LA COMTESSE, LE MARQUIS
Il est temps qu'une mère | - Que vous écoutes peu, mais qui ne doit rien taire , Dans Tâge où vous entres , sans plainte et sans rigueur , Parle à votre raison et sonde votre cœur.
Je veux bien- oublier que depuis votre enfance Vous aves repoussé ma tendre complaisance $ Que vos maîtres divers et votre précepteur , Par leurs «oins y jgilans révoltant votre humeur % *
Vous présentant k tout * n'ont pu rien vous apprendre; Tandis qu'à leurs leçons empressé de se rendre , ' Le fils de la nourrice , à qui vous insulties , Apprenait aisément ce que vous négligies ; Et que Chariot, toujours prompt à me satisfaire , Fesait assidûment ce que vous dévies faire.
LE MARQUIS
Vous l'oublies , madame , et m'en parles souvent. Chariot est , je l'avoue , un héros fort savant. Je consens pleinement que Chariot étudie, Que Guillot aille aussi dans quelque académie ; La doctrine est pour eux , et non pour ma maison. . Je hais fort le latin ;il déroge à mon nom ; Et l'on a vu souvent , quoi qu'on en puisse dire, De très-bons officiers qui ne savaient pas lire.
CHÀRLOT. 821
LA COMTESSE
S'ils l'avaient sa , mon fil$ , ils en seraient meilleurs. J'en ai connu beaucoup qui , polissant leurs mœurs , Des beaux-arts avec fruit ont fait un noble usage. Un esprit cultivé ne nuit point au courage.
Je suis loin d'exiger qu'aux lois de son devoir Un officier ajoute un triste et vain savoir; Biais sachez que ce roi, qu'on admire et qu'on aime, À l'esprit tres-orné.
LE MARQUIS. j
Je ne sais pas de même.
LA COMTESSE
Songez à le servir à la guerre, à la cour.
LE MARQUIS
Oui, j'y songe.
LA COMTESSE
11 faudra que , dans cet heureux jour, De sa royale main sa bonté ratine Le contrat qui vous doit engager à Julie.
Elle est votre parente, et doit plaire à vos yeux, Aimable , jeune , riche.
LE MARQUIS
Elle est ricHe? tant mieux; Marions-nous bientôt.
LA COMTESSE
Se peut-il , à votre âge , Que da seul intérêt vous parliez le langage !
LE MARQUIS
Oh ! j'aime aussi Julie ; elle a bien des appas ; Elle me plaît beaucoup : mais je ne lui plais pas.
LA COMTESSE
Ah ! mon fils , apprenez du moins a vous connaître. Vos discours, votre ton, la révoltent peut-être. On ne réussit point sans un peu d'art flatteur; Et la grossièreté ne gagne point un cœur. /
LE MARQUIS
Je sois fort naturel.
Oui, mais soyez aimable.
Cette pure nature est fort insupportable.
Vos pareils sont polis, pourquoi ? c'est qu'ils ont eu Cette éducation qui tient lieu de vertu :
Leur âme en est empreinte; et si cet avantage N'est pas la vertu même , il est sa noble image. * H faut plaire à sa femme, il faut plaire à son roi, S'oublier prudemment , n'être point tout à soi , Dompter cette humeur brusque ou le penchant vous livre. Pour vivre heureux , mon fils , que fautril? savoir vivre.
LE MARQUI5- Pour le roi , nous verrons comme je m'y prendrai : Julie est autre chose , elle est fort à mon gré ; Mais je ne puis souffrir , s'il faut que je le dise , Que le savant Chariot la suive et la courtise j Il lui fait des chansons.
LA COMTESSE
Vous vous moquai de nous:
Votre frère de lait vous rendrait-il jaloux?
Lft MAAQtilS.
Oui , je ne cache point que je su» en colère Contre tous ces gens-là qui cherchent tant à plaire. Je n'aime point Chariot j on l'aime trop ici.
LA COMTESSE
Auriez- vous bien le cœur à ce point endurci ? Cela ne se peut pas. Ce jeune homme estimable Peut-il par son mérite être envers vous coupable ? Je dois tout à sa mère ; oui , je lui dois mon fils i Aimez un peu le sien. Du même lait nourris , L'un doit protéger l'autre ; ayea de l'indulgence 9 Ayez de l'amitié, de la reconnaissance.
Si vous étiez ingrat , que pourrais-je espérer? Pour ne vous point haïr, il faudrait expirer.
LE MARQUIS
Ah! vous m'attendrissez ; madame , je vous jure De respecter toujours mon devoir , la nature , Vos senti mens.
LA COMTESSE
Mon fils, j'aurais voulu de vous , Avec tant de respect , un mot encor plu* doum.
LE MARQUIS
Oui , le respect s'unit à l'amour qui me touche.
LA COMTESSE
Dites-le donc du cœur ainsi que de la bouche.