‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 16 sur 466 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

DORFISE, COLETTE.

DORFIS E revenant , conduisant de l'œil' Adine qui h regarde.

J'aime, dit-il; quel mot! ce beau garçon Déjà pour moi sent de la passion ?

11 parle seul, me regarde, s'arrête; Et je crains fort d'avoir tourné sa tête.

COLETTE

Avec tendresse il .lorgne vos appas.

DORFISE.

Est-ce ma faute ? ai! je n'j consens pas.

, . COLETTE.. "'- i . !.î m:

Je le crois bien : le péril est trop proche; ; ! r.< • Du bon Çlanford je crains pour vous l'approche; • ;•«

Je crains surtout le courroux impoli •■-

DeBartolio. . • ./

D O R F I S E i en soupirant. ;

Que çe Turc est jofrî- i • "*' ':• î

Le crois-tu Turc? crois~tu qu f un infidèle Ait l'air si doux , la figure si belle ? : c l

Je crois pour moi qu^J *o convertira. *

COLETTE^ -\r :. >;- v ' ï ''

Je crois pour moi que, dès qu'on: apprendra : ; • ■ Qu'à Bartolin vous êtes mariée, .1 . jri q \- ■•'.

Votre vertu sera fort décriée î '' - l Ce petit Turc de peu vous servira 5

Terriblement Bianford éclatera. «'

■ « "'DORFISE..

Va, ne crains rien. • Jl

!'■" COLBTfE; '! *•

J'ai dans vot^e pruôjflncè, Depuis long-temps entière confiance: 'V . t Mais Bar tojin est un brutal jaloux; Et, c'est bien pis , madame ! il est époux.

Le cas est triste, if a peu de semblables.

Ces deux rivaux seraient fort intraitables.

DORFISE.. . . j . | Je prétends bien les éviter tous deux. u . ,

J'aime la paix, c'est l'objet de mes vœux j . Cest mon devoir; il faut eu conscience Prévoir le mal , fuir toute violence , .,

Et prévenir le mal qui surviendrait Si mon état trop tôt se découvrait.

J'ai des amis, gens de-bien , de mérite.

COLETTÇU

. Prenez conseil d'eux.

DORFISE. '

Ah! oui, prenons vite

COLETTE

Eh bien, de qui?

DORFISE.

Mais de cet étranger, De ce petit ... là.... tu m'y fais songer.

COLETTE

Lui, des conseils ! lui , madame! à son âge!

Sans barbe encore!

DORFISE.

Il me parait fort sage , Et. s'il est tel , il le faut écouter.

Des jeunes gens sont bons à consulter j Il nie pourrait procurer des lumières Qui donneraient du jour à mes affaires ; Et tu sens bien qu'il faut parler d'abord * Au jeune ami du bon monsieur Blanford*

COLETTE; Oui, lui parler paraît fort nécessaire!

D O RF I S E tendrement et d'un air embarrassé. 4

Et comme à table on parle mieux d'affaire , Conviendrait-il qu'ayec discrétion *

Il vînt dîner avec moi?

COLBTTfc.

Tout de bon !

Vous qui craigneAi fort là médisance!

DORFISE d'an air fier.

Je ne crains rien ; je sais comme je pense :

Quand on a fait sa réputation, On est tranquille à l'abri de son nom.

Tout le parti prend en main notre cause, Crie avec nous.

COLETTE

Oui ; mais le monde cause.

DORFISE.

Eh biètt, cédons à ce monde méchant , Sacrifions un dîner innocent , N'aiguisons point leur langue libertine.

Je ne veux plus parler au jeune Adine :

Je ne veux point le revoir.... Cependant Que peut-on dire, après tout, d'un enfant?

A la sagesse ajoutons l'apparence , Le décorum , l'exacte bienséance.

De ma cousine il faut prendre le nom, Et le prier de sa part.. ..

COLETTE

Pourquoi non ? / C'est très-bien dit. Une femme mondaine * N'a sien à perdre ; on peut , sans être en peine , Dessous son nom mettre dix billets doux, Tome IL Î7-

Autant d'amans, autant de rendez-vous.

Quand on la cite , on n'offense personne , Nul n'en rougit et nul ne s'en étonne; Mais , par hasard , quand des dames de bien Font sue chute, il faut la cacher bien.

DORFISE.

Des chutes! moi! je n'ai dans cette affaire, Grâces au ciel , nul reproche à me faire.

J'ai signé; mais je ne suis point enfin Absolument madame Bartolin.

On a des droits , et c'est tout ; et peut-être On va bientôt se délivrer d'un maître.

J'ai dans ma tête uu dessein très-prudent.

Si ce beyn Turc a pour moi du penchant, C'en est assez j tout ira bien s'il m'aime.

Je suis encor maîtresse de moi-même , Heureusement je puis tout terminer.

Va-t'en prier ce jeune homme à dmer.

Est-ce ua grand mal que d'avoir à sa* tabte Avec décence un jeune homme estimable , Un cœur tout neuf, un air frais et vermeil, Et qui nous peut donner un boa* conseil ?

COLETTE

Un bon conseil 1 ah! rien n'est plus louable ; Accomplissons cette œuvre charitable.

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