsque connaissant l'action nuisible des objets, nous nous livrons cependant à la fougue de nos désirs et de nos appétits; par exemple, lorsqu'un honune qui sait que le vin enivre, enboit avec excès.
/>. Que résulte-t-il de là?
R, n en résulte que l'ignorance dans laquelle nous naissons, et que les appétits déréglés auxquels nous nous livrons , sont contraires à notre conservation ; que par conséquent l'instruction de notre esprit et la modération de nos passions sont deux obligations, deux lois qui dérivent immédiatement de la première loi de la conservation.
£>. Mais si nous naissons ignorants, l'ignorance n'est-elle pas une loi naturelle?
R. Pas davantage que de rester enfants, nus et faibles. Loin d'être pour l'homme une loi de la nature, l'ignorance est un obstacle à la pratique de toutes ses lois. C'est le véritable péché originel.
D, Pourquoi donc s'est-il trouvé des moralistes qui l'ont regardée conune une vertu et une perfection?
LA LOI NATURELLE
il. Pixce que par bizarrerie d'esprit, ou par mir aanthropie, ils ont confondu Tabus des connaissances aTec les connaissances mêmes : comme si, parce que les hommes abusent de la parole, il fallait leur couper la langue; conune si la perfection et la vertu consistaient dans la nullité, et non dans le développement et le bon emploi de nos fiicultés.
D. L'instruction est donc une néoessité indispensable à Teiistence de l'homme ?
R. Oui : tdlement indispensable, que sans elle il est à diaqoe instant frappé et blessé par tous les êtres qui Tenvironnent ; car s*il ne connaît pas les effets du feu, il se brûle; ceux de l'eau, il se noie; ceux de l'opium, il s'empoisonne : si dans l'état sauvage il ne connaît pas les ruses des animaux et Tart de saisir le gibier, il périt de fdm; si dans rétat social il ne oonnatt pas la mardie des saisons, il ne peut ni labourer, ni s'alimenter; ainsi de toutes ses actions dans tous les besoins de sa conservation.
Z>. Mais toutes ces notfons nécessaires à son «dsteoce et au développement de ses fiioultés, llwnune isolé peut-il se les procurer?
it. Non : il ne le peut qu'avec l'aide de ses semblables, que vivant en société.
D. Mais la société n'est-elle pas pour Tllomme un état contre nature?
R. Non : elle est au contraire un besoin, une loi que la nature lui impose par le propre fait de son organisalâon; car, 1* la nature a tellement constitué rétre humain , qu'il ne voit point son semblable d'un autre sexe sans éprouver des émotions et un attrait dont les suites le conduisent à vivre en fan^lle, qui déjà est un état de société; S^ en le fornant sensible, elle l'a organisé de manière que les sensations d'autmi se réfléchissent en ki-méme, et y excitent des eo-$entimefU$ de plaisir , de douleur, qui sont un attndt et un lien indissoluble de la société; 8« enfin, l'état de société, fondé sur les besoins de l'homme, n'est qu'un moyen de plus de remplir la loi de seeonserver ; et dire que cet état est hors de nature parce qu'il est plus par&it, c'est dire qu'un fruit amer et sauvage dans les bois , n'est phis le produit de la nature, alors qu'il est devenu doux et délicieux dans les jardins où on l'a cultivé.
/>. Pourquoi donc les phi1osq»bes outils appelé la vie sauvage l'état de per/ectUmf
R. Fwoeque, comoieje vous l'a! dit, le vulpm a souvent donué le nom de philosophes à des esprits bizarres qui, par morosité, par vanité blessée , par dégoût des vices de la société , se sont fait de l'état sauvage des idées chimériques , contradic-
toires à leur propre système de l'homme parfait.
D. Quel est le vrai sens de ce mot philosophe f
R. Le mot philosophe signifie amant €le la sagesse : or, comme la sagesse consisté dans la pratique des lois naturelles, le vrai philosophe est celui qui connaît ces lois avec étendue et justesse, et qui y conforme toute sa conduite.
D. Qu'est-ce que l'homme dans l'état sauvage?
R. Cest un animal brut, ignorant, une bête méchante et féroce, à la manière des ours et des orangoutangs.
£>. Est-il heureux dans cet état?
R. Non : car il n'a que les sensations du moment; et ces sensations sont habituellement celles de besoins violents qu'il ne peut remplir, attendu qu'il est ignorant par nature et £adble par son isolement,
D. Est-il libre?
R. Non ; il est le plus esclave des êtres; car sa vie dépend de tout ce qui l'entoure; il n'est pas libre de manger quand il a faim, de se reposer quand il est las, de se réchauffer quand il a froid ; il court risque à chaque instant de périr : aussi la nature n'a-t-elle présenté que par hasard de tels individus; et l'on voit que tous les efforts de l'espèce humaine depuis son origine n'ont tendu qu'à sortir de cet état violent, par le besoin pressant de sa conservation.
D, Mais ce besoin de conservation ne produi^ il pas dans les individus Végoïsme, c'est-à-dire l'ommr de soif et l'égoîsme n'est- il pas contraire à l'état social?
A. Non : car si par ég&isme vous entendez le penchant à nuire à autrui, ce n'est plus l'amour de soi, c'est la haine des autres. L'amour de soi, pris dans son vrai sens , non-seulement n'est pas contraire à la société, il en est le plus ferme appui , par la nécessité de ne pas nuire à autrui, de peur qu'en retour autrui ne nous nuise.
Ainsi la conservation de l'homme, et le développement de ses facultés dirigé vers ce but, sont la véritable loi de la nature dans la production de l'être humain; et c'est de ce principe simple et fécond que dérivent, c'est à lui que se rapportent, c'est sur lui que se mesurent toutes les idées de bien et de mal, de vice et de vertu, de juste ou d'injuste, de vérité ou à'erreur, de permis ou de défendu, qui fondent la morale de l'homme individu , ou de l'homme social.
LA LOI NATURELLE