‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 175 sur 466 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ACANTHE, LE CHEVALIER, DORMÈNE, DIGNANT.

ACANTHE

HétÂS , madame , une fille éperdue

En rougissant parait à votre vue.

Pourquoi faut-il , pour combler ma douleur ,

gue Ton me laisse avec mon ravisseur ?

t vous aussi, vous m'accablez, mon père !

A ce mécbant au lieu de me soustraire , Vous m'amenez vous-même dans ces lieux ; Je l'y revois ; mon maître fuit mes yeux.

Mon père , au moins , c'est en vous que j'espère !

* DIGNANT.

O cher objet ! vous n'avez plus de père !

ACANTHE

Que dites-vous ?

Non , je ne le suis pas.

DORMJËNE.

Non, mon enfant, de si charmans appas - Sont nés d'un sang dont vous êtes plus digne. Préparez-vous au changement insigne De votre sort; et surtout pardonnez Au chevalier.

ACANTHE

Moi , madame ?

DORMÈNE.

Apprenez , Ma chère enfant , que Laure est votre mère'

ACANTHE

Elle!... Est-il vrai?

DORMÈNE.

Gernance est votre frère.

LE CHEVALIER

Oui je le suis , oui , vous êtes ma sœur.

ACANTHE

Ah ! je succombe. Hélas ! est-ce un bonheur ?

LE CHEVALIER

H l'est pour moi*.

ACANTHE

De Laure je suis fille !

Et pourquoi donc faut-il que ma famille M'ait tant caché mon état et mon nom ?

D'où peut venir ce fatal abandon ?

D'où vient qu'enfin , daignant me reconnaître , Ma mère ici n'a point osé paraître ? - —

Ah ! s'il est vrai que le sang nous unit , Sur ce mystère éclairez mon esprit.

Parlez , monsieur , et dissipez ma crainte. v

LE CHEVALIER

Ces mouvemens dont tous êtes atteinte Sont naturels , et tout vous sera dit.

DORMÈNE* Dans ce moment , Acanthe , il vous suffit D'avoir connu quelle est votre naissance.

Vous me devez un peu de confiance.

ACANTHE

Laure est ma mère, et je ne la vois pas !

LE CHEVALIER

Vous la verrez , vous serez dans ses bras.

ro^MÈNE.

Oui , cette nuif^vous mène auprès d'elle.

ACANTHE

J'admire en tont ma fortune nouvelle :

8uoi! j'ai l'honneur d'être de la maison e monseigneur?

* LE CHEVALIER

Vous honorez son nom.

ACANTHE

Abusez-vous de mon esprit cre'dule?

Et voulez-vous me rendre ridicule ?

Moi , de son sang ? ah ! s'il était ainsi , il me l'eût dit ; je le verrais ici.

dign/nt.

Il m'a parlé... je ne sais quoi l'accable : Il est saisi d'un, trouble inconcevable.

ACANTHE

Ah ! je le vois.

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