‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 53 sur 230 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dtt diverses races des habitants de ITÊgypte. Au milieu des révolutions qui n'ont cessé d'a-

giter la fortune des peuples, il est peu de pays qui aient conservé purs et sans mélange leurs habitants naturels et primitifs. Partout cette même cupidité qui porte les individus à empiéter sur leurs propriétés respectives, a suscité les nations les unes contre !es autres : l'issue de ce choc d'intérêts «t de forces a été d'introduire dans les états un étranger vainqueur, qui, tantôt usurpateur insolent, a dépouillé la nation vaincue du domaine que la nature lut avait accordé; et tantôt conquérant plus timide ou plus civilisé, s'est contenté de participer à des avantages que son sol natal lui avait refusés. Par là se sont établies dans les états des races diverses d'habitants, qui quelquefois se rapprochant de mœurs et d'intérêts, ont mêlé leur sang; mais qui , le plus souvent, divisés par des préjugés politiques ou religieux, ont vécu rassemblés sur le même sol sans jamais se confondre. Dans le premier cas, les races perdant par leur mélange les caractères qui les distmguaient, ont fortné un peuple homogène où Ton n'a plus aperçu les traces de la révolution. Dans le second, demeurant distinctes, leurs différences perpétuées sont devenues un monument qui a survécn aux siècles, et qui peut, en quelques cas, suppléer au silence de l'histoire.

Tel est le cas de l'Egypte : enlevée depuis 23 siè-

ETAT POLraQUE

des à ses propriétaires naturels, elle a vu s'établir successivement dans son sein des Perses, des Macédoniens, des Romains, des Grecs, des Arabes, des Géorgiens , et enfin cette race de Tartares connus sous le nom de Turks ottomans. Parmi tant de peuples , plusieurs y ont laissé des vestiges de leur passage; mais comme dans leur succession ils se sont mêlés, il en est résulté une confusion qui rend moins facile à connaître le caractère de diacun. Cependant on peut encore distinguer dans la pqiulation de Vtr . gypte 4 races principales d'habitants.

La première et la plus répandue est celle des Arabes, qu'on doit diviser en 3 classes : 1» La postérité de ceux qui , lors de l'invasion de ce pays par Amrou, l'an 640, accoururent de l'Hedjâz et de tontes les parties de l'Arabie s'établir dans ce pays justement vanté par son abondance. Chacun s'empressa à*y posséder des terres , et bientôt le Delta fut rempli de ces étrangers, au préjudice des Grecs vaincus. Cette première race, qui s'est perpétuée dans la classe actuelle des fellahs ou laboureurê et des artisans, a conservé sa physionomie originelle; mais elle a pris une taille plus forte et plus élevée : effet naturel d'une nourriture plus abondante que celle des déserts. En général , les paysans d*Égypte atteignent 6 pieds 4 pouces ; plusieurs vont à 5 pieds 6 et 7 ; leur corps est musculeux sans être gras , et robuste comme il convient à des hommes endurcis à la fatigue. Leur peau hâlée par le soleil est presque noire; mais leur visage n'a rien de choquant. La plupart ont la tête d'un bel ovale, le front large et avancé, et sous un sourcil noir un œil noir, enfoncé et brillant; le nez assez grand, sans êtreaquilin ; la bouche bien taillée, et toujours de belles dents. Les habitants des villes, plus mélangés, ont une physionomie moins uniforme, moins prononcée. Ceux des villages, au contraire, ne s'alliant jamais que dans leurs familles , ont des caractères plus généraux, plus constants, et quelque chose de mde dans l'aspect, qui tire sa cause des passions d'une âme sans cesse aigrie par l'état de guerre et de tyrannie qui les environne.

T Une deuxième classe d'Arabes est cdie des Afi^icains ou Occidentaux * , venus à diverses reprises et sous divers chefs se réunir à la première : comme elle, ils descendent des conquérants musulmans qui chassèrent les Grecs de la Mauritanie; comme elle, ils exercent l'agriculture etks métiers ; mais ils sont plus spécialement répandus dans le S(M^ où ils ont des villages et même des princes particuliers.

magériie, pkuM de mkagrehi, homme d« garbp ou couchant : ce sont nos Bar^arnqtm.

