‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 227 sur 466 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le jeune GOURVILLE, LISETTE.

Le jeune GOURVILLE.

J'y songe , j'y resooge ; et tout cela , Lisette , Me paraît impossible.

LISETTE

Oui; mais la chose est faite.

Le jeune GO UJR VILLE.

N'importe! mon enfant , qu'elle soit faite ou non, Ta mattresse à ce point ne perd point la raison.

LISETTE

Bon! je la perds bien moi , monsieur , moi qui raisonne, Pour ce petit Picard.

Le jeune GOURVILLE.

Picard , passe , ma bonne ; Mais pour Garant, l'objet de son aversion , Un fat, un plat bourgeois , un ennuyeux fripon ! LISETTE.

Ah ! la femme est si faible !

Il est très-vrai , ma reine , Vous passez volontiers de l'amour à la haine, Des exemples frappans le montrent chaque jour ; Mais vous ne passez point du mépris à l'amour.

LISETTE. •.*

Tout ce qu'il vous plaira ; mais j'ai quelques lumières : J'en <ais auUnt que vous sur ces grandes matières. Un abbé, grand ami de madame Ninon , Qui, dans mon jeune temps , fréquentait la maison,

Et qui même, entre nous, eut du goût pour Lisette, Me disait que la femme est comme la girouette : Quand elle est neuve encore , à toute heure on l'entend , Elle brille aux regards, elle tourne à tout vent; Elle se fixe enfin quand le temps l'a rouilléeî

Le jeune GOURVILLE.

De ta comparaison j 'ai l'âme émerveillée ; Fixe-toi pour Picard, rouille-toi, mon enfant: Ninon n'en fera rien pour notre ami Garant.

LISETTE

La chose est pourtant sûre.

Le jeune GOURVILLE.

Ouais I Ninon marguillière!

LISETTE

Croyez-le.

Je le crois , et je ne le crois guère :

Mais On voit des marchés non moins extravagans, Et Paris est rempli de ces événemens.

Aujourd'hui l'on en rit, demain on les oublie; Tout passe et tout renaît s chaque jour sa folie. *

Mais quel train» quel fracas , quel trouble elle verra Dans sa propre maison lorsqu'elle y reviendra ! Gomment sauver Agnant , cette fille si chère? Que ferons-nous ici^de mon benêt, de frère?

De l'avocat Placet et de madame Agnant?

LISETTE

Ils ont déjà cherché dans chaque appartement , Ils n'ont pu déterrer la petite Sophie.

Le jeune GOURVILLE.

Au fond je suis fâché que mon espièglerie Ait à mon frère aîné causé tant de tourment ; Mais il faut bien un peu décrasser un pédant. Ce sont la des leçons pour un grand philosophe.

LISETTE

Oui, mais madame Agnant paraît d'une autre étoffe : Elle est à craindre ici.

Le jeune. GOURVILLE.

Bon ! tout s'apaisera ; Car enfin tout s'apaise : un quartaut suffira Pour faire oublier tout au bon homme de père; '

Et plus en ce moment sa femme est en colère , Plus nous verrons bientôt s'adoucir son humeur.

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