‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 229 sur 466 · II. AGITANT · texte numérisé non relu

II. AGITANT

Ah! ma femme.

Es-tu morte en effet?

M. AGNANT mGourrffléI*etttt.

Non.... Séducteur infâme, Tu m'enlèves ma fille ! impudent loup-gafreu ! Et de la mère enoor tu viens casier le cou !

GOURVILLE l*atoë.

Eh! madame , pardon.

M*«. AGNANT.

1 Détestable hypocrite !

L'atoeat F LAC ET.

Race de débauchés!

M. AGNANT. .

Cœur faux! plume maudite!

Tu me rendras ma fille , ou je t'étranglerai.

GOUR VILLE l'alué*.

Hélas ! je la rendrai sitôt que je l'aurai.

M« # . AGNANT.

(au faune Gourvitte.)

Tu m'insultes encore!.... Et loi4[ui fus si sage, Parle , as-tu pu souffrir un pareil brigandage ?

Le jeune GOURVILLE. '

Madame, calmez-vous.... Monsieur, écoutez-moi.

M. AGNANT.

Volontiers : tu parais un très-bon vivant , toi ; Je t'ai toujours aimé.

Le jeune GOURVILLE.

Rassurez-vous, mon frère; Vous, monsieur l'avocat , éclaircissons l'affaire; Entendons-nous.

M. AGNANT.

Parbleu , l'on ne peut mieux parler.

Il faut toujours s'entendre, et non se quereller.

Le (Mae GOURVILLE.

Picard , apporterons ici sur cette table De ce bon y in muscat.

M. AGNANT.

H est fort agréable.

J'en foirai volontiers, en ayant Bu déjà; Asseyons-nous, ma femme, et pesons tout cela.

(il s'assied auprès de la taMe.)

Je n'ai rien à peser : il faut que i'pn^ommence Par me rendre ma fille.

iL'aracat PLACE T.

Oui , c'e&t la. conséquence.

(ils se rangeât #ptp«r^e>M. Afnant, -qui reste assis. ) ÇOJURVILLh: lVm*.

Reprenez-la partout où vous la trou venez; Et que d'elle et de ims nous. soyons délivrés*

M—. AGNANT.

Eh bien ! vous le <voyez, encore il m'injurie : L'etîro«té<*mot*!

Le jeune G O UJR V I L L E , i pari à son frère.

Mon frère, je vous prie,

Gardons-nous de heurter ses préjugés de front.

GOURVILLE IWni.

Non , je n'y puis teair r tout -ceei me confond.

Le jeune GOURVILLE, prenant M m *. Agnant^part.

Madame, vous savez combien je suis sincère.

M. AGNANT.

II n'est point frelaté.

Le i/eune GOURVILLE.

Je ne saurais vous taire Que depuis quelque temps mon cher frère en effet Eut avec votre fille un commerce secret.

GOURVILLE l'«S*£ Ça n'est pas vrai.

Le jeune GOURVILLE. a son frère.

Paix dope ! c'est un commerce honnête , Pur, moral, instructif pour bien régler sa téje, Pour éloigner son cœur d'un monde décevant, Et pour la disposer à se mettre en couvent.

M. AGNANT.

Mettre en couvent ma fille! 6 le plaisant visage !

M"". AGNANT.

C'est un impertinent.

GOURVILLE rnfeé*.

Je vous dû....

Lt jeune GOURVILLE fesant signa à ton frère.

Chut! GOURVILLE l*aiutf.

J'enrage !

L'tTOcat P LACET.

Cette excuse louable est d'an cœur fraternel ; Mais monsieur votre aîné n'est pas moins criminel. Tenez , monsieur , voilà ses missives infâmes , Et ses instructions pour diriger les âmes ,

( il tire de* lettres de dessous sa robe. ) Le jeune GOURVILLE prenant les lettres.

Prêtez-moi.

L'aTocat PLACET.

Les voilà.

Le Jeune GOURVILLE.

D'un esprit attentif J'en veux voir la teneur et le dispositif.

L'avocat PLACET.

Mais il faut me les rendre.

Le jeune GOURVILLE.

Oui ; mais je dois vous dire Qu'avant de vous les rendre il me faudra les lire.

( il met les lettres dans sa poche, M™*. Agnant se jette dessus et en prend une. )

GOURVILLE Talné.

Allez, ces lettres sont d'un faussaire.

M" # . AGNANT a GourviUè l'aine.

Fripon , Niras-tu tes écrits! tiens , voici tout du long Tes beaux enseignemens dont ma fille se coiffe; Les voici.

. LWocat PLACET.

Nous devons les déposer au greffe.

li mt . AGNANT prenant des lunettes.

Écoute.... « La vertu que je veux vous montrer » Doit plaire à votre cœur, l'échauffer, l'éclairer. » Votre vertu m'enchante et la mienne me guide,... » Ah ! je te donnerai -de la vertu , perfide !

