‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 236 sur 466 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

NINON, GOURVILLE Patnë, LISETTE, PICABD.

6 OU R VI LLE l'aîné, velu plus régulièrement , mieui «coiffé , et l'air plus honnête.

Vous me voyez , madame , après d'étranges crises

Bien sot et bien confus de toutes mes bêtises : .

Je ne mérite pas votre excès de bonté ,

Dont, tout en plaisantant, mon frère m'a flatté.

Hélas! j'avais voulu , dans ma mélancolie,

Et dans les visions de ma sombre folie , ,

Me séparer de vous et donner la maison

Que vos propres bienfaits ont mise sôus mon nom.

NINON

Tout est raccommodé. J'avais prismes mesures, Tout ya bien.

GOURVILLE l'aine*.

Vous pourriez pardonner tant d'injures !

J'étais coupable et sot.

NINON

Ah ï vos yeux sont ouverts.

Vous démêlez enfin ces esprits de travers , Ces fagots insolens, ces sombres rigoristes, Qui pensent être bons quand ils ne sont que tristes ; Et ces autres fripons , n'ayant ni feu ni lieu,

Qui volent dans la poche en vous parlant de Dieu; Ces escrocs recueillis , et leurs plates bigotes Sans foi , sans probité, plus méchantes que sottes. Allez , les gens du monde ont cent fois plus de sens , D'honneur et de vertu , comme plus d'agrémens.

GOURVILLE rainé.

Vous en êtes la preuve. . .» "

• NINON

Ainsi la politesse Déjà dans votre esprit succède à la rudesse.

Je vous vois dans le train de la conversion.

Vous deviendrez aimable, et j'en suis caution. Mais comment trouvez-vous ce grave personnage Que mon bizarre sort me donne en mariage?

GOURVILLE Vain*.

Il ne m'appartient plus d'avoir un sentiment : Tout ce que vous ferez sera fait prudemment.

NINON

Blâmeriez-vous tout bas une union si chère?

GOURVILLE l'aîné. ;

Je n'ose plus blâmer ; mais quand je considère Que , pour nous séparer , pour m'en traîner ailleurs , Il vous a peinte à moi des plus noires couleurs, Qu'il voulait voua chasser de votre maison même....

NINON

Oh ! c'était par vertu^ dans le fond , Garant m'aime , Il ne veut que mon bien : c'est un homme excellent : Mais ne lui donnez plus la clef de votre argent , Et surtout gardez-vous un peu de ses cousines.

GOURVILLE l'aîné.

Ah ! que ces prudes-là sont de grandes coquines !

Quel antre de voleurs! et cependant , enfin , *

Vous allez donc , madame , épouser le cousin ?

Heposez-vous sur moi de ce que je vais faire. Allez , croyez surtout qu'il était nécessaire Que j'en agisse ainsi pour sauver votre bien : Un seul moment plus tard vous n'aviez jamais rien.

GOURVILLE ratné.

Comment? /

NINON

Vous apprendrez , par des faits admirables , De quoi les marguilliers sont quelquefois capables 5 Vous serez convaincu bientôt , comme je croi , Que ces hommes de bien sont différons de moi; Vous y renoncerez pour toute votre vie , Et vous préférerez la bonne compagnie.

goi THÉÂTRE.

GOURVILLE rain*.

Je ne réplique point. Honteux, désespéré Des sauvages erreurs dont j'étais enivré , Je vous fais de mon sort la souveraine arbitre ; Et , dépendant de vous, je veux vivre à ce titre.

Page 1