‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 214 sur 466 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

GOURVILLE l'aîné, seul.

Je pleure sur son sort; le voilà qui s'abîme ; Il Va de femme en fille, il court de crime en crime.

( il s'assied et ouvre un livre. )

Que Garasse a raison ! qu'il peint bien , à mon sens , Les travers odieux de tous nos jeunes gens!

Qu'il enflamme mon cœur et qu'il le fortifie Contre les passions qui tourmentent la vie!

( il lit encore. )

C'est bien dit j oui , voilà le plan que je suivrai.

Du sentier des médians je me retirerai.

J'éviterai le jeu , (a table , les querelles , Les vains amusement , les spectacles, les belles.

(il «élève. )

Quel plaisir noble et doux de haïr les plaisirs ;

De se dire en secret : me voilai sans désirs;

Je suis maître de moi , juste, insensible , sage,

Et mon âme est un roc ail milieu de l'orage !

Je rougis quand je vois dans ce maudit logis

Ces conversations , ces soupers , ces apaiç $

Je souris de pitié de voir qu'on me préfère

Sans nul ménagement mon étourdi de frère.

Il plaît à tout le monde , il est tout fait pour lui.

C'en est trop ; pour jamais j'y renonce aujourd'hui.

Je conserve à Ninon de la reconnaissance ;

Elle eut soin de nous deux au sortir de l'enfance ;

Et, malgré ses écarts, elle a des sentimens

Qu'on eût pris pour vertu, peut-être en d'autres temps.

Mais....

( il «e mord le doigt et Sût une grimace effroyable. )

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