GOURVILLE l'aîné*.

Je n'ai jamais écrit ces sottises.

Le jeune GOURVILLE versant à Boire à M. Agnant.

Voisin.

M. AGNANT.

De la vertu !

Le jeune GOURVILLE.

Voyons celle de ce bon vin.

(à M»'. Agnant.)

Madame, goûtez-en.

M"". AGNANT ayantbu.

Peste! il est admirable !

Le jeune GOUR VILLE k M. : Afpunt

Vous en aurez Ce soir, mon cher, sur votre table : On vous porte un quartaut dont vous serez content. M. AGNANT.

Non , je n'ai jamais vu de plus honnête enfant.

Le jeune GOURVILLE à l'aTocat Place t.

Et VOUS? f. .

L'arocat PLACET boitun coup.

H est tort bon; mais vous ne pouvez croire Qu'en l'état où je suis je vienne ici pour boire.

Le jeune G O U R V I L L E en présente à ion frère.

Vous , mon frèrei

GOURVILLE l'a!né\

Àh ! cessez vos ébats ennuyeux.

Plus vous paraissez gai, plus je suis sérieux. Après tant de chagrins et de tracasserie, C'esrune cruauté que la plaisanterie : ' - Dans ce jour de malheur tout le quartier , je croi , S'était donné le mot pour se moquer de moi.

(iM» 6 . Agntnt.)

Ma voisine, à la fin , vous voilà bien instruite Que , si votre Sophie est par malheur en fuite , Ce n'était pas pour moi qu'elle a fait' ce beau tour ; Ni vos yeux ni les siens ne m'ont donné d'amour.

• ' M m# . AG.NA.NT. . .1

Mes yeux, méchant!

GOURVILLE l'aîné.

Vos yeux. Cfeét une calomnie , Un mensonge effroyable inventé par l'env|e.

Vous en rapportez- vous au bon monsieur Garant? Nous l'attendons ici de moment en moment.

Il connaît assez bien quelle est mon écriture; Et dans sa poche même il a ma signature.

Il a jusqu'à la clef de mon appartement, OU lui-même a laissé toyt mon argent comptant. II me rendra justice.

M m «. AGNANT.

Oh! c'est un honnête homme. ( ,

L'fttocat PLACER.

Un grand homme de bien.

Le jeune GOURVILLE.

Chacun ainsi le nomme.

M"«. AGNANT. '"

Un homme franc, tout rond.

M. AGNANT. * N L'oracle du quartier.

Le jeune GOURVILLE.

Madame, entre nous tous, je veux vous confier Quelle est à ce sujet ma pensée.

8go THEATRE.

M. À G If AU T, en l>irraot et le regardant enfui te fixement.

Oui, confie.

Le jeune GODRVILLE.

Je crois que c'est chez lui que la belle Sophie A couru se cacher pour fuir votre courroux, Et pour qu'il la «émit en gtâoe auprès de vous. Dans toute la paroisse il prend soin des affaires, Très-charitablement, des filles et Açs mères.

M-". ÀGNANT.

Vraiment , l'avis est bon.

le jeune GOURVILLE.

Mademoiselle Agnant A du cœur ; elle pense y et n'est plus une enfant ; Vous l'avez souffletée, elle s'en est sentie Un peu trop vivement, et puis elle est partie.

M. AGNANT tcajotanaasùet W*trr««la isaia.

C'est votre faute aussi, ma femme ; et , fraochiemest , Vous deviez avec elle agir moins durement :

Vous avez la main prompte , et tous 4%es lu cause De tout notre malheur.

Le jeune GOURVILLE.

Mon Dieu ! c'est peu de chose.

Allez, tout ira bien.... J'entends monsieur Garant, Il revient; parlez-lui, mon frère, et promptement. Sur tous les marguilliers on sait votre influence. Déployez avec lui votre rare éloquence.

(GOURVILLE Tala*.

Que lui dire?

Le jeune GOURVILLE.

Vous seul pouvez persuader.

jGOURVILLE lttné.

Persuader! Eh quoi?

Le J«ne GOURVILLE.

Tout va s'accommoder.

GOURVILLE l'aîné.

Comment?

Le-jeune Gf>*Jt¥ILLE.

Vous seul pouvez manier cette affaire, Vous seul rendrez Sophie à sa charmante mère.

GOURVILLE l'alné.

Moi?

M—, AGNANT.

Va , si tu la rends > je te pardonne tout.

GOURVILLE l'atntf.

Je n'entends rien....

Le jeune GOURVILLE.

D'un mot vous en viendrez à bout.

Allons donc.

{iisert.)

Le jewieGQURVîLLjE.

Vous mettrez la paix dans le tnrfnage.

M. A G N A H T montrait te $ ete» GourtilU, »

Ma femme , ce jeune homme est un «tprit Wea «âge.

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