‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 67 sur 230 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Géographie et liistoire naturelle de la Syrie.

En sortant de V Egypte par Fisthme qui sépare YA/iique de VAsU, si Ton suit le rivage de la Méf&ierranée, l'on entre dans une seconde province des Turks, connue parmi nous sous le nom de Syrie. Ce r jm , qui , comme tant d'autres, nous a été traniti7Âs par les Grecs, est une altération de celai A^Auyrie, introduite chez les Ioniens, qui en fréquentaient les côtes , après que les Assyriens de Nioîve eurent réduit cette contrée en province de leur empire >. Par cette raison , le nom de Syrie

« Cesl-à-dire vers l'an 750 avant Jésus-Christ Voilà pourquoi Homère, qui écrivit au commencement de ce sièclc-Ià ,

n'eut pas d'abord l'extension qu'il a prise ensuite. On n'y comprenait ni la Phénicie ni la Palestine. Les habitants actuels, qui, selon l'usage constant des Arabes, n'ont point adopté la nomenclature grecque, méconnaissent le nom de Syrie ^\ ils le remplacent par celui de Barr-el-Chàm*, qui signifie pays de la gauche; et par là ils désignent tout l'espace compris entre deux lignes tirées, l'une d'Alexandrette à YEfq>hrate, l'autre de Gaze dans le désert d^Ârabie, ayant pour bornes à Vest ce même désert, et à ïouest la Méditerranée. Cette dénomination de |}a^< de la gauche, par son contraste à celle de VYamîn ou pays de la droite, indique pour chef-lieu un local intermédiaire, qui doit être la Mekke; et par sou allusion au culte du soleil 3, elle prouve à la fois une origine antérieure à Mahomet, et l'aistence déjà connue de ce culte au temple de la Aiabé.

SI

Aspect de la Syrie.

Quand on jette les yeux sur la carte de la Syrie, on observe que ce pays n'est en quelque sorte qu'une chaîne de montagnes, qui d'un rameau principal se distribuent à droite et à gauche en divers sens : la vue du terrain est analogue à cet exposé. En effet, soit que Ton aborde par la mer, soit que l'on arrive par les immenses plaines du désert, on commence toujours àdécouvrir de très-loin Thorizon bordé d'un rempart nébuleux qui court nord et sud, tant que la vue peut s'étendre : à mesure que l'on approche , on distingue des entassements gradués de sommets, qui , tantôt isolés , et tantôt réunis en chaînes, vont se terminer à une ligne principale qui domine sur tout. On suit cette ligne sans interruption, depuis son entrée par le nord jusque dans l'Arabie. D'abord elle serre la mer entre Alexandrette et VOronte; puis, après avoir cédé passage à cettQ rivière, elle reprend sa route au midi en s'écartant

ne Ta point citée , quoiqull fasse menUon des habitants du pays : U s'est servi du nom oriental Aram , altéré dans Ariméén , et Brembos.

' Les géographes le citent cependant quelquefois, en récrivant Souria , selon la traduction perpétuelle de l'y en ou arabe.

* Prononcez ehâm et non kâm; et, règle générale dans les mots arabes que Je dte , prononcez ch comme dans charme , tùi-û à la fin du mot. D*Ânville écrit shdm, parce qu'il suit l'orthographe anglaise, dans laquelle sh est notre ch : el- Châm tout seul est le nom de la ville de Damas, réputée capitale de la Syrie. Pignore pourquoi Sarary en a tisit e^ Chams, ville du soleil.

3 Dans l'antiquité , les peuples qui adpraient le soleil , lui rendant leur hommage au moment de son lever, se supposèrent toi^oors la face tournée à Torient. Le nord fut la gauche , If^ midi la droite^ et le couchant le derrière, appelé, en oriental , acherott et akarrm. ^

un peu du rivage, et par une suite de sommets continus, ellese prolonge jusqu'aux sources du Jourdain, où elle se divise en deux branches, pour enfermer , comme en un bassin , ce fleuve et ses trois lacs. Pendant ce trajet, il se détache de cette ligne, comme d'un troncprincipal, une infinité de rameaux qui vont se perdre, les uns dans le désert, où ils forment divers hassips, tels que celui de Damas, de Hauran, etc. ; les autres vers la mer, où ils se terminent quelquefois par des chutes rapides, comme il arrive au Carmel, à la Nakoure, au cap Blanc, et à presque tout le terrain entre Bairout ' et Tr^poU. Plus conununément ils conservent des pentes douces qui se terminent en plaines, telles que celles d'JnUoçhe, de 7>ipaû, de Tyr, à'Acre, etc.

su.

DesnonUgaes.

Ces montagnes, en changeant de niveaux et de lieux, changent aussi beaucoup de formes et d'aspects. Entre ÂlexandreUe et VOronte, les sapins, les mélèzes, les chênes, les buis, les lauriers, les ifs et les myrtes qui les couvrent, leur donnent un air de vie qui déride le voyageur attristé de la nudité de Chypre k II rencontre même sur quelques pentes des cabanes environnées de figuiers et de vignes; et cette vue adoucit la fatigue d'une route qui, par des sentiers raboteux, le conduit sans cesse du fbnd des ravins à la cime des hauteurs, et de la cime des hauteurs le ramène au fond des ravins. Les rameaux Inférieurs, qui vont dans le nord d'^£^, n'ofi&ent au contraire que des rochers nus, sans verdure et sans terre. Au midi ÔiAfiMoche et sur la mer, les coteaux se prêtent à porter des oliviers, des tabacs et des vignes^; mais du cdté du désert, le sommet et \a pente de cette chaîne ne sont qu'une suite presque continue de roches blanches. Vers le Liban, les montagnes s'élèvent, et cependant se couvrent en beaucoup d'endroits d'autant de terre qu'il en finit pour devenir cultivables ik force d'industrie et de travail. Là, parmi les rocailles, se présentent les restes peu magnifiques des cèdres si vantés 4, et phis souvent des sapins, des chêne», des ronces, des mûriers, des figuiers et des

* L'andenne Béryte,

* Tous les vaiaseaax qal vont à Alexandrette touchent en Chypre, dont la parUe méridionale eat une plaine nœ et rav»' gée.

