NINO
Le parti qu'il a pris n'est pas ce qui m'afflige : J'aime les gens de bien , mais je hais Jke cagoj* ; Et je crains les fripons qui gouvernent les sots.
Lt jenatSOUHVIkLB.
Voilà le marguillier.
SCÈME II.
NINON, le jeune GOUBVILLE, M. GARANT en manteau neir, grand rabat , gants blanc* , large perruque.
M. GARANT
Je me suis fait attendre.
Le temps , vous le savez , est difficile à prendre. Mes emplois sont bien lourds.
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85a THÉÂTRE.
Ninon.
Je le sais.
M. GARANT
Bien pesans.
C'est ajouter beaucoup.
M. GARANT
Sans mes soins yigilans ,
Sans mon activité..
Sans mon crédit.
NINON
Fort bien.
M. GARANT
Sans ma prudence ,
NINON
Encor !
IL GARANT
L'œuvre aurait pu , je pense , Souffrir un grand déchet; mais j'ai tout réparé.
Le jeune GOURVILLE.
Ah ! tout Paris en parle , et vous en sait bon gré.
M. GARANT
Les pauvres sont d'ailleurs si pauvres ! leurs souffrances Me percent tant le cœur, que de leurs doléances Je m'afflige toujours.
NINON
H faut les secourir $ C'est un devoir sacré.
M. GARANT
Leurs maux me font souffrir!
Le jeune GOURVILLE.
Vous régisses si bien leur petite finance, Que les pauvres bientôt seront dans l'opulence.
NINON
Çà , monsieur l'aumônier , vous savez que céans 11 est , ainsi qu'ailleurs, de jeunes indigens ; Us sont recommandés à vos nobles largesses.
Vous n'avez pas sans doute oublié vos promesses ?
M. GARANT
Vous savez que mon cœur est toujours pénétré Des extrêmes bontés dont je fus honoré Par ce parfait ami , ce cher monsieur Gourville , Si bon pour ses amis... qui fut toujours utile A tous ceux qu'il aima... qui fat si bon pour moi, Si généreux !... je sais tout ce que je lui doi. L'honneur, la probité, l'équité, la justice Ordonnent qu'un ami sans réserve accomplisse Ce qu'un ami voulait.
NINON
Ah ! que c'est parler bien !
Le jeune GOURVILLE.
Il est fort éloquent.
M. kA.RA.NT.
Que dites-vous là?
lie jeune GOURVILLE.
Rien.
NINON levcontreftsant.
Je me flatte , je crois , je suis persuadée , Je me sens convaincue , et surtout j'ai l'idée Que vous rendrez bientôt les deux cent mille francs A votre ami si cher , es mains de ses enfans.
M. GARANT
Madame , il faut payer ses dettes légitimes;
Et les moindres délais en ce cas sont des crimes $
L'honneur , la probité , le sens et la raison
Demandent qu'on s'applique avec attention
A remplir ses devoirs , à ne nuire à personne,
A voir quand et comment, à qui , pourquoi l'on donne,
A bien considérer si le droit est lèse , '
Si tout est bien en ordre.
NINON
Eh ! rien n'est plus aisé...
De deux cent mille francs u'étes-vous pas le maître ?
M. GARANT
Oh oui : son testament le fait assez connaître» Je les dois recevoir en louis trébuchans.
Eh bien , à chacun d'eux donnez cent mille francs.
Le jeune GOURVILLE. *
Le compte est clair et net.
M. GARANT
Oui , cette arithmétique Est parfaite en son genre et n'a point de réplique ; . Égales portions.
NINON
Par cette égalité Vous assurez la paix de leur société.
M. GARANT
Soyez sûre que» l'un n'aura pas plus que l'autre, Quand j'aurai tout réglé.
NINON
Quelle idée est la votre!
Tout est réglé, monsieur...
M. GARANT
Il faudra mûrement Consulter sur ce cas quelque avocat savant , Quelque bon procureur, quelque habile notaire , Qui puisse prévenir toute fâcheuse affaire.
Il faut fermer la boWche au* malins* héritiers Qui pourraient méchamment répéter lés deniftrs.
Le jeûàé GdtJftVÏLLE.
Mon père n'en a point.
If. GARANT.
Hélas ! dès qu'on enterre Un vieillard un peir riche , H ëort dé dessous terre Mille collatéraux qu'on ne connaissait pas.
Voyez que de chagrins, de peines, d'embarras, Si jamais il fallait que par quffqtfe artifice J'éludasse les lois de la sainte/ justice !
L'honneur , vous le savez, qui doit conduire tout...
NINON
Le véritable honneur est très-fort de mon goût; Mais il doit écarter ces craintes ridicules.
Il est de certains es» ou j'ai peu de scrupules.
M. GARANT
J'en suis persuadé , madame , je le crois ; C'est mon opinion.... mais la rigueur des lois, De ces collatéraux les plaintes , les murmures, Et les prétentions avec les procédures...
NINON
Ayez des procédés; je réponds du succès.
Le jeune GOURVILLE.
Ce n'est point là du tout une affaire à procès.
M. GARANT
Vous ne connaissez pas, madame , les affaires, Leurs détours , leurs dangers , les lois et leurs mystères.
• NINON
Toujours cent mots pour un. Moi, je vais à l'instant Répondre à vos discours en un mot comme en cent. Mon cher petit Gour ville, allez dire à Lisette Qu'elle m'apporte ici cette grande cassette.
Elle sait ce que c'est.
J'y cours.