DE L'EGYPTE

T La troîsièine classe est celle des Bédouins ou hommes des déserts * , connus des anciens sous le nom de ScenUes^ c'est-à-dire, habitant sous des tentes. Parmi ceux-là, les uns , dispersés par familles, habitent les rochers , les cavernes , les ruines et les lieux écartés où il y a de Teau ; les autres, réunis par tribus , campent sous des tentes basses et enfumées , et passent leur vie dans un voyage perpétuel. Tantôt dans le désert, tantôt sur les bords du fleuve , ils ne tiennent à la terre qu'autant que rintérét de leur sûreté ou la subsistance de leurs troupeaux les y attachent. H est des tribus qui chaque année , après l'inondation, arrivent du sein de r Afrique pour profiter des herbes nouvelles, et qui au printemps se renfoncent dans le désert; d'autres sont stables en Egypte, et y louent des terrains qu'ils ensemencent et changent annuellement. Toutes observent entre elles des limites convenues qu'elles ne franchissent point, sous peine de guerre. Toutes ont à peu près le même genre de vie, les mêmes usages, les mêmes mœurs. Ignorants et pauvres , les Bédouins conservent un caractère original, distinct des nations qui les environnent. Pacifiques dans leur camp, ils sont partout ailleurs dans on état habituel de guerre. Les laboureurs , qu'ils pillent, les haïssent; les voyageurs, qu'ils dépouillent, en médisent; les Turks, qui les craignent , les divisent et les corrompent. On estime que leurs tribusen Egypte pourraient former 30,000 cavaliers; mais ces forces sont tellement dispersées et désunies, qu'on les y traite comme des voleurs et des vagabonds.

Une seconde race d'habitants est celle des Coptes, appelés en arabe el-Qoubt. On en trouve plusieurs familles dans le Delta ; mais le plus grand nombre habitent le SeOdj où ils occupent quelquefois des villages entiers. L'histoire et la tradition attestent qu'ils descendent du peuple dépouillé par les Arabes, c'est-à-dire, de ce mélange d'Égyptiens, de Perses, et surtout de Grecs qui, sous les Ptolémées et les Constantins , ont si longtemps possédé l'Egypte. Us diffèrent des Arabes par leur religion , qui est le christianisme ; mais ils sont encore distincts des chrétiens par leur secte, qui est celle d'Eutjchès. Leur adhésion aux opinions théologiques de cet homme leur a attiré de la part des autres Grecs des persécutions qui les ont rendus irréeoneîKables. Lorsque les Arabes conquirent le pays, ils en profitèrent pour les affaiblir mutuellement. Les Cc^s ont fini par expulser leurs rivaux; et comme ils connaissent de tout temps

' Eb arabe, bôiâoui, formé de Mtf, d'ëierr, payssatu kabUaiiotu.

Tadmmistration intérieure de l'Egypte , ils sont devenus les dépositaires des registres , des terres et des tributs. Sous le nom d'écrivains, ils sont au Kaire \es^ intendants, les secrétaires et les traitants du gouvernement et des beks. Ces écrivains, méprisés des Turks qu'ils servent, et haïs des paysans qu'ils vexent, forment une espèce de corps dont est chef l'écrivain du commandant principal. Cest lui qui dispose de tous les emplois de cette partie, qu'il n'accorde, selon l'esprit de ce gouvernement, qu'à prix d'argent.

On prétend que le nom de Coptes leur vient de la ville de Coptos, où ils se retirèrent, dit-on , lors des persécutions des Grecs; mais Je lui crois une origine plus naturelle et phis ancienne. Le terme arabe QouhH, un Copte, me semble une altération évidente du grec Ai-goûpti-os , un Égyptien; car on doit remarquer que y était prononcé ou chez ies anciens Grecs, et que les Arabes n'ayant ni g devant a o ti, ni la lettre p, remplacent toujours ces lettres par g et 6 : les Coptes sont donc proprement les représentants des Égyptiens > ; et il est un fait singulier qui rend cette acception encore plus probable. En considérant le visage de beaucoup d'individus de cette race , j'y ai trouvé un caractère particulier qui a fixé mon attention : tous ont un ton de peau jaunâtre et fumeux qui n'est ni grec ni arabe; tous ont le visage bouffi, l'oeil -gonflé, le nez écrasé, la lèvre grosse; en un mot, une vraie figure de mulâtre. J'étais tenté de l'attribuer au climat >, lorsqu'ayant été visiter le Sphinx, son aq>ect me donna le mot de l'énigme. En voyant cette tête caractérisée nègre dan» tous ses traits, je me rappelai ce passage remarquable d'Hérodote, où il dit ^ : Pour moi.

