‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 140 sur 466 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MATHURIN, COLETTE courant après.

COLETTE

Je t'y pren 3s , traître.

Il ATHU R I N sans la regarder.

Allons.

COLETTE

Ta feins de ne me pas connaître?

MATHURIN

Si fait.... bonjour.

Malhurin , Mathurin!

Tu causeras ici plus d'un chagrin.

De tes bonjours je suis fort étounée , Et tes bonjours valaient mieux l'autre année. C'était tantôt un bouquet de jasmin * Que tu venais me placer de ta main ; Puis des rubans pour orner ta bergère j Tantôt des vers que tu me fesais faire Par le baiHi , qui n'y comprenait rien , Ni toi ni moi ; mais tout allait fort bien r Tout est passé , lâche! tu me délaisses ?

MATHURIN

Oui , mon enfant.

COLETTE

Après tant de promesses , Tant de bouquets acceptés et rendus , C'en est donc fait? je ne te plats donc plus? MATHURIN.

Non , mon enfant.

COLETTE

Et pourquoi , misérable ?

MATHURIN

Mais, je t'aimais; je n'aime plus. Le diable A t'épouser me poussa vivement;

LE DROIT DU SEIGNEUR. 7 5i

En sens contraire il me pousse à présent ; Il est le maître.

COLETTE

Eh! va, va, ta Coïette N'est plus si sotte , et sa raison s'est faite. Le diable est juste, et tu diras pourquoi Tu prends les airs de te moquer de moi.

Pour avoir fait à Paris un voyage, Te voilà donc petit-maître au village ?

Tu penses donc que le droit t'est acquis D'être en amour fripon comme un marquis ?

C'est bien à toi d'avoir l'âme inconstante !

Toi , Mathurin , me quitter pour Acanthe !

MATHURIN

Oui , mon enfant.

COLETTE

Et quelle est la raison?

MATHURIN

C'est que je suis le maître en ma maison :

Et pour quelqu'un de notre Picardie Tu m'as paru un peu trop dégourdie.

Tu m'aurais fait trop d'amis , entre nous ; Je n'en veux pomt, car je suis né jaloux.

Acanthe, enfin , aura la préférence :

La chose est faite ; adieu , prends patience.

COLETTE

Adieu ! non pas , traître , je te suivrai , Et contre ton contrat je m'inscrirai.

Mon père était procureur : ma famille A du crédit , et j'en ai , je suis fille t Et monseigneur donne protection , Quand il le faut , aux filles du canton ; Et devant lui nous ferons comparaître Un gros fermier qui fait le petit-maître, Fait l'inconstant , se mêle a être un fat.

Je te ferai rentrer dans ton état:

Nous apprendrons à ta mine insolente A te moquer d'une pauvre innocente.

MATHURIN

Cette innocente est dangereuse ; il faut Voir le beau-père , et conclure au plus tôt.

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