‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 180 sur 466 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Femmes, L'INTENDANT, GUILLOT accourant.

GUILLOT

Ah , le méchant marquis ! comme il est malhonnête !

M œe AUBONNE.

Eh bien ! de quoi viens-tu nous étourdir la tête?

GUILLOT

De deux larges soufflets dont il m'a fait présent. C'est le seul qu'il m'ait fait , du moins jusqu'à présent. Passe encor pour un seul ; mais deux !

BABET

Bon ! c'est de joie Qu'il t'aura souffleté j tout le monde est en proie A des transports si grands , en attendant le roi , Qu'on ne sait oii l'on frappe.

M—. AUBONNE

Allons, console-toi.

L'INTENDANT écrivant.

La chose est mal pourtant.. . madame la comtesse N'entend pas que l'on fasse une telle caresse A ses gens} et (juillot est le fils d'un fermier , Homme de bien. .

GUILLOT

Sans doute.

Et fort lent à payer.

GUILLOT

Ça peut être.

L'INTENDANT

Guillot est d'un bon caractère.

GUILLOT

Oui.

L'INTENDANT

C'est un innocent.

GUILLOT

Pas tant.

BABET. '

- Qu'as-tu pu faire Pour acquérir ainsi deux soufflets du marquas ? ]

GUILLOT

Il est jaloux , il t'aime.

* BABET

Est-il bien vrai ?... tu dis Que je plais à monsieur ?

Oh! tu ne lui plais guère; Mais il t'aime en passant, quand il n'a rien à faire. Je dois, comme tu sais , épouser tes attraits; Et pour présent de noce il donne des soufflets.

BABET

Monsieur m'aimerait donc ?

M m# . AU BONNE.

Quelle sotte folie!

Le marquis est promis à la belle Julie , Cousine de madame , et qui , dans la maison , Est un modèle heureux de beauté , de raison , Que j'élevai long-temps , que je formai moi-même : C'est pour lui qu'on la garde , et c'est elle qu'il aime.

GUILLOT

Oh bien , il en veut doue avoir deux à la fois ! - » Ces jeunes grands seigneurs ont de terribles droits ; Tout doit être pour eux, femmes de cour, de ville» Et de village encore : ils en ont une file ; Ils vous écrément tout , et jamais n'aiment rien.» Qu'ils me laissent Babet : parbleu ! chacun le sien. .

BABET

Tu m'aimes donc vraiment ?

GUILI.OT.

Oui, de tout mon courage ; Je t'aime tant, vois-tu , que , quand sur mon passage Je vois passer Chariot , ce garçon si bien fait ; Quand je, vois ce Chariot regardé par Babet , Je rendrais, si j'osais, à son joli visage Les deux pesans soufflets que j'ai reçus en gage.

M—. AUBONNE

Des soufflets à mon fils !

GUILLOT

Eh. . . . j'entends si j 'osais. • • • Mais Chariot m'en impose , et je n'ose jamais»

L'INTENDANT se lerant.

Jamais je ne pourrai suffire à la dépense.

Ah ! tous les grands seigneurs se ruinent en France ;

Il faut couper des bois, emprunter chèrement,

Et l'on s'en prend toujours à monsieur l'intendant. ...

Ça , je vous disais donc qu'auprès d'une abbaye

Une vieille baronne et sa fille jolie ,

Apercevant le roi qui venait tout courant....

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