‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 174 sur 466 · ACANTHE, COLETTE · texte numérisé non relu

ACANTHE, COLETTE

COLETTE

Ma chère Acanthe , on t'avait fiancée , Moi déboutée j on me marie.

ACANTHE

• A qui ?

COLETTE. n AMathurin. * •

ACANTHE

Le ciel en soit béni.

Et depuis quand ?

COLETTE

Et depuis tout à l'heure.

ACANTHE

Est-il bien vrai? f

COLETTE

Du fond de ma demeure J'ai comparu par-devant monseigneur.

Ah ! libelle âme ! ah ! qu'il est plein d'honneur !

ACANTHE

Il l'est sans'dôrtte !

, mthej

Il mar.

Fait m; Qu'il fa Tu vas Cela te On te f Et tu m

Ma chère enfant , je suis fort satisfaite Que ta fortune ait été si tôt faite.

Mon cœur ressent tout ton bonheur.... Hélas ! Elle est heureuse , et je ne le suis pas !

COLETTE

Que dis-tu U ? qu'as-tu donc dans ton âme?

Peut-on souffrir quand on est grande dame ?

ACANTHE.*

Va , ces seigneurs qui peuvent tout oser N'enlèvent point *, crois-moi , pour épouser. Pour nous , OÉette,, Us ont des fantaisies , Non de l'amour; leurs démarches hardies ,

Leurs procédés ; montrent avec éclat Tout le mépris qu'ils. font de notre état:

C'est ce déaain qui me met en colère.

COLETTE

Bon ! des dédains î c'est bien tout le contraire; Rien 1 n'est plus beau que ton enlèvement j On t'aime , Acanthe , on t'aime assurément.

• Le chevalier va t'épouser, te dis-je ,

Tout grand seigneur qu'il est.... Cela t'afflige ?

ACANTHE

• Mais monseigneur le marquis , quVt-il dit ?

COLETTE

Lui? rien du tout.

Hélas!

Cest un esprit Tout en dedans , secret , plein de mystère ; Mais il parait fort approuver l'affaire.

ACANTHE

Du chevalier je déteste l'amour. ■

COLETTE

Oui, ur

De IV D'un Un m Pari Si ce Tu M Tienj Il vie T'ai-j idre?

Àlloi

ACAN IHEYALIER*

„ craindre:

Le ieds.

Qu'

tfc»

Eh quoi ! vous me fuyez ?

ACANTHE

Osez-vous bien paraître en ma présence !

LE CHEVALIER

Oui , vous deVez oublier mon offense ; Par moi , vous dis-je , il veut vous consoler.

ÀCANTBtE* j'aimerais mieux qu'il daignât me parler.

(à Colette, «pi Yeut s'en aller.)

Ah! reste ici: ce ravisseur m'accable....

COLETTE; Ce raviswu* est jptetaât fort «Imablw.

LE CHEVALIER àAc«tht. t

Conservez-vous au fond d£ votre cœur Pour ma présence une invincible horreur ?

ACANTHE

Vous deve? être en horreur à vous-même.

LE CHEVALIER

Oui , je le suis ; mais mon remords extrême Répare tout , et doit vous apaiser.

Ma folle erreur avait pu m'abuser. *

Je fus surpris par une indigne ^flamme j l£t mon devoir m'amène ici, madame.

ACANTHE

Madame! à moi ï quel nom vous me donnez!

Je sais l'état où mes parens sont nés.

COLETTE

Madame !... oh! oh ! quel est donc ce langage ?

ACANTHE

Cessez , monsieur ; ce titre est un outrage y <

C'est s'avilir que d'oser recevoir Un faux honneur qu'on ne doit point avoir. Je suis Acanthe , et mon nom doit suffire :

Il est sans tache.

LE CHEVALIER

Ah ! mie puis- je vous dire ?

Ce nom m'est cher : allez , vous oublîrez Mon attentat quand vous me connaîtrez :

Vous trouverez très-bon que je vous aime.

ACANTHE

Qui ? moi , monsieur !

COLETTE à Acanthe.

C'est son remords extrême.

LE CHEVALIER

N'eu riez point , Colette 5 je prétends Qu'elle ait pour moi les plus purs sentimens.

ACANTHE

Je ne sais pas quel dessein vous anime ; Mais commencez par avoir mon estime.

LE CHEVALIER

Cest le seul but que j'aurai désormais ; J'en serai digne , et je vous le promets.

ACANTHE. m Je le désire , et me plais à vous croire.

Vous êtes né peur connaître la gloire ; Mais ménagez la mienne , e% me laissez.

LE CHEVALIER

Non , c'est en vain que vous vous offensez.

Je ne suis pas amoureux , je vous jure j Mais je prétends rester.

COLETTE

Bon-! double injure.

Cet homme est fou, je l'ai pensé toujours, Dormèae vient, ma chère, à ton secours.

Démêle-toi de cette grande affaire ; Ou donne grîoe , ou garde ta ookre.

8o8 THÉÂTRE.

« T^n rôle est beau , tu fais ici la loi ;

Tu vois les grands à genoux devant toi.

Pour moi, je suis condamnée au village :

On ne m'enlève point-, et j'en enrage.

On vient , adieu ; suis ton brillant destin , . Et je retourne à mon gros Mathurin.

(elle tort.)

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