> D'autant mleax qa*on les troore au Sald dès avant Dk>déUen , et qa*U parait que le SaXd ftit moins rempU par les Grecs qoe le Delta.

> En effet, J*olMer¥e qne la flgare des nègres représente précisément oet état de contraction que prend notre*visage lorsqu'il est frappé par la lumière et par une forte rérerbération de chaleur. Alors le aonrcU se franoe; la pomme des Jones s*élève ; la paupière se serre ; la booche fait la moue. Cette eontraetion des parties mobUes n*»4-«ne pas pu et dû à la loogne influer sur les parties solides, et mouler la cfaarpôite même des os? Dans les pays ftalds, le vent, la neige, Tair vif, opèrent presque le même eiCtt que rexoès de himiére dans les pays chauds : et nous voyons qne presque tous les sauvages ont quelque chose de la CAte du nègre ; ensuite viennent les coutumes de mouler la tète des enfants, et même le genre de ooilfùre, qui, par exemple, cfaes les Tartares étant un bonnet liaut, lequel serre ies tempes et relève le sourcil , me semble la cause du joiiml decAévrt quVm remarque chez les Chinois et les Kafanonki ; dans Jet aones tempérées et chez les peuples qui habitent sons des toHs, ces diverses dreonstances n'ayant pas lien, les tsaits se montrent allongés par le repos dca muscles, et les yeux à fleur de tête , parce qu'ils sont protégés contre Tictiott de Talr.

3 LIb. n, p. 150.

fesHme que les Colches sont une colonie des Égyptiens, parce que, comme eux, ils ont la peau noire et les cheveux crépus; c'est-à-dire que les anciens Égyptiens étaient de vrais nègres de Tespèce de tous les naturels d'Afrique ' ; et dès lors on explique comment leur sang, allié depuis plusieurs siècles à celui des Romains et des Grecs, a dû perdre Tintensité de sa première couleur, en conservant cependant l'empreinte de son moule originel. On peut même donner à cette observation une étendue très-générale, et poser en principe que la physionomie est une sorte de monument propre en bien des cas à constater ou éclaircir les témoignages de l'histoire, sur les origines des peuples. Parmi nous, un laps de 900 ans n'a pu efi&icer la nuance qui distinguait les habitants des Gaules, de ces hommes du Nord qui, sous Charles le Gros, vinrent occuper la plus riche de nos provinces. Les voyageurs qui vont par mer de Normandie en Danemark, parlent avec surprise de la ressemblance fraternelle des habitants de ces deux contrées, conservée malgré la distance des lieux et des temps. La même observation se présente , quand on passe de Franconie en Bourgogne ; et si l'on parcourait avec attention la France , l'Angleterre ou toute autre contrée , on y trouverait la trace des émigrations écrite sur la face des habitants. Les Juifs n'en portent-ils pas d'ineffaçables , en quelque lieu qu'ils soient établis? Dans les états où la noblesse représente un peuple étranger introduit par conquête, si cette noblesse ne s'est point alliée aux indigènes, ses individus ont une empreinte particulière. Le sang kalmouque se distingue encore dans l'Inde; et si quelqu'un avait étudié les diverses nations de l'Europe et du

* Cette obtervaUon, qui. Ion de la pobUcatioD de oe Voyage, en 1787, sembla plutôt neuve et piquante que fondée en veillé , te trouve acQourd'hni portée k Tévldenoe par des faits eux-mêmes aussi ptquants que dédslfo. Blumenbach, professeur trèS'distingué d*anatomie à GoetUngue, a publié en 1794 un mémoire duquel U résulte :

10 Qani a eu roocasiOD de disséquer plusieun momies égyptiennes.

S» Que les crânes de ces momies appartiennent à trois différentes races dliommes , savoir : l'une , la race éthiopienne, caractérisée par les joues élevées, les lèvres épaisses, le neî large et épaté, les prunelles saluantes; ainsi, i^oute-t-U, que Yolney nous représente les Coptes d'aq}ouid*hui.

La seconde race, qui porte le caractère des Hindous; et la traisièffle, qui est mixte et participe des deux premières.

