‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 215 sur 466 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

GOURVILLE l'aîné, M. GARANT.

M. GARANT

Eh bien ! mon très-cher, mon vertueux Gourville, De tant d'iniquités allez- vous fuir l'asile ?

GOURVILLE l'aîné.

J'y suis très-résolu.

M. GARANT' Ce logis infecté N'était point convenable à votre piété.

Sortez-en promptement...» Mais que voulez-vous faire De ces deux mille écus de monsieur votre père?

GOURVILLE Paine'.

Tout cfi qu'il vous plaira ; vous en disposerez.

y. GARANT.

L'argent est inutile aux coeurs bien pénétrés ' D'un vrai détachement des vanités du monde; Et votre indifférence en ce point est profonde : Je veux bien m'en charger ; je les ferai valoir, Pour les pauvres s'entend.... vous aurez le pouvoir D'en répéter chez moi le tout ou bien partie, Dès que vous en aurez la plus légère envie.

GOURVILLE l'aîné.

Àh! que vous m'obligez ! je ne pourrai jamais Vous payer dignement le prix de vos bienfaits.

; M. GARANT

Je pais avoir à vous d'autres sommes en caisse. Hé! hé!...

GOURVÏLLE Viâué.

L'on me l'audit.... Mon Dieu ! je vous les laisse i Vous voulez bien encore en être embarrassé ?

Je mettrai tout ensemble.

GOURVÏLLE l'aînt

Oui , c'est fort bien pensé.

M. GARANT

Or çà , votre dessein de chercher domicile Est très-juste et très-bon ; mais il est inutile; La maison esta vous : gardez- vous d'en sortir, Et priez seulement Ninon d'en déguerpir.

Par mille écarts fâcheux la maison polluée , Quand vous y vivrez seul , sera purifiée , Et je pourrais bien même y loger avec vous.

GOURVÏLLE l'aîné.

Cet honneur me serait bien utile et bien doux j Mais je ne me sens pas l'âme encore assez forte / Pour chasser une femme et la mettre k la porte. C'est un acte pieux ; mais l'honneur a ses droits $ Et vous savez , monsieur, tout ce que je lui dois* Pourra is-je sans rougir dire à ma bienfaitrice : Sortez de la maison , et rendez-vous justice ? Cela n'est-il pas dur?

M. GARANT

Un tel ménagement Est bien louable en vous, et m'émeut puissamment. Ce scrupule d'abord a barré mes idées ; Mais j'ai considéré qu'elles sont bien fondées. Le désordre est trop grand. Votre propre danger À la faire sortir devrait vous engager.

Sachez que votre frère entretient avec elle Une intrigue odieuse, indigne, criminelle, Un scandaleux commerce.... un.... je n'ose parler De tout ce qui s'est fait.... tant je m'en sens troubler.

GOURVÏLLE l'aînrf.

Voilà donc la raison de cette préférence Qu'on lui donnait sur moi !

Sentez la conséquence.

GOURVÏLLE l'aîné.

Je n'aurais pu jamais la deviner sans vous.

Les vilains!... Grâce au ciel, je n'en suis point jaloux.

Je n'imaginais pas qu'un si grand fou dût plaire.

M. GARANT

Les fous plaisent parfois.

GOURVÏLLE l'aîné.

. Ah ! j'en suis en' colère Pour l'honneur du Marais. é

x LE DÉPOSITAIRE. 865

M GARANT

U faut premièrement Détourner loin de nous ce scandale impudent; Mais avec l'air honnête , avec toute décence , Avec tous les dehors que veut la bienséance.

Nous avons concerté que de cette maison Vous feriez pour un tiers une donation , Un acte bien secret que je pourrais vous rendre. Armé de cet écrit, je puis tout entreprendre. Je ne m'emparerai que de votre logis ; Et vous aurez vos droits sans être compromis.

GOURVILLE l'aîné.

Oui , l'idée est profonde j oui , les dévots , les sages , Sur le reste du monde ont de grands avantages. Je signerai demain.

M. GARANT

Ce soir , votre cadet Reviendra vous braver comme il a toujours fait i Tout se moque de vous, laquais, cocher, servante) Us traitent la vertu de chose impertinente.

GOURVILLE l'aîné.

La vertu!

M. GARANT

Vraiment oui. Toujours un marguillier A soin d'avoir en poche encre, plume , papier. Venez , l'acte est dressé. Cet honnête artifice Est , comme vous voyez , dan* l'exacte justice. Signez sur mon genou.

( il lève son genou. ) GOURVILLE l'aîné, en signant *'

Je signe aveuglément , Et crois n'avoir jamais rien fait de si prudent.

M. GARANT

Je rédigerai tout des ce soir par notaire.

GOURVILLE l'aîné*.

Vous êtes, je le vois , très-actif en affaire.

M. GARANT

Vous pouvez du logis sortir dès à présent.

GOURVILLE l'ainé.

Oui!

Donnez-moi la clef de votre appartement*

GOUftVILLE Paîné.

La voilà. *

M. GARANT-

« Tout est bien ; e$ puis chez ma cousine,

Chez la servante Àubert , notre illustre voisine.. *. Mous irons faire ensemble un dîner familier.

GOURVILLE l'ai*?

Vous m'enchantez.

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