SOCRATE, XANTIPPE
XANTIPPE
Vraiment vous venez de faire là un beau chef-d'œuvre ! ^ar ma foi x mon cher mari, il faudrait vous interdire. Voyez, s'il vous plaît, que de sottises ! Je promets Aglaé au prêtre Anitus, qui a du crédit parmi les grandi ; je promets Sophrtnime k cette grosse marchande Drixa , qui a du crédit chez le peuple j et vous mariez vos deux étourdis ensemble pour me faire manquer à ma parole ; ce n'est pas assez , vous les dotez de la plus grande partie de votre bien. Vingt mille drachmes ! justes dieux ,• vingt mittç drachme* ! n'êtesvous pas honteux ? De quoi vivrez-vous à l'âge de soixante et dfx ans? qui paiera vos médecins quand vous serez malade? vos avocats, quand vous aurez des procès? Enfin , que feraî-je, quand ce fripon, ce cou tors à f Anitus et son parti , que vous auriez eu pour vous , s'attacheront à vous persécuter comme ils ont fait tant de fois ? Le ciel confonde les philosophes et la philosophie , et ma sotte amitié pour vous ! Vous vous mêlez de conduire les autres , et il vous faudrait des lisières : vous raisonnez sans cesse , et vous n'avez pas le sens commun. Si vous n'étiez pas le meilleur homme du monde, vous seriez le plus ridicule et le plus insupportable. Écoutez , il n'y a qu'un mot qui serve : rompez dans l'instant cet impertinent mariage , et faites tout ce qiie' veut votçe femme*
SOCRATE
C'est très-bien parler, ma chère Xantippe , et avec modération : mais écoutez-moi à votre tour. Je n'ai point proposé ce mariage. Sophronirae et Aglaé s'aiment , et sont dignes l'un de l'autre. Je vous ai déjà donné tout le bien <ju* je pouvais vous céder par les lois y je donne presque tout ce qui me reste à la fille de mon aini ; le peu
que je garde me suffit. Je n'ai ni médecin à payer , parce que je suis sobre ; ni avocat , parce que je n'ai ni prétentions ni dettes. A l'égard de la philosophie que vousine reprochez, elle m'enseigne à souffrir l'indignation d'Anitus , et vos injures ; à vous aimer malgré votre humeur.
( a sort.) ,