SCÈNE V
AGLAÉ, SOPHRONIME.
SOPHRONIME.
Chère Aglaé, je vois Anitus, ce prêtre de Cérës, ce méchant homme, cet ennemi juré de Socrate ^ çorttr d'auprès de tous, et vos yeux semblent mouillés de quelques larmes.
AGLAÉ
Lui ! il est l'ennemi de notre bienfaiteur Socrâte ! Je ne m'étènne plus de l'aversion qu'il m'inspirait avant même qu'il m'eût parlé. SOPHRONIME.
Hélas ! serait-ce à lui que je dois imputer les pleurs qui obscurcissent vos yeux?
AGLAE.
II ne peut m'inspire r que des dégoûts. Non , Sophronime , il n'y a que vous qui puis&iez faire couler mes larmes. SOPHRONIME.
Moi , grands dieux ! moi qui voudrais les payer de mon sang , moi qui vous adore , moi qui trie flatte d'être aimé de vous , qui ne vis que pour vous, qui voudrais mourir pour vous; moi j'aurais k me reprocher d'avoir jeté un moment d amertume sur votre vie! Vous pleurez , et j'en suis la cause ! qu'ai- je donc fait ? quel crimt ai-je commis ?
AGLAÉ
Vous n'en pouvez commettre. Je pleuré parce que vous mérites toute ma tendresse , parce que vous lavez , et qu'il me faut renoncer à vous.
SOPHRONIME.
Quels mots funestes avez -vous prononcés ! non , je ne le puis croire ; vous m'aimez , vous ne pouvez changer. Vous m'avez promis d'être à moi , vous ne voulez point ma mort.
AGLAÉ
Je. veux que vous viviez heureux , Sophronime, et je ne puis vous rendre heureui. J'espérais ^ mais ma fortune m'a trompée,: Je jure que, ne pouvant être à voua, je ne serai à personne. Je l'ai déclaré a cet Anitus qui me recherche et que j.e. méprise} je vous le déclare , le cœur pénétré de la plut vive douleur* et de l'amour le plut tendre.
SOPHRONIME..
Puisque vous m'aimez, je. dois vivre ; mais, si vous me refusez votre main , je dois mourir. Chère Aglaé ^ au nom de tant d'amour, au nom de vos charme» et de vos vertus , expliquez-moi ce mystère funeste.
i6 THÉÂTRE.