3 n ftint en excepter le mont Casim, qoi s'élève sur Antioche comme un énorme pic Mais Pline passe l'hyperbole, quand 11 dit que de sa pofaite on découvre en même temps raurore et le crépuscule.

4 II n'y a plus que quatre ou cinq de ces arbres qui aient quelque apparence.

ÉTAT PHYSIQUE

vignes. En quittant le pays des I>ruakes, les i tagnes perdent de leur hauteur, de leur aspérité, et deviennent plus propres au labourage; elles se relèvent dans le sud-est du Carmel , et se revêtent de futaies qui forment d'assez beaux paysages; mais en avançant vers la Judée, elles se dépouillent, resserrent leurs vallées, deviennent sèches, raboteuses, et finissent par n'être plus sur la mer Morte qu'un entassement de roches sauvages, pleines de précipices et de cavernes >; pendant qu'à l'est du Jourdain et du lac, une autre chaîne de rocs plus hauts et plus hérissés ofire une perspective encore plus lugubre, et annonce dans le lointain l'entrée du désert et la fin de la terre habitable.

La vue des lieux atteste que le point le plus élevé de toute la Syrie est le Uban, au sud-est de Tripoli. A peine sort-on de Lameca , en Chypre, que d^à , à 80 lieues de distance, on voit à l'horizon sa pointe nébuleuse. D'ailleurs le même fait s'indique sensiblement sur les cartes, par le cours des rivières. VOronte, qui des montagnes de Damas va se perdre sous Antioche ; la Qàsmié, qui du nord de Balbek se rend vers Tyr; le Jourdain, que sa pente verse au midi, prouvent que le sommet gé« néral est au local indiqué. Après le Liban , le point le plus saillant est le mont Âqqar : on le voit dès la sortiede Jlforra dans ledésert, comme un énorme cône écrasé, que l'on ne cesse pendant deux journées d*avoir devant les yeux. Personne jusqu'à ce jour n'a eq le loisir ou la faculté de porter le baromètre sur ces montagnes pour en connaître la hauteur; mais on peut la déduire d'une mesure naturelle, la neige : dans l'hiver, tous les sommets en sont couverts depuis Alexandretie jusqu'à Jérusalem; mais dès mars , elle fond partout , le Liban excepté : cependant elle n'y persiste toute l'année que dans les sinuosités les plus élevées , et au nordest-, où elle est à Tabri des vents de mer et de l'action du soleil. Cest ainsi que je l'ai vue à la fin d'août 1784 , lorsque j'étoufifais de chaleur dans la vallée de Balbek, Or, étant connu que la neige à cette latitude exige une élévation de 15 à 1600 toi* ses, on en doit conclure que le Liban atteint cette hauteur, et qu'il est par conséquent bien inférieur aux Alpes , et même aux Pyrénées *.

Le Uban, dont le nom doit s'étendre à toute la chaîne du Kesraouàn et du pays des Druzes,

' Cest le terrain appelé grottes éTEngadâi , où se retirèrent de tout temps les vagabonda. Djrea a ({ai Ueodnteot IMA

* On esUme que te mont Blanc , le plus élevé des Alpes, a 2,400 toises au-dessus du niveau de la mer ; et le pic dXJftsian dans les Pyrénées , 1900.

présente tout le spectacle des grandes montagnes. On y trouve à chaque pas ces scènes où la nature déploie ) tantôt de Pagrément on de la grandeur, tantôt de la bizarrerie, toujours de la variété. Arrive-t-on par la mer, et descend-on sur le rivage : la hauteur et la rapidité de ce rempart , qui semble fermer la tore, le gigantesquedes masses qui s^élaftceot dans les unes , inspirent Tétonnement et le respect. SI rdbservateur curieux se transporte ensuite jusqu'à ces sonunets qui bornaient sa vue, Timmensité de Pespace qu'il découvre devient un autre sujet de son admiration : mais pour jouir entièrement de la majesté de ce spectacle , il £aut se placer sur la cime même du Liban ou du Santiine, Là , de toutes parts , s'étend un horizon sans bornes; là, par un temps dair, la vue s'^are et sur le d^rt qui confine au golfe Persique, et sur la mer qui bai** gne l'Europe : l'âme croit embrasser le monde. Tantôt les regards errant sur la chaîne successive des montagnes, portentresprit,en un din d'œU, d'^n- Uoehe à JéruscUem; tantôt se rapprochant de ce qui les environne , ils sondent la lointaine profondeur du rivage. Enfin Tattention, ûiée par des objets distincts, examine avec détail les rochers, les bois, les torrents, les coteaux, les villages et les villes. On prend un plaisir secret à trouver petits ces objets qu'on a vus si grands. On regarde avec complaisance la vallée couverte de nuées orageuses, et l'on sourit d'entendre sous ses pas ce tonnerre qui gronda si longtemps sur la tête; on aime à voir à ses pieds ces sonunets, jadis menaçants, devenus dans leur abaissement, semblables aux sillons d'un diamp, ou aux gradins d'un amphithéâtre; on est flatté d'être devenu le point le plus élevé de tant de choses, et un sentiment d'orgueil les fait regarder avec plus de jcomplaisance.

