‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 141 sur 466 · MATHURIN, DIGNANT, ACANTHE, COLETTE · texte numérisé non relu

MATHURIN, DIGNANT, ACANTHE, COLETTE

MATHURIN

Allons , beau-père , allons bâcler la chose.

COLETTE

Vous ne bâclerez rien , non ; je m'oppose A ses contrats , à ses noces , à tout.

7 Si

MATHURIN

Quelle innocente !

COLETTE

Oh! tu n'es pas au bout»

( à Acanthe. )

Gardez-vous bien , s'il vous plaît , ma voisiné , De vous laisser enjôler sur sa mine :

Il me trompa quatorze mois entiers.

Chassez cet homme.

ACANTHE

Hélas! très-volontiers.

MATHUKIN.

Très-volontiers!.... tout ce train-là me lasse :

Je suis têtu ; je veux que tout se passe

A mon plaisir, suivant mes volontés;

Car je suis riche.... Or, beau-père , écoutez ;

Pour honorer en moi mon mariage,

Je me décrasse , et j'achète au bailliage

L'emploi brillant de receveur royal

Dans le grenier à sel ! ça n'est pas mal :

Mon fils sera conseiller, et ma fille

Relèvera quelque noble famille:

Mes petits-fils deviendront présidens.

De monseigneur un jour les descendans

Feront leur cour aux miens ; et , quand j'y pense ,

Je me rengorge et me carre d'avance.

DIGNANT.

Carre-toi bien ; mais songe qu'à présent On ne peut rien sans le consentement De monseigneur; il est encor ton maître.

MATHURIN

Et pourquoi ça ?

* DIGNANT.

Mais, c'est que ça doit être.

A tous seigneurs tous honneurs.

COLETTE àMathnrin.

Oui, vilain.

Il t'en cuira , je t'en réponds.

Voisin , Notre bailli t'a donné sa folie.

Eh ! dis-moi donc , s'il prend en fantaisie A monseigneur d'avoir femme au logis, A-t-il besoin de prendre ton avis?

ÏHGNANT.

C'est différent : je fus son domestique De père en fils dans cette terre antique.

Je suis né pauvre, et je deviens cassé.

Le peu d'argent que j'avais amassé

Fut employé pour élever Acanthe.

Notre bailli dit qu'elle est fort savante Et qu'entre nous , son éducation '

Est au-dessus de sa conditiÂ.

C'est ce qui fait que ma seconde épouse , fca belle-mère , est fâchée et jalouse , Et la maltraiie, et me maltraite aussi :

De tout cela je suis fort en souci.

Je voudrais bien te donner cette fille, Mais je ne puis établir ma famille Sans monseigneur ; je vis de ses bontés ; Je lui dois tout; j'attends sas volontés :

Sans son aveu nous ne pouvons rien faire.

ACANTHE

An! crojez-vous qu'il le donne, mon père? .

vu , . ' COLETTE.

W* ?>um ! fripon , tu crois que tu l'auras ?

Moi , je te dis que tu ne l'auras pas: TV *l 3 MATHURIN.

lont le inonde est contre moi , ça m'irrite.

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