‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 230 sur 466 · SCÈNE TI · texte numérisé non relu

SCÈNE TI

Les PRÉCÈDE** ; le jeune CKHJftVtbLE , prenant par la main

M. et M-. AGNANT , et se mettant eirtr/ew.

Le jeune GOtJRVILLE.

Puisqu'il n'est plus rci , je puis avec candeur , Madame, en liberté vous ouvrir tout mon cœur. J'ai traité devant loi cette importante affaire Comme peu dangereuse, «t j'excusais mon frère ; Mais je dois avec vous faire réflexion Que nous hasardons lots la réputttteu D'une fille nubile , et saus vos yeux tuât ruîte, Au chemin de l'honneur par vos -jetons conduite ; Ce chemin de l'honneur «st tout-à-firit glissant 5 Ceci fera du bruit , le monde est médisant.

M»". AGNANT, Et c'est ce que je crains.

Le jeune GOUAVILLE.

Une fille enlevée , Avec procès verbal chez un homme trouvée :

Vous sentez bien , madame , «t vous comprenez bien Que de tout le Marais ce sera l'entretien , Qu'il en faut prévenir la triste conséquence,

M. AGNANT.

Par ma foi , ce jeune homme est rempli de prudence.

Le jeune GODRVILLE.

J'ai fort à cœur aussi , dans ce Fâcheux éclat , Le propre honneur lésé de monsieur l'avocat.

Que pensera tout l'ordre en voyant un confrère Qui prend , sans respecter star grave caractère , Une fille à ses yeux enlevée aujourd'hui , Doat un autre est aimé?.... fi ! j'en rougis pour lui.

L'avottft PLÀGET.

Mais, monsieur , c'est moi seul que celte affaire touche. On me donne une dot qui doit fermer lu bouche Aux malins envieux , prêt» à tout censurer.

Dix mille écus comptons sont à considérer.

M. AGNANT toujours bien fi*e et Pair un peu hébété d\m buveut houuêle, mais non pas d'un vilain ivrogne de comédie k hoquets.

Vous avez de gros biens ?

L'avocat PL ACE T.

Oui , j'ai mon éloquence, Mon étude , ma voix , les plaideurs , l'audience.

I* {«on* GOURVILLE.

Madame , je vous plains ; j'avoue ingénument

Qu'on devait respecter un tel engagement.

Mon frère a fait sans doute une grande sottise

D'enlever la future à ce futur promise.

Il n'en peut résulter qu'une triste union ,

Pleine de jalousie et de dissension.

Les deux futurs ensemble à peine pourraient vivre.

M"". AGNANT.

J'en ai peur en effet.

M. AGNANT.

Il parle comme an livre.

Il a toujours raison.

Le Hune GOURVILLE.

Par un destin fatal , Vous voyez que mon frère a seul fait tout le mal. C'est votre propre sang , c'est Ptfbnneur qu'il vous 6 te. Madame , c'est à moi de réparer sa faute.

Pour Sophie , il est vrai , je n'eus aucun désir ; Mais je 1 épouserai pour vous faire plaisir.

M. AGNANT.

Parbleu , je le voudrais.

L'avocat PL A G ET.

Moi, non.

M"". AGNANT.

Quelle folie !

Tu n'as rien : un cadet de basse Normandie Est plus riche que toi.

Le jeune GOURVILLE.

D'aujourd'hui seulement Notre belle Ninon m'a fait voir clairement Que j'ai cent paille francs que m'a laissés mon père; Monsieur Garant lui-même en est dépositaire.

M" # . AGNANT.

Cent mille francs ! grand Dieu !

M. AGNANT.

Ma foi , j'en suis charmé.

Le jeune GOURVILLE.

De Sophie , il est vrai , je ne suis point aimé j Mais je suis à sa mère attaché pour ma vie , Et ce n'est que pour vous que je me sacrifie.

M»«. AGNANT.

Et la somme , mon fils, est chez monsieur Garant?

Le jeuue GOURVILLE.

Sans doute. Il en convient. .

L'avocat PL A CET.

J'en doute fortement.

LE DÉPOSITAIRE. ftrf

M«*. AGNANT iM.Agnant.

Cent mille francs, mon cher !

M. AGNANT.

Cent mille francs , ma femme!

Ah : ça me plaît.

M«". AGNANT.

Ça va jusqu'au fond de mon âme.

Cent mille francs, mon fils !

Le jeune GOURVILLE.

J'ai quelque chose avec.

M. AGNANT.

Il est plein de mérite, et d'ailleurs il boit sec.

L'avocat PL AGE T.

Mais songez , s'il vous plaît....

M. AGNANT.

Tais-toi; je vais le prendre Dès ce même moment à ton nez pour mon gendre.

L'avocat PL A CET.

Comment , madame , après des articles conclus ! Stipulés par vous-même !

M m «. AGNANT.

Us ne le seront plus.

( elle le pousse. )

Cent mille francs.... Allez.

M. A G N A N T le poussant d'un autre côté.

Dénichez au plus vite,

M**. A G N A N T lui fesant faire la pirouette à droite.

Allez plaider ailleurs.

M. AGNANT lui fesant faire la pirouette à gauche.

Cherchez un autre gîte.

Cent mille francs !

L'avocat P LACET.

Je vais vous faire assigner tous.

Le jeune GOURVILLE en le retournant.

N'y manquez pas.

M. AGNANT.

Bonsoir.

M» e * AGNANT.

Allons , arrangeons-nous.

( l'avocat Placet sort.)

Le jeune GOURVILLE, M. AGNANT, M—. AGNANT,

i M. AGNANT. ■

Mais , que n'as-tu plus tôt expliqué ton affaire ? Pourquoi de ta fortune as-tu fait un mystère?

Le jeune GOURVILLE.

Ce n'est que d'aujourd'hui que je suis assuré. Monsieur Garant m'a dit que ce dépôt sacré Était entre ses mains.

8g4 THÉÂTRE.

H AGNANT.

C'est commue dan* les. tiennes.

M««. AGNAJST.

Tool de même : et ma fille? afin que tu la tiennes 11 faut que je la trouve.

Le jeun© GOURVH.LE.

Oh ! l'on vous la rendra.

M. AGNANT.

Elle ne revient point, donc elle reviendra.

Le jetne GOURVILLE.

Mais ne lui donnez plus de soufflets , je vous prie ; Gela cabre un esprit.

M. AGNANT.

Ça peut Favoir aigrie.

M m «. AGNANT.

Ça n'arrivera plus.... C'est chez Pami Garant Que tu la crois cachëe ?

Oui , très-certainement :

Et je vais de ce pas tout préparer, ma mère , Pour remettre en vos bras une fille si chère.

( il fait un pas pour sortir. ) M«». AGNANT l'embrassant.

Il faut que je t'embrasse.

H. AGNANT.

Oui , j'en veux faire autant.

M m *. AGNANT.

Reviens bien vite au moins.

Le jeune GOURVILLE.

Je revote à l'instant.

M*». AGNANT l'arrêtant encore.

Écoute encore un peu , mon cher ami , mon gendre; En famille avec toi quels plaisirs je vais prendre ! Je ne puis te quitter.... va , mon fils.... sois certain Que ma fille est ta femme.

Le jeune GOURVILLE.

Oui, tel fut mon dessein.

M«". AGNANT.

Tu réponds d'elfe?

GOURVILLE, en s'en allant.

Oh ! oui , tout comme de moi-même.

M**. AGNANT.

. Quel bon ami j'ai là ! Mon Dieu, comme je l'aime!

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