Lorsque le voyageur parcourt l'intérieur de ces montagnes, l'aspérité des chemins, la rapidité des pentes, la profondeur des prédpices commencent par reffirayer. Bientôt l'adresse des mulets qui le portent le rassure, et il examine à son aise les inddents pittoresques qui se succèdent pour le distraire. Là, comme dans les Alpes, il marche des journées entières « pour arriver dans un lieu qui, dès le départ, est en vue: il tourne, il descend, il côtoie, il grimpe; et dans ce changement perpétud de sites, on dirait qu'un pouvoir magique varie à chaque pas les décorations de la scène. Tantôt ce sont des villages près de glisser sur des pentes rapides, et tdlement disposés, que les terrasses d'un rang de maisons servent de rue au rang qui les domine. Tantôt c'est un couvent placé sur un cône isolé, comme Mar-Chàid dans la vallée du

Tigre. Id un rocher pené par untorrent est devenu une aieade naturdle, comme à Nahr^Leben*. Là un autre rocher taillé à pic ressemble à une haute muraille. Souvent, sur les coteaux, les bancs de pierres, dépouillés et isolés par les eaux, ressemblent à des ruines que l'art aurait disposées. En plusieurs lieux, les eaux trouvant des couches indinées, ont miné la terre intermédiaire, et formé des cavernes, comme à Nakr-el'Kelb , {Mrès d'Antoura : ailleurs, dles se sont pratiqué des cours souterrains, où coulent des ruisseaux pendant une partie de l'année, comme à Mar-EUàs-tt-Romn, et à Mar-Hauma > ; quelquefois ces inddents pitto* resques sont devenus tragiques. On a vu par des dégels et des tremblements de terre, des rochers perdre leur équilibre^ se renverser sur les maisons voisines, et en écraser les habitants; il y a environ 30 ans qu'un aoddent semblable ensevelit, près de Mar-Djonjff&s, un village quin'alaisséaucune trace. Plus récemment et près du même lieu, le terrain d'un coteau chargé de mûriers et de vignes s'est détaché par un dégd subit, et glissant sur le talus de roc qui le portait, est venu, semblable à un vaisseau qu'on lance du chantier, s'établir tout d'une pièce dans la vallée inférieure. Il en est résulté un procès bizarre, quoique juste, entre le propriétaire du fonds indigène et cdui du fonds émigré, et il a été porté jusqu'au tribunal de Témir Yousef , qui a compensé les pertes. U semblerait que ces accidents dussent jeter du dégoût sur l'habitation de ces montagnes; mais outre qu'ils sont rares, ils sont compensés par un avantage qui rend leur séjour préférable à œhii des plus riches plaines; je veux dire par la sécurité contre les vexations des Turks. CtXte sécurité a paru un bien si prédeux aux habitants « qu'ils ont déployé dans ces

> La dvière da Lait, qui se vene dans l^ahr^l-^Ub, appelée aussi rivière da Bainmt ; cette arcade a plus de iso pieds de long sur S6 de large , et près de 900 pieds d'élévatton ao-dessQs dn torrent

* Ces misseanz souterrains sont communs dans toute la Syrte; U 7 en a près de Damas, aux sources de lX)K>nte, et à oeUes du Jooidaln. Cehii de Ma^Hatma, ooovent de Grecs, près du village ds Chouair , s'ouvre par un gouffre appelé el- Bélouè, c'est-^-dire Pengloutùteur ; c*test une bouche d'environ 10 pieds de large, située an fond d*an entonnoir. A 16 pieds de profondeur est une espèce de premier fond ; mai» U ne fait que masquer une ouverture latérale très-profonde. U y a quelques années qa*on le ferma, parce qu*U avait servi à receler on meurtre. Les ploies d*hiver étant venues, les eaux s'accumulèrent et firent un lac assez profond; mais quelques fOets d'eau s'étant fait Jour parmi les pierres, elles tanni bientôt dégarnies de la terre qui les Uait : alors la masse des eau Isisant effort, l'obstaele creva tout k coup avec une expkMlM semblable à un coup de tonnerre; la réaeUon de l'air comprimé fat telle , qull Jaillit une trombe d'eau h plus de 900 pas sur une maison voisine. Le courant établi par cette Issue forma un tournoiement qui engloutit les arbres et les vignes plantés dans Fentonnolr, et anales r^terj)ar la seconde issue.

ÉTAT PHYSIQUE

rodiers une industrie que l'on ehercheraitrainement ailleurs. A force d*art et de travail , iU ont contraint un sol rocailleux à devenir fertile. Tantôt , pour profiter des eaux, ils les conduisent par mille détours sur les pentes, ou ils les arrêtent dans les vallons par des chaussées; tantôt ils soutiennent les terres prêtes à s*écrouIer, par des terrasses et des murailles. Presque toutes les montagnes ainsi travaillées présentent l'aspect d*un escalier ou d'un amphithéâtre, dont chaque gradin est un rang de vignes ou de mûriers. J'en ai compté sur une même pente jusqu'à 100 et 120, depuis le fond du vallon jusqu'au faite de la colline J'oubliais alors que j'étais en Turkie, ou si je me le rappelais, c'était pour sentir plus yivement oomhien est puissante l'influence même la plus légère de la liberté.

