‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 143 sur 466 · ACANTHE, COLETTE · texte numérisé non relu

ACANTHE, COLETTE

COLETTE

Ai! n'en fais rien» crois-moi, ma chère amie. Du mariage aurais-tu tant d'envie?

Tu peux trouver beaucoup mieux.... que sait-on? Aimerais-tu ce méchant?

ACANTHE

Mon Dieu, non.

Mais , vois-tu bîen , je ne suis plus soufferte Dans le logis de fa marâtre Berthe; Je suis chassée , il me faut un abri, Et par besoin je dois prendre un mari.

C'est ea pleurant <jue je cause ta peine* D'un grand projet ]'ai fa cervelle pleine ; Mais le ne sais comment m'y prendre, hélas!

Que devenir? Dis-moi , né sais-tu pas Si mooseigneùr doit venir dans ses; terres ?

COLETTE

Noos l'attendons.

ACANTHE

Bientôt ?

COLETTE

Je ne sais guères Dans mon tandis les nouvelles dé cour :

Mais , s'il révient , ce doit être un grand jour. Il met, dit-on, la paix dans les familles; Il rend justice; il a grand soin dès filles.

Ah! s'il pouvait me protéger ici t

COLETTE

Je prétends bien qu'il me protège aussi.

ACANfHE.

On dit qu'à Metz il a fait des merveilles Qui , dans l'armée, ont très-peu de pareille! ^ Que Charles-Quint a hmi sa valeur.

caLKTTÊ.

Qu'est-ce que Cstato-Qmt?

ACANTHE

Un empereur Qui nous a fait bien du mal» '

COLETTE

Et qu'importe ?

Ne m'en faites pas , vous , et que je sorte , A mon honneur, du cas triste où je suis.

ACANTHE

Gomme le tien , mon cœur est plein d'ennuis, Non loin d'ici quelquefois on me mène Dans un château de la jeune Dorme ne....

Près de nos bois?.... ah! le plaisant château ! De Mathurin le logis est plus beau ; Et Mathurin est bien plus riche quelle.

ACANTHE

Oui, je le sais; mais cette demoiselle

Est autre chose; elle est de qualité ;

On la respecte avec sa pauvreté.

Elle a chez elle une vieille personne

Qu'on nomme Laure, et dont l'âme est si bonne v

Laure est aussi d'une grande maison.

COLETTE

Qu'importe encor? •

ACANTHE

Les gens dfun certain nom, J'ai remarqué cela , chère Colette , En savent plus , ont l'âme autrement faite , Ont de l'esprit , des sentimens plus grands , Meilleurs que nous. K

COLETTE

Oui , dès leurs premiers ans , Avec grand soin leur âme est façonnée; La nôtre, hélas! languit abandonnée.

Comme on apprend à chanter, à danser, Les gens du monde apprennent à penser.

ACANTHE

Cette Dormène et cette vieille dame Semblent donner quelque chose à mon âme; Je crois en valoir mieux quand je les voi ;

J'ai de l'orgueil , et je ne sais pourquoi

Et les bontés de Dormène et de Laure.

Me font haïr mille fois plus encore i

Madame Berthe et monsieur Mathurin.

COLETTE

Quitte-les ton*.

ACANTHE

Je n'ô%e ; mais enfin J'ai quelque espoir: que ton orgueil m'assiste.

Dis-moi d'abord , Colette , en quoi consiste

Ce fameux droit $u seigneur ? * ■*

COLETTK,

^Oh! ma foi, Va consulter de plus doctes que moi.

Je ne suis point mariée; et Paffaire, ( *

A ce qu'on dit, est un très-grand. mystère. ' }

Seconde-moi , fais que je vienne à bout D'être épousée * et je te 1 dirai* toiit.

ACANTHE

Àh! j'y ferai mon possible.

Ma mère ''•*.,

Est très-alerte, et conduit mon affaire :

Elle me fait, par un acte plaintif, Pousser mon droit par^devant lé baillif :

J'aurai , dit-elle , un mari par .JH^tice.

ACANTHE

Que de bon cœur j'en fais le. sacrifice! , irp f ^

Chère Colette , agissons bien à point , Toi pour l'avoir, moi pour ne l'avoir point. .,

Tu gagneras assez à ce, partage^ ' ' ' - 1 v

Mais, en perdant, je gagne davantage.

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