Le docteur Blumenbach die aussi, en preuve de la première race, le sphinx gravé dans Horden , auquel les plus savants antiquaires n'avaient pas fait attention jusque-là. ry iJoute en cette édiUon, pour nouveau témoin , le même sphinx dessiné par l'un des artistes les plus distingués de nos jours. M. Cassas, auteur du royage pittoretque de la Syrie, di rjgyptê, eie. L'on y remarquera, outre des proportions gigantesques, une disposittoo de traits qui étabUt de plus en plus oe que j*ai avance

ÉTAT POLITIQUE

nord de TAsie , il retrouverait peut-être des analogies qu'on a oubliées.

Mais en revenant à l'Egypte, le fait qu'elle rend à l'histoire offre bien des réflexions à la philosophie. Quel sujet de méditation, de voir la barbarie et l'ignorance actuelle des Coptes, issus de l'alliance du génie profond des Ëgyptiens et de l'esprit brillant des Grecs ;. de penser que cette race-d'honunes noirs , aujourd'hui notre esclave et l'objet de nos mépris, est celle-là même à laquelle nous devons nos arts, nos sciences , et jusqu'à l'usage de la parole; d'imaginer enfin que c'est au milieu des peuples qui se disent les plus amis de la liberté et de l'humanité , que l'on a sanctionné le plus barbare des esclavages, et mis en problème si les hommes noirs ont une intelligence de l'espèce des blancs!

Le langage est un autre monument dont les indications ne sont pas moins justes ni moins instructives. Celui dont usaient ci-devant les Coptes s'accorde à constater les faits que j'établis. D'un côté, la forme de leurs lettres et la majeure partie de leurs mots démontrent que la nation grecque, dans un séjour de 1 ,000 ans , a imprimé fortement son empreinte sur FÉgypte >-, mais d'autre part, l'alphabet copte a 5 lettres, et le dictionnaire beaucoup de mots qui sont comme les débris et les restes de l'ancien égyptien. Ces mots, examinés avec critique, ont une analogie sensible avec les idiomes des anciens peuples adjacents, tels que les Arabes, les Éthiopiens, les Syriens , et même les riverains de l'Euphrate; et l'on peut établir comme un £ait certain que toutes ces langues ne furent que des dialectes dérivés d'un fonds commun. Depuis plus de trois siècles, celui des Coptes est tombé en désuétude; les Arabes conquérants,endédaignantridiome des peuples vaincus, leur ont imposé, avec leur joug, l'obligation d'apprendre leur langue. Cette obligation même devint une loi, lorsque, sur la fin du premier siècle de Vhecffire, le kalife OuàledI prohiba la langue grecque dans tout son empire : deoe moment, l'arabe prit un ascendant universel; et les autres langues, reléguées dans les livres, ne subsistèrent plus que pour les savants, qui les négligèrent. Tel a été le sort du copte dans les livres de dévotion et d'église, les seuls connus où il existe : les prêtres et les moines ne l'entendent plus; et en Egypte comme en Syrie, musulman ou chrétien, tout parle arabe et n'entend que cette langue.

Il se présente à oe sujet des observations qui, dans la géographie et l'histoire, ne sont pas sans importance. Les voyageurs , en traitant des pays qu'ils ont vus, sont dans l'usage et souvent dansl'oblîga-

■ Yoyex le Dictionnaire copte, par Laoraie.

DE L'EGYPTE

Uon de citer des mots de la langue qu'on y parle. Cest une obligation, par exemple, s'il s'agit de noms propres de peuples , d'honunes, de villes , de rivières et d'autresobjetspartîculiersau pays; mais de là est survenu l'abus, que transportant les nK>ts d*une langue à l'autre, on les a défigurés à les rendre méconnaissables. Ceci est arrivé surtout aux pays dont je traite; et il en est résulté dans les livres d'histoire et de géographie, un chaos incroyable. Un Arabe qui saurait le français, ne reconnaîtrait pas dans nos cartes dix mots de sa langue; et nous-mêmes lorsque nous l'avons apprise, nous éprouvons le même inconvénient. Il a plusieurs causes.

1*" L'ignorance où sont la plupart des voyageurs de la langue arabe, et surtout de sa prononciation; et cette ignorance a été cause que leur oreille, novice à des sons étrangers, en a fait une comparaison vicieuse aux sons de leur propre langue.

