SCÈNE II
GOURVILLE l'aîné, seul.
Je pleure sur son sort; le voilà qui s'abîme ; Il Va de femme en fille, il court de crime en crime.
( il s'assied et ouvre un livre. )
Que Garasse a raison ! qu'il peint bien , à mon sens , Les travers odieux de tous nos jeunes gens!
Qu'il enflamme mon cœur et qu'il le fortifie Contre les passions qui tourmentent la vie!
( il lit encore. )
C'est bien dit j oui , voilà le plan que je suivrai.
Du sentier des médians je me retirerai.
J'éviterai le jeu , (a table , les querelles , Les vains amusement , les spectacles, les belles.
(il «élève. )
Quel plaisir noble et doux de haïr les plaisirs ;
De se dire en secret : me voilai sans désirs;
Je suis maître de moi , juste, insensible , sage,
Et mon âme est un roc ail milieu de l'orage !
Je rougis quand je vois dans ce maudit logis
Ces conversations , ces soupers , ces apaiç $
Je souris de pitié de voir qu'on me préfère
Sans nul ménagement mon étourdi de frère.
Il plaît à tout le monde , il est tout fait pour lui.
C'en est trop ; pour jamais j'y renonce aujourd'hui.
Je conserve à Ninon de la reconnaissance ;
Elle eut soin de nous deux au sortir de l'enfance ;
Et, malgré ses écarts, elle a des sentimens
Qu'on eût pris pour vertu, peut-être en d'autres temps.
Mais....
( il «e mord le doigt et Sût une grimace effroyable. )