SCÈNE III
MATHURIN, COLETTE courant après.
COLETTE
Je t'y pren 3s , traître.
Il ATHU R I N sans la regarder.
Allons.
COLETTE
Ta feins de ne me pas connaître?
MATHURIN
Si fait.... bonjour.
Malhurin , Mathurin!
Tu causeras ici plus d'un chagrin.
De tes bonjours je suis fort étounée , Et tes bonjours valaient mieux l'autre année. C'était tantôt un bouquet de jasmin * Que tu venais me placer de ta main ; Puis des rubans pour orner ta bergère j Tantôt des vers que tu me fesais faire Par le baiHi , qui n'y comprenait rien , Ni toi ni moi ; mais tout allait fort bien r Tout est passé , lâche! tu me délaisses ?
MATHURIN
Oui , mon enfant.
COLETTE
Après tant de promesses , Tant de bouquets acceptés et rendus , C'en est donc fait? je ne te plats donc plus? MATHURIN.
Non , mon enfant.
COLETTE
Et pourquoi , misérable ?
MATHURIN
Mais, je t'aimais; je n'aime plus. Le diable A t'épouser me poussa vivement;
LE DROIT DU SEIGNEUR. 7 5i
En sens contraire il me pousse à présent ; Il est le maître.
COLETTE
Eh! va, va, ta Coïette N'est plus si sotte , et sa raison s'est faite. Le diable est juste, et tu diras pourquoi Tu prends les airs de te moquer de moi.
Pour avoir fait à Paris un voyage, Te voilà donc petit-maître au village ?
Tu penses donc que le droit t'est acquis D'être en amour fripon comme un marquis ?
C'est bien à toi d'avoir l'âme inconstante !
Toi , Mathurin , me quitter pour Acanthe !
MATHURIN
Oui , mon enfant.
COLETTE
Et quelle est la raison?
MATHURIN
C'est que je suis le maître en ma maison :
Et pour quelqu'un de notre Picardie Tu m'as paru un peu trop dégourdie.
Tu m'aurais fait trop d'amis , entre nous ; Je n'en veux pomt, car je suis né jaloux.
Acanthe, enfin , aura la préférence :
La chose est faite ; adieu , prends patience.
COLETTE
Adieu ! non pas , traître , je te suivrai , Et contre ton contrat je m'inscrirai.
Mon père était procureur : ma famille A du crédit , et j'en ai , je suis fille t Et monseigneur donne protection , Quand il le faut , aux filles du canton ; Et devant lui nous ferons comparaître Un gros fermier qui fait le petit-maître, Fait l'inconstant , se mêle a être un fat.
Je te ferai rentrer dans ton état:
Nous apprendrons à ta mine insolente A te moquer d'une pauvre innocente.
MATHURIN
Cette innocente est dangereuse ; il faut Voir le beau-père , et conclure au plus tôt.