Stmctore dei montagnci. •

La charpente de ces montagnes est formée d'un banc de pierre calcaire dure, blanchâtre et sonnante comme le grès, disposée par lits diversesement inclinés. Cette pierre se représente presque la même dans toute l'étendue de la Syrie; tantôt elle est nue , et elle a l'aspect des rochers pelés de la côte de Provence ; telle est la chaîne qui borde au nord le chemin d'Antioche à Alep, et qui sert de lit au cours supérieur du ruisseau qui coule en cette dernière ville. Ermenàz, village situé entre Serkin et KaJUn, a un défilé qui ressemble parfaitement à ceux qu'on passe en allant de Marseille à Toulon. Si l'on va d'Alep à Hama, Ton rencontre sans cesse les veines du même roc dans la plaine, tandis que les montagnes qui courent sur la droite, en offrent des entassements qui figurent de grandes ruines de villes et de châteaux. C*est encore cette même pierre qui , sous une forme plus régulière , compose la masse du Liban, de Vyinti'Liban, des montagnes des Druzes, de la Galilée, du Carmel, et se prolonge jusqu'au sud du lac AsphaUite; partout les habitants en construisent leurs maisons et en font de la chaux. Je n'ai jamais vu ni entendu dire que ces pierres tinssent des coquillages pétrifiés dans les parties hautes du Liban; mais il existe entre Bàtroun et DJebaU au Kesrâauan, à peu de distance de la mer, une carrière de pierres sdiisteuses, dont les lames portent des empreintes de plantes, de pois^ sons , de coquillages , et surtout d'oignons de mer. Le torrent d'Jzqàlan, en Palestine, est aussi pavé d'une pierre lourde, poreuse et salée, qui contient beaucoup de petites volutes et de bivalves de la Méditerranée. Enfin Pocoke en a trouvé une

quantité dans les rochers qui bordent la mer Morte. En minéraux, le fer seul est abondant; les montagnes du Kesrâouan et des Druzes en sont remplies. Chaque année, les habitants en exploitent pendant l'été des mines qui sont simplement ocreuses. La Judée n'en doit pas manquer, puisque Moïse observait, il y a plus de 3,000 ans, que ses pierres étaient de fer. On parle d'une mine de cuivre à Antabès, au nord d'Alep; mais elle est abandonnée : on m'a dit aussi chez les Druzes , que dansl'éboulement de cette montagne dont j'ai parlé, on avait trouvé un minéral qui rendit du plomb et de l'argent; mais comme une pareille découverte aurait ruiné le canton, en y attirant Tattention des Ttaks^ l'on s'est hâté d'en étouffer tous les indices.

S IV

Yolcans et tiemblementi.

Le midi de la Syrie, c'est-à-dire le bassin du Jourdain, est un pays de volcans; les sources bitumineuses et soufrées du lac Asphaltite, les laves, les pierres ponces jetées sur ses bords, et le bain chaud de Tabarié, prouvent que cette vallée a été le siège d'un feu qui n'est pas encore éteint. On observe qu'il s'échappe souvent du lac des trombons de fumée, et qu*il se fait de nouvelles crevasses sur ses rivages. Si les conjectures en pareille matière n'étaient pas sujettes à être trop vagues, on pourrait soupçonner que toute la vallée n'est due qu'à l'affaissement violent d'un terrain qui jadis versait le Jourdain dans la Méditerranée. U parait du moins certain que l'accident des 5 villes foudroyées, eut pour cause l'éruption d'un volcan alors embrasé. Strabon dit expressément', que la IraditUm des habitants du pays, c'est-à-dire des Juifs mêmes, était ii\xtja4Us la vallée du lac était peuplée de 13 villes florissantes, et qu'elles Jurent englouties par un volcan. Ce récit semble confirmé par les ruines que les voyageurs trouvent encore en grand nombre sur le rivage occidental. Les éruptions ont cessé depuis longtemps; mais les tremblements de terre qui en sont le supplément se montrent encore quelquefois dans ce canton : la côte en général y est sujette , et l'histoire en cite plusieurs exemples qui ont changé la face à'AnUoche, de Laodikée, de Tripoli, ûeBéryte, de SMon, de Tyr, etc. De nos jours, en 1759, il en est arrivé un qui a causé les plus grands ravages : on prétend qu'il tua dans la vallée de Balbek plus de 20,000 âmes, dont la perte ne s'est point réparée. Pendant 3 mois, ses secousses inquiétèrent les ha-

' LU). XYI, p. 7M.

DE LA SYRIE

bttants du Liban, au point qu'ils -abandonnèrent leurs maisons, et demeurèrent sous des tentes. Récemment (le 14 décembre 1783), lorsque j'étais à Alep, on ressentit dans oette ville une commotion qoi fiât si forte, qu'elle fit tinter la sonnette du consul de France. On a observé en Syrie que les tremblements n'arrivent presque jamais que dans l'biver, après les pluies d'automne; et cette observation, conforme à celle du docteur Chà (Sbaw) en Barbarie, semblerait indiquer que l'action des eaux sur la terre et les minéraux desséchés , est la cause de ces mouvements convulsifs. 11 n'est pas hors de propos de remarquer que l'Asie Mineure j est également sujette.

