‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 203 sur 466 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE DUC DE BELLEGARDE arrive , suivi de plusieurs domestiques

de la maison. On prépare trois fauteuils.

LA COMTES SE allant au-devant de lui.

Ah^ monsieur , vous venez Consoler , s'il se peut , mes jours infortunés ?

LE DUC

Je l'espère , madame; ici le roi m'envoie ; Je viens à vos douleurs mêler un peu de joie.

(à Julit qui veut sortir. ) #

Mademoiselle , il faut que je vous parle aussi ; . Votre aimable présence est nécessaire ici.

Sur le destin d'un fils, madame , et sur le vôtr,t - Daignez avec bonté m'écouter l'une et l'autre. ( il s'assied entre elles. ) Une madame Aubonne , accourant vers le roi, S'est Jetée à ses pieds , a parlé devant moi : Le roi , vous le savez , ne rebute personne.

LA COMTESSE

Ce prince daigne être homme.

JULIE

Ah ! Mme grande et banne

LE DUC. Cette femme a mou maître « dit de point en point Ce que je vais conter.... Ne vous affligez point , # Madame , et jusqu'au bout souffrez que je m'explique. Vous aviez dans ses mains mis rotre fils unique : On le crut mort long-temps ; tous n'aviez jamais va ,Ce fils infortuné » de sa mère inconnu ?

LA COMTESSE

Il est trop vrai.

LÉ DUC

Citait au temps même où la guerre , Ainsi que tout Fétat , désolait votre terre.

Cette femme craignit vos reproches , vos pleurs : Elle crut vous servir en trompant vos douleurs } Et sans doute en secret elle fut trop flattée De la fatale erreur où vous fûtes jetée.

Vous demandiez ce (ils , elle donna le akn.

v ik COMTESSE.

Ah ! tout mon cœur s'échappe : ah ! grand Dieu !

JULIE

Tout le mien Est saisi» transporté.

LA COMTESSE

Quel bonheur !

JULIE

Quelle joie !

LA COMTESSE

Su'on amène mon fils , courons , que je le voie, ais..... serait-il bien vrai?

LE DUC

Rien n'est plus avéré.

XA COMTESSE

Ah ! si j'avais rçmpli ce devoir si sacré De ne pas confier au lait d'une étrangère Le pur sang de mon sang , et d'être vraiment mère , On n'aurait jamais fait cet affreux changement.

LE DUC

11 est bien plus commun qu'on ne croit.

LA COMTESSE

» Cependant

Quelle preuve avea-vous ? quel témoin ? quel indice ?

LE DUC

Le ciel , avec le roi , vous a rendu justice. Votre fils échappa ; mais l'échange était fait. Cet enfant supposé dans vos bras s'élevait.

Vos soins vous attachaient a cette créature , Et l'habitude en vous passait pour la nature. La nourrice voulut dissiper votre erreur:

Elle n'osa jamais alarmer votre coeur , Craignant , en disant vrai , de passer pour menteuse j Et la vérité même était trop dangereuse.

Dans un billet secret avec soin cacheté »

Son mari , vieux soldat , mit cette vérité; Le billet , déposé dans les mains d'un notaire , Produit aux veux du roi , découvre le mystère. Le soldat même, à part interrogé long temps ,

Menacé de la mort, menacé des tourment ,

D'un air simple- et naïf a conté l'aventure.

Son grand âge n'est pas le temps de l'imposture :

H touche au jour fatal où l'homme ne ment plus.

Il a tout confirmé : des témoins entendus

Sur le Heu , sur le temps , sur chaque circonstance ,

Ont sous les yeux du roi mis l'entière évidence.

On ne le trompe point ; il sait sonder les cœurs ;

Art difficile et grand qu'il doit à ses malheurs.

Ajouterai-je encor que j'ai vu ce jeune homme »

Sue pour aimable et brave ici chacun renomme ? e votre père , hélas 2 c'est le portrait vivant;. Votre père mourut quand vous étiez enfant , • Massacré près de mot dans l'horrible journée <^ùi sera de l'Europe à jamais condamnée.

C'est lui-même , vous dis-je : oui , c'est-lui; je l'ai vu Frappé de son aspect , j'en sois encore ému ; J'en pleure en vous parlant. ,

Là COMTESSE.

Vous ravisses mon âme.

JULIE

Que je sens vos bienfaits !

LE DUC

Agréez donc, madame , Que la triste nourrice , appuyant mes récits > Puisse ici retrouver son véritable fils.

U était expirant: mais on espère encore Qu'il pourra réchapper : sa mère vous implore $ ÈUe tient $ la voici qui tombe à vos genoux. ,

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