T La nature deplusieurs prononciations qui n'ont point d'analogues dans la langue où on les transporte. Nous l'éprouvons tous les jours dans le th des Anglais et dans le^oto des Espagnols : quiconque ne les a pas entendus ne peut s'en faire une idée ; mais c'est bien pis avec les Arabes, dont la langue a 3 voyelles et 7 à 8 consonnes étrangères aux Européens. Comment les peindre pour leur conserver leur nature, et ne les pas confondre avec d'autres qui font des sens différents '?

3<* Enfin, une troisième cause de désordre est la conduite des écrivains dans la rédaction des livres de cartes. En empruntant leurs connaissances de tous les Européens qui ont voyagé en Orient , ils ont adopté l'orthographe des noms propres, telle qu'ils l'ont trouvée dans chacun; mais ils n^ont pas fait attention que les diverses nations de l^Europe , en usant également des lettres romaines , leur donnent des valeurs différentes. Par exemple. Vu des Italiens n'est pas notre u, mais ou; leur gh, n'est pas gé, mais gué; leur c, n'est pas ce, mais tché : de là une diversité apparente de mots qui sont cependant les mêmes. Cest ainsi que celui qu'on doit écrire en français chtdh ou chêh, est écrit tour à tour ichek^j shekh, schech, sciek, selon qu'on Ta tiré de l'anglais , de l'allemand ou de Fitalien, chezqui ces combinaisons de M ^«cA^ se, ne sont que notre che. Les Polonais écriraient

> n D*y a pas Jmqa'aQ saTant Poooke , qui expliquant il bien les Utzcs, ne pat Jamais se passer d'interprète. Réoemment, Yonhaven, pmfenenr d*ant>e en Danemark, ne pat pas coteodra même le aalam aUd kom {H boi\|our ) , lor». qaH Tint en Egypte; et son compagnon , le jeune Forskal , aa beat d*an an , fot plos avanoé que lui.

* Pour faire senttr œs différences à la lecture , il faut appeler les lettres une à une.

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szech, et les Espagnols, ch^; eette différonce de finale ,J, ch, et kh, vient de ce que la lettre arabe estlejoto espagnol, ch allemand', qui n'existe point chez les Anglais, les Français et les Italiens. C'est encore par des raisons semblables, que les Anglais écrivent Âooda, l'Ile que les Italiens éerivent Jiuda, et que nous devons prononcer comme les Arabes, Rouda; que Poeoke écrit harammé^ pour haràna, un vdewr; que Niebuhr écrit d^febel pour (ffebel, une montagne; qued'Anville, qui a beaucoup usé de mémoires anglais , écrit Shâm pour Chdm, la Syrie, wadi ^mouâdi, une vallée ^ et mille autres exemples.

Par là, comme je l'ai dit, s'est introduit un désordre d'orthographe qui confond tout; et si l'on n'y remédie, il en résultera pour le moderne l'inconvénient dont on se plaint pour l'ancien. C'est avec leur ignorance des langues barbares, et avec leur manie d'en plier les sons à leur gré, que les Grecs et les Romains nous ont fait perdre la trace des noms originaux, et nous ont privés d'un moyen précieux de reconnaître l'état ancien dans celui qui subsiste. Notre languei, comme la leur, a cette délicatesse; elle dénature tout, et notre oreille rejette comme barbare tout ce qui lui est inusité. Sans doute il est inutile d'introduire des sons nouveaux ; mais il serait à propos de nous rapprocher de ceux que nous traduisons, et de leur assigner pour représentants les plus rapprochés des nôtres, en leur ajoutant des signes convenus. Si chaque peuple en faisait autant, la nomenclature deviendrait une, comme ses modèles *; et ce serait un premier pas vers une opération qui devient de jour en jour plus pressante et plus facile, un alphabet général qui puisse convenir à toutes les langues , ou du moins à celles de l'Europe. Dans le cours de cet ouvrage, je citerai le moins qu'il me sera possible de mots arabes; mais lorsque j'y serai obligé, qu'on ne s^étonne pas si je m'éloigne souvent de l'orthographe de la plupart des voyageurs. A en juger par ce qu'ils ont écrit, il ne paraît pas qu'aucun ait saisi les vrais éléments de l'alphabet arabe, ni connu les principes à suivre dans la translation des mots à notre écriture. Je reviens à mon sujet.

Une troisième race d'habitants en Egypte est celle des Turks, qui sont les maîtres du pays, ou qui du moins en ont le titre. Dans l'origine, ce nom de Turk n'était point particulier à la nation

> Pas dans tous les cas, mais après Vo et Vu, comme dans hucht un livre.

