‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 168 sur 466 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE MARQUIS, DORMÈNE, DIGNANT, craelques Domestiquis

entrent précipitamment avec MAfHURIN.

HATHURIN.

Tout va bien , tout va bien p Tout est en paix ,' la femme est retrouvée j Votre parent nous Pavait enlevée :

Il nous la rend ; c'est peut-être un peu tard. . Chacun son bien } tudieu , quel égrillard! - LE MARQUIS à Dignant.

Courez soudain recevoir votre fille : Qu'elle demeure au sein de sa famille.

Veillez sur elle ; ayez soin d'empêcher QuJ|ucun mortel ose s'en approcher.

MATHURIN

Excepté moi ?

LE MARQUIS

Non ; l'ordre que je donne Est pour vous-même.

MATHURIN

Ouais ! tout ceci m'étonne*

LE MARQUIS

Obéisses....

MATHURIN

Par ma foi , tous ces grands Sont dans le fond de bien» vilaines gens.

Droit du seigneur., femme que l'on enlève...

Défense à moi de lui parler.... Je crève.

Mais je l'aurai , car je suis fiancé :

Consolons-nous , tout le mal est passé, (il sort).

tE MARQUIS.

«Ile revient , mais l'injure cruelle u chevalier retombera sur elle ; Voilà le monde : et de tels attentats Faits à l'honneur ne se réparent pas.

( à Dormine. ) Eh bien! parlez, parlez; daignez réapprendre Ce que je nrùle et que je crains d'entendre : Nous sommes seuls.

DORMÈNE.

Il le faut donc y monsieur?

Apprenez donc le comble du malheur :

C est peu qu'Acanthe , en secret étant née De cette Laure, illustre infortunée, Soit sous vos yeux prête à se marier Indignement a ce riche fermier ; C'est peu qu'au poids de sa triste misère On ajoutât ce fardeau nécessaire :

Votre parent qui voulait l'enlever , Votre parent qui vient de nous prouver Combien il tient de son coupable père ,

Gernance enfin

LE MARQUIS

Gernance !

DORMÈNE.

Il est son frère.

LE MARQUIS

Quel coup horrible ! ô ciel 1 qu'avez-vous dit ?

DORMÈNE.

Entre vos mains vous avec cet écrit 1

2ui montre assez ce que nous devons craindre : isez , voyez combien Laure est à plaindre ; (le marquis lit. ) Cest ma parente ; et mon cœur est lié A tous ses maux , que sent mon amitié.

Elle mourra de l'affreuse aventure Qui sous ses yeux outrage la nature.

LE MARQUIS

Ah ! qu'ai-je lu ? que souvent nous voyons D'affreux secrets dans d'illustres maisons !

De tant de coups mon âme est oppressée j Je ne vois rien , je n'ai point de pensée.

Ah ! pour jamais il faut quitter ces lieux :

Ils m éraient chers , ils me sont odieux.

Quel jour pour nous ï quel parti dois-je prendre ? Le malheureux ose chez moi se rendre !

Le voyez-vous ?

DORMÈNE.

Ah ! monsieur , je le voi > Et ie frémis.

LE MARQUIS

Il passe , il vient à moi.

Daignez rentrer» madame , et que ta vue

N'accroisse pas Je chagrin qui vous tue ; C'est à moi seul de l'entendre ; et je crois Que ce sera pour 1» dernière fois.

Sachons dompter le courroux qui m'anime.

( en regardant de loin. )

H semble , 6 ciel ! qu'il connaisse son crime. Que dans ses yeux je lis d'égarement !

Ah ! l'on n'est pas coupable impunément.

Comme il rougit , comme il pâlit. .. le traître ! A mes regards il tremble de paraître :

Cest quelque chose. *

(tandis qu'il parle , Dormène m retire en regardant attentir em ent Gern ance. )

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