SCÈNE VI
LE DUC DE BELLEGARDE arrive , suivi de plusieurs domestiques
de la maison. On prépare trois fauteuils.
LA COMTES SE allant au-devant de lui.
Ah^ monsieur , vous venez Consoler , s'il se peut , mes jours infortunés ?
LE DUC
Je l'espère , madame; ici le roi m'envoie ; Je viens à vos douleurs mêler un peu de joie.
(à Julit qui veut sortir. ) #
Mademoiselle , il faut que je vous parle aussi ; . Votre aimable présence est nécessaire ici.
Sur le destin d'un fils, madame , et sur le vôtr,t - Daignez avec bonté m'écouter l'une et l'autre. ( il s'assied entre elles. ) Une madame Aubonne , accourant vers le roi, S'est Jetée à ses pieds , a parlé devant moi : Le roi , vous le savez , ne rebute personne.
LA COMTESSE
Ce prince daigne être homme.
JULIE
Ah ! Mme grande et banne
LE DUC. Cette femme a mou maître « dit de point en point Ce que je vais conter.... Ne vous affligez point , # Madame , et jusqu'au bout souffrez que je m'explique. Vous aviez dans ses mains mis rotre fils unique : On le crut mort long-temps ; tous n'aviez jamais va ,Ce fils infortuné » de sa mère inconnu ?
LA COMTESSE
Il est trop vrai.
LÉ DUC
Citait au temps même où la guerre , Ainsi que tout Fétat , désolait votre terre.
Cette femme craignit vos reproches , vos pleurs : Elle crut vous servir en trompant vos douleurs } Et sans doute en secret elle fut trop flattée De la fatale erreur où vous fûtes jetée.
Vous demandiez ce (ils , elle donna le akn.
v ik COMTESSE.
Ah ! tout mon cœur s'échappe : ah ! grand Dieu !
JULIE
Tout le mien Est saisi» transporté.
LA COMTESSE
Quel bonheur !
JULIE
Quelle joie !
LA COMTESSE
Su'on amène mon fils , courons , que je le voie, ais..... serait-il bien vrai?
LE DUC
Rien n'est plus avéré.
XA COMTESSE
Ah ! si j'avais rçmpli ce devoir si sacré De ne pas confier au lait d'une étrangère Le pur sang de mon sang , et d'être vraiment mère , On n'aurait jamais fait cet affreux changement.
LE DUC
11 est bien plus commun qu'on ne croit.
LA COMTESSE
» Cependant
Quelle preuve avea-vous ? quel témoin ? quel indice ?
LE DUC
Le ciel , avec le roi , vous a rendu justice. Votre fils échappa ; mais l'échange était fait. Cet enfant supposé dans vos bras s'élevait.
Vos soins vous attachaient a cette créature , Et l'habitude en vous passait pour la nature. La nourrice voulut dissiper votre erreur:
Elle n'osa jamais alarmer votre coeur , Craignant , en disant vrai , de passer pour menteuse j Et la vérité même était trop dangereuse.
Dans un billet secret avec soin cacheté »
Son mari , vieux soldat , mit cette vérité; Le billet , déposé dans les mains d'un notaire , Produit aux veux du roi , découvre le mystère. Le soldat même, à part interrogé long temps ,
Menacé de la mort, menacé des tourment ,
D'un air simple- et naïf a conté l'aventure.
Son grand âge n'est pas le temps de l'imposture :
H touche au jour fatal où l'homme ne ment plus.
Il a tout confirmé : des témoins entendus
Sur le Heu , sur le temps , sur chaque circonstance ,
Ont sous les yeux du roi mis l'entière évidence.
On ne le trompe point ; il sait sonder les cœurs ;
Art difficile et grand qu'il doit à ses malheurs.
Ajouterai-je encor que j'ai vu ce jeune homme »
Sue pour aimable et brave ici chacun renomme ? e votre père , hélas 2 c'est le portrait vivant;. Votre père mourut quand vous étiez enfant , • Massacré près de mot dans l'horrible journée <^ùi sera de l'Europe à jamais condamnée.
C'est lui-même , vous dis-je : oui , c'est-lui; je l'ai vu Frappé de son aspect , j'en sois encore ému ; J'en pleure en vous parlant. ,
Là COMTESSE.
Vous ravisses mon âme.
JULIE
Que je sens vos bienfaits !
LE DUC
Agréez donc, madame , Que la triste nourrice , appuyant mes récits > Puisse ici retrouver son véritable fils.
U était expirant: mais on espère encore Qu'il pourra réchapper : sa mère vous implore $ ÈUe tient $ la voici qui tombe à vos genoux. ,