> Lorsque les voyageurs français qui font actuellement le tour du monde seront revenus, on verra la ooniùsion qu'apportera dans leurs rédts la variété des orthographes anglaise et française.

à qui nous rappliquons; il désignait en général des peuples répandus à Torient et même au nord de la mer Caspienne, jusqu'au delà du lac Aral, dans les vastes contrées qui ont pris d*eux leur dénomination de Taur^estàn^. Ce sont ces mêmes peuples dont les anciens Grecs ont parlé sous le nom de Parthes , de Massagètes , et même de Scythes, auquel nous avons substitué celui de Tartares. Pasteurs et vagabonds comme les Arabes bédouins, ils se montrèrent, dans tous les temps , guerriers farouches et redoutables. Ni Kvrus ni Alexandre ne purent les subjuguer; mais les Arabes furent plus heureux. Environ 80 ans après Mahomet, ils entrèrent, par ordre du kalife Ouà' led I, dans les pays des Turks, et leur firent connaître leur religion et leurs armes. Ils leur imposèrent même des tributs; mais l'anarchie s'étant glissée dans l'empire, les gouverneurs rebelles se servirent d'eux pour résister aux kalifes, et ils furent mêlés dans toutes les affaires. Ils ne tardèrent pas d'y prendre un ascendant qui dérivait de leur genre de vie. En effet, toujours sous des tentes, toujours les armes à la main, ils formaient un peuple guerrier, et une milice rompue à toutes les manœuvres des combats. Ils étaient divisés, comme les Bédouins , en tribus ou camps, appelés dans leur langue ordon, dont nous avons fait horde, pour désigner leurs peuplades. Ces tribus, alliées ou divisées entre elles pour leurs intérêts , avaient sans cesse des guerres plus ou moins générales; et c'est à raison de cet état que Ton voit dans leur histoire plusieurs peuples également nommés TVr^, s'attaquer, se détruire et s'expulser tour à tour. Pour éviter la confusion, je réserverai le nom de Turks propres à ceux de Constantinople, et j'appellerai Turkmansemx qui les précédèrent.

Quelques bordes de T^'kmans ayant donc été introduites dans l'empire arabe, elles parvinrent en peu de temps à faire la loi à ceux qui les avaient appelées comme alliées ou comme stipendiaires. Les kaiifes en firent eux-mêmes une expérience remarquable. Motazzam^y frère et successeur à^Jlmamoun, ayant pris pour sa garde un corps de Turkmans , se vit contraint de quitter Bagdad à cause de leurs désordres. Après lui, leur pouvoir et leur insolence s'accrurent au point qu'ils devinrent les arbitres du trône et de la vie des princes; ils en massacrèrent trois en moins de trois ans. Les kalifes, délivrés de cette première tutelle, ne devin-

■ Bitân est nn terme persan qui signille pays , et s^appUque en finale aux noms propres; ainsi Ton dit Arah-ntân, Framk-ettân, ete.

* En 834.

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rent pas plus sages. Vers 935 , Radi-l'eUah > ayant encoredéposéson autorité dans les mains d'un Turkman, ses successeurs retombèrent dans les premières chaînes; et sous la garde des emirs-elromara , ils ne furent plus que des fantômes de puissance. Ce fut dans les désordres de cette anarchie qu'une foule de hordes turitmanes pénétrèrent dans l'empire, et qu'elles fondèrent divers états indépendants, plus ou moins passagers, dans le Kerman, le Korasan, à IcorUum, à Âlep, à Damas et en Egypte.

