‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 197 sur 466 · JULIE, L'INTENDANT · texte numérisé non relu

JULIE, L'INTENDANT

JULIE

Ah! je respire enfin... Madame évanouie Reprend un peu ses sens et sa force affaiblie; Ses femmes à l'envi * les miennes tour à tour , Rendent ses yeux éteints à la clarté du jour. Faut-il qu'en cet état la nourrice fidèle , Devant la secourir , ne soit pas auprès d'elle ! Vainement je la cherche , on ne la trouve pas.

L'INTENDANT

Elle éprouve elle-même un funeste embarras :

Par une fausse porte elle s'est éclipsée.

Je prends part aux chagrins dont elle est oppressée. Elle est , pour son malheur , mère du meurtrier.

JULIE

Pourquoi nous fuir? pourquoi de nous se défier? Le roi viendra bientôt : son seul aspect fait grâce , Son grand cœur doit la faire.

L'INTENDANT

On peut punir l'audace.

D'un bourgeois champenois qui tue un grand seigneur : L'exemple est dangereux après ces temps d'horreur, Où l'état, déchiré par nos guerres civiles, Vit tous les droits sans force , et les lots inutiles. A peine nous sortons de ces temps orageux.

Henri , qui fait sur nous briller des jours heureux , • Veut que la loi gouverne, et' non pas qu'on la brave.

JUtlE.

Non , le brave Henri ne peut punir un brave.

Je suis la cause , hélas! de cet affreux malheur. Ne me reprochant rien dans ma simple candeur. J'ai cru qu'on n'avait point de reproche à me faire* Ce malheureux marquis, dans sa sotte colère, Se croyant tout permis , a forcé cet enfant

GHARLOT. 85g

A tuer son seigneur, et fort innocemment.

Je saurai recourir k la clémence auguste , Aux bonté* de ce roi , galant autant que juste. Je n'avais répété ce menuet que pour lui; Il y sera sensible , il sera notre, appui»

Dieu le veuille !

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