SCÈNE PREMIÈRE
SOCRATE, SOPHRONIME.
SOPHRONIME.
Dm* Socrate , jt ne puis croire mon bonheur ; comment se peutil qu'Aglaé, dont le père est mort dans une pauvreté extrême, ait cependant une dot si considérable ?
SOGBATE.
Je vous l'ai déjà dit ,♦ elle avait plus qu'elle ne croyait. Je connaissais mieux qu'elle les ressources de son père. Qu'il vous suffise de jouir tous deux d'une fortune que vous méritez: pour moi, je dois le secret aux morts comme aux vivans.
SOPHRONIME.
Je n'ai plus qu'une crainte, c'est que ce prêtre de Cérës, à qui vous m'avez préféré , ne venge sur vous les refus d'Aglaé : c'est un homme bien à craindre.
SOCRATE
Ehï que peut craindre celui qui fait son devoir? Je connais la
rage de mes ennemis , je sais toutes leurs calomnies ; mais quand on
ne cherche qu'à faire du bien aux hommes , et qu'on n'offense point
le ciel, on ne redoute rien, ni pendant la vie ni à la mort.
SOPHRONIME.
Rien n'est plus vrai} mais je mourrais de douleur, si la félicité que je vous dois portait vos ennemis à vous forcer démettre en usage votre héroïque constance.
SOCRATE, SOPHRQM.LME, AGLAÉ.
AGLAÉ,
Mon bienfaiteur , mon père, homme au-dessus des hommes , j'embrasse vos genoux. Secondez-moi, Sophronime ; c'est lui, c'est Socrate qui nous marie aux dépens de sa fortune, qui paie ma dot, qui se prive pour nous de la plus grande partie de son bien. Non, nous ne le. souffrirons pasj nous ne serons pas riches à ce prix: plus notre cœur est reconnaissant, plus nous devons imiter la noblesse du sien.
SOPHRONIME.
Je me jette à vos pieds comme elle, je suis saisi comme elle ; nous sentons également vos bienfaits. Nous vous aimons trop,
SOCRATE. * 919
5ocr*te, pour e& abuser- Regardez-nous comme vos snfaus, mais que vos enfans ne vous soient point à charge. Votre amitié est le plus grand 4e? tiens, c'est le seul que nous voulons. Quoi ! yous n'êtes pas riche, et vous faites ce que les puissans de la terre pe feraient pas! Si nous acceptions vos bienfaits, nous en gérions indignes.
SOC*ATÇ.
Levez-vous , mes enfans ; vous m'attendrissez trop. Écoutez-moi ; ne faut-il pas respecter les volontés des morts ? Votre père , Aglaé, que je regardais copme la moitié de moi-même, ne m'a-t-il pas Ordonné de vous traiter comme ma fille ? Je lui obéis ; ^e trahirais l'amitié et la confiance,, si je fesais moins. J'ai accepté son testament , je l'exécute ; le peu que je yous donne est inutile à ma vieillesse , qui est sans besoins. Enfin , si j'ai du obéir à mon ami , vous devez obéir à votre père. C'est moi qui le suis aujourd'hui 5 c'est moi qui par ce nom sacré vous ordonne de ne pas m'accabler de douleur en me refusant. Mais retirez-vous , j'aperçois Xantippe. J'ai mes raisons pour vous conjurer de l'éviter dans ces momens.
- Ah ! que vous nous ordonnez àes choses cruelles l