Jusqu'alors les Turks actuels, distingués par le nom é'Ogouzians, étaient restés à l'orient de la Caspienne et vers le Djihoun; mais dans les premières années du treizième siècle, DJenhiz-kan ayant amené toutes les tribus de la haute Tartarie contre les princes de Balh et de Samarqand, les C^ouzîans ne jugèrent pas à propos d'attendre les Mogols : ils partirent sous les ordres de leur chef So* Uman, et poussant devant eux leurs troupeaux, ils vinrent (en 1214) camper dans VÂderbedjàn, au nombre de 50,000 cavaliers. Les Mogols les y suivirent, et les poussèrent plus à l'ouest dans l'Arménie. Soliman s'étant noyé (en 1220) en voulant passer l'Euphrate à cheval , Ertognd son fils prit le commandement des hordes, et s'avança dans les pleines de l'Asie Mineure, où des pâturages abondants attiraient ses troupeaux. La bonne conduite de ce chef lui procura dans ces contrées une force et une considération qui firent rechercher son alliance par d'autres princes. De ce nombre fut le Tnrkman Ala-el-Din, sultan à Iconiuni. Cet Ala-el- Din se voyant vieux et inquiété par les Tartares de DjenMz'kan , accorda des terres aux Turks d'Ertogrul , et le fit même général de toutes ses troupes. Ertogrul répondit à la confiance du sultan, battit les Mogols, acquit de plus en plus du crédit et de la puissance , et les transmit à son fils Osman, qui reçut d'un Ata-elrDin, successeur du premier, le qoftân, le tambour et les queues de cheval, symboles du conunandement chez tous les Tartares. Ce fut cet Osman qui, pour distinguer ses Turks des autres, voulut qu'ils portassent désormais son nom, et qu'on les appelât Osmanlès, dont nous avons fait Ottomans*. Ce nouveau nom devint bientôt redoutable aux Grecs de Constantinople, sur qui Osman envahit des terrains assez considérables pour en faire un royaume puissant. Bientôt il lui en donna le titre, en prenant lui-même, en 1300, la qualité de soliàn, qui sïgniûe souverain

■ C>ifi se plait en Diev.

* Cette difTérence du t à 1*4 vient de ce que la leUre originale est le th anglais, que les étrangers traduisent tantôt /, tantôt s.

DE LÉGYPTE.

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06^0^ On sait comment ses sueoesseurs , héritien de son ambition et de son activité « cootinaèrent de s'agrandir aux dépens des Grecs; comment de Jour en jour, leur enlevant des provinces en Europe et en Asie, ils les resserrèrent jusque dans les murs de Constantinople ; et comment enfin Mahomet II, fils d*Amurat, ayant emporté cette ville en 1468, anéantit ce rejeton de l'empire de Rome. Alors les Turks se trouvant libres des a£faires d'Europe, reportèrent leur ambition sur les provinces du Midi. Bagdad, subjuguée par les Tartares, n'avait plus de kalifes depuis 200 ans > ; mais une nouvelle puissance formée en Perse, avait succédé à une partie de leurs domaines. Une autre, formée dans rÉgypte, dès le dixième siècle, et suîisistant alors sous le nom de Mcunlotûu, en avait détaché la Syrie et le Diarbekr. Les Turks se proposèrent de dépouiller ces rivaux. Bayazid, fils de Mahomet, exécuta une partie de ce dessein contre le iofi de Perse , en s'emparant de l'Arménie ; et Sélim son fils le compléta contre les Jlfam^ttAf. Gesultan les ayant attirés près d'Alep en 1&17 , sous prétexte de l'aider dans la guerre de Perse , tourna subitement ses armes contre eux, et leur enleva de suite la Syrie et rÉgypte, où il les poursuivit. De ce moment le sang des Turks fut introduit dans ce pays; mais il 8*est peu répandu dans les villages. On ne trouve presque qu'au Kaire des individus de cette nation : ils y exercent les arts, et occupent les emplois de religion et de guerre. Ci-devant ils y joignaient toutes les places du gouvernement ; mais depuis environ 30 ans, il s'est fait une révolution tacite, qui, sansi leur ôter le titre, leur a dérobé la réalité du pouvoir.

Cette révolution a été l'ouvrage d'une quatrième et dernière race, dont il nous reste à parler. Ses individus, nés tous au pied du Caucase, se distinguent des autres habitants par la couleur blonde de leurs cheveux, étrangère aux naturels de l'Egypte. Cest cette espèce d'hommes que nos croisés y trouvèrent dans le treizlèniie siècle , et qu'ils appelèrent Mamelus, ou plus oorrecteiiient MamkMk$. Après avoir demeuré presque anéantis pendant 330 ans sous la domination des Ottomans, ils ont trouvé moyen de reprendre leur prépondérance. L'histoire de cette milice, lès £aits qui l'amenèrent pour la première fois en Egypte, la manière dont elle s'y est perpétuée et rétablie, enfin son genre de gouvernement, sont des phénomènes politiques si bizarres, qu'il est nécessaire de donner quelques pages à leur développement.

' En i»e, Holagoa-JuD , descendant de mfsaUi, aboUt le UlUat doiu la penoniie de MosUU^m.

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