SV

La Syrie partage avec l'Egypte , la Perse et presque tout le midi de l'Asie, un autre fléau non moins redoutable, les nuées de sauterelles dont les voyageurs ont parlé. La quantité de ces insectes est une chose incroyable pour quiconque ne l'a pas vue par lui-même : la terre en est couverte sur un espace de plusieurs lieues. On entend de loin le bruit qu'elles font en broutant les herbes et les arbres , comme d'une armée qui fourrage à la dérobée. Il vaudrait mieux avoir affaire à des Tartares qu'à ces petits animaux destructeurs : 00 dirait que le feu suit leurs traces. Partout où leurs légions se portent, la verdure disparaît de la campagne, comme un rideau que l'on plie; les arbres et les plantes, dépouillés de feuilles, et réduits à leurs rameaux et à leurs tiges, font succéda en un clin d'oeil le spectacle hideux de rhiver aux riches scènes du printemps. Lorsque ees nuées de sauterelles prennent leur vol pour surmonter quelque obstacle, ou traverser plus rapidement un sol désert, on peut dire, à la lettre, que le ciel en est obscurci. Heureusement que ce fléau n'est pas trop répété; car il n'en est point qui amène aussi sûrement la famine, et les maladies qui la suivent. Des habitants de la Syrie ont fait la double remarque que les sauterelles n'avaient lieu qu'à la suite des hivers trop doux, et qu'elles venaient toujours du désert d'Arabie. A l'aide de oette remarque, l'on explique très-bien comment le froid ayant ménagé les oeufs de ces insectes, ils se multiplient si subitement, et comment les herbes venant à s'épuiser dans les immenses plaines du désert, il en sort tout à coup des légions si nombreuses. Quand elles paraissent sur la frontière du pays cultivé, les habitants s'efforcent de les détourner, m leur opposant des torrents de fumée; mais

souvent les herbes et la paille mouillée leur manquent : ils creusent aussi des fosses où il s'en ensevelit beaucoup. Mais les deux agents les plus efficaces contre ces insectes sont les vents de sud et de sud-est, et l'oiseau appelé safnarmar : cet oiseau, qui ressemble bien au loriot, les suit en troupes nombreuses, comme celles des étourneaux; et non-seulement il en mange à satiété, mais il en tue tout ce qu'il en peut tuer : aussi les paysans le respectent-ils, et Ton ne permet en aucun temps de le tirer. Quant aux vents de sud et de sud-est, ils chassent violemment les nuages de sauterelles sur la Méditerranée; et ils les y noient en si grande quantité, que lorsque leurs cadavres sont rejetés sur le rivage, ils infectent l'air pendant plusieurs jours à une grande distance.

S VL QoaUtés du soi.

On présume aisément que dans un pays aussi étendu que la Syrie, la qualité du sol n'est pas partout la même : en général la terre des montagnes est rude; celle des plaines est grasse, légère, et annonce la plus grande fécondité. Dans le territoire d'Alep, jusque vers Antioche, elle ressemble à de la brique pilée très-fine, ou à du tabac d'Espagne. L'Oronte cependant, qui traverse ce district, a ses eaux teintes en blanc; ce qui vient des terres blanches dont elles se sont chargées vers leur source. Presque partout ailleurs la terre est brune, et ressemble à un excellent terreau de jardin. Dans les plaines, telles que celles de Hauran, de Gaze et de Balbek, souvent on aurait peine à trouver un caillou. Les pluies d'hiver y font des boues profondes, et lorsque l'été revient, la chaleur y cause, comme en Egypte, des gerçures qui ouvrent la terre à plusieurs pieds de profondeur.

S vn.

Dei rivières et des lacs.

Les idées exagérées, ou, si l'on veut, les grandes idées que l'histoire et les relations aiment à donner des objets lointains, nous ont accoutumés à parler des eaux de la Syrie avec un respect qui flatte notre imagination. Nous aimons à dire , le fleuve Jourdain, le fleuve Oronte, le fleuve Adonis. Cependant, si l'on voulait conserver aux noms le sens que l'usage leur assigne, nous ne trouverions guère en ce pays que des ruisseaux. A peine YOrofUe et le lourde^, qui sont les plus considérables, ont-ils 60 pas de canal'; les autres ne

' n est vrai que le Joofdain est profond; mais si rOronte

inériteot pas que l'on ea parie. Si , pendant Thiver, les pluies et la fonte des neiges leur donnent quelque importance, le reste de Tannée on ne reconnaît leur place que par les cailloux roulés ou les blocs de roc dont leur lit est rempli. Ce ne sont que des torrents à cascades; et Ton conçoit que les montagnes qui les fournissent n'étant qu'à deux pas de la mer, leurs eaux n'ont pas le temps de s'assembler dans de longues vallée, pour former des rivières. Les obstacles que ces mêmes montagnes opposent en plusieurs lieux à leur issue, ont formé divers lacs, tels que celui d'Antioche, d'Alep, de Damas, de Hoidé, de Tubarié, et celui que l'on a décoré du nom de mer Morte ou lac AsphaUUe. Tous ces lacs, à la réserve du dernier, sont d'eau douce, et contiennent plusieurs espèces de poissons étrangères ' aux nôtres.

Le seul lac AsphaltUe ne contient rien de vivant ni même de végétant. On ne voit ni verdure sur ses bords, ni poisson dans ses eaux; mais il est faux que son air soit empesté au point que les oiseaux ne puissent le traverser impunément. Il n'est pas rare de voir des hirondelles voler à sa surface, pour y prendre l'eau nécessaire à bâtir leurs nids. La vraie cause de l'absence des végétaux et des animaux est la salure acre de ses eaux, infiniment plus forte que celle de la mer. La terre qui l'environne, également imprégnée de cette salure, se refuse à produire des plantes; l'air lui-même qui s'en charge par l'évaporation , et qui reçoit encore les vapeurs du soufre et du bitume, ne peut convenir à la végétation : de là cet aspect de mort qui règne autour du lac. Du reste, ses eaux ne présentent point un marécage; elles sont limpides et incorruptibles, comme il convient à une dissolution de sel. L'origine de ce minéral n'y est pas équivoque ; car sur le rivage du sud-ouest il y a des mines de sel gemme, dont j'ai rapporté des échantillons. Elles sont situées dans le flanc des montagnes qui régnent de ce côté, et dies fournissent de temps immémorial à la consommation des Arabes de ces cantons , et même de la ville de Jérusalem. On trouve aussi sur ce rivage des morceaux de bitume et de soufre, dont les Arabes font un petit commerce; des fontaines chaudes, et des crevasses profondes,

n'étaU arrêté par des bazitt multtpUéeB, U resterait à sec pendant rété.

