SCÈNE IV
FABRICE, Mik. POLLY, FRELON.
FABRICE
Mademoiselle Polly ! mademoiselle Polly !
POLLY
Eh bien, qu'il y a-t-il, notre cher hôte?
FABRICE
Seriez-vous assez complaisante pour venir dtner en compagnie ?
POLLY
Hélas ! je n'ose, car/na maîtresse ne mange point; comment voulez-vous que je mange ? Nous sommes si tristes!
Ceïa vous égaiera.
POLLY
Je ne puis être gaie : quand ma maîtresse souffre , il faut que je souffre avec elle.
FABRICE
Je vous enverrai donc secrètement ce qu'il vous faudra.
( il sort. ) FRELON, se lerant de sa table.
Je vous snis , monsieur Fabrice. Ma chère Polly , vous ne voulez Tome IL /»5.
7 o6 THÉÂTRE.
donc jamais m'introduire chez votre maîtresse? vous rebutez toutes
mes prière* ? -
^ POLLY
C'est bien à vous d'oser faire l'amoureux d'une personne de sa sorte !
FRELON
Eh ! de quelle sorte est-elle donc ?
POLLY
D'une sorte qu'il faut respecter : vous êtes fait tout au plus pour
les suivantes.
FRELON
C'est-à-dire que , si je vous en copiais, Vous m'aimeriez ?
Assurément non.
FRELON
Et pourquoi donc ta maîtresse s'obstine-t-elle à ne me point recevoir , et que la suivante me dédaigne ?
POLLY
Pour trois raisons : c'est que vous êtes bel esprit , ennuyeux et méchant.
FRELON
'C'est bien à ta maîtresse qui languit ici dans la pauvreté , et qui est nourrie par charité , à me dédaigner !
POLLY; Ma maltresse pauvre ! qui vous a dit cela , langue de vipère ? ma maîtresse est très-riche : si elle ne fait point de dépense , c'est qu'elle hait le faste : elle est vêtue simplement par modestie; elle mange peu, c'est par régime; et vous êtes un impertinent.
FRELON
Qu'elle ne fasse pas tant la fière : nous connaissons sa conduite, nous savons sa naissance, nous n'ignorons pas ses aventures.
POLLt.
Quoi donc ! que connaissez-vous ?. que voulez-vous dire ?
FRELON
J'ai partout des correspondances.
* PQLLY.
O eiel ! cet homme peut nous perdre. Monsieur Frelon , mon cher monsieur Frelon , si vous savez quelque chose , ne nous trahissez pas.
FRELON
Ah , ah ! j'ai donc deviné , il y a donc quelque chose ! et je suis le cher monsieur Frelon. Ah ça, je ne dirai rien; mais il faut....
POLLY
Quoi?
Il faut m'aimer,
POLLY
Fi donc ! cela n'est pas possible.
FRELON
Ou aimez-moi , ou craignez-moi : vous savez qu'il y a quelque chose.
L'ÉCOSSAISE. 7 o 7
POLLY
Non , il n'y a rien, sinon que ma maîtresse est au$sî respectable que vous êtes haïssable : nous sommes très à notre aise , nous ne. craignons rien , et nous nous moquons de vous.
FRELON
Elles sont très à leur aise, de là, j$ conclus qu'elles meurent de faim : elles ne craignent rien , c'est-à-dire qu'elles tremblent d'être découvertes.... Ah fje viendrai à bout de ces aventurières, 014 je ne pourrai. Je me vengerai de leur insolepce. Mépriser M- Frelon !
*- (il sort.)