SCÈNE III
Lady ALTON, FRELON.
Lady ALTON.
Quoi ! être trahie, abandonnée pour cette petite Créature ! ( à Frelon. ) Gazeticr littéraire, approchez ; m'avez-vous servie? avezvous employé vos correspondances? m'avez-vous obéi? avez-vous découvert quelle est cette insolente qui fait le malheur de ma vie? -î • FHELON.
J'ai rempli, les volontés de votre grandeur ; je sais qu'elle est Écossaise et qu'elle se cache.
Lady ALTON. ,
Voilà de belles nouvelles !
FRELON
Je n'ai rien découvert de plus jusqu'à présent.
Lady ALTON.
Et en quoi m'as-tu donc servie ?
é FRELON.
Quand on découvre peu de chose , on ajoute quelque chose , et quelque chose avec quelque chose fait beaucoup. J ai fait une hypolhèse.
Lady ALTON.
Gomment , pédant , une hypothèse !
Oui, j'ai supposé qu'elle est malintentionnée contre le gouvernement.
Lady ALTON.
Ce n' est point supposer, rien n'est posé plus vrai : elle esttrèsmalinten tionnée, puisqu'elle veut m'enlever mon amant.
L'ÉCOSSAISE. 7 i3
FRELON
Vous voyez bien que dans un temps, de trouble , une Écossaise qui se cache est une ennemie de l'état.
Lady ALTON.
Je ne, le vois pas; mais je voudrais que la chose fut.
FRELON
Je ne le parierais pas , mais j'en jurerais.
Lady ALTON.
Et tu serais capable de l'affirmer devant des gens de conséquence?
FRELON
Je suis en relation avec des personnes de conséquence. Je connais fort la maîtresse du valet de chambre d'un premier commis du ministre 5 je pourrais même parler aux laquaiade milord, votre amant, et dire que le père de cette fille, en qualité de malintentionné, l'a envoyée à Londres comme malintentionnée ; je supposerais même que le père est ici. Voyez-vous? cela pourrait avoir des suites, et on mettrait votre rivale , pour ses mauvaises intentions , dans la prison où j'ai déjà été pour mes feuilles.
Lady ALTON.
Ah! je respire; les grandes passions veulent être servies par des gens sans scrupule c ; je veux que le vaisseau aille à pleines voiles, ou qu'il se brise. Tu as raison ; une Écossaise qui se cache , dans un temps où tous les gens de son pays sont suspects , est sûrement une ennemie de l'état; tu n'es pas un imbécile, comme on le dit. Je croyais que tu n'étais qu'un barbouilleur de papier , mais je v4is que tu as en effet des talens. Je t'ai déjà récompensé , je te récompenserai encore. Il faudra m'instruire de* tout ce qui se passe ici.
FRELON
Madame , je vous conseille de faire usage de tout ce que vous saurez, et même de ce que vous ne saurez pas. La vérité a besoin de quelques ornemens ; le mensonge peut être vilain , mais la fiction est belle : qu'est-ce, après tout, que la vérité? la conformité à nos idées : or, ce qu'on dit est toujours conforme à l'idée qu'on a quand on parle ; ainsi il n'y a point proprement de mensonge.
Lady ALTON.
Tu me parais subtil : il semble que tu aies étudié à Sàint-Omer *. Va , dis-moi seulement ce que tu découvriras , je ne t'en demande pas davantage.