* I^ lac d'Antiociie abonde sartovt en anguilles et en une espèce de poisson longe de médiocre quaUté. Les Grecs , qni sont des Jeânean perpétuels, en font une grande oonsomma- Uon. Le lac de Tabarié est encore plus riche; U est surtout ri'mpli de crabes; mais comme ses environs ne sont peuplés que de musulmans, 0 est peu péché.

ETAT PHYSIQUE

qui s'annoncent de loin par de petites pyramides qu'on a bâties sur le bord. On y rencontre encore une espèce de pierre qui exhale, en la frottant « une odeur infecte, brûle comme le bitume, se polit cooune l'albâtre, et sert à paver les cours. Enfin l'on y voit, d'espace en espace, des blocs informes, que des yeux prévenus prennent pour des statues mutilées , et que les pèlerins ignorants et superstitieux regardent conune un monument de l'aventure de la femme de Loth, quoiqu'il ne soit pas dit que cette femme fdt changée en pierre comme Mobé, mais en sd, qui a dû se fondre l'hiver suivant.

Quelques physiciens, embarrassés des eaux que le Jourdain ne cesse de verser dans le lac, ont supposé qu'il avait une communication souterraine avec la Méditerranée; mais, outre que Ton ne connaît aucun goufitre qui puisse confirmer cette idée, Haies a démontré, par des calculs précis, que l'évaporation était plus que sufiSsante pour consommer les eaux du fleuve. Elle est en effet très-considérable; souvent elle devient sensible à la vue, par des brouillards dont le lac paraît tout couvert au lever du soleil, et qui se dissipent ensuite par la chaleur.

S Vffl.

Dndlmat

On est assez généralement dans l'opinion que la Syrie est un pays très-chaud; mais cette idée, pour être exacte, demande des distinctions : 1» à raison des latitudes, qni ne laissent pas que de différer de 150 lieues du fort au faible; en second lieu, à raison de la division naturelle du terrain en pays bas et plat, et en pays haut ou de montagnes : cette division cause des différences bien plus sensibles; car, tandis que le thermomètre de Réaumur atteint sur les bords de la mer 25 et 29 degrés, à peine dans les montagnes s'élève-t-il à 20 et 21 '. Aussi , dans l'hiver, toute la chaîne des montagnes se couvre de neige, pendant que les terrains inférieurs n'en ont jamais, ou ne la gardent qu'un instant. On devrait donc établir deux climats généraux : l'un très-chaud, qui est celui de la côte et des plaines intérieures, telles que oàXesààBaibek^AnUùche, TripoU, Acre^ Gaie, Hauran, etc. ; l'autre tempéré et presque semblable au nôtre, lequel règne dans les montagnes,

X Sur toute la côte de Syrie, et notamment à Tr^U, les plus bas degrés du thermomètre en hiver sont 9 et 8 degrés au-dessus de la glace; en été, dans les appartements bien dos, U Ta Jusqu^à S5 et demi et as. Quant au baromètre, U est remarquable que dans les derniers Jours de mai, U se fixe à 28 pouces , et ne varie plus ju8qu*ea octobre.

DE LA SYRIE

sortoui quand elles preDueot une certaine élévation. L*été de 1784 a passé chez les Druzes pour un des plus chauds dont on eât mémoire; cependant je ne lui ai rien trouvé de compaxable aux chaleurs de Saide ou de BairouL

Sous ce climat, Tordre des saisons est presque le même qu'au milieu delà France : l'hiver, qui dure de novembre en mars, est vif et rigoureux. U ne se passe point d'années sans neiges, et souvent elles y couvrent la terre de phisieurs pieds, et pendant des mois entiers; le printemps et l'automne y sont doux , et Tété n'y a rien d'insupportable. Dans les plaines, au contraire, dès que le soleil revient à l'équateur, on passe subitement à des chaleurs accablantes, qui ne finissent qu'avec oeuvre. En récompense, l'hiver est si tempéré, que les orangers , les dattiers, les bananiers et autres arbres délicats, croissent en pleine terre : c'est un spectacle pittoresque pour un Européen, dans Tripoli, de voir sous ses fenêtres, en janvier, des orangers chargés de fleurs et de fruits , pendant que sur sa tête le Liban est hérissé de frimas et de neiges. Il finit néanmoins remarquer que dans les parties du nord, et à l'est des montagnes, l'hiver est plus rigoureux, sans que l'été soit moins chaud. A AnUoche, à Alep, à Damas, on a tous les hivers plusieurs semaines de glace et de neige ; ce qui vient du gisement des terres, encore plus que des latitudes. En effet, toute la plain^à l'est des montagnes est un pays fort élevé audessus du nivcan de hi mer , ouvert aux vents secs de nord et de noid-est, et à l'abri des vente humides d'ouest et de sud-ouest. Enfin Antioche et Alep reçoivent des montagnes d'Alexandrette, qui sont en vue , un air que la neige dont elles sont longtenips couvertes, ne peut manquer de rendre très-piquant.

Par cette disposition, la Syrie réunit sous un même del des climats différents, et rassemble dans une enceinte étroite des jouissances que la nature a dispersées ailleurs à de grandes distances de temps et de lieux. Chez nous, par exemple, elle a séparé les saisons par des mois; là, on peut dire qu'elles ne le sont que par des heures. Est-^n importuné dans Saide ou THpoU des chaleucs de juillet, six heures de mardie transportent sur les montagnes voisines, à la température de mars. Par inverse, est-OM tourmenté à Beoharrai desfrimas de décembre, une journée ramène au rivage parmi les fleurs de niai >. Aussi les poètes arabes ont-ils dit, que le SantUne portait l'hiver sur sa tête, le printemps

■ C'est ce que ivratlqnent phulean des habitants de ce canton, qal panent l*blver prts de Tripoli, pendant que leurs QsdsoQt sont eoseveUes «oos la neige.

sur ses épaules, l'automne dans son sein, pendant que l'été dormait à ses pieds. J'ai connu par moimême la vérité de cette image dans le séjour de 8 mots que j*ai fait au monastère de Mar-Hanna > , à 7 lieues de Bairout. J'avais laissé à Tripoli, sur la fin de février, les légumes nouveaux en pleine saison , et les fleurs écloses : arrivé à Antowra * , je trouvai les herbes seulement naissantes ; et à Mar-Hanna, tout était encore sous la neige. Le Satwine n'en fut dépouillé que sur la fin d'avril, et déjà dans le vallon qu'il domine, on commençait à voir boutonner les roses. Les figues primes étaient passées à Bairout, quand nous mangions les premières; et les vers à soie y étaient en cocons, lorsque parmi nous l'on n'avait efifeuillé que la moitié des mûriers. A ce premier avantage , qui perpétue les jouissances par leur succession , la Syrie en joint un second, celui de les multiplier par la variété de ses productions. Si l'art venait au secours de la nature, on pourrait y rapprocher dans un espace de 20 lieues celles des contrées les plus distantes. Dans l'état actuel , malgré la barbarie d'un gouvernement ennemi de toute activité et de toute industrie, l'on est étonné de la liste que fournit cette province. Outre le froment, le seigle, l'orge, les fèves et le coton-plante qu'on y cultive partout, on y trouve encore une foule d'objete utiles ou agréables, appropriés à divers lieux. La Palestine abonde en sésame propre à l'huile, et en doura pareil à celui d'Egypte ^. Le maïs prospère dans le sol léger de Balbek, et le riz même est cultivé avec succès sur les bords du marécage de HaouU, On ne s'est avisé que depuis peu de planter des cannes à sucre dans les jardins de Saide et de Bairout ; elles y ont égalé celles du Delta. L'indigo croît sans art sur les bords du Jourdain au pays de Bisàn, et il ne demande que des soins pour acquérir de la qualité. Les coteaux de Lataqié pro* duisent des tabacs à fumer, qui font la base des relations de commerce avec Damiât et le Kaire. Cette culture est répandue désormais dans toutes les montagnes. En arbres, l'olivier de Provence croît à AnUoche et à Ramlé, à la hauteur des hêtres. Le mûrier blanc fait la richesse de tout le pays des DnH zes, par les belles soies qu'il procure; et la vigne,, élevée cnéchalas, ou grimpant sur les chênes, y

< Uup-Hanna tX-Chtmair; c'est-à-^ire, Saint^ean prte da village de Chouair. Ce monastère est dans une vallée 4e rocalUes, qui verse dans celle de Nahr^l-Kelb , ou torrent du Chien. Les religieux sont grecs-catholiques, de Tordre de Saint-Basile : J'aurai occasion d*en parler plus amplement

> Maison ci-devant des Jésuites, occupée anjourdlmi par les lazaristes.

3 Je n^ai Jamais vu en Syrie de sarrasin , et Vavolne y est rare. On n*y donne aux chevaux que de Torge et de la paille.

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donne des vins rouges et blancs qui pourraient égaler ceux de Bordeaux. Avant le ravage des derniers troubles, Yàfa voyait dans ses jardins deux plants du coton-arbre de Flnde, qui grandissaient à vue d*œil ; et cette ville n'a pas perdu ses limons, ni ses poncires énormes >, ni ses pastèques, préférées à celles de Broulos * même. Gaze a des dattes comme la Mekke, et des grenades comme Alger. Tripoli produit des oranges comme Malte; Bairout, des figues comme Marseille, et des bananes comme Saint-Domingue; Alep a le privilège exclusif des pistaches , et Damas se vante avec justice de réunir tous les fruits de nos provinces. Son sol pierreux convient également aux pommes de la Normandie, aux prunes de la Touraine, et aux pêches de Paris. On j compte 20 espèces d'abricots, dont Tune contient une amande qui la fait rechercher dans toute la Turkie. Enfin, la plante à cochenille qui croît sur toute la côte, nourrit peut-être déjà cet insecte précieux comme au Mexique et à Saint-Domingue 3 ; et si Ton fait attention que les mont^ignes de ITemen, qui produisent un café si précieux, sont une suite de celles de la Syrie, et que leur sol et leur température sont presque les mêmes 4 , on sera porté à croire que la Judée surtout pourrait s'approprier cette denrée de V Arabie. Avec ces avantages nombreux de climat et de sol, il n'est pas étonnant que li| Syrie ait passé de tout temps pour un pays délicieux, et que les Grecs et les Romains l'aient mise au rang de leurs plus belles provinces, à l'égal même de l'Egypte. Aussi, dans ces derniers temps, un pacha qui les connaît toutes 1^ deux, étant interrogé à laquelle il donnait la préférence, répondit : L'Egypte, sans doute, est une excellente métairie; mais la Syrie est une charmante maison de campagne ^.

■ ren al vu qui pesaient I8 livres.

* Broutos, sur la côte d*£gypte , a des pastèques mdUeares que dans le reste du Delta, où les fruits sont en général trop aqueux.

3 On a longtemps cru que Hnsecte de la cochenille appartenait exelusivement au Mexique ; et les Espagnols, pour s*en assurer la propriété, ont défendu Texportatton de la cochenille vivante, sous peine de mort : mais Thierri , qui réussit à l'enlever en 1771, et qui la transporta à Saint-Domingue, a trouvé que les nopals de cette lie en avaient dès avant son arrivée, n parait que la nature ne sépare presque Jamais les insectes des plantes qui leur sont appropriées.

4 La disposition du terrain de ITemen et du Téhama a beaucoup d'analogie avec oeUe de la Syrie. Voyez Niebuhr, Foyage en Arabie,

& Pour compléter niistoire naturelle de la Syrie, il convient de dire qu'elle produit tous nos animaux domesUqnes; mais elle y i^oute le buffle et le chameau , dont Tutilité est si connue. En fauves, on y trouve, dans les plaines, des gazelles qui remplacent notre chevreuil; dans les montagnes et les marais, quantité de sangliers moins grands et moins féroces que les nôtres. Le cerf et le daim n'y sont point connus; le

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Qualités de l'air.

Je ne dois point oublier de parler des qualités de l'air et des eaux : ces éléments offrent en Syrie quelques phénomènes remarquables. Sur les montagnes, et dans toute la plaine élevée qui règne à leur orient, l'air est léger, pur et sec; sur la côte , au contraire, et surtout depuis Alexandrette jusqu'à Tâfa , il est humide et pesant : ainsi la Syrie est partagée dans toute sa longueur en deux régions différentes, dont la chaîne des montagnes est le terme de séparation, et même la cause; car en s'opposant par sa hauteur au libre passage des vents d'ouest, elle occasionne dans la vallée l'entassement des vapeurs qu'ils apportent de la mer; et comme l'air n'est léger qu'autant qu'il est pur, ce n'est qu'après s'être déchargé de tout poids étranger , qu'il peut s'élever jusqu'au sommet de ce rempart, et le frandiir. Les effets relatifs à la santé sont que l'air du désert et des montagnes, salubre pour les poitrines bien constituées, est dangereux pour les délicates, et l'on est obligé d'envoyer d'Alep à Lataqîé ou à Saîde les Européens menacés de la pulmonie. Cet avantage de l'air de la côte est compensé par de phis graves inconvénients , et l'on peut dire qu'en général il est malsain, qu'il fomente les fièvres intermittentes et putrides, et leà fluxions des yeux dont j'ai parlé à l'occasion du Delta. Les rosées du soir et le sommeil sur les terrasses y sont suivis d'accidents qui ont d'autant moins lieu dans les montagnes et dans les terres, qu'on s'éloigne davantage de la mer ; ce qui confirme ce que j'ai déjà dit à cet égard.

loup et le vrai renard le sont très-peu; mais il y a une prodigieuse quantité de l'espèce mitoyenne appelée chacal { en Syrie on le nonmie ouâoui, par imitation de son cri; et en Egypte dtb ou loup). Les chacals habitent par troupes aux environs des villes, dont ils mangent les charognes; Us n'attaquent jamais personne, et ne savent défendre leur vie que par la fuite. Chaque soir ils semblent se donner le mot pour hurler, e€ leurs cris, qui sonttrès4ugubres, durent quelquefois on quart d'heure, n y a aussi dans les lieux écartés des hyènes (en arabe daba) et des onces, faussement appelés tigres inémr). Le Liban , le pays des Druzes et de Nàblous , le mont Carmel el les environs d'Alexandrette, sont leurs principaux séjours. En récompense , on est exempt des lions et des ours ; le ^ier d'eau est très-abondant ; celui de terre ne Test que par cantons. I^ lièvre et la grosse perdrix rouge sont les plus oommons; le lapin, sll y en a, est infiniment rare; le franoolin ne l'est point à Tripoli , et près de TAfa. Enfin , il ne faut pas oubUer d'observer que l'espèce du colibri existe dans le territoire de Salde. M. J. B. Adanson, ci-devant interprète en cette vil}e, qui cultive l'histoire naturelle avec autant de goût que de succès, en a trouvé un dont il a Csit présent à son frère l'académicien. C'est, avec le pélican, le seul oiseau bien lemaïquable de la Syrie.

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SX.

Qualités des eaax.

Les eaux ont une autre différence : dans les montagnes, celles des sources sont légères et de trèsbonne qualité; mais dans la plaine, soit à Vest, soit à Vouesi, si l'on n'a pas une communication naturelle ou factice arec les sources , l'on n'a que de Feau saumâtre. Elle le devient d'autant plus , qu'on s'avance davantage dans le désert , où il n'y en a pas d'autre. Cet inconvénient rend les pluies si précieuses aux habitants de la frontière, qu'ils se sont de tout temps appliqués à les recueillir dans des puits et des souterrains hermétiquement fermés : aussi, dans tous les lieux ruinés, les citernes sont-elles toujours le premier objet qui se présente.

L'état du cid en Syrie, principalement sur la cote et dans le désert, est en général plus constant et plus régulier que dans nos climats : rarement le soleil s'y voile deux jours de suite; pendant tout l'été, l'on voit peu de nuages et encore moins de pluies : elles ne commencent à paraître que vers la fin d'octobre, et alors elles ne sont ni longues ni abondantes; les laboureurs les désirent pour ensemencer ce qu'ils appellent la récolte (Thiver, c'est-à-dire le froment et l'orge >; elles deviennent plus fréquentes et plus fortes en décembre et janvier, où elles prennent souvent la forme de neige dans le pays élevé; il en paraît encore quelques-unes en mars et en avril: l'on en profite pour les semences d'été, qui sont le sésame, le doura, le tabac, le coton, les fèves et ks pastèques. Le reste de l'année est uniforme, et l'on se plaint plus de sécheresse que d'humidité.

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